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Full text of "Études et lectures sur l'astronomie"

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ÉTUDES ET LECTURES 



SUE 



L'ASTRONOMIE. 






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L'Auteur etTÉditeur de cet Ouvrage se résenrent le droit 
de le traduire ou de le faire traduire en toutes langues. 
Ils poursuivront, en vertu des Lois, Décrets et Traités in- 
ternationaux, toutes contrefaçons, soit du texte, soit des 
gravures^ et toutes traductions, faites au mépris de leurs 
droits. 

Le dépôt légal de cet Ouvrage a été fait à Paris dans le 
cours de 1874, et toutes les formalités prescrites par les 
Traités sont remplies dans les divers États avec lesquels 
la France a conclu des conventions littéraires. 



Tout exemplaire du présent Ouvrage qui ne porterait pas, 
comme ci-dessous, la griffe du Libraire-Éditeur, sera ré- 
puté contrefait. Les mesures nécessaires seront prises pour 
atteindre, conformément à la loi, les fabricants et les débi- 
tants de ces exemplaires. 




^i^j*^-;;^v^€^ 



PARIS. - IMPRIMERIE DE GAUTHIER-YILLARS, 
Quai dot ADgMUn»! ft5. 



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ÉTUDES ET LECTURES 



SUR 



L'ASTRONOMIE, 



CAMILLE FLAMMARION, 

Astronove, Membre de pluiear» Académies, eto. 



TOME CINQUIÈME, 



Accompagné de 35 figures astronomiqaes. 



^ 

X 



PARIS, 



GAUTHIEK-VILLARS, IMPRIMEUR-UBRAIRE 

DU BUBBAU DES LONGITUDES, DE l'oBSERYATOIRE DE PARIS, 

SUCCESSEUR DE MALLET-BiCHELIER, 

Qaai des Grands-Aagastins, 55. 

1874 

( Toos droits réserrés. > 



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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR. 

L* Atmosphère. — Description des grands phénomènes de 
la nature, i vol. grand in-S, illustré de i5 chromolitho- 
graphies et de 228 graTures; 3* édition 20 fr. 

Histoire du Ciel. — Histoire de TAstronomie et des diffé- 
rents systèmes imaginés pour expliquer l'Univers, i vol. 
grand in-8 illustré; 2* édition 9 fr. 

La Pluralité des Mondes habités. — Étude où Ton ex- 
pose les conditions d'habitabilité des terres célestes, dis- 
cutées au point de Tue de TAstronomie, de la Physiologie 
et de la Philosophie naturelle. 21* édition; i toI. in-13» 
ayec fig. astr 3 fr. 5o c. 

Les Mondes imaginaires et les Mondes réels.— Voyage 
astronomique pittoresque dans le ciel, et revue critique 
des théories humaines, anciennes et modernes, sur les 
habitants des astres. 12* édit.; i vol.in-ia. 3 fr. 5o c. 

Dieu dans la Nature » on le Spiritualisme et le Matéria- 
lisme devant la Science moderne. 11* édition; i fort vol. 
în-i 2, avec le portrait de TAuteur I\ it. 

Récits de l'Iniini. — Lumen; histoire d'une âme. — His- 
toire d'une Comète. — La vie universelle et éternelle. 
5' édit.; i vol. in-i2 3 fr. 5o c. 

Vie de Copernic et Histoire de la découverte du véritable 
système du Monde, i vol. in-i 2 i fr. 5o c. 

Les Merveilles célestes. — Lectures du soir. Traité élé- 
mentaire d'Astronomie à Tusage de la jeunesse et des 
gens du monde, illustré de 80 gravures et de planches. 
20* mille; i vol. in-12 2 fr. 

Contemplations scientifiques. — Nouvelles Études de la 
Nature et Exposition des œuvres éminentes de la Science 
contemporaine, a* édit. ; i vol. in-12 3 fr. 5o c. 

SIR H13MPHRY DAVY. — Les derniers Jours d'un Phi- 
losophe. — Entretiens sur la Nature, sur l'Humanité, sur 
TAme et sur les Sciences. Ouvrage traduit de l'anglais et 
annoté. 4* édit.; i vol. in-12 3 fr. 5o c. 







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TABLE DES MATIÈRES. 



AvmTISSBIfllIT . , . . IX 

I. Boudes bt a^rolithbs. Jtelevé des observations de 
bolides et éPaéroUthes faites de 1869 à 1873 3 

Plaie d'aérolithes en Suède le i«' janyier 1869 5 

Aérolithe tombé à Krsehenberg , près Deux-Ponts 

(Palatînat) i4 

Chute d'un aérolithe à Cléguerec (Morbihan) 16 

Bolide traversant la France 24 

Bolide du i*' octobre i86g. Calcul de sa trajectoire. 35 

MouTement de recul présenté par un bolide 46 

Chute d'un aérolithe dans l'Afrique du Nord 5i 

Bolide trayersant l'Angleterre, la France et l'Italie. . 74 

Pierre météorique tombée à Searmont (États-Unis). . 85 

Curieuse yariation de la marche d'un bolide 97 

Aérolithe tombé dans l'Ile de Java 99 

Chute d'un aérolithe à Lancé, canton de Saint-Amand 

(Loir-et-Cher), le 23 juillet 1873 110 

Carte de la trajectoire ii5 

Aérolithe tombé dans la campagne de Rome 1 26 

Le chant d'un bolide 1 27 

xSarte de la trajectoire du bolide romain 1 3 1 

Météore extraordinaire obsenré à l'Ile Maurice i4i 

II. Bolides inexpliqués par leur aspect bizarre et la 
lenteur deleur parcours, — « Bradytb». • « • i43 



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VI TABLE DES MATIÈRES. 

III. Les plus grosses masses tombées du ciel i6o 

Aérolithe de lo^ kilogrammes (Chili). i6i 

Aérolithe de 1 14 kilogrammes (Espagne) 164 

Aérolithe de i38 kilogrammes (Alsace) i65 

Aérolithe de 298 kilogrammes (Hongrie) 166 

Aérolithe de 635 kilogrammes (France) 1G6 

Aérolithe de 700 kilogrammes (Sibérie*) 169 

Aérolithe de 760 kilogrammes (Colombie) 170 

Aérolithe de 780 kilogrammes ( Mexique ) , . . . 171 

Aérolithe de 3ooo kilogrammes (Australie) 174 

Aérolithe de loooo kilogrammes (Chine) 179 

Aérolithe de 20 000 kilogrammes (Suède) 180 

IV. Énormes dimensions de certains Bolides et consé- 
quences de leur chute sur la Terre 182 

V. Sur les explosions des bolides et la chaleur des 
aérolithes 187 

VI. Sur l'occlusion du gaz hydrogène dans le fer mé- 
téorique, 19^ 

VII. Existence d'une matière charbonneuse dans cer^ 
taines météorites 199 

VIII. Les météorites considérées comme engrais 201 

Nombre d'étoiles filantes qui arrivent par an sur la 

Terre 2o3 

IX. La Die apportée sur la Terre par les aérolithes. . 204 
Derniers tràyavx de l'Astronomie, 1871 et 1872 207 

X. La grande pluie d'étoiles du 27 novembre 1872 ef 

la comète de Biéla 207 

Observations faites à Rome 208 

Observations de Moncalieri 211 

Observations de Mâcon 2 1 3 

Observations faites en Norvège 216 

Observations faites en Allemagne 217 



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TABLE DES MATIÈHES. VU 

Obsenrations faites en Suisse aig 

Observations faites dans les États-Unis de Colombie. 233 

La comète de Biéla aa4 

Xï. Comètes aa5 

Comètes obserTées en 1869. 325 

Comètes observées en 1870. Analyse spectrale de la i 

comète I, 1870 327 

Retour de la comète Winnecke a3o 

Comètes observées en 1871 337 

Analyse spectrale de la comète I, 1871 338 

Découvertes astronomiques de G. Tempel 3^3 

XII. ÉcUpses 346 

L'éclipsé totale de Soleil du 13 décembre 1873. . .« . . 346 

Observations faites dans Tlndoustan par M. Janssen. 348 

Les protubérances et la couronne 353 

Constitution chimique de la couronne 957 

Observations anglaises 363 

L'éclipsé annulaire de Soleil du 6 juin 1873 365 

XIII. Étude de la surface du Soleil 366 

Une explosion dans le Soleil 366 

Éruptions solaires observées à Rome 373 

Étude des protubérances et de leurs variations 384 

Taches solaires observées à Palerme.. 390 

Rapports entre les protubérances et les taches 395 

XIV. Conjonction de Jupiter et Uranus le 5 juin 1873. 397 
Comparaison d'Uranus avec les satellites de Jupiter. 3o6 

XV. Observation de la lumière zodiacale 307 

XYI. Sur la chute des planètes dans le Soleil 3 10 



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AYERTISSEMENT. 



Si rÂstronomie est la plus belle et la plus vaste des 
sciences, elle est véritablement aussi la plus progres- 
sive et la plus féconde. Si l'on compare nos connais- 
sances astronomiques actuelles à ce qu'elles étaient il 
y a un demi-siècle, On reste stupéfait de la grandeur 
du chemin parcouru. Les cieux se sont littéralement 
abaissés à la portée de la main humaine, non plus dans 
une simple métaphore, comme du temps où Racine fils 
chantait les découvertes de Galilée, mais bien en réa- 
lité, puisque les étoiles lointaines laissent maintenant 
surprendre au spectroscope leurs secrets les plus mys- 
térieux. Sur la plupart des chapitres de cette science 
immense, X Astronomie populaire d'Ara go n'est plus 
qu'un livre d'histoire, tant les découvertes se sont 
accumulées depuis seulement vingt ans. La question 
des bolides, celle des étoiles filantes, sont transfor- 
mées. Le Soleil d'aujourd'hui n'est plus l'astre qui 
éclairait nos pères. Les comètes sont transfigurées. 



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X AVERTISSEMENT. 

Les planètes commencent à répondre aux points d'in- 
terrogation que la curiosité humaine leur présente de- 
puis si longtemps. Il n'y a plus d'étoiles fixes, et les 
mouvements propres de tous les corps de l'univers se 
révèlent par l'étude de la lumière, lors même qu'ils 
sont restés insensibles pour les mesures les plus pré- 
cises. Les étoiles doubles nous offrent un champ d'in- 
vestigation peu exploré jusqu'ici et riche de per- 
spectives inattendues. Certes, malgré la plus grande 
concision et le meilleur ordre d'exposition que nous 
puissions mettre dans l'enregistrement périodique de 
ces merveilleux progrès, un petit volume comme 
celui-ci ne suffît déjà plus pour le contenir. 

Ce Tome V s'ouvre par l'exposé des observations 
faites en ces dernières années sur les aérolithes 
et les bolides^ ces curieux échantillons des autres 
mondes qui apportent sur notre planète des matériaux 
provenant des régions lointaines de l'espace. C'est la 
fin de la liste commencée dans le tome IV. On y trou- 
vera les exemples les plus variés de ces chutes singu- 
lières, depuis les blocs énormes jusqu'à de la véritable 
poussière météorique. Plusieurs aérolithes sont tom- 
bés sous les yeux d'observateurs étonnés , mais atten- 
tifs : tels sont ceux qui sont tombés le 5 mai 1869 
dans le Palatinat, — le 22 mai 1869 à Cléguérec (Mor- 
bihan), — le 22 décembre 1869 à Mourzouk (Afrique) 
au milieu d'un groupe d'Arabes épouvantés, — le 10 dé- 
cembre 1871 à Bandong (Java), — le 23 juillet 1872 à 
Lancé (Loir-et-Cher), lequel nous a apporté du sel, — 
le 3i août 1871 dans la campagne de Rome. Des bo- 
lides ont été suivis, traversant l'Angleterre, la France et 



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AVERTISSEMENT. XI 

ritalie, sans tomber à la surface de la Terre. Quelques 
apparitions ont offert des circonstances extraordinaires. 

A la suite de cet enregistrement général, on trouvera 
un choix de bolides inexpliqués par leur aspect bizarre 
et la lenteur de leur parcours, auxquels le nom de 
bolides ne convient plus, et qu'il serait utile de classer 
sous une désignation en rapport avec leurs caractères. 

Nous avons présenté ensuite l'histoire astronomique 
des plus grosses masses tombées du ciel sur la Terre, 
et discuté le problème des conséquences possibles de 
la chute de certains bolides dont les dimensions et le 
poids sont considérables. 

Les causes de Texplosion des bolides, l'occlusion du 
gaz hydrogène dans le fer météorique ont été ensuite 
étudias pour compléter la théorie de ces singuliers 
corps célestes. Enfin, pour traiter aussi complètement 
que possible ce sujet, auquel nous ne pourrons consa- 
crer de sitôt une aussi grande place, nous avons ré- 
sumé les recherches faites sur la matière charbonneuse 
que plusieurs ont présentée dans leur sein, et qui est 
un indice bien remarquable de Texistence de la vie 
dans les autres régions de l'espace; plusieurs illustres 
savants ont môme pu, les uns considérer des aéro- 
lithes comme un véritable engrais végétal, les autres 
résoudre l'interminable problème de l'apparition de la 
vie sur la Terre en imaginant qu'elle a pu être ap- 
portée par un aérolithe ! 

Il ne tombe pas moins de i46 milliards à! étoiles 
filantes par an sur la Terre. On sait qu'à certaines 
époques l'observation a constaté des pluies d'étoiles 
véritablement extraordinaires. Telle est celle du 27 no- 



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XII AVERTISSEMENT. 

vembre 187a, dont nous avons exposé les diverses 
observations et les caractères. Ce phénomène a con- 
firmé la théorie de la connexion entre les comètes et 
les étoiles filantes ; il appartient à l'orbite de la comète 
de Biéia, que l'on croyait irrémissiblement perdue 
depuis qu'elle s*est brisée en deux parties. 

On trouvera ensuite Texposé des comètes décou- 
vertes ou observées de 1869 à 1872. Plusieurs ont 
offert au télescope des aspects remarquables. 

Les éclipses de 1871 et 1872 viennent ensuite. La 
plus précieuse pour la science a été Téclipse totale de 
Soleil du 12 décembre 1871, qui a fait définitivement 
connaître la nature de la couronne lumineuse qui en- 
vironne Fastre du jour. 

De toutes les observations faites sur la surface du 
Soleily la plus curieuse est certainement celle de Tex- 
plosion solaire du 7 septembre 1871, faite en Amé- 
rique, et qui a saisi sur le fait un cataclysme effroyable 
dont nos tempêtes terrestres les plus terribles ne peu- 
vent donner aucune idée : des matières enflammées 
lancées dans Tatmosphère solaire par une force volca- 
nique si puissante, que leur vitesse ascensionnelle était 
de 267 kilomètres par seconde, et qu'elles se sont éle- 
vées à plus de 3oo 000 kilomètres de hauteur, pour 
retomber ensuite en pluie de feu sur le Soleil. On 
trouvera cette explosion au Chapitre XUI, avec les 
figures qui raccompagnent ; elle est suivie de Texposé 
des principales explosions solaires, protubérances y 
phénomènes divers observés récemment à TObserva- 
toire du Collège romain, qui parait s'être tout à fait 
consacré au Soleil. 



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AVBRTISSEMEI>ÏT. XIU 

Les planètes Jupiter et Uranus se sont rencontrées 
le 5 juin 1872, dans une conjonction rare, que nous 
avons calculée et observée. C'est l'objet du Cha- 
pitre XIV. 

Vient ensuite une observation de la Lumière zodia- 
cale faite par nous à Paris en 187 1. Le Volume se ter- 
mine par quelques considérations de Mécanique céleste 
élémentaire, relatives au problème de la chute des pla- 
nètes dans le Soleil. On peut, du reste, apprécier Ten- 
semble des sujets traités dans ce petit volume en je- 
tant un coup d'oeil sur la Table des matières. Le 
Tome VI nous fera prochainement pénétrer au sein 
des domaines de l'Astronomie sidérale. 

PariSi juin 18741 



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DERNIERS TRAYAUX 

DE L'ASTRONOMIE. 

1871 ET 1872. 



Flammarion, — V. 



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DERNIERS TRAYAUX 

DE L'ASTRONOMIE. 

1871 ET 1872. 



BOLIDES ET AÉROUTHES. 



BXLEV± BE8 OBSERVATIONS Dfi BOX.XBES 
ET D'AÉROUTBES. 186d A 1872. 

Nous avons relevé, dans notre précédent volume, les 
curieuses observations de bolides et d*aérolithes faites 
pendant les années i866, 1867 et 1868. Nous conti- 
nuerons ici cet enregistrement de phénomènes encore 
mystérieux et dont le rôle dans l'histoire du ciel est 
peut-être plus important qu'il ne le paraît. Depuis 
quelques années surtout, les observations sont deve- 
nues plus attentives, plus nombreuses, et par consé- 
quent plus intéressantes. L'étude des aérolithes con- 
stitue en quelque sorte une nouvelle branche de la 
Mécanique céleste. Il est certain que chaque année la 
Terre rencontre des millions d'étoiles filantes, des 
milliers de bolides, et reçoit sans doute des cei*^"'- 



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4 DEfiNIERS TBAVAUX DE L' ASTRONOMIE. 

d'aérolithes, dont la plupart, tombant dans TOcéan, 
qui recouvre les trois quarts du globe, ou sur des 
contrées sauvages inhabitées, restent inconnus. Si les 
étoiles filantes présentent, dans les lois qui les régis- 
sent, une certaine analogie avec les comètes, les aéro- 
lithes, de leur côté, semblent vraiment des fragments 
de mondes détruits, comme on le suppose depuis un 
demi-siècle. Mais de quel naufrage sont-ils les débris? 
Sont-ils frères d'origine et proviennent-ils d'un seul 
astre brisé? Sont-ils les épaves de plusieurs corps cé- 
lestes qui jadis existaient dans les régions de l'espace 
que nous traversons? Appartiennent-ils à notre sys- 
tème planétaire, ou bien, comme l'étude de l'orbite de 
certains bolides semblerait le montrer, sont-ils étran- 
gers à notre famille solaire? Viennent-ils du fond de 
rétendue, ou les rencontrons-nous dans notre route 
sidérale à travers Vimmensité? Ce sont là autant de 
questions qui s'élèvent dans l'esprit pensif lorsque, au 
milieu du silence de la nuit étoilée, nos yeux sont su- 
bitement attirés par la lueur problématique d'un sillon 
de feu qui naît et meurt au-dessus de nos têtes. Pour 
les résoudre, il faudra de longues observations encore, 
de minutieuses analyses, et le plus grand intérêt des 
astronomes doit être, avant tout, d'enregistrer soi- 
gneusement ces observations, afin de pouvoir établir 
des comparaisons fécondes. 

Rappelons, avant d'entrer dans cette étude géné- 
rale, que nous enregistrons toutes les chutes d'aéro* 
lithes qui sont parvenues à notre connaissance, avec 
les détails circonstanciés que les témoins ont pu four- 
nir; mais que, pour les bolides, nous n'enregistrons que 



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BOLIDES ET AÉROLITHES. 5 

ceux dont l'ëclat surpasse celui de Vénus et de Jupiter. 
Sans cette limite, il nous faudrait relever toutes les 
étoiles filantes; et comme il ne se passe guère de nuits 
sans qu'on n'en observe plus ou moins, un livre du 
format de celui-ci serait à peine suflBsant pour con- 
tenir cette liste. Or ce ne sont pas les observations 
en elles-mêmes qui constituent l'intérêt de nos revues 
annuelles des derniers travaux accomplis par rAstro- 
nomie, mais bien le résumé et les parties saillantes du 
travail général. C'est pourquoi notre premier soin est 
de mettre en relief les points importants ou curieux qui 
se montrent au-dessus du niveau moyen du travail 
permanent des observatoires. 

Voici donc les observations faites sur les bolides 
et aérolithes pendant ces dernières années. Ces obser- 
vations seront suivies d'un résumé des théories fon- 
dées récemment sur l'analyse de ces échantillons des 
autres mondes. 

UBS MÊTiKMUTSS OB L'AmrfDD &869. 

Cette année s'inaugura, dès son premier jour, par 
une chute d'aérolithe, arrivée en Suède, et qui fut re- 
marquable surtout par l'extrême exiguïté des météo- 
rites ramassées à la surface du sol. Dans le cours entier 
de Tannée, on compte cinq chutes (i*"" janvier, 5 mai, 
22 mai, 19 septembre et 25 décembre), plus trente- 
trois autres observations principales de bolides qui 
n'ont pas laissé de spécimens dans la géologie célesl^. 



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6 DERNIERS TRAVAUX DE l'ASTRONOMIE. 

§1- 
AéroHthes tombés en Suèdo. 

Le i*^*" janvier 1869, une demi-heure après le pas- 
sage du Soleil au méridien, on entendit à Stockholm 
un bruit aussi fort que celui d'une lourde pièce de 
canon que Ton aurait déchargée dans le lointain. Le 
même phénomène se produisit à Upsal, à Furnsund et 
dans plusieurs villages des bords du lac Mœlar, ainsi 
qu'à la forteresse de Washolm. 

On crut, au premier moment, qu'il s'agissait d'une 
nouvelle explosion de nitroglycérine; mais on apprit 
bientôt que plusieurs pierres météoriques étaient 
tombées, ce jour-là, dans la propriété du comte d'Essen, 
dans rUpland. 

D'un autre côté, des paysans qui revenaient du ser- 
vice divin et qui passaient sur le bord d'un petit lac, 
au sud d'Upsal, entendirent trois fortes détonations 
au-dessus de leur tête, et virent, un instant après, 
tomber un certain nombre de pierres sur la surface 
glacée du lac. Ils en ramassèrent plusieurs qu'ils trou- 
vèrent encore chaudes. Quelques autres avaient brisé 
la glace et s'étaient enfoncées dans l'eau, ou bien elles 
avaient conservé assez de calorique pour faire fondre 
la glace sur laquelle elles reposaient. 

Les pierres que l'on a ramassées avaient des angles 
aigus et tranchants. L'intérieur a l'aspect des roches 
de grauwacke du pays ; la croûte extérieure est d'une 
couleur foncée, comme si elles avaient été exposées à 
une chaleur violente. Les plus grosses qui aient été 



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BOUDES ET AÉaOLITHES. 7 

recaeillies ont le volume du poing; d'autres ne sont 
pas plus volumineuses que des noix. Quelques-unes 
sont tombées si près des paysans qui se rendaient à 
l'église, qu'elles ont été immédiatement ramassées. On 
a envoyé à Stockholm une douzaine de fragments, qui 
ont été reconnus être de vraies pierres météoriques. 
Dans une Note présentée le i4 juillet à la Société 
des Sciences de Gœttingue, M. Nordenskiold, parlant 
des météorites tombées à Hessle, le i'' janvier 1869, si- 
gnale une particularité toute nouvelle et très-intéres- 
sante, si elle se confirme, a Pour en rassembler le plus 
possible, dit- il, j'en avais offert un prix élevé et avais 
excité ainsi les paysans à chercher avec soin. Ils se 
plaignirent que beaucoup de pierres, tombées sur la 
glace ou sur la neige, étaient perdues, parce qu'elles 
s'étaient réduites en poussière noire ou noir brun, 
que l'on retrouvait çà et là. Je voulus me faire appor- 
ter aussitôt des preuves de la réalité de cette pous- 
sière, mais la chute de la neige, peu après le phéno- 
mène, ne permit pas d'abord d'en retrouver, et ce n'est 
que vers le printemps, après la fonte des neiges, que 
je réussis à en obtenir un peu d'un paysan, trop peu 
pour pouvoir en faire une analyse chimique complète, 
assez pour prouver son origine météorique et pour 
pouvoir en déterminer la composition chimique essen- 
tielle. La découverte de la poudre carbonifère n'est 
due qu'à cette circonstance que la chute des météorites 
d'Hessle s'est faite sur la neige fraîchement tombée, 
dont la surface blanche fit remarquer ce corps étran- 
ger; il est très-probable, pour moi, que des substances 
carbonifères accompagnent la plupart des météorites 



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s DERNIERS TRAVAUX DE L^ASTRONOMIE. 

qui tombent, et qu'elles concourent à Tapparition do 
la lumière ordinairement liée à ce remarquable phé- 
nomène. » 

Le a février, M. Borrelly, astronome de TObserva- 
loire de Marseille, a observé un magnifique bolide qui 
a brillé d'un éclat supérieur à celui de Jupiter pendant 
deux secondes. Il a fait son apparition près d'Aldébaran^ 
à 8** 26"", et s'est éteint au-dessus de Jupiter; il élait de 
couleur rouge et a laissé une belle traînée derrière lui. 

Le même jour, à 10 heures du soir, M. Roussaune, 
de Bordeaux, signale une magnifique étoile filante, 
comparable à Vénus dans son plus grand éclat. 

Ce météore apparut à 35 degrés environ au-dessus 
de l'horizon, marchant de l'ouest-nord-ouest à l'est- 
sud-est, et s'éteignit à i5 degrés environ. 

Son mouvement était très-lent et sa couleur était 
d'un blanc éclatant. 

§3. 

Le8février,àio**3o" du soir (heure de Paris), M. A. 
Tissot a observé, à Nancy, un bolide qui a décrit, en 
deux secondes et demie, un arc très-peu courbe et sen- 
siblement parallèle à l'horizon. Il est passé au-dessous 
des Pléiades, à une distance de ce groupe d'étoiles plus 
petite de I ou 2 degrés que celle de a à s Orion. Le 
point du ciel où l'apparition a commencé se trouvait 
à une vingtaine de degrés à gauche du vertical des 
Pléiades. Avant d'avoir atteint ce point, le bolide 
était caché par un mur. Il a semblé s'éteindre à 5 ou 
6 degrés à droite du même vertical. 



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BOUDES ET AÉROLITHES. 9 

11 était rougeâtre, peu brillant et offrait un dia- 
mètre apparent de quelques minutes. Derrière lui s'al- 
longeait, sur une étendue d'au moins 20 degrés, 
une mince traînée lumineuse de couleur blanche, dont 
chaque portion persistait pendant deux secondes en- 
viron. 

§4. 

M. Borrelly, de Marseille, écrit qu*il a observé, le 
24 février, un magnifique bolide qui a brillé d'un éclat 
supérieur à celui de Jupiter pendant 2% 5. Il a fait son 
apparition près d'Aldébaran, à 8''26", et s'est éteint 
au-dessus de Jupiter ; il était de couleur rouge et a 
laissé une belle traînée derrière lui. 

§5. 

Le 2 mars au soir, M. Roussaune, de Bordeaux, 
a observé un bolide d'un grand éclat, d'une couleur 
blanche, nuancée de vert, et paraissant courir à la sur- 
face de la Terre. Le bolide s'est éteint dans la Grande 
Ourse, qui, à cause de l'heure, se trouvait à l'est du 
pôle. L'apparition a eu deux temps bien marqués. 
Pendant le premier, quia duré deux secondes, il y a eu 
flamboiement, et dans le second, qui n'a duré qu'une 
seconde, le bolide n'avait plus que l'apparence d'un 
corps rouge. Pendant cette seconde période, le bolide 
s'est divisé en plusieurs fragments, sans qu'on ait en- 
tondu aucun bruit ni remarqué de trace d'explosion. 



1. 



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10 DERNIERS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIE. 

S 6. 

J'ai observé moi-même à Paris, le vendredi 4 mars, 
à 10*" 20" du soir, un bolide d'un très-vif éclat. Il avait 
une teinte verte. Son diamètre apparent. était à peu 
près la moitié de celui de la Lune. Sa trajectoire était 
dirigée du sud -sud-est au nord-nord-ouesr. Cette ap- 
parition n'a guère duré que deux secondes. Je me 
trouvais rue de Rivoli, et les hautes constructions 
m'ont empêché de rapporter la trajectoire à des étoiles. 

§7. 

Le a7 mars, à 9** 55" du soir, M. Laussedat, passant 
sur le pont de la Tournelle, à Paris, vit un bolide, d'un 
éclat et d'une grosseur remarquables, traverser le ciel, 
en se dirigeant du nord-ouest au sud-est. 

Il fit son apparition entre la constellation de la 
Chèvre et celle des Gémeaux , traversa cette seconde 
constellation, puis celle du Cancer, en laissant Procyon 
au-dessous de lui, et alla disparaître dans le voisinage 
de la tète de l'Hydre. La durée du phénomène a été de 
quatre ou cinq secondes au plus. L'amplitude de la tra- 
jectoire apparente du bolide peut être portée à 40 de- 
grés au moins ; au surplus, voici les coordonnées de 
trois points remarquables de cette trajectoire : 

jR D 
ti m 
Point de Tapparîtion 6.33 36° boréale. 

Point d'intersection avec l'écliptique. 7.86 21 boréale. 
Point de la disparition 8 . 34 o 

Au premier moment, le diamètre apparent du noyau 

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BOLIDES ET AÉROUTHES. II 

incandescent était presque le même que celui de Mars, 
qui se trouvait dans le voisinage et qui a servi de 
premier terme de comparaison ; mais l'éclat du bolide 
était bien supérieur à celui de toutes les lumières arti- 
ficielles qui couvraient les ports et les quais. De ce 
noyau partaient des étincelles qui formaient derrière lui 
une brillante traînée. Son volume apparent augmentait 
sensiblement, et, quand il arriva à Textrémité de sa 
course, il fut facile de le comparer à la Lune au plein, 
qui en était un peu éloignée ; son diamètre égalait i 
ou i dé notre satellite. Le noyau avait une couleur 
rouge prononcée, et il était entouré d'une sorte d'atmo- 
sphère blanche d*un très-vif éclat. L'effet général était 
tout à fait analogue à celui d'une magnifique fusée d'ar- 
tifice. L'extinction s'est faite sans bruit et sans explo- 
sion sensible. Le ciel était en grande partie couvert de 
nuages légers, à travers lesquels on pouvait reconnaître 
les constellations indiquées; mais l'impression de l'ob- 
servateur a été que le bolide avait dû rester, pendant 
toute la durée de son apparition, au-dessous de la ré- 
gion des nuages. 

§8. 

Étant, le 8 avril, à 10*40" du soir, sur le boulevard 
Bonne-Nouvelle, M. Silbermann aperçut du côté de 
l'est, à 25 ou 3o degrés au-dessus de l'horizon, un bo- 
lide filant du sud au nord avec une extrême lenteur, 
n mit plus de deux secondes pour parcourir un arc 
d'environ 5o degrés. Son diamètre apparent était en- 
viron J ou I de celui de la pleine lune. Il ressemblait 
à un globe dépoli parfaitement rond, n'offrant pas une 



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12 DERNIERS TRAVAUX DE l'aSTRONOMIB. 

lumière éblouissante. Sa couleur variait du blanc au 
bleuâtre. 11 ne laissa aucune trace de son passage. Tl 
disparut, sans avoir encore fait explosion, derrière les 
toits des maisons; on n'entendit aucun bruit. C'est la 
seconde fois que l'observateur ait vu un bolide sans 
queue et sans conflagration. Ce phénomène est du reste 
très-rare. 

§9. 

Le P. Denza écrit de Moncalieri : 

Parmi les quarante météores qui furent observés le 
soir du 1 1 avril, deuxfurent très-remarquables par leur 
beauté extraordinaire. 

Le premier s'alluma à lo^i"* près de <p Lion (ascen- 
sion droite : 167°; déclinaison : — 3**) et s'éteignit dans 
le voisinage de S Corbeau (ascension droite : 185*^; 
déclinaison : — 15°). Son teint était verdâtre. Il s'a- 
vança lentement, décrivant une trajectoire courbe et 
en spirale. 

Le second, plus resplendissant encore que le pre- 
mier, commença à se voir à 10** 35"* près de n Grande 
Ourse (ascension droite -.204**; déclinaison : -f- 3o°) et 
disparut près de r. Bouvier ( ascension droite : 227* ; 
déclinaison : + So""). Son noyau était très-brillant; sa 
grosseur apparente égalait celle de Jupiter. Sa traînée 
fut très-lumineuse et persistante ; sa couleur tenait du 
rougeâtre et du verdâtre. Sur la fin de sa course, qui 
avait été très-lente, le météore s'ouvrit comme une 
grenade. 

La lumière qui jaillit de ces deux météores fut si 
vivo et leur marche si lente, que led sept observateurs 



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BOLIDES ET AÉROLITHEâ. l3 

qui se trouvaient sur la terrasse purent Tapercevoir, 
quoique tournés vers un autre côté du ciel. 

Mais ce qu'il importe le plus de remarquer, c'est que 
le même soir M. Zezioli, de Bergame, digne amateur 
de cette branche de la Physique céleste, remarqua, lui 
aussi, deux météores aux mêmes heures, savoir : lo^'g" 
et io**4a"* (temps moyen de Bergame qui se trouve à 
environ 8 minutes de temps à Test de Moncalieri). 

Le premier, parti de Régulus (ascension droite: 
148"; déclinaison : -+- 9"), disparut entffe v et x Hydre 
(ascension droite : i44°3i'; déclinaison :--l3^ 

e second se décocha entre 7 et Ç Lion ( ascension 
droite : i47*; déclinaison : -+- 26*), et alla s'éteindre dans 
le Cancer (ascension droite : i36® ; déclinaison : + 17°). 

Or, en prolongeant la trajectoire du premier météore 
vu à Moncalieri, on vient à la faire passer presque exac- 
tement sur le point où apparut le premier météore 
observé par M. Zezioli, et les prolongements des deux 
derniers météores de Moncalieri et de Bergame se ren- 
contrent dans la position du ciel où, suivant Greg et 
Herschel, se trouve le point d'irradiation de l'un des 
systèmes météoriques du mois d'avril. A Bergame, éga- 
lement, le second météore se montra plus resplendis- 
sant que le premier, mais ils diffèrent tous les deux 
de ceux de Moncalieri, soit par leur couleur qui fut 
rouge enflammé, soit par leur marche qui fut rapide. 

La période connue du 19-ai avril fut assez copieuse en 
bolides cette année-là. Le malin du 21 avril, le P. Denza 
etd'autres observateurs comptèrentquatre-vingt-quatre 
météores, généralement beaux et radieux, dans la région 
céleste située dans le voisinage a de la Lyre. 



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I4 DfifiNIBRS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIE. 

Le 28 avril, à 10** 1 5™ du soir, M. Richard, insti- 
tuteur à Pontpierre (Moselle), revenant de la gare de 
Faulquemont, vit un très-brillant météore qui décrivit 
une superbe trace lumineuse au ciel. L'arc visible qu'il 
a décrit avait son milieu au zénith, et s'est terminé à 
Fouest à une distance de 45 degrés de l'horizon, après 
avoir décrit un arc de 90 degrés. Le noyau pouvait égaler 
en grosseur et en intensité de lumière au moins quatre 
fois celles de Jupiter. La trace était extrêmement bril- 
lante et a persisté environ pendant quatre secondes. 

§11. 

Chute météorique du Kraehenberg près Deux-Ponts 

(Palatinat). 

Le 5 mai, à 6** 3a"* du soir, on entendit, par un ciel 
serein, une violente détonation, puis un bruit confus 
suivi d'une détonation plus violente encore. Quel- 
ques témoins ont aperçu un globe de feu. Les obser- 
vations faites avec une certaine attention concourent à 
faire présumer que la météorite de Kraehenberg, tant 
qu'elle suivait encore sa trajectoire cosmique, faisait 
partie de l'essaim météorique dont le point de radiation 
est situé près de Tétoile S de la Vierge. La météorite 
s'enfonça dans le sol jusqu'à une profondeur de o",63. 
Le bruit occasionné par la vitesse de cette chute fut 
tel, qu'il fit une vive impression nerveuse sur les per- 
sonnes qui se trouvaient dans le voisinage. Le son en 
fut entendu dans un rayon de treize milles allemands. 

L'aérolithe fut déterré encore chaud par des personnes 



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l'aérouthe de kraehenberg (5 MAI 1869). l5 
des environs, qui en enlevèrent un fragment. Le reste, 
pesant 1 7 kilogrammes, se trouve présentement au musée 
de Spire. Ce fragment de monde inconnu est entouré 
d'une croûte émaillée, comme il arrive ordinairement. 
11 appartient à la division des chondrites (voir plus 
loin) et se distingue surtout par un grand nombre de 
sillons. On y voit des filons de fer nickélifère et des 
plaques spéculaires de fer comme dans Taérolithe de 
Pultusk, avec lequel celui-ci offre une grande analogie 
quant à l'aspect de sa cassure. Il y a aussi beaucoup 
de fer magnétique. 

§ 12. 

Le même jour, un autre bolide fut aperçu en Italie 
par le P. Denza, dont voici la relation : 

« Le soir du 5 mai courant, lorsque nous venions de 
terminer nos observations accoutumées sur les étoiles 
météoriques, deux de nos observateurs, restés encore 
là pour explorer le ciel, aperçurent vers ii'^So" (temps 
moyen local) un beau météore de la grandeur de Jupi- 
ter. Il s'alluma tout à coup près de l'Épi de la Vierge 
et se dirigea avec une vitesse modérée vers 7 Hydre. 
Celle-ci avait été couverte, peu auparavant, de nuages 
qui s'étendaient comme un voile obscur sur l'horizon 
sud-ouest. La couleur de ce météore était rougeàtre ; 
il déployait une queue scintillante et lumineuse, sem- 
blable aux grosses fusées de nos feux d'artifice. Arrivé 
au tiers de sa course, il se replia sur lui-même, et s'a- 
baissa assez pour pouvoir passer devant les susdits 
nuages, dont le fond noir le fit ressortir davantage. Il 
s'éteignit à si peu de distance du sol que, par une illu- 



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l6 DERNIERS TRAVAUX DE l'aSTRONOMIE . 

sion d'optique, un de nos observateurs crut qu'il l'avait 
réellement touché. 

» Ce fait n'est point nouveau : je l'ai moi-même ob- 
servé autrefois. Cela montre une fois de plus que les 
météores lumineux peuvent descendre jusqu'à très-peu 
de distance de la Terre, sans toutefois éclater ni causer 
de pluie de météorites. » 

§13. 
Chute d'un aérolithe à Cléguérec (Morbihan). 

Le M mai, à g^So™ du soir, à Lorient, par un temps 
calme et très -clair, M. Perrey aperçut un bolide 
d'environ lo minutes de diamètre apparent (ou à peu 
près i de celui de la Lune). Il apparut dans le sud-ouest, 
à 40 degrés environ au-dessus derhorizon.il se dirigea 
avec une vitesse uniforme vers le nord-est, en laissant 
après lui une traînée lumineuse d'une teinte bleuâtre 
et jouge sur les bords. Au bout de trois ou quatre 
secondes, il éclata à 3o degrés environ au-dessus de 
Thorizon, en jetant des étincelles et, peu après (quel- 
ques personnes disent deui: à trois minutes), on enten- 
dit une détonation semblable à celle d'un coup de canon 
tiré à une certaine distance, mais prolongée. 

Puis, vers minuit et demi, une personne affirme en- 
core avoir entendu une nouvelle détonation accompa- 
gnée d'une lueur vive dans le sud, ou du côté de l'île 
de Groix, 

M. Bourdillon écrit de la même ville : 

« Le 22 mai dernier, à 9''5o" du soir, par un temps 
calme et très-clair, un bolide, ayant l'apparence d'un 
globe flamboyant, s'est fait voir dans le sud-ouest, à 



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l'aÉROUTHE de CLÉGUÉREC (22 MAI 1869). I7 

environ 4o degrés au-dessus de l'horizon. Le météore 
s'est dirigé d'une vitesse uniforme vers le nord-est, en 
laissant après lui une traînée lumineuse de couleur 
bleuâtre et rouge sur les bords. Après trois à quatre 
secondes, il a éclaté à environ 3o degrés au-dessus de 
l'horizon, en crépitant et en jetant des étincelles. Deux 
ou trois minutes après, on a entendu une détonation 
semblable à celle d'un coup de canon tiré d'une certaine 
distance, mais plus prolongée. » 

M. Arrondeau écrit de Vannes : 

c Samedi dernier, 22 mai courant, à 9''45°* du soir 
environ, j'étais occupé à lire lorsqu'une détonation 
sourde, comme celle d'une mine éloignée, secoua for- 
tement les fenêtres de l'appartement. Je prêtai l'oreille 
alors et j'entendis fort distinctement, pendant quelques 
secondes, un bruit sourd et prolongé comme le roule- 
ment d'un tonnerre lointain, ou mieux comme le bruit 
qui accompagne un tremblement de terre. Je sortis 
aussitôt : le ciel était pur et sans nuage ; il n'y avaii 
pas possibilité de croire à un coup de tonnerre; je 
m'arrêtai à l'idée d'une explosion lointaine, mais formi- 
dable, comme celle de la poudrière de Lorient. 

T> Le lendemain je m'empressai d'aller aux rensei- 
gnements et j'appris que, à l'heure indiquée, un bolide ^ 
de grande dimension avait été vu vers le nord-est. " 
L'explosion a été entendue par beaucoup de personnes ; ' 
quelques-unes, déjà endormies, ont été éveillées et ont 
cru à une secousse de tremblement de terre ; celles qui 
étaient dehors ont été éblouies par une vive clarté qui 
les a fort effrayées. 

» Je regrette de n'avoir pu recueillir des renseigne- 



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I8 DERNIERS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIE. 

ments précis et concordants ni sur l'aspect du météore, 
ni sur la marche qu'il a suivie, ni sur les phénomènes 
lumineux qui ont pu accompagner Texplosion; mais j*a 
cru utile de constater, par mon observation person- 
nelle, rénergie de la commotion qui a fortement agité 
mes fenêtres, et le roulement lointain qui n'était sans 
doute que Técho de la détonation produite dans les 
hautes régions de l'atmosphère. 

» Nota. — J'apprends, d'une manière positive, que 
l'aérolithe du 1% mai est tombé à Gléguérec, au nord- 
ouest de Pontivy. 

» Je fais des démarches pour en obtenir des frag- 
ments. J'aurai l'honneur de vous les adresser avec une 
Note aussi complète que possible sur les circonstances 
de la chute. » 

D'après ces recherches, voici les circonstances prin- 
cipales de cette chute. 

Tous les observateurs sont d'accord sur l'éclat extra- 
ordinaire du météore. Â Belle-Isle « il affectait la forme 
d'une boule d'un rouge de plus en plus vif » ; à la Tri- 
nité, il s'est montré « sous la forme d'un globe de feu 
conique, d'une grosseur apparente égale à celle de la 
Lune, dont il effaçait la lumière par son éclat; il était 
suivi d'une traînée lumineuse ». A Caudan et à Clé- 
guérec, on l'a vu lançant des étincelles ; à Riantec « les 
environs parurent embrasés par un feu bleu, blanc, 
rouge, violet ». On peut rapprocher ces variations des 
deux fusées de différentes couleurs observées à la Tri- 
nité. (Dans la Lettre, déjà citée, M. Bourdillon men- 
tionne aussi une traînée lumineuse bleuâtre et rouge 
sur les bords.) 



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l'AëHOLITHE de CLÉGUÉREC (22 MAI 1869). 19 

C'est au village de Keranroué, à 2 kilomètres à Tes» 
du bourg de Cléguérec, arrondissement de Pontlvy, 
que Taérolithe est tombé. « Le village parut tout en 
feu, disent les paysans entendus par M. Poliguin, 
percepteur à Cléguérec. Un sifflement prolongé se fit 
entendre et fut suivi d'une détonation; la secousse 
imprimée au sol fit trembler les habitations; les arbres 
firent aussi entendre un bruit effrayant. Il semblait que 
tout venait à bas. » Le lendemain matin, des paysans 
virent la terre soulevée et fraîchement remuée dans une 
prairie située à quelques mètres d'une habitation. Ils 
fouillèrent et retirèrent du sol un bloc de pierre noi- 
râtre, du poids de 5o kilogrammes, qui s'y était enfoncé 
à I mètre de profondeur. Malheureusement on voulut 
savoir si une pierre tombée de la Lune ne contenait 
pas de l'or ou de l'argent, et on la brisa à coups de 
masse. Voyant que l'intérieur ressemblait à une pierre 
ordinaire, on s'en partagea quelques fragments, comme 
souvenir ; les morceaux les plus pesants furent aban- 
donnés sur les lieux, où ils furent recueillis le lende- 
main par les habitants du bourg de Cléguérec, attirés 
par le bruit de l'événement; M. Poliguin possède un 
de ces fragments qui pèse encore i6''^,5o. 
' D'après le témoignage des personnes qui l'ont retiré 
de la terre et la vue des fragments conservés, l'aéro- 
lithe avait, au moment de la chute , une forme irré- 
gulièrement conique. Le sommet était arrondi, la base 
sensiblement plane, la partie inférieure présentait un 
évasement d'un seul côté. Sa surface était recouverte 
d'une croûte brune, sur laquelle on voyait quelques sil- 
lons. Sa forme générale çépond à lobservation de l'insli- 



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10 DERNIERS TRAVAUX DE l' ASTRONOMIE. 

tuteur de la Trinité, qui qualifie le bolide de globe de 
feu conique. En admettant que la partie la plus étroite 
marchât en avant, Tévasement de la partie postérieure 
s'expliquerait par l'écoulement à l'arrière et à la partie 
inférieure de la couche en fusion qui a formé le vernis 
superficiel. 

En résumé, la direction du bolide était du sud-ouest 
au nord-est. A Riantec, « le météore rasait les arbres 
et les maisons, et beaucoup de personnes ont prétendu 
ravoir vu tomber vers le nord du bourg ». Les mêmes 
apparences se sont produites à Gaudau. Si Ton ajoute 
que la détonation semble s'être fait entendre plus for- 
tement que partout ailleurs à Riantec, où on la compare 
« à un coup de canon du plus fort calibre», et que, 
dans la même localité, la clarté a été assez vive pour 
illuminer les villages environnants, de manière à faire 
croire à un incendie, on peut admettre que l'aérolitbe 
a passé dans le voisinage de Port-Louis et de Lorient, 
ce qui, avec le lieu de la chute, détermine la direction 
du sud-ouest au nord-est. 

Explosion, — Partout l'apparition du météore a 
été suivie d'une explosion plus ou moins forte. A 
Vannes, on a entendu une détonation sourde analogue 
à celle que produit l'explosion d'une mine et qui à 
fortement ébranlé les fenêtres ; elle a été suivie d'un 
roulement prolongé comparable à celui d'un tonnerre 
éloigné et qui n'était certainement que l'écho de la dé- 
tonation aérienne, répété, dans le silence de la nuit, 
par les accidents de la surface du sol. Le temps était 
calme, le ciel très-pur, la Lune, âgée de onze jours, 
brillait d'un vif éclat. A la Trinité, la détonation a été 



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L'AÉROLirnE DE CLÉGDEREG (22 MAI 1869). 21 

comparée à celle d'un coup de canon, la secousse a 
détaché un carreau d'une fenêtre; à Belle-Isle, l'explo- 
sion a été assez faible ; à Riantec, elle a été très-violente. 
Ici se place une observation intéressante de l'insti- 
tuteur de la Trinité, M. Miny, témoin oculaire du 
phénomène : « Une seconde avant l'explosion, le bo- 
lide s'est divisé en deux fusées brillantes et de diffé- 
rentes couleurs, semblables à des feux d'artifice. Une 
des fusées a disparu vers le nord avant d'atteindre 
l'horizon; l'autre, continuant sa traînée lumineuse, 
s'est dirigée vers l'est. » Cette observation paraît avoir 
une grande importance. Il est difficile d'expliquer l'ex- 
plosion autrement que par une rupture de bolide qui 
vole en éclats. D'après l'observation de la Trinité, on 
peut admettre que, au moment de l'explosion, Taé- 
roUthe s'est brisé en deux fragments, dont l'un est 
allé tomber à Cléguérec, tandis que l'autre prenait sa 
direction sur l'est. Cette dernière partie de l'hypothèse 
concorderait avec l'observation de Belle-Isle, ot le mé- 
téore a été vu se dirigeant vers le sud-est, 

§14. 

M. Quételet a donné à l'Académie de Belgique la des- 
cription d'un bolide apparu le3i mai. Vers n*i5* du 
soir, un brillant météore a traversé le ciel, dans le sud- 
ouest de Bruxelles. Il était de forme allongée dans le 
sens de son mouvement (en poire, a dit un spectateur), 
mais ceci peut n'être qu'une illusion d'optique. Sa cou- 
leur était blanc jaunâtre, et la traînée qu'il laissait der- 
rière lui, rouge d'abord, devenait plus loin d'une teinte 



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22 DERNIERS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIE. 

verdâtre. La clarté projetée par ce météore était si 
intense, qu'un observateur, placé près d'une fenêtre 
au nord, a cru voir un vif éclat. 

D'après les données fournies par une personne qui, 
malheureusement, n'a pas l'habitude des observations, 
le premier point où le bolide a été vu peut être estimé 
à 4^ degrés de hauteur et par 20 degrés d'azimut de 
Touest vers le sud. Il a disparu derrière des arbres, 
par environ 35 degrés de hauteur et dans une direction 
plein ouest. 

La trajectoire parcourue était très-courbe et le dia- 
mètre du bolide a paru égaler à peu près le demi-dia- 
mètre apparent de la Lune. 

Différents journaux ont annoncé Tapparition du même 
phénomène à Verviers, à Tournay, à Stavelot et dans 
plusieurs autres localités du pays. 

Le même bolide a été vu en France. Ainsi on l'a vu 
à Albert (Somme), tombant perpendiculairement du 
côté de l'est-sud-est. Au moment où on l'a aperçu, il 
était à environ 5o degrés au-dessus de Thorizon. La 
grosseur, rapporte M. Comte, était à peu près du demi- 
diamètre de la Lune, sa couleur blanche et très-vive ; 
il en partait des jets d'étincelles comme d'une fusée de 
feu d'artifice. Il tombait assez lentement et a été vu 
pendant cinq à six secondes ; on n^a pas entendu de 
bruit. 

' M. Sénéchal, instituteur à Pontarmé, rapporte que 
le même jour, vers 11 heures et quelques minutes du 
soir, on a observé un bolide d'un éclat éblouissant, of* 
frant à la fois du bleu et du rouge. Il se dirigeait du 
sud-est au nord-ouest et, suivant une impression ha- 



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BOLIDE ^U EN FRANCE ET EN BELGIQUE. 23 

bituelle, l'habitant crut qu'il était tombé dans la com- 
mune. Ce bolide a également été vu à Versailles et 
à Paris. M. Rilimot écrit de ce dernier point à l'Asso- 
ciation scientifique : 

a Un météore splendide s'est présenté lundi, 3i mai, 
à ii*'i4", au moment où je rentrais chez moi en sui- 
vant le boulevard de la Villetle, que j'habite; j'étais 
dans la direction du méridien et je faisais face au 
nord. 

» Tout à coup, devant moi et à environ 6 ou 8 degrés 
à l'ouest, à peu près dans la constellation de la Girafe 
et à la hauteur des trois étoiles de la base de Gassiopée, 
parut naître en ce point du ciel un globe lumineux gros- 
sissant rapidement presque sur place, jusqu'à atteindre 
en diamètre plus de moitié de celui de la pleine Lune, 
dont il avait au moins l'intensité d'éclat et de lumière, 
car le sol et les maisons furent vivement éclairés. » 

Le météore traversa là constellation de Persée, se 
dirigea vers le Taureau, laissant derrière lui une traînée 
blanche. Il changea alors de couleur et devint d'un 
rouge assez vif; puis il s'éteignit avant d'atteindre l'ho- 
rizon. Le tout dura cinq à six secondes. 

§ 15. 

U. Kosmann, aide-médeoin de la Marine, a observé 
tm magnifique bolide vert, le 6 juin, à 8** 5™ du soir, 
temps vrai du bord, par S'*4i' nord et 9'»4i' ouest. 

Ce bolide est apparu dans le nord, s'est élevé, en 
passant dans l'ouest, à une hauteur de i5 degrés et 
est redescendu en s'éloignant dans le sud. Il a décrit 



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24 DEfiNIEES TRAVAUX DE l'ASTRONOVIC 

I20 degrés autour de Thorizon en cinq à six secondes 
de temps... Son diamèlre était environ le quart de 
celui de la Lune lorsqu'on la voit à Toeil nu, au mo- 
ment de son passage au méridien. 

/ S 16. 

Le 17 juin, vers 8 heures et demie du soir, un bo- 
lide trôs-remarquable a été vu à Marseille, à Nar- 
bonne, à Âix-les-Bains, à Annecy, à Montpellier, à 
Briançon. 

M. Borrelly, à Marseille, a vu ce même jour trois 
météores. Le premier, à 8** 34°*, avait 8 à 10 minutes 
de diamètre environ, présentait une belle couleur 
blanche, et son éclat était, par moments, comparable 
à celui de la Lune ; il laissait derrière lui une magni- 
fique traînée qui disparaissait peu après. Il se déta- 
cha à environ i5 degrés au-dessous de rhorizon à 
l'ouest-nord-ouest, passa près de la Polaire et dispa- 
rut à la hauteur de la constellation du Cygne. 

C'est ce bolide qui fut aperçu dans les villes que 
nous avons désignées plus haut. 

Le deuxième bolide, que M. Borrelly observa à Mar- 
seille, brilla à iS'^ia"' dans le sud de la constellation 
du Capricorne. Il était blanc, présentait une magnifique 
traînée brillante, et avait l'apparence d*une grande 
comète ; il persista plus de dix-huit minutes, pendant 
lesquelles on eut tout le temps de l'observer. 

Le troisième bolide, rouge, fut observé à iS^'So™; 
il se présenta aux environs de Pégase, et s'éteignit 
ciaq secondes après dans la constellation du Bélier. 



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BOLIDE TRAVERSANT LA FRANCB. 25 

Revenons au premier bolide du 17 juin. M. Tournai, 
bibliothécaire du musée de Narbonne, écrit à ce pro- 
pos : « Un météore extrêmement remarquable a été 
observé dans notre ville jeudi, 17 juin, à 8'*3o'" du 
soir, à 20 degrés environ au-dessus de l'horizon. La 
marche de ce bolide était assez lente, presque horizon- 
tnle et dirigée du nord au sud. Le diamètre apparent 
de ce globe lumineux égalait la moitié environ de la 
pleine Lune. Sa couleur était d'un blanc verdàtre et 
son éclat lumineux extrêmement intense. Nous avons 
vu se détacher du noyau central plusieurs étincelles 
rouges ; il laissait derrière lui une longue traînée lu- 
mineuse. » 

 Aix-les-Bains, en Savoie, le même bolide a tra- 
versé le ciel, à S^'aG'" du soir, du nord-ouest au sud- 
est. Il projetait une vive lumière d'une nuance vert 
dair. 

 Annecy, le bolide 6t son apparition à 8^ 30*° du 
soir. Sa direction était du nord-ouest au sud-est. La 
teinte verte qu'il présentait d'abord passa ensuite au 
blanc. Il disparut sans détonation. 

 Montpellier, le même bolide fut aperçu à 8''2o'" 
du soir. M. Jullien, directeur de TÊcole normale de 
cette ville écrit à ce sujet : « Le 17 juin, à 8'*2o'" du 
soir, nous avons aperçu de l'Ëcole normale, dans la 
partie nord du ciel, un bolide marchant de l'ouest à Test 
avec une vitesse qu'on peut comparer à celle d'un 
train express vu de côté, à 40 mètres de distance. 
C'était la distance apparente des observateurs à la 
trajectoire. Cette trajectoire était une ligne droite 
et horizontale, parallèle à la façade nord de l'établis- 
Flammarion, — V. a 

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%6 DEENIERS TBIVAUX DB l'ASTRONOHIB. 

sèment et élevée de quelques mètres seulement au- 
dessus du toit. » 

La couleur du bolide était d'un blanc bleuâtre. Il 
projetait par intervalles des étincelles rutilantes. Sa 
forme, d'après l'impression de toutes les personnes 
qui Font aperçu, était celle d'un téiard lumineux, 
« d'une longueur de i mètre environ. » Le diamètre de 
la tète était d'à peu près o", lo. 

La durée de l'apparition a été d'au moins 3o se* 
condes. Sa hauteur ne paraissait pas dépasser « 40 mè- 
tres » à en juger par celle des maisons entre les- 
quelles il se mouvait. 

Il a disparu derrière un massif d'arbres, au-dessous 
et un peu au nord d'Âltaïr, qui, à ce moment, se mon- 
trait à quelques degrés au-dessus de l'horizon. Sa tra- 
jectoire est la corde d'un arc correspondant à un angle 
visuel de i5o degrés, mesuré au graphomètre. Sa pro- 
jection sur le sol a une longueur d'environ 5oo mètres. 
Aucune explosion ni sifflement n'ont été entendus. 

Une trentaine de personnes ont été témoins, à 
l'École normale, de ce beau phénomène. 

Ce même bolide a été observé à Briançon par 
M. Léauthier. L'observateur dit qu'il avait l'ampleur 
d'une grosse orange, rouge-feu très-éclatant. La traî- 
née qu'il laissait et qui semblait avoir environ 20 cen- 
timètres de largeur était aussi d'un rouge-feu et plus 
intense sur les bords qu'au milieu. Sa trajectoire 
allait du nord-est au sud-ouest , à environ 45 degrés 
au-dessus de l'horizon. Enfin le bolide éclata sans 
bruit et produisit plusieurs grosses étincelles d'un 
rouge éclatant. 



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BOLIDB TRAVEBSANT LA FRANGE. VJ 

A Béziers, M. Grouzat annonce que sa hauteur était 
de 3o degrés au-dessus de l'horizon. Du noyau central, 
dont le diamètre apparent était de i décimètre, s'é- 
chappaient de nombreuses étincelles, La queue mesu- 
rait environ 3 degrés. Malgré la clarté de la Lune, ce 
météore projetait une lumière intense et d'un ton 
bleuâtre, comme l'alcool enQammé. Il marchait lente- 
ment et semblait avancer par saccades. On peut pré- 
ciser son trajet, qui a duré une dizaine de secondes, 
en tirant une droite d'à et de 7 de la Grande Ourse à 
Benab de la croix du Cygne : le bolide a suivi une pa- 
rallèle très-rapprochée au-dessous. Les toits des mai- 
sons ont empêché de voir s'il y avait ou non explosion. 

Un des amis de l'observateur, qui a aperçu ce mé- 
téore, de trois lieues à l'est de Béziers, en plate cam- 
pagne et sur un lieu élevé, lui a assuré qu'il l'avait va 
se perdre dans les profondeurs du ciel. 

Le même bolide a été encore observé à Gap par 
M. Ronin, directeur de l'École normale de cette ville, 
et voici la mention qu'il en a inscrite : 

« A 8'*3o°* précises du soir, bolide d'un grand 
éclat; direction du nord-ouest au sud-est; durée 
environ une minute (?). Il se terminait par une queue 
d'une belle lumière violette ; quelques étincelles s'en 
détachaient; les maisons me l'ont caché avant qu'il 
eût atteint l'horizon. D'autres personnes, qui l'ont 
observé d'un autre point que moij m'ont dit qu'il a 
disparu avant d'être caché par la montagne. Aucun 
bruit ne s'est fait entendre, t 

Ce bolide est certainement Tun des plus curieux de 
l'année* 



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%S DEnNIEUS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIB. 

§ n. 

A io'*5o" du soir, le i*' juillet, M. Coggia observa 
à Marseille un beau bolide bleuâtre. Il partit de 
la Grande Ourse et s'éteignit à Test en laissant une 
traînée qui dura 23 secondes. 

S 18. 

Dans la nuit du 3 au 4 juillet, à 1 1^ 35*", M. Coggia 
a également observé à Marseille un magnifique bolide 
blanc de a minutes de diamètre environ. Il partit 
d'un peu au-dessus de K Cygne et alla s'éteindre en 
gerbe près de a Ophiuchus; sa marche était très-lente, 
et il laissa une traînée très-brillante qui persista pen- 
dant plus de i5 secondes. 

S 19. 

A Vendôme, écrit M. Eugène Arnoult, le i5 juillet, 
à environ 8** 45° du soir, après une journée très- 
chaude et par un ciel parfaitement pur, un bolide 
très-éclatant, dont le diamètre peut être évalué au 
tiers de celui de la Lune, s'est montré tout à coup 
dans la partie est du ciel, à environ 4^ degrés au-des- 
sus de l'horizon. Il s'est dirigé lentement vers le nord 
en suivant une ligne à peu près parallèle à V horizon, 
et, après un parcours d'environ i5 degrés, accompli 
dans l'intervalle de trois à quatre secondes, il a disparu 
en éclatant sans bruit et répandant seulement une pluie 
d'étincelles. 

Dans sa marche, il avait été suivi d'une traînée 
d'étincelles jaunâtres peu persistantes. 



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BOUDES fit AÉROLITflES. «9 

La lumière de ce bolide était très-intense, d*an 
blanc jaunâtre au commencement, puis d'un blanc 
éclatant, légèrement nuancé de rouge et de bleu suc- 
cessivement. Pour faire apprécier Tintensité de cette 
lumière, il suffira de faire remarquer qu'au commen- 
cement de l'apparition du bolide il faisait encore très- 
clair ; que la Lune, qui était dans son septième jour, 
brillait dans la partie opposée du ciel, et que néan- 
moins l'apparition fut remarquée par des personnes 
qui, ne pouvant voir le bolide, ne savaient à quelle 
cause attribuer cette augmentation de clarté instan- 
tanée. 

Outre son éclat peu ordinaire, ce bolide a présenté 
avant de disparaître une apparence optique toute par- 
ticulière. Pendant les premiers moments de sa 
marche, la partie antérieure de la masse lumineuse 
avait des contours arrondis très-nettement dessinés ; 
mais, un peu avant l'instant d'éclater, cet état s'est 
notablement modifié. La masse entière a paru refluer 
sur eUe-méme comme agitée d'un mouvement tumul- 
tueux et ses contours ont perdu leur netteté. C'est 
seulement après avoir présenté d'une manière très- 
distincte cette agitation apparente, qu'on pourrait 
comparer à une sorte de remous, que la masse a 
éclaté en s'éparpillant en différents sens, mais sans 
qu'aucune détonation ait été entendue. 

Le hasard ayant fait qu'au commencement de l'ap- 
parition du bolide l'auteur avait les yeux fixés pré- 
cisément sur le point du ciel où il s'est montré, il doit 
à cette circonstance d'avoir pu observer très-aisément 
tous les détails de cette apparition. Il croit donc pou- 



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3o DERNIERS TRAVAUX DE l' ASTRONOMIE. 

voir garantir l'exactitude des apparences qui viennent 
d'être décrites. [L'Institut, %i juillet i86g, p. aa8.) 

M. Jeanne écrit de la Flèche : Le i5 juillet, à 
8^4t&'° du soir, un bolide remarquable a traversé Tes- 
pace dans la direction du sud au nord. Le ciel était 
pur, sans le moindre nuage, sans aucune étoile visible 
à l'œil nu. Un globe brillant s'est montré subitement, 
sans qu'aucun indice précurseur ait annoncé sa pré- 
sence dans l'atmosphère ; il parcourait avec une grande 
vitesse une trajectoire presque horizontale. 

Il était formé d'un noyau lumineux, doué d'un 
éclat très-vif et présentant les apparences d'un corps 
opaque incandescent ; il ressemblait à peu près à un 
ellipsoïde de révolution dont le grand axe aurait été 
perpendiculaire à l'inclinaison de sa trajectoire. Â la 
suite de ce noyau s'allongeait un cône lumineux dont 
l'éclat diminuait graduellement jusqu'à la pointe, qui 
finissait par une sorte d'aigrette rougeâtre de plus en 
plus assombrie et indécise. 

Après une apparition de quelques secondes, le mé- 
téore a disparu brusquement, comme il s'était mon- 
tré, sans aucun bruit, sans aucun effet sensible dans 
l'atmosphère, sans trace aucune de son passage. Seu- 
lement, au moment où il a disparu si subitement, sa 
trajectoire semblait s'incliner un peu vers la Terre. 

. §20. 

Le 17, à 8^34"" du soir, un météore extraordinaire- 
ment grand (près de 10 minutes de diamètre) appa- 
raît à environ i5 degrés au-dessus de l'horizon ouest 
quart nord-ouest ; il marche très-lentement vers la Po- 



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BOLIBBS BT AÉBOUTBBS. 3l 

laire, passe à environ 3 degrés d'elle, va effleurer 7 
Cygne et s'éteint à Test dans la même constellation 
après une durée de ao à 22 secondes. 

Deux autres bolides se jnontrent, dans la môme 
nuit, à i'*!^"^ et à i^5qI^. (Observations de Marseille.) 

§21. 

Samedi, 18 juillet, à 9 heures du soir, H. Mercier, 
habitant Saint -Sébastien (Espagne), vit un bolide 
marchant du nord-ouest au sud-est. Il passa près de 
Saturne et un peu au-dessous. 

Le bolide paraissait entouré d'un brouillard épais ; 
cela pouvait être dû à l'état de l'atmosphère. Il y avait 

des éclairs. 

§22. 

Le ai, à la^Bi'^du matin, un magnifique bolide 
blanc partit de près a Lyre et alla s'éteindre en gerbe 
près Ç Ophiuchus; ce bolide dut être très-brillant, 
puisque, malgré la clarté répandue par la Lune qui était 
presque pleine, on le vit beaucoup plus beau que ne 
l'est Vénus dans sa plus grande période d'éclat ; on ne 
remarqua aucune trace de traînée. 

§23. 

Le 6 août, écrit M. F. Terby, j'ai observé à Lou* 
vain une très-brillante étoile filante, qui pouvait comp- 
ter pour un bolide d'un grand éclat. Il était 10^56*". 
Elle a annoncé sa présence par un vif reflet se pro- 
duisant sur la limite du champ d'observation; quand 
j'ai pu l'apercevoir, son éclat avait diminué, mais 
elle était aussi brillante au moins que Jupiter ; elle pas- 



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32 DERNIERS TRAVAUX DE L* ASTRONOMIE. 

sait parmi les étoiles 7, ^, t de Géphée , allant vers 
Cassiopée ; sa lumière était scintillante et elle paraissait 
éprouver dans son mouvement une forte résistance; sa 
couleur était rougeâtre et elle était suivie d*une traînée. 
Immédiatement après l'extinction de ce petit bolide, 
j'ai vu un second reflet semblable , que j'ai attribué 
à une autre étoile brillante qui passait peut-être dans 
une autre région du ciel. 

§24. 

Plusieurs beaux bolides se sont produits dans la 
soirée du 10 août : à Marseille, M. Goggia, de 
l'Observatoire, en a observé d'assez curieux. Â 
io''6°'io', un beau bolide rouge part de la Petite 
Ourse, à environ 3 degrés du pôle nord , et va s'é- 
teindre près a Bouvier en laissant une faible traînée ; 
à 10^37°*, un autre beau bolide se montre près K 
Grande Ourse et, après être resté pendant cinq secondes 
comme immobile, part avec une grande rapidité, tra- 
verse le Bouvier en passant par Arcturus et va se 
perdre à l'horizon entre le sud-ouest et le sud-sud- 
ouest. Ce bolide laisse une très-belle traînée d'environ 
I degré de largeur, au milieu de laquelle se trouve 
a Bouvier, dont la scintillation est extraordinaire pen- 
dant toute la durée du phénomène. Un autre bolide 
part à II "7°^ de près a Dragon, passe entre p et Ç 
Hercule, va effleurer a Ophiuchus et s'éteint entre 
P et 7 de la même constellation. Enfin le plus beau de 
tous ceux qu'on a vus dans la soirée est parti à 12^37'" 
d'entre et c d'Andromède, a traversé Pégase et est 
allé s'éteindre près v Poissons, laissant une belle traînée. 



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DOLIBES ET AÉROLITHES. 33 

M. l'abbé Pujo écrit aux Mondes qu*il a observé ce 
même soir (dans quel pays?) deux beaux bolides. Le 
premier, à 9" 55" ( heure de Paris), partit du voisinage 
de ^ de la Grande Ourse et se dirigea en ligne droite 
vers le Cœur de Charles, en produisant une vive lu- 
mière bleue et laissant une longue traînée lumineuse. 
10 minutes après, un second, moins brillant, mais re- 
marquable par l'immense étendue de ciel qu'il a par- 
courue, s'est détaché de 7 de la Lyre et s'est dirigé vers 
l'horizon en suivant presque la direction du méridien. 
L'observateur demande si ces deux bolides ont été vus 
d'ailleurs, afin d'indiquer les coordonnées avec plus de 
précision et de calculer la trajectoire. M. Coggia pour- 
rait peut-être répondre. 

§25. 

M. V. Laporte écrit de Latuque, près Mézin (Lot-et- 
Garonne) : a Un bolide de la grosseur d'une orange, se 
dirigeant de l'ouest à l'est, a paru dans le voisinage de 
la Girafe, le 3o août, à 8 heures du soir, et a disparu dans 
la constellation de Persée après un trajet de 4 secondes 
environ. La direction qu'il suivait, et qui était celle de 
notre axe visuel , nous a empêché d'apprécier ou de 
déterminer la longueur de son appendice. L'éclat de ce 
bolide, bien qu'un peu de couleur tuilée, était cepen- 
dant fort beau, » 

De Marseille, il parut bleuâtre , partit d'un peu au- 
dessus d'Arcturus et s'éteignit près de 8 du Capricorne. 



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34 DERNIERS TRAVAmC DE l'ASTRONOMIE. 

S 26. 

Delà même ville, un remarquable bolide, de couleur 
rouge poupre, d'un éclat surprenant, traverse l'atmo- 
sphère, le 2 septembre.il fait son apparition à 7** 33°" 9' 
(temps moyen de Marseille), tout près de a Grande 
Ourse, par a= lôS**, 00 = a6*; il laisse derrière lui 
une belle traînée. Il marche lentement du sud -ouest 
au nord-est, traverse le méridien, continue sa route 
et enfin disparaît, après une durée de seize secondes, 
à la hauteur de 7 Persée. Le météore avait un diamètre 
de 5 à 6 minutes ; il s'est éteint sans bruit. 

M. le D' Plarr écrit, à la même date, de Strasbourg : 

« Ce soir j*ai observé un météore qui m'a semblé 
assez important pour que je vous en donne quelques 
détails. Je me trouvais dans le jardin devant mon habita- 
tion, située à 2 kilomètres au sud-ouest de Strasbourg, 
à aooo mètres de distance de la cathédrale. J'ai vu 
apparaître le météore à environ 3o degrés vers l'est, 
à partir du sud, et à une hauteur d'environ 10 degrés; 
il s'est mû avec lenteur; la traînée en était plus mince 
que la tête, mais moins persistante et tout au plus 
d'une longueur de 2 à 3 degrés. Le chemin parcouru 
était un arc plan d'environ 3o degrés en azimut, incliné 
vers l'horizon, de manière que, lors de l'extinction du 
météore, la hauteur n'en était plus que de 7 degrés en- 
viron. La disparition eut lieu sans bruit, bien que, 
m'attendant à une détonation, je tendisse l'oreille pen- 
dant quelque temps. 

» La durée de l'apparition m'a semblé être de trois 
à quatre secondes. » 



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LE BOUDE DU I^' OGTOBBR I869. 35 

§27. 

Le 19 septembre 1869, un aérolithe est tombé dans 
Tîle de Java, à Tjabé, district de Padangan. Nous n'a- 
yons pas d'autres renseignements sur cette chute, si 
ce n'est que le gouverneur général de Tlnde néer- 
landaise, M. Loudon, en a envoyé un échantillon au 
Muséum de Paris. 

§28. 
Bolide du i«' octobre 1869. Calcul de sa trajectoire. 

D'après différentes Communications reçues à TObser- 
vatoire royal de Bruxelles, un bolide remarquable a 
traversé l'horizon ouest du ciel, le vendredi 1" octobre, 
à 8^ 3o" du soir. 

n a été aperçu à Bruxelles, à Malines, à Entre-Monts 
et à Kain, près de Tournai, 

Ce météore aurait pris naissance sur la voie lactée, 
à environ 45 degrés de hauteur, entre Altaïr et Wéga. 
n se dirigea assez exactement de l'ouest vers l'est , et 
s'éteignit vers Ophiuchus. après un trajet d'environ 
3o degrés, qui dura une seconde et demie. 

D'après la relation de M. FI. Desrumeaux, « lebolide, 
lorsqu'il a été vu à Kain, s'est brisé en trois ou quatre 
fragments; après avoir parcouru un peu plus de la 
moitié du ciel. Son volume apparent était peu considé- 
rable, beaucoup plus grand que Jupiter cependant. Il 
brillait d'une vive lumière blanche et laissait sur tout 
son parcours une éclatante traînée ; les fragments, qui 
se sont détachés par suite dé l'explosion étaient d*un 



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36 DBRNIBBS TRAVAUX DE l'ASTEONOMIE. 

rouge vif. Le bruit ne s'est fait entendre que trente à 
quarante secondes après l'apparition des éclats. » 

Ce bolide a été vu également dans le nord et le nord- 
ouest de la France. Sou apparition a été signalée par 
M. l'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées à Lille, 
par M. David, vérificateur de renregistrement, à Ber- 
nay, et par d'autres observateurs. Voici les relations 
principales : 

Lettre de M. Vingénieur ordinaire des Ponts 
et Chaussées y à Lille, 

Hier, i*' octobre, vers 8** la" du soir (heure de Paris), 
j'ai vu un bolide traverser le ciel au-dessus de ma tète. 

Je me trouvais dans la partie nord-ouest de la ville 
de Lille, c'est-à-dire par o° 43' longitude est, et par 
So^SS'SS" latitude nord. La rue dans laquelle j'étais ne 
me laissait voir qu'une partie du ciel. Le bolide m'apparut 
près de l'étoile ^ de la Grande Ourse, et je le perdis de 
vue près de l'étoile a du Cygne, qui se trouvait presque 
à mon zénith. Il se dirigeait donc du nord-nord -ouest 
au sud-sud-est, et sa trajectoire faisait avec le méri- 
dien un angle de 3o degrés environ. 

Environ deux minutes et demie après l'avoir vu, 
j'entendis une forte détonation vers le sud-sud-est. 

Ce bolide m'a paru avoir un diamètre apparent d'en- 
viron moitié de celui de la Lune. Il n'était pas parfai- 
tement rond, mais il avait la forme d'une poire dont 
la partie la plus grosse se trouvait en avant. Il laissait 
derrière lui une traînée de feu et d'étincelles. 

J'ai l'espoir que ces renseignements grossiers, re- 



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LE BOUDE DO l"* OCTOBRB 1869. 37 

caeillis à la hâte, pourront vous être de quelque utilité 
pour déterminer la trajectoire de ce bolide. 

Lettre de M, David , vérificateur de r enregistrement , 
à Bernajr (Eure), 

Dans rintérèt des recherches scientifiques, j'ai l'hon- 
neur de vous informer que hier, i*' octobre, à Broglie, 
à 8** i5'°" du soir, j*ai aperçu un magnifique bolide, dont 
la grandeur apparente approchait de celle de la Lune 
en son plein, d'une vitesse modérée, bien plus lente 
que celle des étoiles filantes; sa direction était du nord- 
ouest au 'sud -est; il a passé au-dessous de l'étoile 
polaire, à une inclinaison de i5 à 20 degrés. Le centre 
était d'une lumière jaunâtre , et la périphérie d'une 
couleur violacée. Je n'ai entendu aucune explosion 
et n'ai aperçu aucune traînée lumineuse après le pas- 
sage du bolide, que j'ai perdu de vue derrière des mai- 
sons. Le ciel était nuageux et peu d'étoiles brillaient 
au firmament; j'en ai cependant remarqué une assez 
brillante au nord de Tétoile polaire : le bolide a passé 
près d'elle. 

Lettre de M, Emile Delhomely maire de Montreiàl, 

Dimanche dernier, 26 septembre, vers 5 heures de 
l'après-midi , étant à la chasse , à Sarreer , commune 
située à 6 kilomètres de cette ville, j'ai vu passer du 
nord au midi un météore lumineux dont l'éclat, malgré 
la clarté du jour, a attiré nos regards. 

Le vendredi 1*' octobre, me promenant avec ma 
famille dans les rues de cette ville , vers 8 heures du 



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38 DERNIERS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIE. 

soir, nous avons été tout à coup éclairés d'une vive 
lumière et nous avons vu un autre météore magni- 
fique traverser le ciel, cette fois du couchant au levant, 
décrivant une ligne comme les étoiles filantes, mais se 
rapprochant plus rapidement de la Terre. 

Ce globe pouvait avoir i5 à ao centimètres de dia- 
mètre. La boule était de couleur jaune, mais suivie d'une 
espèce de pointe d'une nuance se rapprochant du violet. 

Voici la direction qu'elle paraissait suivre. (M. Del- 
homel trace ici une ligne partant du couchant, inclinée 
de i3 degrés à l'horizon et allant vers le levant en s'a- 
baissant.) 

Le samedi ao octobre, par un temps orageux, nous 
avons encore vu, vers 4 heures de l'après-midi, un 
nouveau météore qui a sillonné le ciel, mais cette fois 
en faisant une détonation comme un coup de tonnerre 
assez éloigné. 

Si je n'avais vu qu'un seul de ces météores, je n'au- 
rais pas songé à vous le signaler ; mais en ayant re- 
marqué personnellement trois et des plus lumineux en 
moins d'une semaine, j'ai pensé qu'il vous serait peut- 
être agréable et utile d'en avoir connaissance, et c'est 
ce qui m'a engagé à vous adresser ces détails. 

De Clermont (Oise) , M. le D"" Rotte écrit qu'il a observé 
le même bolide, passant au-dessus de la ville et se di- 
rigeant vers l'est. II s'est éteint sans explosion. 

De Vendôme, M. Hardillier, instituteur, écrit que, se 
rendant à la gare du chemin de fer, il aperçut au nord 
un magnifique bolide qui traversait lentement le ciel 
de la gauche à la droite en projetant une vive lumière 
en môme temps que de nombreuses étincelles; les cou- 



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TRAJBGTOIBB I>0 BOUDE BU l** OGTOBBB I869. 89 

leurs dominantes de cette apparition étaient le rose et 
le bleu ; le diamètre du bolide, qui paraissait sphérique, 
était au moins égal à la moitié de celui de la Lune. 

M. Renou, rapportant ce fait à la Société météorolo- 
gique, ajoute que, s'étant transporté, le 6 octobre, avec 
H.Hardillier, au point où celui-ci avait observé le bo- 
lide, reconnut que ce bolide n'avait pu être aperçu qu'au 
moment où il traversait le méridien, vers i5 degrés de 
hauteur, et qu'il a été perdu de vue à quelques degrés 
au-dessus de l'horizon, au-dessous de la dièvre; il a 
mis peut-être trois secondes à parcourir les 4o degrés 
\isibles de sa course ; ce corps aurait atteint l'horizon 
au nord-est ; on peut dire qu'il allait de p de la Gruide 
Ourse à p du Taureau. 

Ce lieu de l'observation esta 47*4B' de latitude et à 
5' 5" à l'ouest de Paris. 

En réunissant et comparant tous ces documents, 
M. Tissot a pu trouver la trajectoire stdvante pour ce 
curieux bolide. 

Le plan passant par cette trajectoire et par le centre 
de la Terre coupe le méridien de Paris près de la ver- 
ticale du lieu qui se trouve à 5i degrés de latitude, et 
les deux plans font entre eux un angle de 33 degrés. 
Le bolide a dû passer au-dessus des environs de Dun- 
kerque, Lille, Cambrai, Reims, Châlons-sur-Marne, 
Langres, Besançoq, Pontarlier, etc. Quant à sa hauteur 
dans le méridien de Paris, tout ce que l'on peut en dire 
avec quelque certitude, c'est qu'elle était au moins de 
10 lieues et au plus de 4o ; la valeur la plus probable 
de cet élément serait de 3o lieues. Il semble aussi, 
mais sans qu'il soit possible de rien affirmer à cet égard, 



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4o DERNIERS TRAVAUX DB L'ASTRONOMIE. 

que le bolide continuait à se rapprocher de la Terre 
quand il est passé au-dessus des localités que nous 
avons citées toat à Theure. Sa plus courte distance à 
la surface aurait été de i5 lieues. 

La vitesse relativement à la Terra aurait été de 4 à 
5 lieues par seconde. Par rapport au Soleil, la vitesse 
serait plus considérable ; le mobile décrirait autour de 
cet astre une ellipse très-allongée. 

•§29. 

Bolides divers et secondaires du mois d'octobre. 

Le 4 octobre, à lo heures du soir, un autre bolide a 
été vu à Avranches (Manche ) par M. Brière, horloger. 

Le 5 octobre, à 6 heures du soir, un bolide a été 
vu à Monflanquin (Lot-et-Garonne) par M. Brunel. 

M. le D" Griiby, passant sur le pont au Change, vers 
I i^5o™ du soir, vit dans la partie orientale du ciel une 
étoile filante bleuâtre, dont Téclat était un peu supé- 
rieur à celui de Jupiter. Elle marchait très-lentement 
du sud au nord; sa trajectoire était à 3o degrés environ 
au-dessus de l'horizon est. L'étoile décrivit sur toute 
la partie visible du ciel sa trajectoire rectiligne en gar- 
dant le même éclat. 

M. Silbermann a émis la conjecture que ce bolide 
pourrait être le même que celui l]u'il a observé le 
8 avril (voir p. ii) et que celui qui a été vu le 1 5 juillet 
par M. Arnoult (voir^. a8), et ajoute que ce pourrait 
être un satellite de la Terre, tournant dans un plan 
presque perpendiculaire à l'écliptique. 



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BOLIDES ET AÉR0LITnE3. 4l 

Un bolide a été vu d'un grand nombre de points 
éloignés, le la octobre au soir. Il a été signalé, de la 
Châtres (Sartfae), par M. Lecomte, instituteur; de 
Paris, par MM. Henry, astronomes à l'Observatoire; 
de Nogent (Haute-Marne), par M. Brocard, architecte 
à Langres, qui ont remarqué un météore très-brillant, 
suivant un long parcours et dont l'apparition a été fort 
longue; de Mézières, par M. Helguyot, sous-inspecteur 
du télégraphe; de Balignicourt (Aube), par M. Fèvre, 
instituteur; d'Ëpehy (Somme), par M. Lempereur, 
maire; de Rorbach (Moselle), par M. Hamant, institu- 
teur; deltfarvejols (Lozère), par M. le D' Prunières. 

Le i5 octobre, M. le D' Fines, à Perpignan, en si- 
gnale un nouveau. 

Le 3i octobre, à 5'' 21" du matin, un autre est si- 
gnalé par M. Courbebaisse, à Rochefort. 

Le même jour, à 8 heures du soir, M. Coumbary 
remarqua un magnifique bolide, qui apparut dans la 
partie nord-est de l'horizon. €e bolide, en éclatant, 
prit la forme d'une cloche, de la base de laquelle s'é- 
chappa une pluie de brillantes étincelles qui tom- 
bèrent sur le Bosphore, en répandant une très-vive 
lumière bleue. Le bolide a éclaté sans aucun bruit. 
Son diamètre apparent, alors que ce corps était très- 
rapproché de la Terre, était à peu près égal à celui 
de la Lune. 

§30. 

Bolides divers et secondaires du mois de novembre. 

L'Association scientifique a reçu les relations sui- 
vantes sur les bolides de ce mois : 



^Google 



4a DERNIERS TRAVAUX DB L'ASTRONOMIB. • 

i" novembre, 6**ii"* du soir. — Grenoble, obser- 
vation transmise par M. l'ingénieur en chef Breton. 

4 novembre, vers 8 heures du soir. — Hautes- 
Âlpes, M. Desgeorges, capitaine au 5V de ligne, à 
Briançon. — Loiret, M. Gault, à Neuville-aux-Bois. 

5 novembre, 4 heures du matin. — M. Flon, con- 
ducteur des Ponts et Chaussées, à Morraant (Seine-et- 
Marfte). — ô'^So" du soir, M* Foè', à Marseille. — 
ii*'55'* du soir, M. Toulon, instituteur, à Fayence 
(Var). 

6 novembre, 6 heures du soir. — Angleterre, dans 
Touest et à Penzance, par M. Senior. — Morbihan, 
M. Dumas, conducteur des travaux hydrauliques. — 
Ille-et-Vilaine, M. Cheminel, instituteur, au Sel-de- 
Bretagne; M. Lefort, à Saint -Servan. — Mayenne, 
M. Frixon, instituteur, à Gorron. — Manche, M. Ro- 
card, ingénieur, à Saint-Lô; M. Gouville, à Carentan; 
M. Helland, avocat, à Mortain; M. Perrodin, institu- 
teur, au Grand-^elland. — Seine-Inférieure, Note de 
M. ringénieuren chef Tarbé. —Somme, M. Ed. Gand, 
à Amiens. — Paris, M. Chapelas Coulvier-Gravier a 
observé à lo^aS"* du soir un bolide qui doit être dif- 
férent du premier. Parti de 7 Ëridan et allant au sud- 
est, sept fois plus large que Jupiter, il s'est brisé en 
plusieurs fragments en produisant une vive lumière. 
Il était accompagné d'une traînée compacte, qui passa 
du bleu à Torangé et au rouge; il persista environ 
6 secondes. 

7 novembre, 7^18™ du soir. — Finistère, M. E. de 
Goy, à Quimper. 

Un bolide est signalé le 19 novembre à 9 heures du 



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BOUDES ET AÉROUTHES. 43 

soir, d'une part dans le département de la Vienne, à 
Poitiers, par M. le comte de Touchimbert; d'autre 
part dans le département d'Indre-et-Loire, à Betz, 
par l'instituteur de cette commune. 

§31. 

M. Lartigues, se trouvant dans le voisinage de TÂrc 
de Triomphe à Paris, observa le jeudi 1 1 novembre, 
à 9^45™ du soir, un assez gros bolide. Sa trajectoire 
s'est étendue de la Polaire à 7 de la Grande Ourse; 
cet espace , de 35 degrés environ, a été parcouru en 
quatre secondes. 

Une bande de cirrho-strati, au-dessus de laquelle 
le bolide est passé, n'a pas beaucoup diminué son 
éclat, qui était bien supérieur à celui de Jupiter. 

Au moment de disparaître , il s'est divisé en une 
vingtaine de fragments, ressemblant aux étoiles d'une 
bombe d'artifice, et parmi lesquels aucun ne parut co- 
loré. Une légère traînée lumineuse a persisté une ou 
deux secondes après la disparition du bolide. 

On n'a constaté aucun bruit. 

C'est probablement le même bolide, quoique les 
heures ne s'accordent pas, qui a été observé par 
M. Silbermann et a été l'objet de la Communication 
suivante à l'Académie des Sciences et à la Société 
météorologique. 

Le jeudi 11 novembre, à lo'^SS" du soir, dans la 
constellation de la Grande Ourse, s'est montré un bo- 
lide d'un blanc jaunâtre, de la grandeur apparente 
de Jupiter ; il descendait obliquement vers l'horizon 
oord-nord-est de Paris, en traversant d'abord par le 



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44 DERNIERS TRAVAUX DE L*ASTRONOHIE. 

milieu le petit triangle isoscèle formé par les étoiles 
0, t, \^, puis en passant entre -^ et w, où a eu lieu une 
brillante explosion partielle, La trajectoire avait envi- 
ron 34 degrés d'étendue. Une explosion a eu lieu 
lorsque le bolide avait parcouru les deux tiers de sa 
trajectoire visible, c'est-à-dire 2a à 24 degrés. La du- 
rée de l'apparition a été comprise entre uoe seconde 
et demie et une seconde trois quarts. 

Le phénomène a présenté des particularités extrê- 
mement curieuses : 

1° Comme forme, la trajectoire, â peu près recti- 
ligne au début, est devenue de plus en plus sinueuse 
ou serpentante (hélicoïdale sans doute) jusqu'au lieu 
de l'explosion, après laquelle sa course est redevenue 
parfaitement rectiligne (/g, i), 

2° La vitesse apparente de translation a diminué 
rapidement jusqu'au moment de l'explosion; après 
quoi cette vitesse a plus que triplé et paraissait uni- 
forme. Au moment de l'explosion, on eût dit que le 
bolide éprouvait un court arrêt. 

3"* Le bolide a considérablement augmenté, comme 
volume et comme éclat, jusqu'au point de l'explosion, 
comme s'il subissait un boursouflement. Au début, 
son volume était égal à Jupiter. Près du point d'explo- 
sion, la grosseur apparente et l'éclat dépassaient trois 
fois Vénus en quadrature; après l'explosion, comme 
grosseur et comme éclat, le bolide était à peine com- 
parable à Mars. 

4*" L'explosion a été très-brillante, mais sans chan- 
gement de couleur; des étincelles incandescentes 
étaient projetées dans toutes les directions. 



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BOLIDES ET AÊROLITIIES. 4^ 

Toutes les personnes qui ont observé avec quelque 

Fig. I. 




Bolide du 1 1 novembre 1869, tu par M. Silbermann. 

les lignes transversales représentent les espaces parcourus 

de quart en quart de seconde. 

attention les étoiles filantes et les bolides savent que 



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46 DERNIERS TRAVAinC DB L*ASTRONOHIE. 

d'ordinaire ces corps se présentent sous Taspect d'une 
masse incandescente, laissant le plus souvent derrière 
elle une traînée d'étincelles. Un fort petit nombre 
d'entre eux présentent, au bout de la trajectoire lumi- 
neuse, le spectacle d'une explosion projetant des éclats 
ou fragments incandescents en tous sens, après quoi 
on ne voit plus rien : le bolide semble complètement 
anéanti. Si le petit astre, dépouillé de son enveloppe 
lumineuse, continue obscurément sa route, rien du 
moins ne nous permet d'affirmer d'une manière abso- 
lue qu'il n'y a pas eu destruction totale. Le bolide du 
1 1 novembre 1869 est le premier, de tous ceux observés 
par l'auteur, qui ait présenté nettement et indubitable- 
ment le fait intéressant d'une explosion partielle. 

Ce fait est une confirmation de la justesse de l'hypo- 
thèse des explosions partielles, émise par M. Daubrée 
dans ses Expériences synthétiques relatives aux météO' 
rites. On y lit, p. 5 : « Il ne serait pas impossible que 
les fragments qui arrivent à la surface de notre globe 
ne représentassent qu'une petite partie de la masse 
météorique; celle-ci ressortirait de l'atmosphère pour 
continuer sa trajectoire, n'abandonnant que quelques 
parcelles dont la vitesse, à la suite de l'explosion, se 
trouverait amortie. La chute d'Orgueil fournirait un 
argument en faveur de cette dernière hypothèse. » 

S 32. 
AfouVemeiit de i*ecul présenté par un bolide* 

Pendant la nuit d'observation des étoiles filantes, du 
i3 au 14 novembre j à Valence, M* Tremeschini a fait 



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BOLfDBS ET AÉROLITHBS. 47 

unecuriense observation, pour laquelle il nous a en- 
voyé le résumé suivant : 

a De la partie la plus méridionale de la Grande 
Ourse partit un magnifique astéroïde se dirigeant vers 
l'ouest, en laissant après lui une traînée lumineuse 
rouge qui persista dans la plénitude de son éclat pen- 
dant l'énorme période de sept minutes. 

9 Après ce laps de temps, cette traînée lumineuse 
commença à disparaître, ce qui ne Tempêcha pas de 
laisser des traces visibles pendant cinq minutes en- 
core. 

> Deux secondes après la disparition du noyau, ou 
en d'autres termes aux premiers instants qu'apparut 
la traînée lumineuse, l'extrémité ouest de celle-ci (le 
côté par lequel venait de disparaître Tastéroïde ), obéis- 
sant apparemment à l'impulsion d'une force étrangère, 
recula et se replia brusquement sur elle-même, de ma^ 
nière à décrire un angle droit au point correspondant 
à rétoile 7 de Persée, le sommet tourné dans le sens 
de Cassiopée. 

» Chose très-remarquable ! c'est en conservant in- 
tégralement cette forme que cette traînée lumineuse 
persista dans son éclat et à la môme place pendant la 
durée totale de sept minutes ; il y eut à la rigueur un 
tout petit mouvement de translation d'ensemble, mais 
à peine sensible, dans la direction de Cassiopée. 

» Et pour enlever toute sorte de doute qui pourrait 
faire croire à une illusion ou à un effet de l'imagina- 
tion, il est important d'ajouter que l'appréciation de ce 
phénomène, dans les termes indiqués, fut identique 
pour toutes les personnes présentes à la station de 



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48 DERNIERS TRAVAUX DE L^ASTRONOMIE. 

Valence au moment de Tapparition, entre autres par 
M. Borrelly, de Marseille. » j 

À propos de ce phénomène de recul bien caractérisé, , 
notre laborieux ami rappelle une observation du pro- 
fesseur Govi, publiée en 1 868, se rapportant à un bolide» 
apparu la nuit du 25 au 26 mars 1868, dont la traînée 
lumineuse persista pendant six minutes et dont la dis- 
parition s'effectua en sens inverse de sa production , 
c'est-à-dire qu'elle commença du côté par où elle avait 
fini de paraître et finit par son point de départ. On 
aurait dit (c'est l'expression de M. Govi) qu'elle ren- 
trait en elle-même en reculant. 

Voici maintenant, continue M. Tremeschini, l'expli- 
cation probable de ce phénomène de recul : 

« Toutes les fois que la trajectoire d'un astéroïde, 
entré dans l'enveloppe atmosphérique terrestre, affecte 
une direction sensiblement parallèle à la tangente de la 
même enveloppe, ou, en d'autres termes, toutes les 
fois qu'un astéroïde vient effleurer les dernières 
couches atmosphériques, seulement pour les traverser, 
il doit s'ensuivre par nécessité que ce corps céleste 
dans son trajet et par son extrême vitesse devra re- 
pousser ou chasser devant lui une quantité donnée 
de molécules atmosphériques et les refouler en dehors 
et à une certaine distance des limites normales de la 
même enveloppe atmosphérique, jusqu'au moment où 
ces molécules, en cessant de subir l'impulsion étran- 
gère, se trouveront ramenées, par la force d'attraction 
terrestre initiale, à la masse principale et seront obli- 
gées de se ranger à l'état normal d'équilibre. » 

La traînée lumineuse de la nuit du i3 au 14 novem- 



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BOUDBS ET AénOLlTBBS DB l'ANNÉB 1869. 49 

bre observée et décrite par M. Tremeschini et celle 
communiquée par M. Govi , Taimée précédente, de- 
vraient donc être considérées comme le tracé géomé- 
trique de certains cas particuliers des phénomènes cos- 
miques. 

$33. 

Le soir du a3 novembre, à 7^38"*, on vit à Bergame 
un magnifique bolide, durant le peu de temps qui se 
montra serein. H partit du point du ciel qui a pour coor- 
données : 

Asc. dr. = 58*3o', déclin. = -f- la'. 

Il se dirigea lentement vers Test d^Éridan, jusqu'au 
point qui a pour position 

Asc. dr. = 55^, déclin. = -f- 5". 

D était presque blanc; dès le commencement il laissa 
jaillir des étincelles toujours croissantes. Puis on le vit 
éclater à la position indiquée, en projetant des rayons 
et des étincelles. Beaucoup de ces rayons s'appro- 
chaient de la couleur verte et se trouvaient en même 
temps mêlés à d'autres rayons presque blancs. Le mé- 
téore suivit sa trajectoire colorée dès lors en vert lu • 
mineux, jusqu'au point céleste : 

Asc. dr. = 5i'*3o', déclin. = -h lo', 

où il disparut. 

Au moment où il s'alluma, il était beaucoup plus 
grand que Jupiter; après son éclat il tripla encore de 
grandeur. La fin ne fut plus remarquée à cause des 
sombres nuages qui vinrent couvrir l'horizon. 

Flammarion* — V. 3 '- 

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50 DBI^r»EHS TAAVAUX OJS L'ASTaONOMIE. 

S 34. 

Le i" décembre, à 6** 5 5" du soir ( temps moyen local ) , 
on vit passer de Touest vers Test, sur la ville d'Alexan- 
drie en Piémont, un bolide de grandeur égale à deux 
fois celle de Jupiter. Il était suivi d'une longue traînée 
de couleur rougeâtre. Sa marche était lente et plutôt 
élevée. Il disparut sans éclat; à l'instant de son appa- 
rition le ciel était serein, mais il se couvrit aussitôt de 
nuages, comme il Tavait fait tout le jour. 

§35. 

Le II décembre, à Lyon, à S^'ao", M. Didelot, com- 
mandant de recrutement, annonce que, dans une partie 
du ciel alors parfaitement pure, il a été à même de 
voir naître et finir un bolide. 

Le météore est né aux deux tiers de la distance ap- 
parente qui séparait Jupiter et Rigel; il s*est dirigé 
droit vers Rigel et s'est éteint à moitié chemin, le 
tout dans l'espace d'environ deux secondes. 

§36. 

Un bolide fut observé à Âoste le la décembre, à 
ii''!io'^ du soir (temps moyen local). Il apparut à une 
hauteur d'environ 3o degr^ sur Thorizon visible dans 
oette vallée, entre la Grande Ourse et le Petit Lion. Il 
s'avança vers le zénith en parcourant une trajectoire 
d'environ ao degrés. Ce météore était suivi d'une traî- 
née lumineuse de couleur jaunâtre; au terme de sa 



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AéRpUTHE TOMBÉ A MOUBZOUK. 5l 

coarse il éclata sans bruit, lançant tout autour des 
rayons Uimineux de même couleur . 

§37. 

Le i8 décembre, le soir, à g^'SS'" (temps moyen lo- 
cal), le professeur Sachetti, de rUniversité de Bologne, 
observa un magnifique bolide, qui parcourut un grand 
arc de la voûte céleste dans la direction de Test à 
Touest avec une vitesse modérée. Sa trajectoire sem- 
blait très-rapprochée du sol et dirigée suivant la route 
que tenait la Lune ce soir-là. Comme l'observateur se 
trouvait au milieu des maisons, il ne put être témoin 
ni de la première, ni de la dernière phase du phéno- 
mène, et commença seulement à voir le météore lors- 
que celui-ci passa près de la Lune, dont la vive lumière 
n'empêcha point le bolide de montrer, dans tout son 
éclat, sa lumière blanche. A son début, le météore 
sembla plus gros que Vénus ; il s'agrandit, au fur et à 
mesure qu'il avança, jusqu'au moment où son noyau 
s'épanouit. Alors ses contours prirent une teinte violet 
foncé à Tintérieur et plus légère à l'extérieur, tirant 
presque sur le rose. Ce bolide laissa sur sa route un 
nuage blanchâtre qui dura plusieurs secondes et dont 
la largeur différait peu de celle du diamètre de la Lune. 
Il s'éteignit peu à peu. 

§38. 
Chute d'un aérolithe dans TAfrique du Nord. 

M. Coumbary a communiqué à la Société météorolo- 
gique quelques détails sur la chute d'un aérolithe, qui 



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5a DERNIERS TRAVAUX DE L*ASTR0IC0M1E. 

eut lieu à Mourzouk (Fezzan), latitude a6 degrés! 
nord, longitude 12 degrés est du méridien de Paris, le 
a5 décembre 1869 au soir. U est tombé à Test de celtâ 
ville un immense globe de feu de i mètre à peu près 
de diamètre. Au moment où il a touché la terre, de 
nombreuses étoiles se produisirent suivies de foriea 
détonations et répandant une odeur que Ton n'a pu 
spécifier. M. Coumbary ajoute que cet immense aéro- 
lithe est tombé à peu de distance d'un groupe de plu^ 
sieurs Arabes parmi lesquels se trouvait le cheik El^ 
beled de Mourzouk. Ceux-ci en ont été tellemeni 
effrayés qu'ils ont immédiatement déchargé leurs /usîls 
sur ce monstre incompréhensible. Cette intéressante 
Communication se termine comme il suit : 

a U peut être de quelque intérêt pour vous d'ajou-^ 
ter que quelques voyageurs de Ouaday, que j'interror 
geais minutieusement, m'ont dit que le sultan du Oua^ 
day et tous les grands personnages de sa cour ont des 
poignards, des sabres et des lances faits avec dû fei\ 
tombé du ciel, et qu'il en tombe aussi de grande^ 
quantités dans ce pays-là. » 

Il résulte de la relation de M. Coumbary que ce^ 
aérolithe, qui a eu des témoins, est un des plus grande 
échantillons que l'on possède des corps qui circulent 
dans l'espace. 

Ce bolide serait-il le même que celui qui a été vu à 
Sainte-Honorine-du-Fay (Calvados) par M. Le Breton 
et qu'il a signalé dans les termes £uivants? 

« Le 25 décembre 1869, le jour de Noël, à ô'^Sa"* du 
soir (temps moyen de Paris), j'ai vu un météore qui 
a dû être très-brillant quelque part. Le brouillard 



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BOUDES ET AÉROLITHBS DB L'ANNÉB 1869. 53 

était très-épais jusqa*à une hauteur de aS degrés; 
le zénith était clair, Vénus était visible, mais nulle- 
ment brillante. L'étoile p de la Baleine, à droite de la- 
quelle et tout près de laquelle le météore apparut,^ 
n'était qu'un point à peu près imperceptible, et je ne 
Taurais pas reconnue si le brouillard ne se fût bientôt 
dissipé dans cette région et si d'ailleurs je n'avais pas 
pris avec soin un alignement sûr au moyen d'étoiles 
voisines et plus visibles. 

» Le météore, déjà dans le brouillard, descendait à 
peu près parallèlement à la ligne menée de n vers p 
de la Baleine, mais un peu à droite de ces deux étoiles; 
la durée de l'apparition fut longue (deux secondes en- 
viron) et la lumière croissante jusqu'à un éclat sem- 
blable à celui d'une belle étoile de première grandeur^ 
puis tout disparut instantanément. La trajectoire fut 
très-peu étendue; tout au plus eut-elle a degrés de 
développement. » 

S 39. 

Enfin, à la dernière heure de l'année, dans la nuit 
du Si décembre 1869 à ii*'45"' (temps moyen local), 
on vit apparaître, à l'est de Volpeglino (prèsTortone 
en Piémont), un bolide magnifique qui s'avança d'un 
pas plutôt rapide vers l'ouest. Le noyau du météore 
avait un diamètre apparent égal à la moitié du diamètre 
lunaire, et même plus grand, n était d'une couleur 
ronge vif; il était aussi suivi d'une traînée lumineuse 
d'une largeur apparente d'environ a4 minutes et 
d'une longueur d'environ ao degrés. Après avoir dé- 
crit un arc d'une circonférence d'environ 90 degrés, ce 



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54 DEBNIBRS TttAVACX DB L'ASTBONOMIB. 

bolide s'ouvrit sans bruit, se défit en étincelles d'ui 
rouge igné semblables à celles que laissent jaillir lei 
feux d'artifice. U paraissait peu distant du sol, telles 
ment que quelques spectateurs crurent que son éléva- 
tion apparente n'outre-passa pas loo mètres. 

Telles sont les observations de bolides et d'aérolithe^ 
faites pendant Tannée 1869; chacune offre pour ainsii 
dire un caractère spécial. On voit qu'il y a là une ample 
moisson, et matière à exercer la sagacité de bien deS| 
chercheurs. Le problème des orbites des bolides et aéro- 
lithes et de leur origine est, en effet, à peu près le der- 
nier qui reste à résoudre dans les éléments du système 



AÉaOX-XTBES ET BOLXBSS 
dS Z.'AN1IÉB 1870. 

Grâce à Taccroissement du nombre des observa- 
tions, rétude de ces météores extra-terrestres se com- 
plète de plus en plus chaque année. Toutefois Tannée 
1870, si éprouvée d'ailleurs, n'a pas été aussi riche que 
les précédentes. Nous avons vingt-sept observations 
de bolides ; mais, quant aux aérolithes, on n'en a pas eu 
un seul à enregistrer. 

§1. 

6 janvier 1870. 

Le premier bolide observé pendant Tannée 1870 a 
été vu à Annecy, par M. J. Philippe, secrétaire de la 
Société Florimontane, dont voici la lettre : 

a Ce matin, 6 janvier 1870, à 5'*3o"» (méridien 



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BOLIDES ET AÉBOLITHBS. 55 

d'Annecy, ao minutes en avance sur Paris), un ma- 
gniâque bolide, de la grosseur d'une forte boule é 
jouer, a été vu se dirigeant du sud-ouest au nord*ese. 
Couleur blanc éclatant, légèrement teinté de rouge, il 
laissait après lui une longue traînée blanche à laquelle 
succédait une légère vapeur bleuâtre. On a entendu 
une faible explosion. » 

S 2. 

i4 janvier. 

M. Lespiault écrit qu'un bolide a été aperçu à Bor- 
deaux, à 5** 15"" du soir, par M. le D' Larivière et par 
H. Léon Souriaux. Ce météore était blanc et d'un éclat 
tout à fait comparable à celui de Vénus. Il fut niivi 
d'une traînée qui s'est bientôt effacée. 

Sur les indications que M. Souriaux a données, de 
la place même où il a aperçu le bolide, M. Lespiault, à 
l'aide d'un planisphère mobile, a déterminé sa marche 
par rapport aux étoiles. Le bolide aurait marché de 
7 vers T de i'Ëridan. Longueur de la trajectoire visible, 
ao degrés environ. Disparu derrière les maisons. 

§3. 
21 janvier. 

Un bolide fut aperçu par les observateurs de Mon- 
calieri à 10^32"^ du soir (temps moyen local) ; il ap- 
parut près du p de Persée et s'éteignit dans Vn des 
Poissons. Ce météore avait un noyau égal à celui de 
Jupiter. Sa couleur était rougeâtre, il était suivi d*une 
queue de même couleur» Après avoir parcouru plutôt 
lentement l'arc apparent du plus grand cercle compris 



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56 DBRNIBBS TBAVAUX DB L'ABIBONOUIB. 

entre les deux points indiciués plus haut, il éclata sm 
produire aucun bruit. Les coordonnées des deux points 
extrêmes de la trajectoire sont : | 

Commencement. A8c.dr. = 4o* 7', décl.=H-37*39';i 
Fin Asc.dr.rr ao*44', décl. =4- i4°3i\! 

S*- 

30 février. 

Le soir du 10 février, tandis qu'ils étaient déjà li- 
vrés à leurs observations habituelles sur les étoiles 
filantes, les observateurs de Moncalieri virent tout à 
coup une lumière très-resplendissante et înaccoutu- 
méfiqui éclaira la terrasse où ils se trouvaient; aussi- 
tôt après se fit entendre dans Tair un sifflement sourd 
qui fut distingué par deux de ces observateurs et seu- 
lement soupçonné par les autres, qui avaient été saisis 
à Timproviste. 

Tous s*aperçurent incontinent que ces faits dérivaient 
d'un météore très-brillant qui s'alluma dans le voisi- 
nage du pôle près de u de Céphée, et qui, après avoir 
traversé les constellations de la Girafe, du Lynx et du 
Télescope, alla s'éteindre près du H des Gémeaux. Le 
commencement et la fin de la trajectoire furent obser- 
vés attentivement : le commencement par les observa- 
teurs tournés vers le nord ; la fin par ceux tournés 
vers le sud. Les coordonnées sont : 

Commencement.... Asc.dr.= 10*, décl. = -f- 86^- 
Fin Asc. dr. = i'o8*, décl. = h- aa". 

Le noyau, qui au début était petit et d'un blanc ar- 



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BOUDE. — COOUMNNÉBS ASTRONOMIQUBS. 5y 

genté, grossit peu à peu, prenant en même temps une 
teinte Jaune d'or, qui se changea en hku de ciel vers 
la fin de rapparition. Son plus grand diamètre appa- 
rent fut évalué à environ 6 minutes, c'est-à-dire \ de 
la Lune. La traînée lumineuse se divisait en plusieurs 
bandes à la manière d'un éventail^ elle subit les 
mêmes variations de couleur et de lumière que le 
noyau lui-môme. Le bolide marchait avec une vitesse 
modérée, comme avec peine et «n tremblant. H s'éteignit 
sans s'ouvrir ni éclater. L'apparition dura trois secondes. 
Le même météore fut également observé à Volpe- 
glino (près Tortone), à la même heure, lo* lo"*, temps 
moyen de Volpeglino, qui se trouve à 5 kilomètres à 
Test de Moncalieri. Les circonstances physiques no* 
tées à cette seconde station s'accordent la plupart avec 
celles qui ont été décrites plus haut; et, ce qui im« 
porte davantage, les positions des points extrêmes delà 
trajectoire fur(mt également déterminées avec la plus 
grande exactitude possible par le R. P. Maggi, qui 
était, lui aussi, attentif à ses observations sur les étoiles 
filantes. Là, la lumière apparut plus vive et le dis* 
mètre da noyau plus grand, c'est-à-dire qu*il était de 
4 degr^ au commencement et d'environ le double vers 
la fin de l'apparition. Le météore commença à se lais- 
ser voir à Volpeglino près de ^ de Gassiopée, et après 
avoir traversé Andromède, le Triangle, il s'éteignit près 
de p du Bélier. Les coordonnées des points extrêmes 
sont : 

Commencement..... Asc.dr.= o*, décl. = -4-58°; 

Fin. Asc.dr. =a6°, décl. = ^-20^ 

3. 



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58 DERNIERS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIB. 

C'est là le premier bolid&observé simultanément en 
deux différentes stations du Piémont et dont jusqu'à 
présent on a pu déterminer avec précision les éléments 
astronomiques. 

§5. 
26 février. 

Le samedi a6 février, à 9*45" du soir, Thorizon de 
Paris a été brillamment éclairé par un magnifique bo- 
lide dont réclat dépassait grandement celui de Jupiter. 
Venant du nord-nord-est il décrivit, dans Tespace de 
trois secondes environ, une trajectoire de tï5 degrés, de 
la constellation de la Licorne jusqu'à Tétoile p du 
Grand Chien ; fit explosion sans se fragmenter et sans 
bruit, mais en émettant une lumière rouge éblouis- 
sante; parcourut encore environ 10 degrés et dispa- 
rut complètement. Sa nuance était jaune orangé ; il 
était suivi d'une légère traînée diaphane et phospho- 
rescente qui, se repliant sur elle-même, forma un petit 
nuage et se dissipa deux ou trois minutes après la dis- 
parition du météore. (Observation de M. Chapelas.) 

Le môme bolide a été observé à l'Observatoire de 
Paris par MM. Wolf, André et Capitaneano. Voici leur 
relation. 

Ce soir a6 février 1870, à 9**45"'2o* (la seconde 
approchée) de temps moyen, magnifique bolide par- 
tant du Petit Chien, entre a et p sous forme d'une 
traînée jaune, d'abord peu brillante ; puis, passant entre 
Sirius et p, du Grand Chien, il prend la forme d'une 
boule extrêmement brillante, blanc bleuâtre, d'un dia- 
mètre d'environ 5 minutes, suivie d'une large queue 



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BOLIDES ET iiBOLITHBS DE l'ANNÉB 187O. 5g 

jaun&tre; et immédiatement après vers v Grand Chien, 
il éclate en plusieurs morceaux et disparaît immédia- 
tement. 

La durée du phénomène a été d'environ trois secondes. 
Nous avons attendu en vain le bruit de l'explosion : les 
bruits du chemin de fer et des voitures nous ont em- 
pêchés de Tentendre. 

A Paris encore le môme bolide a été observé sur le 
pont des Arts par un membre de TAssociation scienti- 
tifique de France, qui écrit : «c A 9^60"* du soir, j*ai 
aperçu un bolide très-brillant avec une flamme blanche 
qui éclairait Thorizon; il descendait du zénith vers 
l'horizon, et a disparu à droite du dôme du palais de 
rinstitut avant d*ètre caché par les maisons ; sa tra- 
jectoire était peu marquée et non persistante, sa 
marche du nord au sud ; il a longé le côté est du 
parallélogramme d'Orion à une distance qui est envi- 
ron les deux tiers de celle qui sépare Tétoile inférieure 
de ce côté de Tétoile de première grandeur, et qui est 
située à peu près à la même hauteur et plus à l'est. 

Ces trois observations de Paris ne concordent pas 
autant qu'on pourrait le désirer. J'ai souligné les di- 
vergences principales pour montrer combien ces im- 
pressions subites diffèrent les unes des autres. 

Est-ce le môme bolide qui a été apergu à Mâcon, par 
M. Lemosy, à 9*43", heure de la gare, 9*'33", heure de 
la ville? Son éclat surpassait celui de Jupiter, sa lumière 
était d'un très-beau vert d'émeraude ; il ne laissait pas 
ou presque pas de tratnée. Ce bolide partit d'un 
point du ciel voisin de 7 d'Andromède et descendit en 
ligne droite vers Thorizon ouest. Il décrivit un arc 



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60 DEBiaBIIS TRAVAUX DB L'ASTaOlfOMIB. 

de 20 à a5 degrés, à peu près parallèlement à la droite 
7, P, a d'Andromède, 8*alluma à la hauteur de Tétoile 
7, et s'éteignit au tiers environ de la distance de ^ à a 
à partir de l'étoile a. Il passa très-près de l'étoile ^ 
d'Andromède. En s'éteignant il paraissait augmenter 
un peu de volume changeant, brusquement de couleur 
et passant au rouge violet vif. Durée d'apparition, trois 
à quatre secondes. Vitesse moyenne. Pas de bruit sen- 
sible après la disparition. Il semblait descendre vers la 
Terre en suivant une verticale. 

S 6. 

4 mars. 

 10*" 14*", un bolide d'un diamètre apparent égal à 
quatre fois celui de Jupiter passe au-dessus de p de 
Bouvier, et va s'éteindre près de. tt de la Couronne, 
après avoir parcouru un arc de 3o degrés environ, dans 
la direction sud-ouest au nord-est. Bleu d'abord, rouge 
ensuite, il s'est épanoui à un moment donné, en répan- 
dant une vive lumière blanche; superbe traînée com- 
pacte et phosphorescente, non persistante, (Cbapelas.) 

S 7. 

5 mars. 

 12^21'" du soir, M.Goggia aperçut un beau bolide 
de 7 à 8 minutes de diamètre. Il partit de l'amas de 
Persée et disparut à Thorizon au nord eu laissant une 
magnifique traînée, qui dura près de dix secondes. (Ob- 
servation de Marseille.) 



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DOUDI éBLOinSSANT. Ci 

S 8. 

9 mars. 

Le soir i i^i5"* (temps moyen local), un astronome de 
Moncalieri, sur le point de se retirer de ses observations 
habituelles sur les étoiles filantes, vit tout à coup jail- 
lir de a de la Lyre un magnifique bolide, qui alla s'é- 
teindre dans 7 du Cygne, parcourant ainsi, en ligne 
oblique, environ i5 degrés d'ascension droite. 

Les coordonnées des deux points extrêmes de la tra- 
jectoire sont : 

Commencement. A8C.dr.= a77'53', décl.=-f-38'38'; 
Fin Asc.dr.= agS'^iô', décl. =-f-a9'47'.. 

La grosseur et Téclat du bolide étaient tout à fait 
extraordinaires, car sa lumière d*un blanc incandescent 
éclipsa les lueurs des rayons lunaires; vers la fin de 
la trajectoire, il avait un diamètre apparent d'environ 
deux fois et demie le diamètre de la Lune. Le météore 
marchait plutôt rapidement de Test vers l'ouest. Il était 
suivi d'une traînée d'une couleur changeant entre le 
rouge, le jaunâtre et l'azur, et peu persistante. Le 
noyau avait une forme allongée semblable à celle d'une 
poire; sur la fin de l'apparition il laissa tomber 
quelques étincelles, mais sans faire entendre aucune 
détonation. (P. Maggi. Observât. Moacalieri.) 

S 9. 

10 mars. 

La même nuit du 9 au 10 mars, à 4^5" du matin 

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C2 DEBNIERS TRAVAUX DE l'ASTRONOUIE. 

(t^mps moyen local), on observa à Moncalieri un 
autre beau bolide de grandeur égale à celle de Jupiter. 
Il apparut près a du Bouvier et s'éteignit sur s de la 
Grande Ourse ; sa marche était très-lente et dura trois 
secondes. Le météore avait un nojrau distinct suivi 
d'une traînée lumineuse; Fun et l'autre étaient d'une 
couleur blanche qui se changea ensuite en rouge. Les 
positions du début et de la fin de la trajectoire sont : 

Commencement. Asc.dr.= 3iî'* 5', décl.=-4-ao** i'; 
Fin Asc.dr.= 191^4', décl.=-+-56«5o'. 

Le soir du 10 mars à 6*» 44° 52" (temps moyen local 
de Gênes), le professeur Romanone vit à Gènes un 
bolide qui apparut près Aldébaran, dans l'œil du Tau- 
reau, au point qui a pour coordonnées : 

Asc. dr. = 64°, décl. = -f- \^, 

Il passa ensuite au-dessus de Rigel, et s'éteignit au 
point qui a pour position : 

Asc. dr. = 84% décl. = -+- 18^ 

Ce bolide était accompagné d'une magnifique traînée 
rougeàtre ; son apparition dura deux secondes. 

S 10. 

36 mars. 

M. Arcimis écrit, de Cadix, qu'on y a observé un bo- 
lide, le 26 mars, à 9** i3"2o% temps moyen de Cadix ; il 
était blanc, d'un éclat supérieur à Jupiter et à Sinus; 
il illumina Fatmosphère et les maisons pendant deux se- 



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TRIPLE EXPLOSION D*UN BOLIDE. 63 

coudes. Tombant du zénith à l'horizon, il partit de 
$ Aurig» et se termina tout près de tt Persée. 

SU. 

3 avril. 

Un bolide a été observé par M. Lebreton, à Sainte- 
Honorine-du-Fay (Calvados) ; ce bolide parut à 7**5o", 
surpassant notablement Ârcturus en éclat. Le météore 
descend dans le vertical qui occupait alors le milieu 
entre s de la Vierge et Arcturus. Le point d'apparition 
était à 40 degrés de hauteur, et la disparition eut lieu 
environ à une hauteur de ao degrés. On eût dit une 
belle pièce d'artifice retombant et laissant quelques 
étincelles eh arrière. La durée de l'apparition fut au 
moins de deux secondes. 

S 12. 
19 aTril. 

Du Luxembourg, M. Chapelas vit à ii**!;!" l'horizon 
brillamment illuminé par le passage d'un bolide extrê- 
mement remarquable. Ce météore, prenant naissance 
près de p d'Hercule, vint s'éteindre auprès du groupe 
(^, e, ^) de Céphée, décrivant ainsi du sud au nord 
une trajectoire de 48 degrés. 

D'une belle nuance verte, il était accompagné d'une 
large traînée phosphorescente, à la fois compacte et 
détachée, bleuâtre à son extrémité antérieure et d'un 
rouge vif dans sa partie avoisinaut le noyau météorique. 

La disparition de ce bolide a été précédée de trois 



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64 DBRNIBBS TRAVAUX DE l'ASTRONOHIE. 

explosions successives, ne laissant percevoir aucun 
bruit y mais produisant des éclairs assez vifs pour per- 
mettre de distinguer les collines qui entourent Paris. 
Enfin son diamètre apparent, égal à six ou sept fois 
celui de Jupiter, a permis de le classer aisément 
parmi les premières grandeurs des globes filants. 

Les coordonnées des points d'apparition et de dispa- 
rition sont : 

Pour l'apparition : 
Déclinaison.. +46, Ascension droite. 247''; 

Pour le point de disparition : 
Ascension droite. dSo*", Déclinaison. + 67 

S 13. 
30 ayril. 

M. Sausseret écrit à rAssociation scientifique, sans 
lieu de date, que, le soir, à g^'io"', il aperçut à Touest 
un météore très-lumineux qui, partant du centre et 
au-dessous d'une ligne tirée de Régulus à Procyon, 
se dirigea obliquement vers le centre d'une autre ligne 
qui joindrait Procyon à Sinus. 

Ce météore avait une intensité de lumière égale, si 
ce n'est supérieure à celle de Vénus dans son plus 
grand éclat, et sa couleur était bleuâtre comme celle 
de Jupiter; il s'est éteint sans le moindre bruit et n'a 
pas mis plus de deux ou trois secondes pour fournir sa 
course. 

M. Doyère fils écrit de Bonnebosq (Calvados) qu'il 
aperçut le même bolide, à 9** 5"", temps vrai. Il appa- 



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BOLIBB. — traînée d'ÉTINCBLLES. 65 

rat à I degré environ au sud de 9 de la Vierge, passa 
à 2 d^rés au-dessous de a de FHydre, et se déroba 
derrière des nuages qu'il éclaira fortement par trans- 
parence pendant quelques secondes. 

D*abord très-petit, ce bolide, lors de sa disparition, 
avait un diamètre de i5 minutes environ. Il laissait 
derrière lui une longue traînée lumineuse, et lançait 
des globes de la grosseur de Slrius. 

Sa couleur était très-vive et bleue, son éclat allait 
en augmentant jusqu'au moment où il a disparu der- 
rière les nuages, qui s'étendaient jusqu'à l'horizon et 
ont empêché de suivre sa marche au delà du point où 
il s*est caché. 

La longitude de Bonnebosq est a°9'9* ouest. 

Aucune explosion ne s'est fait entendre, du moins 
dans les cinq minutes qui ont suivi son apparition. Il a 
été visible pendant environ trois secondes. 

Pendant la soirée beaucoup d'étoiles filantes se sont 
montrées partant de la région du Lion et se dirigeant 
dans tous les sens. 

C'est toujours ce même bolide du ao qui fut aperçu 
par M. Marques di Braga, qui était alors à Chevreuse 
(département de Seine-etOise) ; ce bolide lui parut se 
diriger vers l'ouest. 11 était 9^ 1 3"" du soir. Son plan faisait 
avec l'horizon un angle de 3o degrés. 

Il s'est éteint en un point du ciel dont la hauteur 
au-dessus de l'horizon était de 7 degrés et dont la 
verticale faisait avec le méridien (du côté de l'ouest) 
un angle de 108 degrés. Sa couleur et celle de la traî- 
née d'étincelles qu'il laissait après lui étaient blanc 
bleuâtre. On n'a entendu aucune détonation. 



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66 DEBNIBRS TRAVAUX DB l'ASTRONOHIE. 

Ce bolide a été aussi observé à Paris par M. Jans* 
sen, à 9" 10"», partant du milieu de la distance de Régu- 
lus à Procyon, un peu au-dessous. 

§ 14. 

9 mai. 

M. Arrondeau écrit de Vannes qu*un bolide y a été 
observé par M. Gonésel, au Palais (Belle-Isle, Morbi- 
han), n était 7^*15™ du soir et il allait du nord-est 
dans le sud-ouest. Ce bolide a produite la limite de sa 
course un éclat lumineux assez intense, mais sans dé- 
tonation. 

§ 15. 

i3 mai. 

M. Prud'homme, élève à Poitiers, écrit qu'il a vu 
un bolide éclatant dans la soirée du i3 mai, à ii'^aS'". 
Ce globe de feu, d'un diamètre d'environ 10 centi- 
mètres, se trouvait dans la direction du sud-sud-ouest, 
marchait avec rapidité et assez perpendiculairement à 
la Terre. Un corps lumineux sembla se séparer du pre- 
mier, et tout s'éteignit à l'instant même. 

§16. 
18 mai. 

A ïi'^io"', M. Simon, professeur à Rochefort, vit 
apparaître un magnifique bolide près de ô d'Hercule, 
qui se dirigea vers l'est, presque verticalement, incli- 
nant un peu au sud, pour disparaître près de $ de 
l'Aigle, dans les vapeurs de l'horizon, sans laisser de 



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BOLIDE ÉBLOUISSANT. 67 

traînée lunSneuse. Il parcourut ainsi un arc d'environ 
40 degrés en trois secondes. D'abord globe bleu, du plus 
vif, du plus brillant éclat, lançant des étincelles^ Tin- 
tensité de sa lumière était faible pendant qu'il décri- 
vait le dernier tiers de sa trajectoire. Il présenta alors 
Taspect d'un disque parfait, d'un blanc pâle, de 8 mi- 
nutes au moins de diamètre apparent. Six minutes 
après, alors que le calme le plus complet régnait au- 
tour de lui, M. Simon entendit très-distinctement, 
dans la même direction, une forte détonation lontaine, 
suivie d'une autre beaucoup plus faible. 

Le même jour, à ii^ao"" du soir, M. Mignot, de 
Limoges, a vu un magniûque bolide, qui semblait gros 
comme la tête d'un enfant, parcourir l'espace d'envi- 
ron 25 à 3o degrés dans la direction du zénith à Vho» 
rizon ouest; ce globe de feu a semblé se détacher de la 
voûte céleste à environ ao degrés de a de la Grande 
Ourse. (Cette étoile se trouvait en ce moment à peu 
près au zénith.) 

Il a éclairé Tespace pendant environ quatre ou cinq 
secondes, et a disparu en laissant une traînée de lumière 
bleue qui n'a persisté guère plus de trois secondes. 

La lumière semblait émaner des cônes de charbon 
d une pile de Bunsen, tant elle était vive. Son chien, 
qui rentrait avec lui, s'est tout à coup arrêté en hur» 
lant et s'est serré en tremblant contre lui. 

Ce curieux bolide a été vu à Paris, mais nous n'avons 
reçu aucun détail circonstancié sur les observations 
qu'on 7 a pu faire. 



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68 DEANIERS TRAVAUX DS l'ASTRONOHIE. 

S 17. 
3a mai. 

M. le capitaine Amand Vigie, écrit de Marseille : 
« Rentrant de Saint-Julien à Marseille et nous trou- 
vant à 4 kilomètres de la ville, nous aperçûmes, le 
aa mai dernier, à g^'So"' du soir, le plus magnifique 
bolide que j'aie vu de ma vie. Il venait de la direction 
sud-est et allait vers le nord-ouest. Il nous apparat par- 
dessus un mur et semblait glisser comme une fusée 
énorme. II était dans la constellation de la Balance et 
de la Vierge. 11 semblait être très-près de nous; sa 
forme était ronde, ayant une grosseur apparente ana- 
logue à celle de la Lune au zénith. La lumière était 
blanche. Vers la fin de sa course il projetait des étin- 
celles qui durèrent peu. Il s'éteignit doucement sans 
laisser de traces et sans que nous eussions entendu le 
moindre bruit. Sa projection paraissait horizontale. » 

S 18. 

a3 mai. 

M. Coggia observa, à Marseille, à i^55" du matin, 
un bolide très-brillant parti d'un peu au-dessous de q 
de l'Hydre, en laissant une belle traînée. Les rensei- 
gnements sur ce météore se bornent à cette indication. 

S 19. 
4 juin. 

M. H. Sclafer écrit de Sallebœuf (Gironde) : 
« Hier, 3 juin, à 8'*3i"', temps moyen de Bordeaux, 
j'ai aperçu un fort bolide filant du nord-ouest au sud-est, 



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fiOLIDB. — "QUINéB LUMINEUSB. 69 

presque aa zénith, mais déclinant au nord. Le crépus- 
cule était grand : à peine voyait-on quelques premières 
étoiles; malgré cela, \^ flamme du bolide fut trôs- 
visible , elle foisait aigrette et ce qu'il y eut de par- 
ticulier, c'est que ce bolide apparut pendant une 
demi-seconde, puis déteignit pour se rallumer pen<- 
dant une demi-seconde, après quoi il s'éteignit défini- 
tivement en produisant une gerbe d'étincelles. Ce bo- 
lide paraissait très-élevé. S'il eût été nuit close et qu'il 
n'y eût pas eu de Lune, nul doute que cette apparition 
n'eût été des plus remarquables. » 

S 20. 
13 'juin. 

M. P. Jager (Paris-Montmartre) nous écrit qu'il a 
vu, à lo** 1 1" i5 à 20% un magnifique bolide apparaître 
entre p et t du Dauphin ; il traversa la constellation de 
l'Aigle, au-dessus de 7, la voie lactée entre c et C de 
l'Aigle, passa sur a d'Ophiuchus, près a d'Hercule, 
entre 7 et x du Serpent, et vint s'éteindre près de 
rétoile V de la constellation du Bouvier. La durée du 
phénomène fut de quelques secondes, l'arc parcouru 
de 100 degrés environ. 

Le météore était d'un blanc très-vif, sa lumière 
supérieure à celle que nous envoie Sirius; mais ce qui 
parut le plus remarquable, ce fut la traînée lumineuse 
d'un bleu clair qui l'accompagnait et dont la lumière 
illuminait le ciel comme une fusée, la disparition 
n'ayant eu lieu qu'avec te bolide. Aucun bruit ni aucun 
éclat n'a été observé. 



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yo DEIlNIBaS TRAVAUX D£ LASTaOKOMIE. 

§21. 
17 juin. 

M. Grouzat rapporte qu'il a observé à Béziers le 
17 juin 1870, à 9 heures du soir, un bolide marchant 
du nord au sud, parti des environs de Wéga et se diri« 
géant vers Saturne, qu'il a un peu dépassé. L'appari- 
tion a été très-courte, le météore ayant fait explosion 
au-dessous de la planète, à 3 ou 4 degrés tout au plus. 
La clarté rougeàtre du bolide a illuminé le sol au mo- 
ment où il s'est divisé, comme les fusées dites chan- 
delles romaines. 

Il a été aperçu, non-seulement de Béziers, mais des 
communes voisines, notamment de Puisserguier. Il 
était moins beau que celui du 17 juin 1869 (voir plus 
haut, p. ai). 

S 22. 
3a juin. 

Vers 10** 17" du matin, temps du lieu, écrit M. Nar- 
jot, lieutenant de vaisseau, à Lorient,'me trouvant en 
rade de Lorient par 47*^43' 40* lat. nord et 5^4i'45'iong. 
ouest, un bolide m'apparut dans le 11' degré sud- 
ouest du monde, à environ 26 à 3o degrés de hauteur. 
Ce météore lumineux affectait laforme d'une traînée ver- 
ticale assez bngiœ, s'évasant légèrement vers le haut. 

» Le bas était blanc, très-légèrement jaunâtre ; au- 
dessus apparaissait une bande rose vif, et plus haut 
du vert émeraude vif aussi, diminuant d'éclat vers la 
partie la plus élevée et se perdant, sans terminaison 
bien définie, au contraire, du bas qui avait nettement 



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MÉléORE BN BANDE TBIGOLORE. 7I 

la forme arrondie. La proportion des couleurs dans le 
sens vertical était à peu près aiinsi : le vert y compris 
la portion visible de la partie confuse quatre fois le 
rose dont le blanc n'était que le tiers (du rose). Le 
ciel était parfaitement pur, et, malgré les torrents de 
lumière versés par le Soleil, le météore avait un éclat 
très-sensible. Il s'abaissait verticalement et rapide- 
ment sur rhorizon et il a disparu brusquement de mes 
yeux comme il était apparu. Autant que ma mémoire 
peut me servir, je crois pouvoir avancer que Tappari- 
tion, quelque rapide qu'elle ait été, a été légèrement 
successive, c'est-à-dire que le blanc est apparu le pre- 
mier. La disparition n'a été accompagnée d'aucun bruit 
perceptible. 

» Je ne puis apprécier môme approximativement la 
durée de l'apparition ; mais je puis affirmer qu'elle a 
été suffisante pour que je puisse bien juger la forme 
et les couleurs. Je considère comme ayant une grande 
exactitude l'heure de l'apparition et ma position longi- 
tude et latitude, et comme très-approché le relève- 
ment du vertical du phénomène et la hauteur à la- 
quelle il s'est produit. 

§23. 

34 juin. 

 10** iS*" du soir, un bolide parut au-dessus de la 
ville de Nancy. Parti du sud-ouest, il se dirigea vers 
le nord-est. Le chemin parcouru a été éclairé par une 
tramée rosâtre, très-rosâtre, très- lumineuse. Le bolide 
éclata enfin, en produisant une lumière bleue éblouis- 



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7^ DEBNIEAS TBAVAUX DB L'ASTRONOMIE. 

santé. Ce phénomène fut visible pendant au moins 
deux secondes. 

S 24. 
94 juillet. 

M. Ziircher, capitaine de port à Toulon, écrit que le 
dimanche a4 juillet, à 8** 40"" du soir, il a observé de 
sa terrasse, sur le bord de la mer, un magnifique 
bolide, dont le diamètre était presque double de celui 
de Jupiter ; il se dirigeait lentement de Fouest à Test, 
en suivant une ligne à peu près horizontale, et laissait 
derrière lui une brillante traînée* U apparut au-des- 
sous d'Àntarès, passa près de Tétoile |x de la constel- 
lation du Scorpion et disparut dans celle du Sagittaire. 

§25. 

36 juillet. 

M. Altenrath a communiqué à TÀcadémie royale de 
Bruxelles des observations sur un bolide apergu à An- 
vers le 26 juillet 1870, vers 10^4" du soir. L'Académie 
n*a donné aucun détail de ces observations. 

§26. 
a4 août. 

Notre ami regretté P. Jager, mort à Paris pendant 
la guerre, observant pendant la nuit du 24, vit appa- 
raître dans la région ouest un magnifique bolide. A 
I i'*54'"4o% ce météore partit de Ç de la Lyre : 

Asc. droite = i8^'4o«, décl. = 42«3o', 

traversa Hercule entre les étoiles et $, passa entre 



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MÉTÉORITES DE L*ANNÉE 187I. 7$ 

a d'Hercule et a d'Ophiuchus, et vint s'éteindre près 
de X de>cette dernière constellation : 

La trajectoire, curviligne, laissa une traînée bleue. 
Le bolide était blanc, comparable à un globe de mer- 
cure ou d'argent fondu, double de Vénus. La traînée 
lumineuse a persisté pendant presque toute la durée 
du phénomène, c'esirà-dire après Texplosion du bolide, 
dont la division s'est effectuée sans bruit en laissant 
une grande quantité de fragments. 



AtOBLÙUTBBB BT BOUDBS 
SB li'AmrilB 1871. 

L'infâme et sanglante folie qui agita deux peuples 
civilisés de cette planète, depuis Tété de 1870 jusqu'à 
la fin de l'hiver de 1 871, et se couronna même au 
printemps de cette année d'un autre genre de délire, 
nous a montré des bolides et des aérolithes créés de 
main d'homme et incomparablement plus destructifs 
que ceux du ciel. Les savants des deux camps étaient 
déguisés en militaires, et plus d'un est resté sur les 
champs de bataille. Si l'observation des étoiles a été 
négligée, en revanche, les longues nuits de janvier 
offraient un intéressant et odieux tableau de projectiles 
sillonnant dans tous les sens le ciel de Paris bom- 
bardé. Il n'est pas étonnant que notre récolte astro* 
nomique de cette époque soit légère, quoique, dès les 
Flammarion* » V« 4 



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74 DBRNUIS nUVAlTX DE L*A8T&01IO]IIB. 

premiers moments d'apaisement, les études scienti- 
fiques aient repris partout avec une nouvelle ardeur. 
Nous avons pu enregistrer, en 1871, vingt-deux ob< 
servationsde bolides et une seulement d*aérolithe. Parmi 
les bolides, plusieurs ont fourni le sujet d'observatiom 
nouvelles, singulières et tout à fait inattendues. 

SI. 
i3 fémer 1871. 

Le premier bolide de l'année 1871 nous est offert à 
la date du i3 février par les observateurs d'outre- 
Manche. Le Rapport du Comité des météores lumi- 
neux énonce qu'il se montra dans le sud de TAngle- 
terre et parut aussi brillant que la pleine Lune. Il a 
donné lieu à des observations précises et nombreuses, 
de telle sorte qu'on a pu arriver à calculer sa hauteur 
réelle. On l'évalue à ii5 kilomètres au-dessus de la' 
Manche, au nord de Cherbourg, et à 80 kilomètres 
au-dessus des comtés de Devonshire et de Cornouailles. 

S 2. 

17 mars. •— Bolide traverflant TAngleterre, la France 

et ritalie. 

Un bolide très-remarquable par la longueur de son 
trajet et la durée de son apparition a été visible dans 
la nuit du 17 au 18 mars (veille de la déclaration de 
la Commune) sur toute l'étendue de la France. Voici 
les curieuses observations auxquelles il a donné lieu : 

Lettre de M. Xamben, professeur à Saintes (Charente- 
Inférieure). — « Le 17 mars, à 10** 40" du soir, j'ai 
vu un bolide laissant après lui une traînée lumineusOj 
qui a persisté pendant plus d'une demi-heure. Lo 



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UÂTEORITBS DK L'ANNÉB 1871. y 5 

globe lumineux a paru se détacher de la partie supé- 
rieure d'un groupe de nuages touchant Thorizon dans 
la région nord-nord-ouest; il s'est dirigé en ligne 
droite horizontale et, avant d'arriver à un second 
groupe nuageux placé près de l'horizon dans la région 
sud-sud-est, il a présenté une brillante coloration 
bleu verdâtre, a éclaté comme une fusée sans détona- 
tion et a projeté dans l'espace vers le sol de nom- 
breuses étincelles. 

» La vitesse du mobile était très-lente, et j'ai pu 
compter vingt secondes depuis le commencement jus- 
qu'au moment où il a atteint la région sud-sud-est. 

» Tout le chemin parcouru par le globe de feu a 
été marqué par une bande lumineuse horizontale im- 
mobile. A 1 1 heures (vingt minutes après), la traînée a 
présenté en son milieu de légers renflements, et la courbe 
sinueuse paraissait encore se maintenir immobile; à 
partir de ce moment, l'intensité de la lumière alla en 
décroissant et, à ii^^i^"*, la traînée disparut lentement 
dans la région nord-nord-ouest d'où elle était partie. » 

De Chatellerault M. le D'^Crevaux écrit de son côté : 

« Vendredi, à io**55" du soir (heure de Paris), 
averti qu'une masse lumineuse s'avançait comme un 
obus dans le ciel, j'observai à io**58™ sa traînée lumi- 
neuse ayant quelque analogie avec la voie lactée. Au 
nord, le phénomène se perdit sous l'horizon. Au sud, 
terminaison brusque, pour ainsi dire en moignon. 
C'est à ce point qu'on a vu le corps lumineux lancer 
des éclats très-brillants et disparaître. La traînée se 
dissipa lentement, du nord au sud; à minuit, elle était 
à peu près effacée. » 



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76 BOUDB TBAVBRdANT 

Un croquis joint à la Lettre de M. Crevauz montre 
que cette traînée passait près de la Polaire et traver- 
sait la queue de la Grande Ourse, entre c et C 

Le même bolide a été observé à Tours par M* Brif- 
fault, dont voici la relation : 

Le 17 mars, à 10^45'' du soir environ, le ciel s'é- 
claira tout à coup d'une vive lumière, et un météore 
très-brillant passa au-dessus de la ville. Il se montra à 
l'horizon, au nord, comme une splendide fusée d'artifice 
et traversarhémisphère en cinquante ou cinquante-cinq 
seconde3,laissantde!rrièrelui une traînée lumineuse qui 
demeura visible avec diverses transformations, pendant 
vingt-cinq minutes environ ; le plan de cette ligne de feu 
ne faisait pas avec le plan méridien un angle de plus de 
3 degrés. 

Le diamètre apparent de ce bolide était, lorsqu'il 
passa au zénith, environ moitié de celui de la Lune; 
mais il parut augmenter et en devint les deux tiers. 
Quant à la traînée lumineuse, sa longueur était, dans 
les premiers instants, double du diamètre du météore. 
Le bolide semblait brûler avec une belle flamme bleue, 
abandonnant derrière lui des particules en combustion. 

Mais ce qui frappa le plus vivement dans le phé- 
nomène, ce fut la métamorphose que subit la trace 
laissée par ce corps. Tout d'abord large comme deux 
fois le diamètre apparent du bolide et très-brillante, 
elle s^largit, devint en largeur double de ce qu'elle 
était et perdit un peu de son éclat; elle se sépara 
alors, dans toute sa longueur, en deux parties, et, le 
ciel étant très-pur à ce moment, on put voir briller 
les étoileSj d'une lueur moins rouge, entre les deux 



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L'ANGLETERRE, LA FRANCE ET L*ITALIB. 77 

rubans de feu. Gela dura plus de cinq minutes, puis 
Téclat diminua sensiblement, le double ruban se coupa 
en plusieurs parties, les particules lumineuses dispa- 
rurent peu à peu, et bientôt il ne resta plus qu'une 
immense banderole de matière vaporeuse éclairée 
d'une lumière pÂle. A ii^^io"*, on put encore voir 
quelques traces de ce nuage qu'on put comparer à la 
ftimée éclairée par la lumière lunaire. La trace laissée 
par le bolide fut d'abord plane ; mais, trois minutes après, 
quelques ondulations eurent lieuj entraînant le ruban 
vers Test; elles devinrent beaucoup plus nombreuses, 
lorsque ce ne fut qu'une masse vaporeuse qui mar- 
chait lentement vers l'est. Pendant toute la durée du 
phénomène , on ne put saisir aucun bruit. A 8 heures, 
le môme soir, on avait vu une étoile filante se mou- 
voir dans une direction sensiblement la même que 
celle du brillant météore dont il s'agit ici. 

M. A. Pâquenée écrit, de Castillon-sur-Dordogne, 
sur le même phénomène : 

a Je n'ai pas vu ce météore ; mais, averti aussitôt 
après son apparition, je suis sorti, et j'ai pu examiner 
tout à loisir l'immense traînée lumineuse qui marquait 
son passage. 

9 La trace du bolide, commençant à l'horizon, un 
peu à l'ouest du méridien de la constellation de Cas- 
siopée , traversait celle du Bouvier et se prolongeait 
vers le sud-sud-est jusqu'à 4o degrés environ au- 
dessus de rhorizon. 

» Cette trace, d'abord droite et d'une faible lar- 
geur, s'infléchissait ensuite sur plusieurs points et 
s'élargissait inégalement. Cinq minutes après, elle pré- 



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78 BOUOB TBAVBBSANT 

sentait Taspect d'un long nuage lumineux, de forme 
légèrement ondulée, dont la largeur variait entre i et 
5 degrés. Pendant vingt-cinq minutes, son éclat sem 
bla peu diminuer ; mais ses contours continuèrent à se 
modifier; puis ce nuage commença à disparaître lente- 
ment. On en voyait encore quelques traces vers k 
nord, près d'une heure après l'apparition du météore. 

Nous avons encore sur ce curieux bolide les obser- 
vations suivantes. La première est de M. Lespiault, 

Vendredi soir, 17 mars, à 10^ do"* environ, a para 
un magnifique bolide sur l'horizon de Nérac. Il a paru 
commencer sa course à i5 degrés au-dessus de Tho- 
rizon, perpendiculairement au-dessous de la Polaire, 
et s'est dirigé, en suivant la courbe du ciel , vers la 
planète Mars qu'il a dépassée. 

Sa lumière était blanche, elle éclairait le sol ; ce n'est 
que vers la fin de sa course que le bolide a paru se 
diviser en gerbe : on n'a pas entendu de déflagration. 
Le sillon immense qu'a laissé le bolide a persisté pen- 
dant plus de trois quarts d'heure; sa couleur était 
blanche, phosphorescente et tout à fait pareille à la 
lueur des queues de comètes, mais infiniment plus 
brillante et mieux limitée. Très-mince et rectiligne 
dans les premiers moments, cette trace est devenue 
peu à peu sinueuse ; elle s'est rompue enfin sur plu- 
sieurs points en se diffusant et formant divers centres 
lumineux. Les étoiles paraissaient au travers. Vers 
11^ Se'*, elle a disparu peu à peu. 

Le môme météore a été observé à Carcassonne et 
dans le nord de la France. 



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l'ANGLETER&E, Là FRANCE ET L ITÀUE. 79 

M. Yauquelin écrit, d'autre part, de ]a Gôte-d'Or : 

« Vendredi, 17 du courant, à 11** 1 5™ environ du 
soir, la nuit était noire, quoique le ciel fût étoile et 
que la terre fût couverte de peige ; j'étais en route 
pour me rendre à pied de Lamargeile à Frénois, can- 
ton de Saint-Seine (Côte-d'Or), lorsque mon atten- 
tion fut éveillée par un corps lumineux, que je suppose 
être un bolide, traversant l'espace du nord-nord-est 
au sud-sud-ouest ( suivant mon appréciation ) , décri- 
vant avec une vitesse extraordinaire et égale une tra- 
jectoire très-lumineuse et horizontale, par rapport à 
l'endroit où je me trouvais et à la ligne de mes yeux; 
la durée de la course fut d'environ quinze seconde3 : 
le temps était trop sombre pour que je pusse consulter 
ma montre ; mais, depuis le moment où j'aperçus le 
corps jusqu'au moment où je le perdis de vue, je 
pus compter jusqu'à 3o, sans me presser. Ce corps 
laissa dans l'espace la trace de son passage pendant 
au moins vingt minutes, avec cette particularité que 
cette trace était plus large au milieu, moins dense qu'à 
son point de départ et qu'à son point d'arrivée, 

» 11 n'y eut pas d'explosion , car je ne remarquai 
aucune ^ dissémination de la traînée lumineuse; le 
corps a dû, ce me semble, continuer sa course dans 
l'espace, en cessant d'être visible pour moi. Il ressem- 
blait à un immenise obus à fusée, moins le bruit de la 
course et l'explosion. » 

Le Journal officiel du 18 mars publie de son côté la 
relation suivante : 

a Hier soir (17 mars), à 1 1 heures moins i3 minutes 
et demie, sur la place du Palais-Bourbon, les passants 



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8o BOLIDE TRAVB&9Al>rr 

on( pu observer un magnifique bolide dont la trajec- 
toire paraissait fort rapprochée de la Terre. L*arc 
parabolique était parallèle à la surface terrestre et 
sensiblement dirigé de fiord-est à sud-ouest. Le corps 
lumineux, de la grosseur apparente d'une orange, che- 
minait assez lentement et présentait une lumière blanche 
étincelante. Ce qu'il y avait de très-digne de remar- 
que dans le phénomène, c'est que le bolide laissait 
derrière lui une immense traînée lumineuse, d*un 
rouge presque sombre, longtemps persistante, de ma- 
nière qu'elle embrassait une grande partie de Thorizon 
céleste. » 

On lit également dans le Moniteur universel da 
ao mars : <« Entre Vitré et Rennes, pendant la nuit de 
vendredi (17) à samedi (18 mars), à 11 heures moins 
i5 minutes, est apparu sur l'horizon, à la hauteur de 
45 degrés, un bolide énorme. Sa traînée lumineuse a 
persisté pendant quinze minutes. » 

Ce bolide a été également observé en Italie, et Yoici 
ce qu'écrit à cet égard le P. Denza : 

C'est à minuit 20 minutes, temps moyen de Turin, 
qu'il apparut éclairant tout l'horizon. Sa direction ap- 
prochée était ouest-nord-ouest vers est-sud-est. Son 
noyau était oblong et d'un diamètre apparent, presque 
aussi grand que le diamètre lunaire. Une intelligente 
observatrice, qui en observa toutes les phases. Ta com- 
paré à un amas de petites étoiles ; il était orné d'une 
traînée de lumière très-vive et majestueuse d'une per- 
sistance inusitée. Le chemin du météore parut à tous 
les observateurs rectiligne et horizontal. 

Mais ce qui fut admirable dans ce bolide, ce fut la 



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L'ANGLETEfiRE, LA FRANCE ET L'iTALIE. 8i 

lenteur extrême avec laquelle il a parcouru la voûte 
céleste; tous ceux qui Tont vu s'accordent à affirmer 
que le noyau ne s'éteignit qu'une ou deux minutes 
après, et que la traînée lumineuse pâlissant peu à peu 
fut visible pendant dix ou quinze minutes environ. La 
perâstance du noyau est peut-être un peu exagérée ; 
mais celle de la traînée de lumière n'est point exces- 
sive, parce que d'intelligents observateurs en ont vu 
d'une durée beaucoup plus longue* 

La réunion de l'Association Britannique de 1871 
nous apprend que ce bolide a encore été observé en 
Angleterre, où on le vit descendre, à Chichester, d*un 
point voisin du zénith et se dirigeant jusque vers l'ho- 
rizon sud-ouest. Il était plus éclatant que Vénus et 
brillait d'une couleur jaune d'or, après avoir passé 
derrière un nuage à la fin d'une course lente et longue. 
Les circonstances de toutes ces apparitions sont à 
peu près identiques et remarquables particulièrement 
par rétendue et la longue persistance de la traînée lu- 
mineuse que le bolide a laissée sur son passage. Elles 
conduisent naturellement à penser qu'on a vu, dans 
toutes les localités citées, un seul et même bolide. Ce 
bolide, observé ainsi depuis la Bretagne jusqu'en Italie, 
mérite de fixer l'attention par la longueur de la tra^ 
jectoire qu'il a parcourue à portée de la vue des habi- 
tants de la Terre. 

S 3. 
a4 mars. 

Un météore splendide et lumineux fut observé à 
Volpeglino, par M. Tabbé Maggi (Observatoire de Mon- 

4. 



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8a DKBNIERS TRAVAUX DE l'aSTRONOMIB. 

calieri), dans la nuit du 04. H apparut à f^S^ du ma- 
tin (temps moyen local), s'allumant près de Tétoile a 
du Cygne, et après qu'il eut passé par a d'Andromède, 
il disparut près de l'horizon, non loin de C des Pois- 
sons, parcourant en cette manière un espace de 70 de- 
grés environ. 

Les coordonnées des deux points extrêmes du che- 
min parcouru par le météore sont 

Comm.: ai=3o9"; (D = 45". Fin:ai=io"; (E)=7o*'. 

Le holide était d'une splendeur inusitée. Son noyau 
avait un diamètre apparent de 25 minutes d'arc, c'est- 
à-dire les I du diamètre lunaire ; il était d'une couleur 
éblouissante, blanc incandescent. U était suivi par 
une traînée de lumière très-longue, brillante et d'une 
couleur cendrée peu différente de celle de la vapeur 
d'eau condensée qui sort de nos locomotives. Le mé- 
téore s'avançait dans l'atmosphère avec une lenteur 
majestueuse et laissait à tous moments des étincelles 
d'une couleur rouge très-vive. Par une relation que le 
P. Maggi reçut du P. Serpieri, directeur de l'Obser- 
vatoire d'Urbin, il put inférer que ce même météore 
fut observé aussi dans cette ville. Il a été précédé par 
un autre, qui n'était pas moins brillant, vers les 
A heures du matin. 

L'un et l'autre avaient un noyau éblouissant, un 
peu plus petit que celui de la Lune, suivi d'une large 
traînée ; ils éclatèrent enfin avec une forte détonation 
que l'on a entendue une demi-minute après qu'il eut 
disparu. 



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BOLIDES OBSERVÉS BN ITALIE. 83 

S 4- 
II avril. 

Plusieurs Observatoires dltalie ont signalé ce soir-là 
un brillant bolide, à 9*» 46", temps moyen de Turin. 
Les coordonnées de l'espace parcouru par le bolide ont 
été, pour chaque station, les suivantes : 

A (D A CD 

Moncalieri . . Comm. 210 — 10 Fin. . 223 -h 28* 

Alexandrie. . Comm. 221 — 11 Fin. . m -+- 28 

Volpeglino. . Comm. 175 -h i5 Fin. . 1 1 n- 32 

Le météore était partout orné d'un noyau luisant et 
d'une traînée lumineuse, large et persistante. A Mon- 
calieri et à Volpeglino, le noyau apparut d'une cou- 
leur blanc azuré, éblouissante, et d'un diamètre de 
10 minutes, c'est-à-dirç | du diamètre lunaire. A 
Alexandrie, il a été plus grand, presque comme la 
Lune; à son passage, on a entendu un sifflement sem- 
blable à celui d'un feu d'artifice. A Moncalieri, le mé- 
téore s'arrêta, pour quelques instants, près de Tétoile S 
du Bouvier, et après il continua sa marche en sautillant. 

§5. 
12 avril. 

Le soir suivant, un autre bolide a été vu à Lodi, 
à 8**i5". Lorsqu'on l'a aperçu, il était déjà allumé. Les 
points extrêmes de son chemin qu^on a observés sont 
les suivants : 

Comm.:jR=III^(D = -^-7^ Fin;ii=io5% CD=-h2^ 

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84 DBBNIBB8 TBAVAUX DB L*ASTR0Tf01IIB. 

Le météore, à la fin de sa course, éclata avec une 
.détonation si forte, qu'elle fut entendue par plusieurs 
personnes qui se trouvaient dans les maisons avec les 
fenêtres fermées. Avant l'éclat, sa lumière était rou- 
geàtre; après, elle devint d'une couleur azurée très- 
vive. 

De l'Observatoire royal de Naples, le soir du môme 
jour, à I i^a3", on a observé un autre bolide ; son noyau 
semblait égal en grandeur à Jupiter; la couleur en 
était blanche ; il a été suivi par une tratnée lumineuse 
rougeâtre, qui persista vingt minutes. L'espace qu'il a 
parcouru fut très-long; en voici la position : 

Ck)mm.: 11 = 98*; (D-J-70'. Fin : ii=i5";(D-i-39». 

Le professeur de Gasparis , directeur de l'Observa- 
toire, pense que ce bolide a dû tomber sur la Terre. 

$6. 

33 ayril. 

Parmi vingt-cinq météores observés à Moncalieri 
pendant la soirée du 27, avril, il y en a un qui surpassa 
tous les autres en beauté et en persistance. Il s*alluma 
à 10^37'*, 5 dans la Couronne boréale, par 

A a33*, (DH-a3% 

passa entre la Perle et 7 de la Couronne, s'appro- 
cha de X d'Hercule, pénétra dans la constellation du 
Dragon, passant entre «i et v de la même; puis il se 
dirigea vers 7 de la Petite Ourse et alla s'éteindre 
dans la Polaire, parcourant ainsi un espace de 65 de- 



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AÉROLITHE TOMBÉ AUX ETATS-UNIS. 85 

grés environ. Le noyau du météore était comme celui 
de Jupiter, et d'une couleur blanc argenté ; il était en- 
vironné d'une splendide auréole de la même couleur. 
Une traînée blanche et large de 2 degrés environ suivit 
le noyau et persista S'^So", s*éteignant peu à peu. On 
l'a observé aussi à Yolpeglino à la môme heure. La 
position du chemin était : 

Comm. : A aia* ; (D -+- 2o^ Fin : jR 87» ; (D 4- 4S\ 
La traînée lumineuse persista plus d'une minute. 

S 7. 
31 mai 1871. Aérolithe. 

Le professeur Stephard, du collège d'Âmherst (Mas- 
sachusets) , a publié quelques détails sur une pierre 
météorique tombée à Searmont, Maine (États-Unis), le 
21 mai 1871. Vers 8 heures du matin, on entendit une 
explosion semblable à celle d'une forte pièce d'ar- 
tillerie et suivie d'un bruit strident, ressemblant au 
son d'un jet à vapeur. L'aérolithe tomba dans un es- 
pace découvert, et une dame qui se trouvait dans une 
maison voisine vit la terre projetée dans toutes les di- 
rections autour du point frappé. Le trou fut aussitôt 
examiné, et, en le creusant, on trouva les fragments 
encore chauds de la météorite, dont la surface mon- 
trait évidemment qu'elle avait été fondue. Le plus gros 
fragment pesait 900 grammes, et, réuni à tous les au- 
tres, accusait un poids de 5^^,44. Ces fragments exha- 
laient une odeur de cailloux violemment froissés les uns 
contre les autres. Le trou fait par le corps tombé avait 
o°',Go de profondeur, quoique le sol fût un gravier gros 



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86 DBBiaSRS TRAVACl DE L'ASTAONOMIB. 

el dur. La fracture de la pierre avait été visiblement 
causée par son choc contre trois gros cailloux, dont 
chacun pesait environ i^',8o. Le professeur Stephard 
a examiné le plus gros fragment de cet aérolithe. La 
moitié de sa surface était complètement couverte de 
la croûte formée par la fusion, et la forme semblait 
indiquer que la masse entière aurait été d*ttne forme 
ovale et sous-conoïde , aplatie vers la base, s'appro- 
chant de celle de la pierre de Duralla, que Ton voit 
maintenant dans le Muséum britannique. Parmi les 
principales matières qui la composaient, on trouva du 
fer météorique, du peroxyde de fer, de la chladnite, de 
la troïlite, mêlés avec une masse noirâtre qui paraît 
être un agrégat de plombagine. 

§8. 

i4 juin 187 1. 

Un bolide a été observé, à cette date, au sémaphore 
du cap Sicié, par M. Sagols. Vers 8 heures du soir, 
pendant le crépuscule, une clarté parut dans le ciel et 
au nord , sous forme d'étoile filante , qui grandit pro- 
gressivement jusqu'à acquérir un diamètre du tiers 
environ de celui de la Lune, et laissant une traînée 
fumeuse qui dura cinq secondes. La marche était di- 
rigée du sud-ouest au nord-est, et quand le météore 
disparut , il éclata en un grand nombre d'étoiles de 
couleur variée. Le phénomène était magnifique à voir. 
L'arc parcouru pouvait avoir de 70 à 80 degrés, et le 
météore paraissait se mouvoir à 4 ou 5 kilomètres au- 
dessus des montagnes de la Sainte-Baume. 



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BOUDES ET a£bOUTBES. 87 

S 9- 
i3 juillet. 

Le 1 3 de ce mois , à Trémont, près Tournus , on a 
observé un bolide d'un brillant éclat. A io*»6™, le mé- 
téore se montra à 5 ou 6 degrés au-dessus de S Andro- 
mède y courut horizontalement en passant à i**, 3o au- 
dessus de a d'Andromède et alla faire explosion dans le 
carré de Pégase, une seconde de temps après son ap* 
parition. 

Le bolide avait l'aspect d'^ne flamme brillante, en- 
tourée d'une nuée phosphorescente ; son éclat s'accrut 
rapidement jusqu'au moment où l'explosion illumina le 
ciel comme un éclair; cette traînée, large d'environ 
25 minutes, avait la forme d'un fuseau très-allongé; le 
point où le bolide a éclaté fut occupé par la partie la 
plus large et la plus lumineuse de la traînée. Celle-ci fut 
plus brillante que la portion de la voie lactée dans le 
Sagittaire. Elle s'effaça peu à peu et ne disparut com- 
plètement qu'au bout de quatre ou cinq minutes. La 
netteté et la persistance de la traînée permettent de 
fixer avec exactitude les coordonnées des extrémités 
de la trajectoire visible du bolide. Les voici : 

Comm. : il = 5°; Dist. pol. : = 55^ 
Fin : m = 355»3o' ; Dist. pol. : = 63*. 

L'observation est précise, et, si nous possédions une 
seconde détermination aussi exacte, il serait possible 
de calculer la route même suivie par le bolide. 

Ce bolide a été aperçu à MoAcalieri en Italie, à lo^ 34", 
temps moyen local, vers le nord, dans la constellation 



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88 BEBmBRS TBATAUX DB L ASTRONOMIE. 

de la Girafe. Le diamètre apparent de son noyau se 
montra un peu plus petit que celui de la Lune; sa lu- 
mière a été si vive qu'elle éclaira comme un éclair les 
nuages par où le météore passa. Ceux-ci empêchèrent 
d'en déterminer la trajectoire avec précision. 

8 10. 

i5 juillet. 

M. Chapelas a observé, de son observatoire du Luxem- 
boui^, à Paris, un bolide remarquable, à ii*'ia°' du 
soir; ce météore, qui n'a fourni que aS degrés de 
course, était spécialement intéressant par sa taille et 
les diverses nuances qu'il présentait durant le parcours 
de sa trajectoire. Le diamètre apparent du noyau, qui 
allait sans cesse en augmentant, égalait six ou sept fois 
celui de Jupiter, au moment de la disparition du phé- 
nomène. D'une blancheur éblouissante à son point de 
départ, ce globe filant prit successivement une belle 
couleur vert émeraude, puis rouge vif. Il était ac- 
compagné d'une magnifique traînée large et compacte, 
présentant, identiquement et dans le même ordre, des 
couleurs semblables. Ayant pris naissance près de 
l'étoile ç de Pégase, le bolide descendit directement à 
l'horizon et finit au milieu de la brume , non pas en 
éclatant, mais en s'épanouissant et projetant alors une 
clarté rouge très-intense, qui éclaira un moment toute 
la partie est de Paris. 

Dans le département du Cher, près de la Guerche, 
M. Habert, instituteur, a observé ce bolide. Il était 
II*" 5"", heure du chemin de fer, et l'apparition a duré 



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BOUDB OBSERVÉ EN PBANGB ET EN ITALIE. 89 

trois secondes. Le point de départ est à la moitié de la 
ligne eÇ du Cygne, soit ai = 3i3% Ob) = 58". De là, le 
bolide est descendu vers a de Pégase, sans Tatteindre. 
Arrivé à la moitié de la ligne %n de Pégase, soit 
A= 3a8®3o\ (D=6i''3o', il a pris la forme d*un globe 
dont les dimensions allaient croissant ; puis il a diminué 
de volume et a éclaté en fusant et en illuminant toute 
la contrée. Le bolide, qui était alors d*un rouge vif, 
avait commencé par la blancheur éclatante. 

Ce même bolide a été vu en Italie. Le P. Denza écrit 
qu'il était si brillant qu'il ne se souvient pas d*en avoir 
jamais vu de semblable. Comme le soir du i5 était un 
des soirs combinés pour les observations simultanées, 
le météore a pu être étudié dans plusieurs stations. Voici 
les déterminations principales des stations suivantes : 

Stations. Latitude. Longitude de Paris. 

o f ^ h m • 

Lodi 45.18.34 0.28.39 

Plaisance 45. 2.44 0.29.26 

Moncalieri 44.59.45 0.21.26 

Volpeglino 44.53.25 0.26.35 

Les différentes positions des stations, Theure de 
Tappantion, ainsi que la position de la trajectoire, 
s'accordent parfaitement entre elles. Le bolide a été 
vu même de quelques maisons placées sur la colline 
de Turin ; mais il n'y a pas été étudié scientifiquement. 

Le météore apparut, dans toutes les stations dont 
nous venons de parler, entre 11* 33"* et 11** 34", temps 
moyen de Turin, c'est-à-dire à la même heure qu'on 
l'observa à Paris. 



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90 DBRNIEBS TRilVAUX DE L*4STR0N0MIB. 

Voici la position de sa trajectoire, qui a été déter 
minée*dans chaque station : 

Stations. A (D Si Œ> 



Moncalieri. 


. Comm. 


200 -h 67 


Fin.. 


ia5 -*- 36 


Volpeglino. 


. Comm. 


177 -^ 54 


Fin.. 


150-+.35 


Plaisance. . 


. Comm. 


186 -H 5a 


Fin.. 


164 -+-47 


Lodi 


. Comm. 


178 H- 46 


Fin.. 


169-1-30 



A Moncalieri, le météore se montra, au commence- 
ment, comme une étoile ordinaire de première gran- 
deur; il s'alluma au-dessous de 7 et ^ de la Petite 
Ourse, à 5 degrés environ de t du Dragon. C'est à cela 
qu'on doit attribuer la différence entre la position de 
son commencement déterminé à Moncalieri et celles 
des autres stations. Lorsqu'il arriva près de m de la 
Grande Ourse, c'est-à-dire dans le point céleste qui 
a pour coordonnées a = 147**, (D = h- 67**, il grossit 
remarquablement, et son noyau acquit un diamètre 
égal à la quatrième partie du diamètre lunaire; ce fut 
alors qu'il commença à se montrer dans les autres 
stations. Plus tard, pendant qu'il passa entre i et x do 
la môme Ourse, il s'arrêta soudainement, pour quelques 
instants, et il devint beaucoup plus grand et resplen- 
dissant; son diamètre alors n'était certainement pas 
plus petit que le diamètre lunaire. A Plaisance , il 
apparut de la même grandeur; à Lodi, au contraire, 
le noyau a été estimé la quatrième partie du diamètre 
lunaire; à Volpeglino, la cinquième partie. Peut-être 
la grosseur excessive du météore, remarquée à Monca- 
lieri et à Plaisance , doit être attribuée à une atmo- 



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BOUDE OfiSERVÉ BN FBAiNGB ET EN ITALIE. 91 

sphère très-brillante et très-étendue, qui, de tous côtés, 
environnait le noyau. La couleur du bolide, au com- 
mencement, était blancJie; après, elle devint azurée 
(-verdâtrcy à Volpeglino) , enfin d'une couleur rouge 
très-vive. La partie antérieure parut , à quelques ob- 
servateurs de Moncalieri, d'un jaune très-brillant. La 
forme du noyau était la forme ordinaire, c'est-à-dire 
celle d'une poire avec la partie enflée en avant; à Lodi, 
on l'a vu presque sphérique. Il était suivi d'une longue 
traînée d'une belle couleur rouge vif. On a vu le bo- 
lide éclater, à la fin de sa course, dans toutes les sta- 
tions ; mais c'est seulement à Lodi que Ton a pu en- 
tièrement observer le phénomène. Dans cette station, 
on a remarqué que le météore , avant de s'éteindre, 
lança en arrière , dans la direction de sa trajectoire, 
un faisceau de rayons disposés en forme d'éventail, par 
exemple, de la longueur de 5 degrés environ , d'une 
couleur blanc rougeâtre. Cette apparence dura plus 
de deux secondes; ensuite le faisceau de rayons dis- 
parut comme soudainement, en se transformant en un 
centre d'irradiation lumineuse formée par des zones, 
d'une couleur rouge et noire, larges de plus de \ degré. 
La lumière du météore a été tout à fait admirable. Les 
observateurs de ces trois stations, de Moncalieri, Plai- 
sance, Lodi, qui étaient tournés vers d'autres côtés 
du ciel, en furent attirés. Dans cette dernière station ^ 
le ciel a été si éclairé, que l'observateur, qui s'était 
tourné vers le midi , c'est-à-dire vers le côté opposé, 
vit, sur la paroi qu'il avait en face, l'ombre des clochers 
et des arbres qui s'interposait. L'éclat produit par la 
détonation du météore n'a été entendu dans aucune 



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91 BEBNIERS TRAVAtX DU l'ASTRONOMIB. 

Station; seulement, à Plaisance, plusieurs personnes, 
qui étaient loin de TObservatoire, ont entendu un bruit 
fort et simultané à l'apparition du météore. 

SU. 
1*' août 1871. — Marche lente et accidentée d*an bolide. 

M. Coggia a observé, à Marseille, un bolide dont la 
durée d'apparition est tout à fait extraordinaire. En 
voici les circonstances : 

Ce magnifique bolide rouge -sang a commencé à 
briller à io*'43", temps moyen de Marseille, vers le 
point situé à peu près au centre du triangle formé par 
K Serpent, et >} Ophiuchus. Il a pris avec une majes- 
tueuse lenteur la direction est, a passé à io*'45"3o' 
près de pi Sagittaire, et, à 10^ 46"" 35', a presque effleuré 
Saturne. Sa marche se ralentissait graduellement. Il 
a passé à io^49'"5o' un peu au-dessous de Sagit- 
taire, et à io''5o"*4o' au sud de Fétoile / de la même 
constellation. 

A lo'Sa^So', il est arrivé entre e et B Capricorne, 
où il est resté un moment stationnâire. Changeant en- 
suite de direction, il a remonté Ders le nord, laissant 
à i*3o' environ à l'ouest l'étoile v Verseau à Sj^So', 
et ^arrêtant de nouveau à 69* 3o", un peu au sud- 
ouest de p Verseau, Reprenant, au bout d'un moment, 
sa marche primitive vers l'est, il a dépassé ^ Verseau 
pour s'arrêter de nouveau vers ( Verseau et retomber 
ensuite, avec assez de rapidité, perpendiculairement à 
Vhorizon, allant passer ensuite entre ^ etv Capricorne, 
et laissant, à l'est, la Lune qui était presque pleine. 



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LENTE TBAYSasiB d'uN BOLIDE. g3 

On Ta perdu de vue un peu au nord de 9 Poisson 
austral, à ii*3"ao\ 

Son diamètre, qui était d*environ i5 minutes au dé- 
part, avait rapidement diminué dès le début, et se 
trouvait n'être plus que de 4 minutes à son approche 
de Saturne. Dans la dernière période, c'es^à-dire 
lorsqu'il s'est arrêté entre t et Capricorne, il n'avait 
plus que Téçlat apparent de Vénus périgée, éclat qu'il 
a conservé jusqu'au moment où on l'a perdu de vue. 
Lorsque, après, arrêté près de C Verseau, il est re- 
tombé perpendiculairement à Tborizon, il laissait 
échapper comme des gouttes incandescentes (*). 

M. Le Verrier a fait suivre cette relation des re- 
marques suivantes : 

« L'observation précédente est assurément des plus 
curieuses. Consulté par nous, M. Coggia nous a con- 
firmé sa narration par un télégramme et par une 
lettre du 8 août. L'Astronomie trouve surtout remar* 
quables les brusques changements de direction du mé- 
téore; mais les observations sont en tous points de la 
plus rigoureuse exactitude. 

9 Nous attirons, de notre côté, l'attention sur la 
longue durée de Tapparition, plus de vingt minutes de 
temps. Le météore ne peut être lumineux que parce 
qu'il se meut dans l'air avec une grande vitesse, et 
dès lors il éprouve une énorme résistance. Il faut que, 
nonobstant, il ait pu rester suspendu dans Tatmo- 
spbère plus de vingt minutes. Le premier point établi, 
il n'y a lieu de s'étonner d'aucun accident arrivé à la 

{*) Voir plus loin les observations rétrospectÎTes aux- 
quelles a donné lieu Tétude de ce singulier météore. 



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94 DBRNIBBS TBAVAUX OB L'ASTBONOHIB. 

madse et, en particulier, des cbangements de direc- 
tion. Ils résultent de la variation de densité de Tair 
avec la hauteur, du défaut de symétrie de figure de la 
météorite, du changement de cette figure par la com- 
bustion. Enfin la vitesse du bolide finit nécessairement 
par s'épuiser, et alors il retombe perpendiculairement 
à l'horizon, comme Ta vu M. Goggia. » 

S 12. 
i«f ooût 1871. 

Le môme soir f ) , M. Lemosy (de Trémont, près Tour- 
nus) observa un bolide qui partit, à 10^4^"*) d*un point 
du Ciel situé par a = 148°, distance polaire = 34', non 
loin de l'étoile v Grande Ourse. Blanc d'abord et bril- 
lant comme Jupiter, il descendit vers l'horizon nord, 
en décrivant, pendant quatre secondes de temps, une 
trajectoire légèrement courbe. Il avança en augmen- 
tant d'éclat, passa avec hésitation au vert-émeraude et 
devint trois fois et même quatre fois plus éclatant que 
Vénus. Il laissa après lui une traînée phosphorescente 
non persistante. Après avoir parcouru la partie orien- 
tale de la constellation du Lynx, il s'éteignit, sans 
fragmentation ni épanouissement de lumière, dans une 
région du ciel n'offrant aucune étoile visible. Les coor- 
données azimutales du point de disparition -sont à peu 
près : 

Hauteur = 8^, Azimut = lyS**. 

(*) Le Bulletin de l'Association Scientifique donne cette 
observation comme étant du i^^^; les Comptes rendus la 
donnent comme étant du 4* La première date nous parait 
la plus probable. 



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BOUDES BT AÉROLITHBS. g5 

S 13. 
3 août. 

Le P. Denza écrit à FÂcadémie des Sciences qu'un 
bolide qui a été vu à Genève et à Gènes a été égale- 
ment observé en Piémont, à Mondovi et à Moncalieri. 
Dans cette dernière station, deux observateurs Tont vu 
s'allumer près de ^ de la Balance ; ensuite il traversa 
la Vierge, et, passant sous Arcturus, il arriva dans la 
Chevelure de Bérénice. Voici la projection de la tra- 
jectoire : commencement, a = 237®, (D = — aa' ; fin, 
A = 180°, (D = -h a6". Le noyau était plus gros que 
celui de Jupiter, d'une couleur blanche très-brillante, 
et suivi par une splendide traînée lumineuse. Sa 
marche était plutôt lente. 

S 14. 
7 août. 
Le Bulletin de V Association scientifique de France 
annonce que M. Parés, membre du Conseil, aujour- 
d'hui retiré à Bordeaux, lui a adressé quelques détails 
(qu'il ne publie pas) sur un bolide qui, le 7 août, à 
S^ao" du soir, a passé entre la Lyre et le Scorpion. 

S 15. 
10 août. 
En observant les étoiles filantes du haut du Luxem- 
bourg, M. Ghapelas remarqua trois bolides dont voici 
les positions : 





Heure. 


Direction. A 


(D 


A (D 


Comm. 


io''57» 


Nord-est 247' 


33^ 


Fin. a5i" i3' 


Comm. 


ii'^ia" 


Est 317 


69 


Fin. a64 69 


Comm. 


iMo" 


Nord-est 16 


19 


Fin. 340 



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$6 DEBNIERS TRàTAUX DB L^ASTRONOMIB. 

Ces trois météores étaient animés d'un mouvement | 
très-rapide. Le dernier était suivi d'une traînée bleu-| 
âtre, persistant après la disparition du bolide, et se 
déformant sensiblement sous l'influence des courants 
atmosphériques. 

Le dernier de ces trois bolides a été observé, sur le 
chemin de fer de Paris à Versailles, par M. Bazot, qui 
Ta signalé à rAcadémie des Sciences dans une Note 
dont elle n'a reproduit que le titre. 

I 
S 16. 
Il août. 

Le II août, à Nancy, de même que les 9 et 10 août, 
les étoiles filantes se montrèrent dans toutes les direc- 
tions. Entre 10 et 11 heures, deux phénomènes furent 
observés. Le premier se manifesta à lo^'iS" :ce fut 
une étoile filante d'une grosseur peu commune, qui, 
partie du nord-est, traversa la constellation de la 
Girafe, entra dans celle de la Grande Ourse, en cou- 
pant le Char entre les étoiles a. et p, puis entre p et 7. 
Elle s'éteignit à la hauteur de l'étoile x de la môme 
constellation. 

Le second phénomène observé est un bolide qui se 
montra, à lo'^SS'", à la hauteur du 140* degré, à la 
place occupée par l'étoile de la Grande Ourse. Venu 
aussi du nord-est, ce bolide éclata en produisant une 
vive lueur bleue et en donnant naissance à trois mor- 
ceaux, qui se dirigèrent vers les étoiles p et > de la 
même constellation. Ils furent visibles pendant près 
de trois secondes. 



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BOLIDES fiT AÉROLITHES. 



97 



S 17. 
19 octobre. 

Voici une observation curieuse due à M. Ghapelas : 

La nuit du 19 octobre a été assez remarquable sous 

le rapport météorique. En effet, par un ciel visible 

estimé à 0,8, nous avons pu enregistrer un certain 

Fîg. a. 



» 



>f^ 



nombre d'étoiles filantes et calculer un nombre ho- 
raire moyen égal à 10,3; mais cette apparition est 
surtout remarquable par les particularités singulières 
qui ont été offertes par Tun de ces nombreux météores. 
A 2** 45"" du matin, deux étoiles filantes partaient 

Flammarion, — V, 5 



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gS DERNIERS TRAVAUX DE L^ASTRONOMIE. 

presque simultanément de l'étoile t des (rémeaux; 
toutes les deux appartenaient à cette catégorie de mé- 
téores que nous désignons sous le nom de nébuleux^ 
moindres que la 6* grandeur, et circulant dans des 
régions fort élevées; la première, conservant cetUi 
taille, venait s'éteindre près de x d'Orion, fournissant 
une course de 35 degrés, avec une direction nord-sud 
bien accentuée. 

La deuxième marchait d'abord parallèlement, et, 
arrivée à ce même point, changea subitement de di- 
rection, se dirigeant sur l'étoile $ du Baudrier d'Orion, 
c'est-à-dire du sud-sud-est au nord-nord-ouest, en 
augmentant sensiblement d'éclat ; puis, après un léger 
temps di' arrêt y reprenant vivement sa course, mais 
cette fois de l'ouest à l'est et traversant la constella- 
tion de la Licorne, elle vint s'éteindre près de l'étoile I 
du Petit Chien. 

Dans ce dernier trajet, ce météore, dont la taille 
augmentait toujours, finit enfin comme une étoile de 
i"^ grandeur extrêmement brillante, en crevant comme 
une ampoule de laquelle s'échappaient quatre petits 
jets phosphorescents qui subsistèrent environ trois 
minutes après la disparition de l'étoile, en suivant éga- 
lement la direction ouest-est. 

Ce météore a parcouru 77 degrés, et indique évidem- 
ment une trajectoire inclinée vers le sol et tourmentée 
par les diverses influences atmosphériques qu'elle a 
rencontrées. 

§ 18. 

Les Mondes du 9 novembre rapportent, mais sans 
préciser davantage, qu'un aérolithe, pesant 54*^,975, 



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AÉROLITHB TOMBÉ A MOIYTERGAV, 99 

5t tombé, quelques jours auparavant, le soir à 9 heures, 

ians la propriété de M. Lepescheur, près de Montereau. 

s bolide est arrivé de Test et a éclaté au-dessus du 

irdin avec un bruit semblable à un feu de mousque- 

erie, au milieu d'une très-vive lumière bleue qui a 

loré quinze secondes environ. Ce bolide est une sorte 

b sphéroïde de forme assez irrégulière, du reste, et 

l'aspect noirâtre. Il est rayé de veines bleues assez 

emblables à l'émail noirci. M. Lepescheur, ajoutent les 

fondes, se proposait de l'adresser à TÀcadémie des 

iciences. 

§19. 

II novembre. 

Les Bulletins de V Académie de Belgique constatent 
iue, le n novembre 1871, M. P. Vertriest, de So- 
aergem (Belgique), a aperçu, vers 8''4o°'du soir, un 
olide qui traversait le ciel du nord-est au sud-ouest, 
lu moment où le météore s'est éteint, il avait une 
OQleur verdâtre. Aucune détonation n'a été entendue. 

Ce bolide répandait une lumière aussi vive que celle 
roduite par un éclair, lumière qui dura pendant quatre 
econdes environ. Sa grandeur apparente était celle 
l'on œuf de poule (?). 

§20. 

10 décembre. — Aérolithe tombé dans i'ilo de Java 

D'après les renseignements qui ont été recueillis par 
^ le résident-assistant de Bandong, D. Pies, sur la de- 
mande du résident de la régence de Préang, la chute 
«cet aérolithe a eu lieu le 10 décembre 1871, à 
''So'" après-midi, aux environs du village de Ban^ 



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100 DERNIERS TRAVAUX U£ L*ASTRON011IB. 

doDg. Elle a élé accompagnée des circonstances or 
naires. Â la suite de trois détonations étranges, oi 
recueilli six pierres qui, incontestablement, avai< 
été apportées dans ce phénomène. La plus grosse 
rencontrée sur un champ de riz du village Gœmoro 
touchant à la résidence de Bandong ; elle avait péné 
obliquement dans le sol, jusqu'à une profondeur 
I mètre. La deuxième et la troisième, par ordre 
grandeur, furent rencontrées dans des rizières, a 
environs de Babakan Djattie, à i5oo mètres du villa 
Gignelling, et à peu près à 2200 mètres (i| pool) ; 
sud-ouest du village Babakan Djattie, c'est-à-dire 
environ 3700 mètres de la première. Les trois pri 
cipales de ces pierres ont respectivement des poids * 
8 kilogrammes, 2^<,a4 et o^*,68, tandis que les tn 
plus petites ne pèsent ensemble que i5o grammes. 1 
pierre de a kilogrammes a été libéralement offerte \ 
Muséum de Paris; sâi forme est celle d'un fragme 
irrégulier, dont les arôtes sont émoussées; la crod 
noirâtre qui l'enveloppe complètement est terne. 1 
surface naturelle de cette météorite présente de noii 
breuses cavités, de dimensions diverses, ayant gro 
sièrement la forme de fragments de sphéroïdes. 
cavités, ainsi que celles du même genre que Ton li 
marque si souvent à la surface des météorites, p| 
raissent dues à Tenlèvement d'esquilles de la rocq 
comme si elles résultaient d'un éclatement produit p| 
Tapplication d'une chaleur brusque et intense, q 
serait survenue avant que la croûte noire, prodifl 
hors de l'incandescence dans l'atmosphère, s'étendH 
la surface de ce corps. Il paraît naturel d'y voir Tel 



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AÉROLITHE TOUBÉ DANS lIlE DE JAVA. 101 

d'ane décrépitation analogue à celle qu'on a constatée 
sardes échantillons de quartzite, etc., en dirigeant 
sur leur surface le dard d'un chalumeau à gaz oxygène 
Bt hydrogène. 

La cassure fait reconnaître une masse lithoïde dont 
la teinte générale est d'un gris pâle. Dans cette croûte 
lithoïde, qui est formée de silicates, on distingue des 
grains à éclat métallique de trois aspects distincts : les 
uns, d'un gris de fer, consistent en fer nickelé; d'au- 
tres, d'un jaune de bronze, sont du sulfure de fer; 
d'autres, enfin, noirs, consistent en fer chromé. L'exa- 
men d'une plaque mince, vue par transparence au 
microscope, montre que la partie lithoïde est, entière- 
ment cristalline et à grains fins. Cette météorite ap- 
partient à la famille la plus répandue (sporadosidères, 
section des oligosidères). 

Sa densité est de 3,619; et voici sa composition : 

Fer nickelé 3,81 

Sulfure de fer 5,44 

Fer chromé 4>4> 

Péridot 47,26 

Augite 20,98 

Minéral feldspathique i7><»o 

Bésidu 3, 10 

100,00 

§21. 

20 décembre. 

M. P. Guyot a observé, à Nancy, à 10^28* du soir, 
Qn bolide qui s*alluma dans lo ciel, près des étoiles c 
et $ de Gassiopée ; il entra ensuite dans Persée, passa 



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101 DBBNIBRS TRAYAIIX DE L'ASTaONOKIB. 

près de et a et continua sa course vers les Pléiadei 
en coupant v de Persée et Âlgol, et en passant à côt^ 
de X ^^ l^ môme constellation. Ce météore y!/ explo- 
sion près des Pléiades, et produisit une vive lumièn 
verte; un des fragments du bolide se dirigea vers 8 di 
Taureau, et un autre remonta vers le nord en entranj 
dans la constellation du Cocher : il disparut près de 
deux autres fragments descendirent à l'ouest et dureol 
entrer dans la constellation du Bélier. 

Ces fragments de bolide ne laissèrent pas de traînée 
lumineuse derrière eux. 

§22. 
39 décembre. 

M. Desgodins, à Metz, rapporte que ce jour, à 5*'46'", 
il vit un bolide d'un grand éclat. La traînée lumineuse 
parut passer un peu à droite de tt^tt^it^ d'Orion sur § 
d'Êridan et s'éteindre sur p d'Orion. Pendant une mi- 
nute qu'on a prêté attention, on n*a entendu aucune 
détonation. Le bolide n'a pas paru se fragmenter. Le 
lieu de l'observation, relevé sur la carte de TËtat- 
Msgor, est situé par ifi^'S^' de latitude et 4''6' de lon- 
gitude est. 

Tels sont les bolides de l'année 1871. C'est une vé- 
ritable mosaïque, dans laquelle les trajectoires, les 
couleurs, les dimensions, les aspects, etc., offrent la 
plus singulière variété météorologique et astronomique. 
Ce n'est pas là la moindre curiosité du musée du sys- 
tème du monde, et l'on peut y puiser des renseigne- 
ments inattendus sur diverses questions cosmiques. 



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BOUDES DE l'année 1872. I03 

AËaoumss sr bouoss 

DE X.>AinnËIB 1872. 

§1. 

1*' janvier. 

Le premier jour de Tannée 1872, M. F. Terby a 
observé, à Louvain, vers ô^So"* du soir, un bolide 
rouge, de la grandeur de Jupiter, descendant du Co- 
cher vers rhorizon est. \J Annuaire de V Académie de 
Belgique, qui publie cette observation, ne donne pas 
d'autres renseignements. 

§2. 
3 janvier. 

M. J. Leclerc, professeur au lycée de Nice, aperçut, 
le 3 janvier, vers 7*20"" du soir, un magnifique bolide 
parcourant le ciel presque dans la direction du nord 
au sud, inclinant un peu du nord-nord-est au sud-sud- 
ouest. Il coupa obliquement et à peu près au milieu 
la ligne qui va de Rigel à Aldébaran. Son éclat était 
tel, que toute la campagne sembla éclairée par un im- 
mense feu de Bengale bleu. Sa hauteur paraissait peu 
considérable. Il dut venir du Cocher, et s'éteignit dans 
Éridan, en se divisant en plusieurs fragments : on 
n'entendit aucune explosion. 

§3. 
28 mars* 

M. Besson écrit de Strasbourg qu'il a observé à 
7*'5o", heure de Strasbourg, une étoile filante qui lui 
a offert une particularité assez singulière. Trajectoire 



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I04 DERNIERS TRAVAUX DE L'ASTRONOHIE. 

sensiblement rectiligne : ap^^arition près tt de Persée 
et disparition un peu au delà du milieu de la distance 
de Procyon à Sirius. Durée totale du phénomène : cinq 
à six secondes ; l'éclat maximum dépassait celui d'une 
étoile de deuxième grandeur, et le météore laissait 
derrière lui une légère traînée lumineuse; mais ce 
qui a le plus frappé, c'est que l'étoile est restée com- 
plètement et brusquement invisible dépuis la portion 
de sa trajectoire où tombe la perpendiculaire abaissée 
d'Aldébaran jusqu'aux environs de K du taureau, oi!i 
elle a repris subitement tout son éclat. | 

S 4. 
7 ayril. 

Un grand nombre d'étoiles filantes ont été observées 
à Mondovi (Italie) dans la nuit du 7 au 8, et parmi 
elles on eut à remarquer un magnifique bolide, d'un 
diamètre apparent double de celui de Jupiter, et d'une 
teinte verdfttre délicate. Il se dirigea vers la constella- 
tion du Lion, où il éclata en formant un cercle éblouis- 
sant de lumière violette, emaillèe de nombreux points 
rouges plus brillants; la grandeur apparente de cette 
auréole était d'environ 3 degrés. On ne put connaître 
la route parcourue par ce météore. 

S 5. 
II avril. 

Parmi les trente-six météores qu'on observa à Mon- 
calieri dans cette soirée, il y en eut un très-beau à 
io''37''. Son noyau, d'un diamètre égal à celui de 
Jupiter, était suivi d'un ruban de lumière, lequel, d'a- 



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BOLIDES DB L*ANNÉB 187a. Io5 

bord blanc, devint ensuite bleu-azur. Il s'alluma sur 
les bords de la constellation du Lynx, par a = laS"* 
et CD = 37"* ; puis se dirigea majestueusement vers le 
Cancer et toucha Tétoile a de cette constellation ; il 
entra ensuite dans le Lion, traversa t et alla s'éteindre 
dans l'étoile p, après avoir couru pendant environ 
quatre secondes. 

S 6. 
14 avril. 

M. Becker, de Strasbourg, signale les particularités 
présentées par deux étoiles filantes : la première de 
ces étoiles est restée absolument stationnaire à Ten- 
droit où elle a d'abord été aperçue; puis elle a aug- 
menté d'intensité en passant, après une durée de 
quatre secondes, de l'éclat d'une étoile de quatrième 
grandeur à celui de la planète Mars, et en présentant 
au moment de sa disparition une belle couleur rou- 
geâtre. 

La seconde s'est avancée en ligne droite sous un 
angle d'environ 4^ degrés avec le plan de l'horizon ; 
elle a ensuite rebroussé chemin dans la direction de la 
même ligne pour disparaître à Tendroit où elle avait 
commencé à devenir visible, le tout sans changement 
d'éclat appréciable, et en n'employant qu'environ 
deux secondes pour son trajet dans les deux sens. 

M. Maingaud, lieutenant-colonel d'artillerie à An- 
goulême, rapporte que le 1 4 de ce mois, à peu près à 
7'* 57" du soir, heure de Paris, il aperçut un bolide 
se dirigeant de l'étoile Ârcturus du Bouvier vers l'Épi 
de la Vierge. Le trajet se fît sensiblement en ligne 

5. 



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I06 DERNIEES TRAVAUX DE L*A8TR0N0MIB. 

droite; le bolide laissait une traînée d'étincelles der-^ 
rière lui ; il jeta un grand éclat à la fin de sa courbej 
qui fut presque instantanée. U s'éteignit sans qu'on ait 
pu percevoir aucune explosion. 

§7. 
30 ami. 

A 2 heures du matin, dans la nuit du 19 au 20 avril, 
M. Ghapelas, étant à Reims, observa un météore remar- 
quable par les particularités quUl offrit. Parti de ^ du 
Scorpion, il traversa successivement les constellations | 
d'Ophiuchus, du Serpent, et vint finir près de 9 de 
TÂigle, ayant ainsi parcoure 60 degrés, en rasant Tho- 
rizon. Sa direction était du sud vers l'est; il laissa 
derrière lui une magnifique traînée verdfttre. Quoique 
de troisième grandeur seulement, ce bolide, par sonj 
éclat remarquable, était intéressant à étudier. D'abord ! 
d*un beau blanc, il prit ensuite une teinte rouge foncé; 
puis, vers le milieu de sa course, faisant une station, 
il éclata en projetant au loin deux fragments égale- 
ment rouges et continua tranquillement sa marche, 
sans toutefois diminuer d'intensité. Quant à la traînée, 
elle subsista environ dix minutes après la disparition 
complète du météore ; se retirant peu à peu sur elle- 
même, elle forma en dernier lieu un petit nuage ver- 
dâtre, qui disparut bientôt, après avoir suivi pendant 
quelques secondes la direction môme du bolide. 

La position exacte de ce météore est 

Comm.:B = 238% ©= -ao»; Fin:;R=a89*», CD = 3". 



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BOLIDES DB L'ANNÉB 18731. IO7 

S». 
34 avril. 

 Âgde, à S^^S"^ du soir, par un temps calme et un 
ciel sans nuages, au moment où la Lune allait se lever, 
un bolide s'est soudainement montré dans le Bouvier, 
près d'Ârcturus, mais en dessous. 

Il courut de droite à gauche en descendant vers 
l'horizon par une oblique de iS degrés environ. Il 
resta visible sur un espace angulaire de 25 degrés. Sa 
clarté était très-vive et blanche ; il ne laissa pas de 
trace lumineuse, mais des parcelles très-brUlantes, 
qui s'éteignirent aussitôt, s'en détachaient sur sa trace. 
M. Perris, qui a observé ce bolide, estima sa grosseur 
au tiers de ce que paraît être la Lune lorsqu'elle passe 
au méridien. 

M. Gérard, directeur de TÉcole normale du Puy, 
écrit que, le 24 avril, à 8**3o"* du soir, un peu avant 
le lever de la Lune, un magnifique bolide se montra 
du côté du sud, à une hauteur d'environ 3o degrés au- 
dessus de rhorizon ; il traversa très-rapidement le ciel 
de rodent à l'occident, en décrivant un arc assez res- 
treint, et en projetant une clarté comparable à celle 
de la Lune. 

Ce même bolide a été observé, en Italie, à la même 
heure, à Mondovi et à Moncalieri, où l'on a soigneu- 
sement tracé la position de sa trajectoire. On vit le 
météore s'allumer dans le Cancer, au-dessus de a; en- 
suite il traversa l'Hydre, passant entre !a tête de cette 
constellation et Procyon; enfivi le bolide alla s'éteindre 



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I08 DERinBllS TBiVAmL DE L*ASTR0N011IB. 

dans la Licorne. Voici la position du commencement et 
de la fin de la trajectoire : 
Comm.:A=i37%^=-*-ï7°; Fin:m=io5%5,(D=+9" 

Le diamètre apparent du noyau a été estimé, à 
Moncalieri, à peu près à deux fois celui de Jupiter; 
à Mondovi le cinquième du diamètre lunaire. Sa clarté 
létait très-vive, de sorte qu'elle éclairait les maisons 
environnantes. 

Le bolide était suivi par une traînée très-brillante. 
Il marchait très-lentement. Sa couleur était d'abord 
rouge, ensuite verte, très-délicate, 

S 9. 

94 avril. 

Un deuxième bolide a été observé, en Piémont, le 
soir même du 24 avril, à Volpeglino, près de Tortoui, 
par M. Maggi, directeur de l'Observatoire météorolo- 
gique. Le météore apparut, à 9** 54", en temps moyen 
de Paris, dans l'étoile du Cocher et finit sa course à 
peu de distance de p deCassiopée. La position apparente 
de son chemin, dans la sphère céleste, est la suivante : 

Comm.: A=87% (D=-h37% Fin: ji=35i^ (D=-h58'. 

Le bolide marchait avec peu de rapidité, et, arrivé 
à moitié de sa course, c'est-à-dire dans la constellation 
de la Girafe, s'arrêta subitement pendant plus de deux 
secondes. Sa grosseur apparente était à peu près les 
deux tiers de ce que paraît être la Lune lorsqu'elle 
passe au méridien. Le noyau ressemblait à une poire 
allongée : il était d'une couleur blanc argenté très-vive, 
avec une longue traînée blanchâtre. 



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BOUDES DB l'ANNÉB 1872. IO9 

8 jain. 

M. l'abbé Trébéden écrit de Nantes qu'à 8*'48** du 
soir il aperçut un bolide partant de S du Serpent et 
se dirigeant vers le snd-oaest. Un bâtiment éleré a 
caché ce bolide pendant une partie de sa course. On 
n'a pu le suivre que durant un parcours de i5 à 
10 degrés, pendant un peu plus d'une seconde; comme 
on le voit, sa marche était assez lente. D'après sa 
direction, ce bolide a dû couper Téquateur vers 
2o5 degrés d'ascension droite. L'observateur ajoute 
que, ne l'ayant pas suivi dans la dernière partie de 
sa course, il n'a pu en marquer l'amplitude ni dire 
si le météore a éclaté à la fin de son apparition; ce 
qu'il peut affirmer, c'est qu'il n'a pas vu de traînée 
derrière lui, ni entendu de détonation ; du reste le 
bolide était brillant. Malgré des nuages au nord-ouest 
et à l'ouest, le crépuscule éclairait encore assez la 
voûte céleste pour ne permettre de paraître qu'aux 
étoiles de première grandeur, Ârcturus, Véga, etc., ce 
qui n'a pas empêché le météore de frapper vivement 
les regards ; il avait la couleur et la grosseur appa- 
rente d'une orange. 

§11. 
14 juin. 

M. Bamout, observant le ciel de son observatoire 
de la place Saint-Georges à Paris, remarqua un bril- 
lant bolide à ii*'4o°'du soir. Voici la description qu'il 
nous en a envoyée. 



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I lO DERNIBBS TRAVAUX DE L ASTRONOMIE. 

C'est dans la constellation du Scorpion, à 5 degrés 
environ au-dessus d'Antarès, qui était à lo degrés 
du méridien, qu'apparut tout à coup ce bolide, blan- 
châtre, de 6 minutes environ de diamètre, et qui écUaa 
aussitôt comme une fusée. 

II était suivi d'une traînée de grains pourpre et ter- 
miné par une sorte de houppe blanche, d'environ 
A minutes de diamètre. 

Le tout n'a occupé sur le ciel qu'un espace d'en- 
viron 2 degrés de longueur, ce qui est peut-être la 
cause de la coloration rouge résultant de la projection 
en raccourci de la traînée ; et, comme le bolide pa- 
raissait tomber, c'était l'indice qu'il marchait dans la 
direction du sud au nord ; quant à la durée de l'appa- 
rition, elle n'a été que de quelques secondes. 

La Lune étant ce jour-là en premier quartier et à 
une heure encore au-dessus de l'horizon, son éclat n'a 
pas nui sensiblement à l'intensité du phénomène. 

§ 12. 

^4 juin. 

Le Bulletin de la Société des Sciences y Lettres et 
Arts de Pau, mentionne le passage d'un bolide qui, 
le a4 juin 1872, sur les S'^So"" du matin, a éclaté avec 
fracas. Nous n'avons pas d'autres renseignements à 
l'égard de ce météore. 

§ 13. 

33 juillet. — Chute d'un aérolithe dans la commune de 

Lancé, canton de Saint-Amand (Loir-et-Cher). 

Cette chute et celle qui est inscrite plus loin sous 
le § 17 nous offrent certainement les plus grandes 



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i'AéftOLITHB DE tANCÉ. III 

cnrîosités de Tannée dans la branche de l*Astjronomîe 
qui nous occupe ici. 

Le 23 juillet, entre 7 et ii heures du matin, plu- 
sieurs groupes orageux avaient traversé le départe- 
ment dlndre-et-Loire, et les manifestations électri- 
ques avaient atteint une intensité assez considérable 
dans le canton de l'Ile- Bouchard. A 5^25™, temps 
moyen de Tours, le ciel ne présentait plus trace, 
dans toute retendue du département, de nuages ora- 
geux; le soleil brillait, à peine voilé de temps en 
temps par de légers cirro-cumuli ; la brise, qui souf- 
flait, depuis Forage, du sud-sud-ouest, était complète- 
ment tombée, lorsqu'une violente détonation, suivie 
d'un roulement prolongé, se fit entendre dans la di- 
rection du nord-est. Beaucoup de personnes, encore 
sous rinfluence des souvenirs orageux de la matinée, 
crurent à un coup de tonnerre. M. de Tastes se trou- 
vait alors sur le canal de jonction du Cher à la 
Loire : dans Tisolement et le silence le plus complet, 
cette détonation ressemblait à celle d'une pièce de 
canon de fort calibre, tirant à une distance de 3 kilo- 
mètres, et qui aurait été suivie d'un feu roulant de 
mousqueterie, prolongé pendant trente à quarante 
secondes. Bien que cette explosion ait produit sur lui 
un singulier sentiment de constriction dans la région 
précordiale, sentiment qu'il n'avait jamais éprouvé et 
qu'il attribuait d'abord à un effet de choc en retour, 
l'aspect du ciel excluait toute idée de décharge électri- 
que. A Tours, où Texplosion avait été entendue, on par- 
lait d'explosion de poudrière, de mines, de locomotives, 
et les rumeurs les plus variées circulaient dans le public. 



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lia DERNIERS TRAVAUX DE L ASTRONOMIE. 

L'explosion avait été entendue dans pretsque toute 
l'étendue du département, mais son intensité allait 
croissant à mesure qu'on s'approchait des limites 
nord-est du département; les communes de Mon- 
thodon, Neuville, Ghâteau-Renaiilt, Beaumont-la-Ronce, 
Dammarie avaient été terrifiées par une explosion 
épouvantable, faisant trembler le sol et les maisons; 
on parlait d'un petit nuage de fumée qui s'était pro- 
duit dans la direction de Saint-Amand (Loir-etrCher), 
au moment où le bruit s'était fait entendre. Il s*agis- 
sait évidemment de l'explosion d'un bolide. Si le phé- 
nomène se fût produit pendant la nuit, il eût été d'une 
rare magnificence, et les témoins oculaires abonde- 
raient; mais, produit à 5''3o'" du soir, au sein d'une 
atmosphère éclairée par un beau soleil, il n'a pu 
frapper qu'un petit nombre d'observateurs, qui, par 
hasard, avaient dans ce moment leurs regards tournés 
vers le ciel. 

A 5**ao", un propriétaire cultivateur du canton de 
rile-Bouchard, M. Mestayer, se trouvant dans la cam- 
pagne (voir la carte ci-jointe au point marqué n** i ), 
frappé d'un redoublement subit de l'intensité de la 
lumière, leva les yeux et vit passer au-dessus de lui « une 
lance de feu se dirigeant avec une vitesse énorme du 
sud-ouest au nord-est.... Ce météore parut se dédou- 
bler en deux boules du côté de la pointe de la lance ; 
un des globes parut s'incliner et l'autre se redresser; 
il sembla alors que la flèche lumineuse s'enfonçait dans 
un nuage du côté de Sainte-Maure.... Je regardai im- 
médiatement à ma montre : il était 5^ 20°^; la couleur 
était aurore orangée, un peu plus brillante au moment 



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l'aérolithe de lancé. ii3 

de la séparation des deux globes. Je ne pensais déjà 
plus à mon météore, lorsque j'entendis un coup sec, 
sans écho, dans la direction de Tours. Je pensai que 
ce pouvait être le bruit de Texplosion du météore; je 
consultai ma montre : il était 5^26™; six minutes 
s'étaient donc écoulées entre la disparition et le coup 
sec que je renais d'entendre. » 

L'observateur ajoute cette remarque très-judicieuse 
que l'apparence de lance de feu ou de fusée est due à 
la persistance des impressions lumineuses sur la ré- 
tine, et qu'il s'agit, non d'une lance de feu, mais d'un 
corps lumineux marchant très-vite. L'effet de la pré- 
tendue bifurcation est dû également à une illusion. Il 
s'agit de deux corps lumineux, très-rapprochés et mar- 
chant très-vite : au moment où ils passent au-dessus 
de l'observateur, il ne distingue qu'un sillon lumineux; 
mais, lorsqu'ils s'éloignent de lui, leur déplacement an- 
gulaire, devenant de moins en moins rapide, arrive 
à être presque nul, et l'œil peut percevoir les deux 
objets distants. 

Ceci n'est point une supposition purement théorique. 
L'instituteur de Thilouze (voir la carte, au n*" 3] a vu dis- 
tinctement passer dans le sud du bourg deux corps lu- 
mineux, comme deux gammes de chandelle , marchant 
parallèlement avec une grande vitesse du sud-ouest au 
nord-est. Mais voici un témoignage encore plus précis : 
Le chef d'une importante usine métallurgique de Tours 
(voir la carte, au n*" 4 ), M. Fusciller, étant assis dans un 
jardin et les yeux fixés par hasard vers le ciel , voit passer 
au sud de Tours, mais assez près du zénith, deux corps 
lumineux, marchant parallèlement à une hauteur qu'il 



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Il4 DEBNIEBS TnAYAUX DE L* ASTRONOMIE. 

évalue à environ 5o mètres, et ayant la forme d'une 
espèce de bouteille, qu'on pourrait encore comparer 
aux.larmes symboliques des tentures funèbres. Leur cou- 
leur est orangée, le sommet tire sur le blanc d'argent. 
L'observateur évalue leur dimension non apparente, 
mais absolue, à a décimètres de diamètre horizontal 
dans la partie la plus large sur 4 décimètres de hau- 
teur. Cette appréciation est impossible à faire lors- 
qu'on voit à une distance inconnue un objet de dimen- 
sion également inconnue. A Tours, la vitesse du double 
météore est évidemment ralentie ; M. Fusciller l'évalue 
à celle d'un train express. 

Ces témoignages ne laissent aucun doute sur l'exis- 
tence de deux météores distincts et cheminant parallè- 
lement à une faible distance Fun de l'autre. 

En rapprochant les dimensions indiquées de la des- 
cription donnée par le témoin précédent, on est forte- 
ment tenté de conclure que les météores étaient à une 
faible hauteur au moment où ils ont passé sur Tours, 
et qu'ils suivaient une trajectoire presque parallèle au 
plan de Fhorizon. Quant à la vitesse moyenne pendant la 
traversée du département, on peut la déduire approxi- 
mativement de l'observation de M. Mestayer ; la dis- 
tance qui sépare le lieu où se trouvait cet observateur 
du lieu de l'explosion est de 80 kilomètres, et, montre 
en main, il a compté six minutes entre l'apparition du 
météore et l'audition du bruit. Ces 36o secondes sont 
la somme du temps employé par le bolide à parcourir 
80 kilomètres et du temps employé par le son à par- 
courir le même trajet, ce qui fournit la relation 

o/. « 80,000™ 80,000 „ » „ 

36o" = — 1^ — -i- — ^ ; d'où V = 640™. 

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ÀÉBOLITBE DE LANXÉ. 



ii5 




fBOJECTION ]» LATRiJECTOIRE 
Tqnibê 8011 «VWp*. de Loir et Cher 



"bolide * *»<' man^i^u! 
AB.r J). Autres f»»ilB «iiA«r»: 

• u> ao Sa JtoA^, 



y Google 



Il6 DERNIERS TRAVAUX DE L*ÂSTR0X0\1IE. 

M. Ponton d'Amécourt, secrétaire de la Commission 
départementale de la Sartbe, écrit que la détonation 
du bolide a été entendue par un assez grand nombre 
d^observateurs , notamment par les gardes forestiers 
de la forêt domaniale de Bercé. Le bolide a été plus 
particulièrement signalé par deux observateurs. Une 
Note de M. Tommerat, instituteur à Vaas {voir la carte, 
points), porte : « Bolide, trajectoire d'ouest à sud-est, 
a éclaté dans le voisinage, avec une détonation pa- 
reille à celle d'une bombe, vers 5** 3o"* du soir. » Une 
Note de M. Lecomte , instituteur à la Châtre-sur-Loir 
(point C), porte : « Le ^3, à S'^ao" du soir, on entend 
un coup sec, semblable à Texplosion d'une mine, suivi 
pendant une ou deux minutes d'un roulement sem- 
blable à celui du tonnerre. Le ciel n'était couvert que 
par parties de petits nuages élevés. Quatre de mes 
élèves ont aperçu un aérolithe se dirigeant vers le 
sud-sud-est et passant à une distance assez peu éloi- 
gnée du zénith. » 

Le même bolide s'est manifesté dans le départe- 
ment de la Vienne, ainsi qu'il résulte d'une lettre de 
M. Joly. L'observateur était placé à Chincé, commune 
de Jaulnay, canton de Saint-Georges [voir la carte, 
point A), département de la Vienne. Deux fortes déto- 
nations venant du côté de Châtellerault furent suivies 
d'un sifflement semblable à celui d'un projectile fen- 
dant l'air avec vitesse, et qui aurait suivi la direction 
de la Vienne. Mais, le corps changeant de direction, 
avec la rapidité de l'éclair, fila vers Saint-Georges, en 
imitant le bruit d'une machine à battre qui aurait fonc- 
tionné avec précipitation dans les nues. Gela dura en- 



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l'aÉROLITHE de LANCé. II7 

viron trois à quatre minutes, après quoi le bruit sembla 
descendre perpendiculairement et avec une grande 
rapidité vers la terre, en faisant entendre, à s'y mé- 
prendre, le tintement de plusieurs cloches, et Ton en- 
tendit une lourde chute, comme celle que pourrait 
produire une forte pierre lancée d'une hauteur pro- 
digieuse. Toutes les personnes qui ont entendu ce 
bniit sont parfaitement d'accord (et même d'une ma- 
nière extraordinaire) sur le point de la chute, qu'elles 
disent s'être produit au lieu dit la Cure, commune de 
Chincé, à l'ouest-sud-ouest de Saint-Georges. Cepen- 
dant, malgré toutes les recherches, on n'a pu y rien 
découvrir. 

On remarquera que, pour ces observations, le mou- 
vement paraissait dirigé de l'est-nord-est vers l'ouest- 
sud-ouest, au lieu du mouvement d'ouest-sud-ouest 
vers est-nord-est, qui avait été constaté plus au nord, 
comme si deux corps partis d'un même point situé 
entre Saint-Georges et Tours s'étaient mus en sens 



M. Faucheux, à Morée [Loir-et-Cher (n'^B de la 
carte)] , écrit de son côté que, le aS juillet, vers 5**3o™ 
du soir, après une journée orageuse, une détonation 
suivie d'un roulement qui a duré au moins une minute, 
et assez semblable au bruit du canon ou de la fusillade, 
se ût entendre : c'était l'aérolithe qui éclatait à Lancé; 
à 3o kilomètres sud-sud-ouest de Morée, 12 kilomètres 
sud-sud-ouesl de Vendôme et 38 kilomètres nord- 
nord-est de Tours. 

Ces relations ne s'accordent pas aussi bien qu'on le 
désirerait, et la direction du météore elle-même semble 



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Il8 DBfiNIEIiS TBAVAUX DE L*ASTR0N01UB. 

avoir été différente pour les divers observateurs. Il 
est probable que l'astéroïde, arrivé des profondeur! 
de Tespace, ^est brisé en plusieurs fragments qui orÀ 
suivi des directions différentes. Les observateurs de la| 
Sarthe ont vu un météore se dirigeant du sud à restj 
ou du nord-ouest au sud-est, et passant presque à leuri 
zénith. Dans le département do la Vienne, on ne Tai 
qu'entendu, et le son paraissait provenir d'un corps 
courant vers l'ouest-sud-ouest. Un autre témoignage 1 
moins circonstancié encore prétend qu'un globe de feu 
est tombé dans la Loire, devant Roche-Gorbon. Quoi 
qu'il en soit des fragments qui n'ont pas été retrouvés, 
on a déterré, sur le territoire de Lancé, canton de 
Saint- Amand (Loir-et-Cher), un aérolithe d'un poids de 
47 kilogrammes qui s'était enfoncé à la profondeur de 
i",6o , et, dans le territoire d'Authon, même canton, 
un second fragment du poids de aSo grammes. Nous 
avons tracé sur la carte précédente la route probable 
de Taérolithe principal; mais il est probable qu'il y 
a eu d'autres fragments sur d'autres directions. 

L'aérolithe de Lancé est tombé dans un champ où se 
trouvaient un berger et un laboureur, à i5 mètres du 
berger. Au moment de la détonation, celui-ci a été 
renversé par la commotion, mais n'a éprouvé aucun 
mal. L'aérolithe a été extrait de la terre par M. Bru- 
neau, instituteur à Saint- Amand, qui nous a donné les 
détails suivants, dans une lettre datée du i" août 1872: 

« Cet aérolithe est tombé, le a3 juillet dernier, à 
5^3o"* du soir à l'extrémité de la commune do Lancé, 
à environ 4 kilomètres de ce bourg, % kilomètres de 
Saint-Gourgon et 5 kilomètres de Saint-Amand, dans 



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LAEROLITHE DE LANCE. IIQ 

un terrain argileux , une seconde ou deux après deux 
fortes détonations qui se sont fait entendre dans les 
airs à environ deux secondes d'intervalle. 

» Ces détonations furent suivies, pendant cinq à six 
minutes, d'un sifflement pareil à celui que fait un train 
de chemin de fer. Les détonations et le sifflement ont 
été entendus à une immense distance. Je ne puis affir- 
mer que le sifflement se soit entendu aussi loin que 
les détonations, qui ont été entendues à Tours et à 
Châteaudun. 

» Au moment de la chute de l'aérolithe le temps 
était clair et très-calme. Quelques personnes ont re- 
marqué, en regardant le ciel après l'audition des dé- 
tonations, un sillon jaunâtre dans le ciel. Cette chute 
a été entendue par quelques personnes qui se trou- 
vaient à plusieurs centaines de mètres du lieu où elle 
s'est opérée. Elles ont été effrayées, mais n'ont ressenti 
aucune commotion; elles n'ont rien vu, sinon une 
femme qui dit avoir vu une colonne de vapeur s'élever 
au lieu de la chute. Dans tous les pays où se sont fait 
entendre les détonations on les attribuait à l'explosion 
d'une locomotive ou d'une poudrière. 

j> L'aérolithe, pesant 47 kilogrammes, s'est enfoncé 
en terre presque perpendiculairement, à une profon- 
deur de un mètre soixante centimètres, en pratiquant 
un trou de sa dimension, qui est de o",38 sur o",28. 
L'épaisseur du bolide est de o™, 23 au milieu et de o™, 19 
à chaque bout. Sa surface est lisse, sa couleur est noi- 
râtre. 

» Un petit morceau d'aérolithe de la grosseur du 
poing est tombé à Âuthon, canton de Saint-Âmand. Ce 



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I20 DERNIERS TRAVAUX DE L*ASTR0NOMIB. 

morceau a été emporté hier à Paris , par M. Daubrée. 

» On a de fortes présomptions que d'autres frag- 
ments sont tombés dans les environs; mais jusquMci 
on n'a trouvé que celui d'Authon. » 

La seconde météorite a été trouvée dans les circon- 
stances suivantes : 

Supposant, d'après la violence du bruit qui s'était 
fait entendre le 23 dans cette localité, que le météore 
lumineux devait aussi y avoir apporté quelque chose, 
un habitant du pays, explorant le sol quelques jours 
plus tard, remarqua une petite cavité qui appela son 
attention, bien qu'elle n'eût guère que i décimètre de 
diamètre. En fouillant cette cavité, il eut la satisfac- 
tion d'y découvrir une pierre noire, dont il reconnut 
immédiatement la ressemblance avec la météorite de 
Lancé, qu'il avait vue. 

Le point où cette seconde météorite a été trouvée 
est situé à environ 12 kilomètres au sud-ouest de celui 
où est tombée la première. Ces deux points jalonnent 
la direction de la trajectoire du bolide. 

En comparant la situation des deux points dont il 
s'agit avec le sens du mouvement du bolide, on voit 
que la plus petite est tombée la première. Cette cir- 
constance, probablement produite par l'inégale résis- 
tance que l'air opposait à ces projectiles, est tout à 
fait d'accord avec ce qu'on a observé dans des chutes 
antérieures. Ainsi, dans celle qui a eu lieu le 14 mars 
1864 aux environs d'Orgueil (Tarn-et-Garonne), la 
plus grosse, du poids de a kilogrammes, était à l'ex- 
trémité orientale d'un ovale de 20 kilomètres de lon- 
gueur sur 4 de largeur, qui s'étendait dans la direction 



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L*AÉROLITHE DE LANCÉ. I2t 

de Test à Touest, tandis que les plus petites, dont 
quelques-unes ne pesaient que i5 grammes, étaient à 
Textrémité occidentale, et se trouvaient, par consé- 
quent, à l'arrière. 

Les deux météorites se sont enfoncées dans un sol 
formé d'argile et de marne. Bien que leur trajectoire, 
lors de son apparition, parût très-peu inclinée sur 
Thorizon, elle est devenue à très-peu près verti- 
cale à son extrémité, comme on le reconnaît d'après 
la disposition droite du cylindre qu'elles ont creusé, 
sur un diamètre égal au leur. 

Quant à la profondeur de chacun de ces cylindres, 
elle était de i",6o pour la grosse météorite, et seule- 
ment de o™, 5o pour la petite. Si l'on tient compte de 
la faible dureté du sol, ces profondeurs peuvent, à la 
manière de dynamomètres, donner une idée de la 
vitesse, considérablement atténuée, dont ces masses 
étaient animées, au moment où elles atteignirent le 
sol. La grosse météorite, dont la forme est celle d'un 
sphéroïde tronqué, reposait au fond de la cavité, sur 
sa surface ronde, la partie la plus large tournée vers 
le sud-ouest, c'est-à-dire à l'arrière. 

L'aérolithe est entouré, comme d'habitude, d'une 
croûte produite par l'incandescence et la fusion superfi- 
cielle qu'il a éprouvées en pénétrant dans l'atmosphère. 
Cette croûte, d'un aspect mat, n'a pas la même dis- 
position sur toute l'étendue de la météorite ; tandis 
que sur les parties planes elle est rugueuse et cloi- 
sonnée, elle est comparativement unie sur la surface 
arrondie. Cette différence est probablement en rap- 
port avec la position qu'occupait le projectile au mo- 

Flammarion. — V. G 



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122 OBRNIEHS TRAVAUX DB L'ASTRONOMIE. 

ment où la fritte s'est produite; l'air aura uni les sui^ 
faces arrondies qui le choquaient et qu'il frottait avec 
une grande intensité, comme Faurait fait un balai, sans 
agir de la même manière sur la partie située à rarrière. 

La cassure se distingue de celle du plus grand nombre 
des météorites par une teinte d'un gris très-foncé, 
presque noir, rappelant celle de certains basaltes. Elle 
montre une structure globulaire et des grains sphéroï- 
daux dont le diamètre ne dépasse pas i millimètre. 

Sur ce fond sombre, terne et rude au toucher, on 
voit briller d'assez nombreux grains hyalins, la plu- 
part incolores, quelques-uns d'un vert jaunâtre. Çà et 
là on remarque aussi des parties d'un éclat métal- 
lique, d'un jaune de bronze, comme le protosulfure 
de fer ; mais ce n'est qu'après que la substance a été 
polie qu'on y voit apparaître d'autres grains métal- 
liques, d'un gris de fer, et dont le diamètre atteint 
rarement | millimètre. Quand on cherche à triturer la 
substance, les mêmes grains résistent en se réduisant 
en lamelles, à raison de leur malléabilité. 

Dans une plaque mince et transparente de la roche 
météorique, que l'on soumet à l'examen du microscope, 
on voit que les nombreux grains hyalins dont il vient 
d'être question sont très-fendillés et qu'ils agissent 
fortement sur la lumière polarisée. Leurs contours 
sont tantôt anguleux et irréguliers, tantôt arrondis. 
Ces grains sont engagés dans une pâte opaque , et l'en' 
semble ressemble plutôt à une roche bréchiforme à | 
grains fins qu'à une roche cristalline vierge. 

La densité de la substance a été trouvée de 3 ,80. j 

Traitée par l'eau, la substance abandonne du chloruit \ 



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AÉROLITHE At>PORTANT DU SEL. ia3 

e sodium; ce sel s'y trouve dans la proportion de o,oia. 
Le chlorure de sodium se trouve très-fréquemment 
ans récorce terrestre et, par suite, dans les eaux 
'iDfîltration; on pourrait, au premier abord, soup- 
onner celui que Ton rencontre dans la météorite de 
ancé d'avoir été absorbé par elle dans la cavité où 
Ile a séjourné pendant trois jours; mais ce qui s'op- 
lose à cette manière de voir, c'est que le sol argileux 
ù la météorite a pénétré était alors sec. D'ailleurs la 
route frittée était de nature à préserver d'une infil- 
ration la partie centrale, dont provient l'échantillon 
ixaminé. Enfin, ce qui parait lever toute espèce de 
loute à cet égard, c'est l'absence d'autres sels, et no- 
amment de sels de chaux. De même que le chlorure 
le calcium de la météorite d'Ovifak est d'origine extra- 
errestre, de même le chlorure de sodium paraît avoir 
ait partie intégrante de la météorite de Lancé, au 
Qoment où elle a échoué sur notre sol. 
Voici, du reste, les résultats généraux de l'analyse : 

^er libre allié de Djckel et de cobalt 7 ,8t 

Ter et autres métaux alliés j 

au soufre 9,09 ) protosulfures. i4)38 

ioufre combiné ^> '9 / 

Silicates / Silice >7 >^o \ 

ittaquables Magnésie «.... i3,84 f 

ou Protoxyde de fer ii,33 / ^*»^^ 

péridot. ( Protoxyde de manganèse... o,o5 ) 

Partie inattaquable 33,44 

lUorure de sodium ^ 0,13 

Uu hygrométrique 1,34 

Résida. 0,69 

100; 00 

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124 DERNIERS TRAVAUX DE l'ASTRONOMIE. 

En résumé, ' à part les espèces très-habituelles aui 
météorites, le fer nickelé, le protosulfure de fer ci 
troïlite, le péridot et un silicate inattaquable, la mé- 
téorite de Lancé contient du chlorure de sodium ei 
petite quantité. 

Par son aspect, cette météorite rappelle la météo- 
rite tombée le ii juillet 1868 à Ornans (Doubs) ; maij 
elle en difère beaucoup, particulièrement par Tab- 
sence d'oxyde de fer libre. Divers caractères la distin- 
guent également des météorites noires de Rutlam 
(Indes orientales) et de Tadjera près Sétif (Algérie). 
Elle nous a apporté, comme on le voit, du sel des 
autres mondes. Nous avions déjà du charbon apporté 
par l'aérolithe d'Orgueil. 

10 août. 

M. Ch. Nadot a observé à Dijon, à 3*'27"'io* (heure 
de Dijon) du matin, un point lumineux d'un éclat su- 
périeur à celui d'une étoile de première grandeur, 
apparu dans le ciel au sud du carré, de Pégase, dans 
le voisinage de l'équateur céleste. U s'épanouit presque 
immédiatement en une tache brillante de forme circu- 
laire, dont le diamètre maximum fut d'environ 25 mi- 
nutes : la lueur fut alors si vive, que le ciel parut 
illuminé comme par un éclair; puis tout s'éteignit ra- 
pidement. On évalue à une seconde le temps qui s'est 
écoulé entre l'instant où le point lumineux a com- 
mencé à s'épanouir et celui où il a disparu complète- 
ment; mais, circonstance singulière, on n'a pu con- 
stater pendant cet intervalle aucnn mouvement de' 



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AÉ&ULITHES ET BOLIDES DE l' ANNÉE 187a. 125 

translation. D'après l'allure du phénomène, qui a pré- 
senté tous les caractères d'une explosion, on doit 
l'attribuer, selon toute vraisemblance, à un bolide qui 
aurait pénétré dans notre atmosphère, en suivant une 
trajectoire voisine du rayon visuel, ce qui expliquerait 
son immobilité apparente, et qui aurait éclaté à une 
hauteur considérable. Sa position était : 

A = 349°; (D = ioo% 

■ s 15- 
10 août (n® a). 

Dans la soirée du même jour, à 1 1^8", un autre bo- 
lide a été observé en Italie, à Rome, Naples, Palerme 
etVelletri. 

Voici les coordonnées de ce météore dans les sta- 
tions principales : 

A Ob) 

, / Rome aS'^ao" -23* 

^u moment \ ., , 

, ,, {Naples o.ao -+- a 

de l ascension : \ ^ T ^ , ^ 

\ Palerme. . . 3.40 -h5i 

^ , /Rome o.3o — 5 

Coordonnées | xt i / / 

, ,, . . {Naples 22. 4o +41 

a l extinction .•)-,, « r 

\ Palerme ... 7.3o -4-57 

L'extinction de Palerme est douteuse, car le mé- 
téore se cacha derrière la montagne Pellegrino. La 
hauteur de 'ce bolide serait, d'après un calcul appro- 
ché du P. Ferrari, d'environ 76 kilomètres y et sa vitesse 
de 10 kilomètres par seconde. 



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12G DBfilfIBIlS TRAVAUX DE L'aSTRONOMIE. 

S 16. 
33 août. 

M. Fascj, professeur d'Hydrographie à Nice, a ob-j 
serve, le aS août, à io*'45'" de Paris, une très-belle 
étoile filante d'un beau bleu, sans tratnée, de beau^ 
coup au-dessus de la première grandeur des étoiles; 
course lente de ao degrés dans cinq secondes environ.. 
Le ciel était brumeux ; elle a dû passer dans les brumes, 
et a disparu à Touest du château de Nice sans s'être 
éteinte. Voici les coordonnées : Comm. : ai =260% 
Ob) = 77", un peu à Touest de a d'Ophiuchus. Fin :| 
A = 245°, (D = 83°, près de a du Serpent. 

S n. 

3^ août. — Bolides et aérolithes tombés dans la campagne 
romaine. — Singulières circonstances. 

Le 3i août, au matin, à ô^'iS", temps moyen de 
Rome, un quart d'heure avant le lever du Soleil, un 
globe de flamme très- vif .et un peu rouge&tre apparut 
sur rhorizon vers le sud-sud-ouest, et se dirigeant vers 
le nord-nord-est. Il marchait d'abord lentement, mais 
sa marche s'accéléra rapidement. Il laissait derrière 
lui une traînée lumineuse semblable à une fumée ou à 
un nuage éclairé par le soleil, lequel cependant n'était 
pas encore levé. Arrivé près du point culminant du 
lieu, à Test-nord-est de Rome, la flamme se dilata, 
prit l'aspect d'un cône ayant sa base arrondie en avant, 
s'éclaira vivement et disparut en lançant de petites 
lignes enflammées. 

Quelques minutes après, une détonation épouvan- 



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AÉBOLITHE TOMBÉ DANS LA CAMPAGNE DE ROME. 127 

table se fit entendre, qui fit trembler en plusieurs 
lieux les maisons et les vitres. Cette détonation était 
sourde, différente de celle du tonnerre, et ressemblait 
à l'explosion d'une mine ou d'une poudrière. Elle fut 
suivie d'un roulement semblable à un feu de file ren- 
forcé par deux forts contre-coups (*). 

La ligne parcourue par le bolide s'étendit depuis la 
mer jusqu'à la Sabine (loo kilomètres); elle n'était 
pas dans un plan vertical, au-dessus de Rome, mais 
inclinée vers le levant. D'après le temps écoulé entre 
Vinflanimation et la détonation, en supposant qu'il ait 
été en moyenne de trois minutes, la distance du point 
de l'explosion aurait été de 60 kilomètres. Venu de la 
mer au-dessus delerracine, il passa sur le montLeano, 
sur Piperno, sur les monts Lupone, sur Montefortîno, 
continua sa marche dans la direction de Palestrina, 
qu'il traversa près du zénith, et se porta vers Tivoli, 
pour finir au nord-est du mont Gennaro [voir la carte 
ci-dessous). A Castelnuovo, entre Torricella etNazzano, 
le bolide â été vu du côté sud-est, c'est-à-dire au-dessus 
des montagnes appelées Couronne de l'Elce. U était 
splendide, et, lorsqu'on le vit disparaître, on entendit 
une violente explosion qui épouvanta les habitants, et 
leur fit croire que la voûte du ciel s'écroulait. Le bruit 

(*) Le son formé par l'approche des aérolithes est bien 
différent suivant les cas. Ainsi nous voyons, dans les Comptes 
rendus du 10 féyrier 1873, qu'avant la chute de Taérolithe 
qui tomba à Beuste (Basses-Pyrénées), en iSSg, on entendit 
pendant nn quart d'heure des sons très-agréables ressem- 
blant à ceux d'une musique lointaine I Foir aussi plus 
haut, p. 117. 



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128 DEnNlERS TRAVAUX DE L* ASTRONOMIE. j 

ayant cessé, on vit à la place du bolide un petit nuage 
de couleur blanchâtre, qui dura plusieurs minutes. 

M. Tacchini a calculé les hauteurs diverses du bo- 
lide et rinclinaison de sa trajectoire. La hauteur à 
laquelle on a commencé à voir le météore correspoii- 1 
drait à 3o degrés environ ; par conséquent, en admet- 
tant que le bolide fût alors au-dessus de Rome, il ea 
résulterait que sa hauteur aurait été égale à 184 kilo- 1 
mètres environ. Le bolide n*a point passé sur Rome, I 
mais dans la direction du sud-sud-ouest au nord-nord- 
est, et il a été vu de la maison des PP. Philippins à 
une hauteur d'environ 3o degrés au-dessus de rhori- 1 
zon, à 60 degrés du zénith, à quelques degrés vers le ! 
sud, comme il résulte de la mesure qu'on en a prise, 
avec un quart de cercle. Sa hauteur au-dessus de Ter- 
racine était 49000 mètres. Une autre mesure très-exacte . 
a été prise alors que le météore traversait Paliano dans j 
la direction précise de Toccident : cette mesure a 
donné i5 degrés ou 25 000 mètres. Trois observateurs 
Tout vu tout à leur aise, étant sur le point d'ouvrir la 
chasse à peu de distance d'un lieu appelé Tortre 
Teste, à trois milles de Rome vers Test. Ils rapportent, 
entre autres phénomènes, qu'ayant pris le bolide pour 
mire avec leur fusil, il n'était pas à plus de 40 degrés 
de hauteur au-dessus de Thorizon. Cet angle nous 
donne précisément, pour la hauteur delà verticale vers 
le point de la deuxième explosion, 17 kilomètres en- 
viron au delà de Palestrina. Celte valeur, jointe à la pré- 
cédente, nous donne {'inclinaison de la trajectoire qui, 
prolongée jusqu'à la surface de la Terre, vient préci- 
sément se terminer un peu au delà d'Orvinio et con- 



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AÉROLITHB TOMBÉ DANS LA CAMPAGNE DE BOME. laQ 

firmer ainsi le résultat des observations précédentes. 

Une question qui n'a pas une moins grande impor- 
tance est celle qui regarde la vitesse du bolide, non- 
seulement après son entrée dans l'atmosphère, mais 
encore dans Tespace, tant la vitesse absolue que la 
vitesse relative à celle de la Terre. Ce qui a été dit 
jusqu'ici fournit des données suffisantes pour faire ici . 
une application pratique de la théorie de M. Schiapa- 
relu telle qu'elle est donnée dans ses Notes et réflexions 
sur la théorie des étoiles filantes. 

Appliquant cette méthode, le P. Ferrari, du Collège 
romain, a trouvé, pour la vitesse moyenne du météore, 

V = agaôi mètres 

et, pour la vitesse accrue par l'attraction de la masse 
de la Terre, 

W ^ 59539. 

Cette énorme vitesse, qu'il avait au moment de son 
entrée dans l'atmosphère terrestre, nous donnera fa- 
cilement la raison des diverses conséquences qu'on 
peut tirer très-approximativement, et sur la chaleur 
qu'il a développée, et sur sa masse, dont on n'a pu 
recueillir que très-peu de fragments. Voyons ce qui 
regarde la chaleur. 

Le comte de Saint-Robert, en associant les lois et les 
formules de la Balistique à la théorie de M. Schiapa- 
relli, démontre que, si un bolide entre dans l'atmo- 
sphère avec la vitesse minima de 16 kilomètres par 
seconde, lorsqu'il arrive à un point où la pression 
atmosphérique est de 12 millimètres, il a déjà perdu 
îT de sa vitesse et Hf de sa force vive. Avec la vitesse 

6. 

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l3o DEBNIEBS TBAVAUX DB L'ASTBONOMIB. I 

maxima de 7a kilomètres, sous la même pression, I 
aurait perdu H de sa vitesse et IfH de sa force viva 
Il ne faut donc pas être étonné de Ténorme quantili 
de chaleur que ces corps peuvent développer dam 
leur chute, et c'est pour cela que la plus grande partj| 
se dissout et se volatilise avant d'arriver sur le soL 

En prenant pour la chaleur spécifique de Taérolitha 
la valeur de 0,22, qui ne s'éloigne pas beaucoup de la| 
vérité, on trouve pour l'augmentation de la tempéra- 
ture, en degrés centésimaux, la valeur de 192692 1 de- 
grés G. Il est évident que la millième partie seulement 
de cette valeur est plus que suffisante pour expliquer 
les phénomènes de chaleur et de lumière, les explo- 
sions et même la dispersion totale de masses énormes. 

Nous avons vu précédemment l'énorme quantité de 
chaleur développée par la météorite à mesure qu'elle 
pénétrait davantage dans l'atmosphère et s'approchait 
du point de sa chute; aussi, étant arrivée à une cer- 
taine proximité de la Terre, fit-elle explosion avec un 
horrible fracas en se divisant en très-petits morceaux. 
Outre lexplosion finale, il y a eu deux autres explo- 
sions partielles qui, rapprochées Tune de l'autre et 
jointes à l'explosion finale, ont produit un tel fracas 
qu'elles ont imité exactement le feu de mousqueterie et 
l'explosion de pétards. Les explosions ont été enten- 
dues d'Ischia, éloigné de 49 kilomètres. 

D'après les données géométriques déjà établies de la 
direction et de la trajectoire, il résulte que la seconde ex- 
plosion se trouvait à la hauteur d'environ 17 kilomètres. 

Continuant de suivre l'inclinaison de sa trajectoire, 
l'aérolithe est arrivé dans le voisinage du sol au-dessus 



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AéEOLITHB TOMllé DANS LA GAMPAONB DB ROMB. l3l 



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l3a DBRNIBRS TRAVAUX DE L' ASTRONOMIE. 

d'Orvinio, et là, à une hauteur de quelques centaines de 
mètres, il éclata. De tous les fragments dans lesquels 
s'est divisé le bolide, on n'a pu recueillir qu'un bien petit 
nombre, malgré son énorme masse. On ne doit pas en 
être étonné, si Ton considère sa chaleur énorme, la- 
quelle, outre qu'elle a volatilisé une bonne portion de 
la masse, métallique en grande partie, pendant la durée 
de son trajet à travers l'atmosphère, et produit deux 
premières explosions partielles, a dû en produire, au 
moment de la chute, un»multitude d'autres partielles, 
au point de les faire durer au moins cinq minutes et 
de réduire ainsi le météore en morceaux très-petits, 
les lançant à des dislances énormes et dans des lieux 
inhabités et montagneux. 

Les deux fragments les plus volumineux ont été 
achetés par M. de Rossi; le premier pèse 1242'% 5, le 
second 432 grammes ; ils ont été recueillis l'un près 
de l'autre à environ ij kilomètre d'Or vinio, avec trois 
ou quatre autres fragments dont on n'a pas eu de 
nouvelles ; l'autre, qui contient un filon cristallin, a 
été trouvé à 2| kilomètres d'Orvinio, sur le chemin 
de Pozzaglia. Ils ont été l'objet d'études spéciales sous 
le rapport minéralogique et géologique de la part de 
M. dé Rossi et de M. Bellucci, de Pérouse. Un troi- 
sième fragment (qui vient peut-être de la deuxième 
explosion), est tombé à 2 kilomètres à Test de Gen- 
naro; enfin un quatrième Fragment est conservé à 
rObservatoire du Collège romain. Il est entièrement 
recouvert d'une pellicule ou croûte noirâtre et opaque 
d'une épaisseur d'environ J- millimètre ; c'est la pelli- ! 
cule qui recouvre généralement tous les aérolithes, et 



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AÉROLITHE TOMBÉ DANS LA CAMPAGNE DE ROME. l33 

qui est évidemment produite par la fusion ou vitrifi- 
cation superficielle que la pierre a éprouvée dans un 
intervalle de temps très-court. Son volume est de 
îi4**,ïo et son poids de 90*',9o. Il appartient au groupe 
des sporadosidères, qui sont formés d'une pâte pier- 
reuse dans laquelle le fer est disséminé en petits grains 
et en paillettes. En outre, il semble appartenir aux 
oligosidères, qui forment le type commun des aéroli- 
thes. Son aspect est pierreux, et les quatre petites 
cassures produites par les bonds qu'il a faits dans la 
chute sont âpres au toucher et d'un gris foncé. Voici le 
résultat de son analyse : 

Silice 46»7^ 

Alumine 16,84 

Magnésium i ,97 

Fer métallique 25,69 

Fer oxydé 4,82 

Soufre 2, 24 

Nickel , 1,37 

Résidu 0,45 

100,00 

On y a trouvé aussi quelques traces de cobalt, de 
chaux, de chrome, de chlorure de sodium, de potas- 
sium, de manganèse, d'arsenic et de phosphore. 

Sa densité est de 3 , 78 1 . 

Après avoir recueilli toutes les données précédentes, 
le P. Ferrari a cherché à calculer le volume et la 
masse totale de l'aérolithe avant que, parvenu aux 
couches inférieures de l'atmosphère, il se soit divisé, 
comme nous l'avons vu, en morceaux très-petits. 
M. Schiaparelli remarque à ce sujet que, quand il 



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l34 DERNIERS TRAVAUX DE l' ASTRONOMIE. 

s'agit d'étoiles filantes et de bolides qui ont une vitesse 
relative de 60 kilomètres par seconde, comme dans le 
courant météorique du mois d'août, et de 70, comme 
dans celui de novembre, l'atmosphère, leur opposant 
un obstacle insurmontable, est cause que les unes et 
les autres se brisent et se dissolvent à des hauteurs 
énormes ; il ajoute que des morceaux d'une grandeur 
véritablement énorme pourraiei t arriver jusqu^ à nous. 

Pour Taérolithe du 3i août, la vitesse relative, 
jointe à l'accélération produitepar l'attraction terrestre, 
était de 69 539 mètres par seconde, c'est-à-dire à peu 
près égale à la vitesse des étoiles filantes du 10 du 
même mois; il s'ensuit donc que c'est seulement à 
cause de sa grosseur extraordinaire qu'il a pu arriver 
à la surface de la Terre, se briser alors et se diviser 
en une multitude de morceaux. 

M. Giovanni Zandotti, propriétaire très-instruit, 
sortant le matin du 3 1 août d'un hameau près de Tor- 
San-Lorenzo, sur le littoral d'Ardée, non loin dePorto- 
d'Ânzio, déclara, avec une très-grande assurance, que, 
se trouvant en plein air avec quelques compagnons 
attendant les cultivateurs, entre 3'*3o" et 3** 45" du 
matin, il vit avec eux sur la mer, dans une direction 
perpendiculaire à la côte, à une hauteur de 3o à 40 de- 
grés, une masse lumineuse comme un feu allumé, cir- 
culaire, d'un diamètre peu inférieur à celui delà Lune, 
mal déterminée dans son contour , et qui lui parais- 
sait immobile, 11 remarqua que ce feu était tout diffé- 
rent de celui des bâtiments, surtout en raison de sa 
hauteur. Ils furent tous frappés d'étonnement à la 
vue de ce phénomène , et ils s'en entretinrent en re- 



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AÉROLITHE TOMBÉ DANS LA CAMPAGNE DE ROME. l35 

tournant au hameau. Vers 5*'i5™, en s' éloignant da- 
vantage de la côte, ils virent aussi l'aérolithe dont 
nous nous occupons dans la direction des monts Lazi- 
ralli, et ils entendirent les explosions et les roulements 
successifs. Réfléchissant alors à ce feu qu'ils avaient 
vu le matin, M. Zandotti observa avec surprise que le 
point de son apparition correspondait exactement au 
prolongement de la longue traînée à festons que Taé- 
rolithe laissait derrière lui, et il pensa que ce pouvait 
être le même que lui et ses compagnons avaient vu 
bien auparavant, et qu'il ne serait alors devenu visible 
que parce qu'il était éclairé par le Soleil. 

Le P. Secchi, en en rendant compte à l'Académie des 
Sciences de Paris, ajoutait que « cette observa tion condui- 
rait à faire supposer que cette masse aurait été comme 
une comète qui se serait trop approchée de la Terre. » 
Dans ce cas, on n'aurait besoin que d'avoir recours à 
l'hypothèse très-simple d'une atmosphère gazeuse qui 
aurait environné l'aérolithe, laquelle se serait dissoute 
et serait devenue invisible au moment de l'entrée 
dans l'atmosphère terrestre, en se mélangeant à l'air, 
ou en s'unissant, par une combinaison chimique, avec 
les éléments de l'aérolithe, aussitôt que celui-ci serait 
arrivé à la température énorme que nous avons vue 
ci-dessus. 

Nous avons reproduit la carte précédente de la tra- 
jectoire de ce bolide, d'après celle qui a été publiée 
dans les Atti deW Accademia pontificia dé* Nuovi 
Uncei de Rome. On y remarque surtout les singulières 
courbes que la résistance de l'air a fait suivre à cette 
chute. 



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l36 DERNIERS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIE. 

S 18. 
5 septembre. 

M. le capitaine du Génie Baldy et M. Chaillot,inspec< 
leur des tabacs, ont observé à Nice, à 9** 58" de Paris, 
un bolide rouge, un peu à l'ouest du p de la Baleine, 
près la Mouche. Ascension droite de départ : i^; dis- 
tance polaire correspondante: 106*^; course horizontale 
ou à peu près, très-lente ; durée dix secondes environ. 
Arc parcouru 70^ ; ascension droite finale : 44" i ^^^ 
tance polaire, 56®. 

S 19. 
1 1 septembre. 

A Saint-Martin-de-Hinx, on remarqua, à 7**3o"du 
soir, une belle lumière crépusculaire, puis, à 7*34° 
un gros bolide blanc parti d'Arcturus et se dirigeant 
vers p de la Balance; il s'en détacha de nombreux frag 
ments, qui s'éteignirent à peu de distance du corps 
lumineux, lequel s'éteignit lui-même avant de toucher 
l'horizon. 

§20. 

3o octobre. 

A 7*' 40" du soir, M. Chance! aperçut à Montpellier 
un très-beau bolide dans la direction du nord-est. Sa 
marche était descendante et faisait avec un plan ver- 
tical un angle d'environ 45 degrés. Son éclat, quoique 
très-beau, était bien inférieur à celui du bolide sui 
vant. 



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BOLIDES ET AÉROLITHES DE 187a. l^y 

§21. 
a noTerabre. . 

Un immense bolide a été vu par M. Ph. Breton, pas- 
sant au-dessus de Grenoble, à peu près à 8 heures du 
soir. Il se dirigeait du nord-est au sud-ouest. Suivant 
M. de Galbert, qui se trouvait sur le quai Xavier-Jouvin, 
c'était un globe plus large que le disque du Soleil, 
entouré d'une couronne d'étincelles, suivi d'une longue 
queue lumineuse qui ne paraissait pas changer de lon- 
gueur. Au milieu de la largeur de la queue, on voyait 
une gerbe d'étincelles finissant en pointe. Le tout était 
entouré d'une colonne de fumée, et se détachait dans 
un ciel serein. La tête brillante était en forme de poire 
et l'extrémité de la qmeue paraissait sensiblement 
courbée. L'éclat, de couleur blanc jaunâtre, était très- 
vif, au point que les quais ont été illuminés comme en 
plein jour, pendant trois ou quatre secondes. Cepen- 
dant on voyait nettement la forme du corps lumineux, 
sans être ébloui ; suivant le dire d'une paysanne du 
Pont^de-Claix (8 kilomètres au sud de Grenoble ), « c'é- 
tait gros comme trois lunes, avec tout plein de petits 
grelots autour a. 

Après la disparition du bolide, on a entendu une 
forte explosion, composée de deux roulements courts 
et distincts, à un intervalle d'une fraction de seconde ; 
on a comparé les deux bruits à deux coups de canon 
entendus de li à 3 kilomètres de distance. Au Bâchais, 
à 45oo mètres de distance, au nord-est de Grenoble, 
M. Fontenai a entendu l'explosion avec un bruit qui 



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l38 DERNIERS TRAVAUX DB l' ASTRONOMIE. 

lui a fait craindre d'abord qu'une poudrière n*eût éclaté, 
et aussitôt M°^ Fontenai est sortie effrayée de la maison, 
croyant que c'était un tremblement de terre, car les 
portes et les vitres avaient frémi fortement. 

Quant à l'intervalle de temps entre la disparition du 
bolide et l'arrivée du bruit, les renseignements ne 
s'accordent pas. M.deGralbert l'évalue aune ou deux 
minutes; M. Fontenai à quatre ou cinq minutes au 
moins. Eu égard au froid intense des hautes régions 
de l'atmosphère, on peut estimer à 20 kilomètres par 
minute la vitesse moyenne du son, ce qui placerait le 
lieu de l'explosion de 1^0 à 100 kilomètres. Or, si Ton 
remarque que le refroidissement de l'air, dans les 
grandes altitudes, détermine une réfraction continue 
du son, qui fait que les rayons sonores sont des courbes 
convexes vers la Terre, il se^it possible de déduire de 
cette durée une limite inférieure du lieu de l'altitude. 
Il est à regretter que cette durée soit aussi peu connue 
pour le cas présent. 

Autant qu'on peut se fier à l'observation instantanée 
qui fait passer le bolide par le zénith de Grenoble, la 
trajectoire serait à peu près horizontale à 23oo mètres 
d'altitude; mais l'observation de Grenoble est trop 
incertaine, quant à la proximité du zénith, pour qu'on 
puisse se fier à cette indication. 

M. Chancel a observé le même bolide, à Montpel- 
lier. Son éclat était tellement considérable qu'il a pro- 
duit, pendant plusieurs secondes, une illumination bien 
supérieure à celle que produit la Lune dans son plein. 

C'est peut-être le môme bolide qui a été vu en Ecosse 
sous l'aspect assez étrange que nous allons rapporter. 



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BOLIDES ET AÉROLITHES DE 187a. iBq 

M. Penny écrit aux Monthly Notices de la Société 
astronomique de Londres que, le 2 novembre 1872, 
vers 5**3o" du soir, il se trouva subitement enve- 
loppé de flammes; levant les yeux vers le ciel, il le vit 
illuminé pendant deux ou trois secondes et avec tant 
d'éclat que, en abaissant le regard, il aperçut distinc- 
tement les petites pierres du chemin. L'illumination 
s'évanouit, mais, aussitôt après, il y en eut une seconde 
plas brillante que la première. Pour savoir l'heure 
exacte du phénomène, il courut à sa maison, dont il 
était éloigné d'environ 100 mètres, et, en arrivant, il 
entendit un grondement sourd paraissant provenir d'un 
tonnerre lointain du côté du sud-ouest. Il en conclut 
qu'il s'agissait d*un orage et attendit, mais en vain, 
s'il entendrait d'autres coups de tonnerre, ce qui du 
reste est fort rare en cette saison. 

Quoique les sons entendus rappelassent ceux du 
tonnerre, l'observateur ne pouvait que difficilement 
voir un éclair dans Tillumination si longue qui l'avait 
entouré. Prenant des informations à cet égard, il 
trouva qu'un météore extraordinaire avait été vu par 
une personne résidant à environ 5 milles de distance 
vers le sud, et il obtint les renseignements suivants. 

Près de Nairn, et à l'heure mentionnée ci-dessus, 
l'observateur vit un large globe de feu de la grandeur 
de la pleine Lune, venant de Test -sud -est, élevé 
d'environ ao degrés au-dessus de l'horizon et glis- 
sant avec lenteur, de sorte qu'on pouvait facilement 
l'examiner. La couleur de ce globe était celle du fer 
chauffé au rouge, et une queue lui était attachée. 
Pendant les deux ou trois secondes qu'il resta en vue, 



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l4o DKRNIBRS TRAVAUX DR L*ASTRONOXIB. 

le ciel était si éclairé qu'on aurait pu ramasser une! 
épingle à terre. Le météore parut descendre derrière 
les collines au sud-ouest, et le ciel redevint obscur 
pendant une seconde, lorsque tout aussitôt un éclat de 
lumière beaucoup plus intense que le premier illa- 
mina le ciel et, peu de temps après, on entendit un 
son comparable à celui qui aurait été produit par la 
décharge de trois ou quatre canons, à la distance de 
un quart de mille. Ce dernier éclat ne dura qu'uni 
instant et tout rentra dans Fobscurité. Un gentleman 
de Strathspey, résidant à Grantown, aperçut aussi ïil- 
iumination soudaine et entendit le son quelque temps 
après, mais comme venant du nord-ouest. La conclu- 
sion que M. Penny tire de ces observations, c'est 
qu'u/i météore d'une grandeur extraordinaire doit 
avoir traversé l'atmosphère à partir du sud de Banff- 
shire, en se dirigeant vers le centre dlnvernesshire et 
qu'il a éclaté vers la source de la rivière de Nairn. 

§22. 
37 novembre. 

Pendant la pluie d'étoiles filantes qui a illustré celte 
nuit mémorable, et dont nous parlerons plus loin, on 
observa à Odessa de magnifiques bolides : l'un d'eux 
surtout fut remarquable; il traversa la presque totalité 
de l'étendue du ciel, et laissa sur son passage une ma- 
gnifique traînée brillante semblable à celle d'une fusée; 
des milliers d'étincelles jaillissaient sur son passage. 
Il parut à 5*» 55", heure d'Odessa. Parti de l'horizon, il 
passa au-dessous d'Aldébaran, traversa Cassiopée et se 
perdit dans le Cygne. Sa marche était lente et vacillante. 



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8LNGUUER MÉTKORB, i4i 

§23. 
13 décembre. 

M. Ch. Grad, de Turkheim, signale un bolide se 
dirigeant du nord-nord-ouest au sud-sud-est avec une 
forte détonation, et laissant une traînée bleuâtre d'un 
vif éclat. 

§24. 
Météore extraordinaire observé à Tile Maurice. 

M. Wright écrit aux Monthly Notices^ en décem- 
bre 187a, qu'il a observé, un jeudi soir vers 7 heures, 
le plus beau météore qu'il ait jamais vu. Il était tourné 
du côté opposé, lorsqu'une lumière soudaine surpas- 
sant l'éclat du clair de Lune lui fit tourner la tête 
dans la direction d'où elle venait. Il vit alors avec 
stupeur un très-grand météore tombant majestueuse- 
ment à une distance apparente de 8 à 10 mètres seu- 
lement. Le météore paraît être tombé de la constel- 
lation du Verseau : « Ce qui me frappa le plus dans 
cette apparition, dit l'auteur, c'est que le globe était 
parfaitement distinct et aussi rond que la pleine Lune, 
mais un peu plus large, un huitième environ en dia- 
mètre. Je devrais peut-être plutôt le comparer à la 
Lune à la fin de son premier quartier ; car le quart 
injérieur de son disque seulement était lumineux et 
brillant, tandis que les trois quarts supérieurs n'émet- 
taient aucune lumière, paraissant d'une couleur foncée 
de pierre brune. Le contour circulaire était trè&dis- 
tinct, tandis que l'éclat de la partie inférieure n'offrait 



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I4a DERNIBB9 TRAVAUX DB l'ASTBONOMIE. 

pour ainsi dire plus de contour, paraissait un peu 
proéminent et laissait derrière le météore lui-même 
une traînée de lumière bleuâtre qui illumina momen- 
tanément le ciel tout entier. Ce météore fut observé 
aussi par d'autres personnes. » \ 

S 25. I 

Parmi les aérolithes de Tannée 1872, il en est un 
que nous devons mentionner sans date, et dont la 
chute est rapportée par les Mondes, sous cette simple 
mention : « Un aérolithe du poids de 5o kilogrammes 
est tombé tout récemment à Âtchinson (Kentucky). » 

Tels sont les bolides et aérolithes observés pendant 
ces dernières années. On voit quel intérêt inattendu 
et varié présentent ces observations. Elles constituent 
certainement le chapitre le plus nouveau et le moins 
étudié encore du grand livre de TÂstronomie moderne. 
Ce sujet, comme celui des étoiles filantes, promet à la 
science une mine féconde, qui complétera Tune des 
lacunes qui restent encore dans la connaissance générale 
du système du monde. On nous pardonnera de lui avoir 
consacré, malgré toute la concision possible, une si 
grande place dans ce volume de notre Recueil astro- 
nomique. Comme il importe cependant de traiter la 
question, une fois pour toutes, sous tous ses aspects, il 
nous reste encore à présenter ici quelques études va- 
riées qui la complètent. 



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i43 



n. 



BOLXBBs TanaLPi^qvÈa par ixowl aspect 

BTXARRB BT Uk XifilTTEUa BB I.BUB PAB- 
COUBB. — BBJkBTTBS. 

L'observation curieuse faite à Marseille, le 2 août 1 87 1 , 
par M.. Coggia, sur un bolide de longue durée (vo/rplus 
haut, p. 93), et celle qui a été faite à Rome le 3i août 
1872 (voir p. i35), m'ont engagé à chercher, dans 
l'histoire des météores, des exemples de cas analogues. 
J'ai eu la bonne fortune d*en trouver un certain nom- 
bre. Que ces météores soient des aérolithes, c'est ce 
qui reste douteux, comme on va s'en convaincre par 
les observations que nous allons résumer. Dans tous les 
cas, le nom de bolides ne leur convient en aucune fa- 
çon; car cette désignation a pour étymologie le mot 
grec /8tf(AA#, qui veut dire je lance. Des bolides lents 
seraient donc des météores lancés lentement , ce qui 
n'a pas de sens. C'est pourquoi je crois utile de les 
désigner sous un nom mieux approprié à leur état, 
comme celui de bradâtes ^ qui provient de /8ç«^tfV, lent. 
Le nom de météorite reste appliqué aux aérolithes. 

Ces météores lents offrent généralement la forme 
globulaire et restent visibles , non pas seulement quel- 
ques secondes, comme les bolides ordinaires, mais plu- 
sieurs minutes, un quart d'heure, une demi-heure, 
une heure même et davantage. 



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l44 BOLIDES ET MÉTÉORES INEXPLIQUÉS. 

Voici les observations les plus importantes que j' 
pu recueillir; elles sont présentées par ordre de date 

I. L'abbé de TAnion, se trouvant près de Saint-Aï 
bin,en Bretagne, le 17 novembre 1684, vers loheun 
du matin, vit une flamme en forme de larme, gross 
comme la main, qui descendait du ciel. Son mouvi 
ment était extrêmement lent, car elle n'employa p 
moins de sept à huit minutes pour atteindre Thorizoï 
Elle paraissait un peu bleue; sa queue jetait des es 
pèces d'étincelles, et elle était opposée au Soleil. (Hii 
toire de P Académie des Sciences, 1684.) 

IL Buckhard a extrait du registre original de Kircl| 
de Leipzig, la relation suivante d'un météore qui n'9 
vait pas de mouvement sensible : « 1686 ^V juillet 
vendredi matin, vers i^^ao™, cherchant avec une lunetti 
de I j pied la nouvelle étoile dans le cou de la Ba 
leine, je fus frappé d'une grande lumière. Regardan 
alors à l'oeil nu, j'aperçus vers le midi une grande massi 
de feu plus claire, plus grande et plus blanche qui 
Vénus, égale à peu près à la moitié de la Lune. Cetli 
masse avait une queue en dessous vers l'ouest ; elle res^ 
tait immobile à sa place. Voyant qu'elle n'avançait pai 
du tout et ne s'éteignait pas, je commençai à comptei 
lentement 1,2, 3,. . . ; elle devint peu à peu très-pâle, 
mais elle était pourtant encore très- visible, lorsque j^ 
comptai 200; sa faiblesse était déjà assez grande quand 
j'arrivai à 3oo; enfin elle disparut tout à fait, après 
avoir été visible un demi-quart d^hcure environ. » 
(Éphémérides de cet astronome pour 1688, avec une 
figure, et Histoire de V Académie, 1700.) 



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BRÀDTTES. 145 

iHalley, qui a également observé ce météore en An- 
^rre, a évalué sa distance à 3o milles anglais sou- 
fflent, ou environ 48 kilomètres, et a estimé son 
amètre égal à celui de la Lune. ( Transactions phiio- 
fhiques, t. XXIX.) 

ni. Les habitants de La Hague, en basse Normandie, 
jrent, le 7 janvier 1700, une heure avant le jour, un 
étéore plus brillant que la Lune, ayant la figure d'un 
rbre et courant de l'ouest-nord-ouest à Tesl-sud-est. 
'/b d'une heure après il tomba avec un si grand bruit 
De les maisons en tremblèrent. Il parut se perdre 
ans la mer, aux environs de la petite lie d'Origny, 
n simulant un gros vaisseau en feu. (Sbstibr, la 
■oudre et ses formes, t. I, p. ao3.) 

IV. Suen-Hof a été témoin du phénomène suivant, 
ans la paroisse de Nœs, à i mille de la forteresse 
Enecope, en Upland.Le i*"" octobre 1729, deux heures 
ttviron avant le lever du Soleil, des vapeurs très-rouges 
[^parurent dans le ciel, d'ailleurs serein, puis, s*éten- 
ant en longues bandes du nord au sud, elles com- 
lencèrent à se réunir de plus en plus ; bientôt elles 
}nstituèrent un globe de feu du diamètre apparent de 
pieds, qui se mit en mouvement dans cette même 
laine du ciel précédemment occupée par des vapeurs 
mges et diffuses. Le météore lançait des flammes et 
» étincelles et répandait une lumière égale à celle du 
}leil. Après avoir parcouru le quart de la voûte cé- 
ste, il s'éteignit brusquement, en laissant une fusée 
)ire et épaisse; alors on entendit une double détona* 
on tellement violente qu'elle réveilla subitement plu- 
FUunmarion, — V, 7 



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146 BOLIDES ET MÉTÉORES INEXPLIQUÉS. 

sieurs personnes, qui crurent entendre le canon. Ce je 
même le ciel resta serein. (Sestier, Ibid,, 1. 1, p. 22 

V. Le a6 décembre 1787, J. Huxham observa u 
aurore boréale, à Plymoutb (Angleterre). « Cette 1 
peur paraissait rouge, comme si elle eût emprunté 
couleur à la réflexion d'un grand feu, et elle éclair 
autant que le fait la pleine Lune... Il parut à Kilkeni 
en Irlande , comme une espèce de globe de feu qu' 
aperçut dans Tair pendant près d'une heure, lequel 
creva ensuite et jeta des flammes de tous côtés. 
( Transactions philosophiques, 1738.) 

VI. Dans la nuit du aS au 24 février 1740, on vj 
vers la rade de Toulon, un globe de feu violet qui, s' 
tant élevé peu à peu, parut plonger ensuite dans 
mer, d'où il se releva comme une balle qui ricocb 
rait. Après être parvenu à une certaine hauteur, 
creva et répandit plusieurs boules de feu, dont 1| 
unes parurent tomber dans la mer, et les autres si 
les montagnes voisines. Le bruit qu'il fit en creva 
fut semblable, par Téclat, à celui du plus violent toi 
nerre ; toutefois, comme il dura peu, il ressembla d\ 
vantage à celui d'une bombe. Tel fut le rapport fait 
M. le marquis de Caumont par des témoins oculaire 
(Histoire de l'Académie, 1740.) 

VII. Muschenbroeck a donné le nom de serpent 
un météore qu'il observa le 7 août 1741, vers io*'ac 
du soir. Le ciel était serein, Tair chaud; il vit tou^ 
coup paraître une lumière très-brillante qui sembla s'i 
ïeyer de la terre dans Tair, sous la forme d'un serpen 



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BRADYTES. l47 

n subsista pendant deux ou trois minutes, et répandit 
vne si grande lumière qu'on aurait pu voir distincte- 
inent une aiguille couchée sur le sol. Insensiblement, 
ce météore s'arrondit en forme de cercle et se changea 
m une petite nuée blanche lumineuse, mais si épaisse 
Ifabord qu'elle masquait les étoiles. Il n^en restait au- 
)6Bn vestige dix minutes après. Lorsque ce météore 
inmmença à paraître, on entendit une espèce de petit 
Ifiurmure semblable à celui que produit une flamme 
irtolente. (Sestier, Foudre, 1. 1, p. aaa.) 

Vin. L'observation suivante, que nous abrégeons sur 
beaucoup de points, est des plus intéressantes : 

« Le 1 7 juillet 1 771 , dit Le Roy , vers les dix heures et 
demie du soir, le temps étant parfaitement serein au- 
dessus de Paris, à la réserve de quelques nuages qui 
i)ordaient l'horizon du côté du couchant, on vit paraître 
tout d'un coup dans le nord-ouest un feu semblable à 
vue grosse étoile tombante, qui, augmentant à mesure 
qu'il approchait, parut bientôt sous la forme d'un globe 
et ensuite avec une queue qu'il traînait avec lui. Ce 
globe ayant traversé une partie du ciel, à peu près du 
nord-nord-ouest au sud-sud-est, avec une extrême ra- 
pidité et dans une direction fort inclinée vers la Terre, 
son mouvement parut se ralentir et sa forme devenir 
semblable à celle d'une larme batavique; il répandit 
alors la plus vive lumière, étant d'une blancheur 
éblouissante et pareille à celle du métal en fusion. Sa 
tête paraissait environnée de flammèches de feu, dont 
,les unes semblaient appartenir au corps même du mé- 
téore, les autres en être détachées et sa queue, bordée 



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l48 BOLIDES BT MÉTÉORES INEXPLIQUÉS. 

de rouge, était parsemée des coaleurs de Tarc-eD' 
ciel. Le globe, étant devenu comme statioDnaire, parui 
prendre une forme encore moins allongée, comou 
celle d'une poire, et avoir dans son milieu des bouil- 
lonnements accompagnés d'une matière fumeuse; alors, 
ayant comme épuisé tout son mouvement, il éclata, 
en répandant un grand nombre de parties lumineuse 
semblables aux brillants des feux d'artifice. Ces bril- 
lants produisirent une lumière si vive et' si éblouis- 
sante, que la plupart des spectateurs ne purent eo 
soutenir l'éclat. 

. » La durée du phénomène n'a guère paru à Paria 
que de quatre secondes. Le globe, à l'instant de son 
explosion, était élevé de 45 degrés environ et semblait 
avoir la à i5 pouces de diamètre; mais il parut plus 
gros à quelques observateurs, du côté de Gorbeil el 
de Melun. Deux minutes ou environ après qu'il eut 
éclaté, on entendit à Paris un bruit que les uns ont 
comparé à un coup de tonnerre qui gronde au loin, 
d'autres à une charrette fort chargée qui roule sur le 
pavé; d'autres, enfin, à un bâtiment qui s'écroule. A 
Melun, on entendit, après l'explosion, sept ou huit 
coups articulés. Ce bruit fut accompagné d'une corn 
motion qui fit trembler les vitres et les meubles, parti 
culièrement dans les lieux élevés, comme à l'Observa- 
toire. Plusieurs personnes s'imaginèrent que plusieurs 
portions du météore étaient tombées jusqu'à terre. 

j» Un habile jurisconsulte, homme très-digne de foi, 
étant avec plusieurs personnes dans un appartement, 
au second, rue de l'Observance, était assis en face de 
fenêtres oui étaient ouvertes à une distance de 9 ou 



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BRADYTES. 149 

to pieds, a En un clin d'œil, dit-il, avant que le mé- 
téore s'éteignit, il y eut une espèce d'explosion, sans 
lucun bruit, qui poussa une lame de feu jusque dans 
a salle où il était. Cette lame, qui paraissait remplir 
tout l'horizon, n'avança vers nous qu'avec une espèce 
ie lenteur; car nous vîmes sa marche très-distincte- 
[nent, et sa vitesse ne nous parut pas excéder la vi- 
tesse du vol d'un oiseau de proie. Cette lame nous cou- 
vrit d'une lumière aussi éclatante que celle d'un beau 
soleil à midi, et s'éteignit à l'instant. » 

Dans le môme moment, ou à peu près, des personnes 
qui étaient à table, rue de Clichy, virent très-distinc- 
tement sur le carreau de petites flammes, qui avaient 
Tair de s'agiter en différents sens, et qui, ensuite, dis- 
parurent. 

Auprès de Melun, à une demi-lieue environ du point 
au-dessus duquel le globe a éclaté, un observateur 
rapporte que, quelques minutes après l'explosion du 
globe, « il entendit autour de ses oreilles un bourdon- 
nement semblable à celui que font les abeilles dans 
une ruche, et que, aussitôt, il fut frappé de quelque 
chose à la nuque, qui lui parut chaud et comme s'il 
avait' été électrisé. » 

Ce météore a été vu dans des endroits fort éloignés 
de Paris et fort distants les uns des autres. Il fut 
aperçu dans tout l'espace en latitude de Sarlat à Ox- 
ford, et en longitude de Granville à Reims, c'estrà-dire 
dans un espace d'environ 5 degrés en longitude et 
6 degrés en latitude. Il paraît que, lorsqu'on com- 
mença à l'apercevoir, il était à plus de i8 lieues de 
hauteur, et que, à l'instant de son explosion, il se trou- 



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j5o bolides BT MÉliORBB INEXPLIQUES. 

▼ait encore à plus de 9 lieues au-dessus de rhorizon, 
hauteur qui s'accorde très-bien avec celle que lui donni 
Tintervalle de deux minutes qui s'écoula entre cel 
instant et celui où Ton entendit le bruit de cette explo- 
sion. La vitesse du météore a été de 7 à 8 lieues pai 
seconde ; son volume était énorme , car, par une esli* 
mation fort au-dessous de ce que les observations 
donnent, il avait plus de 5oo toises de diamètre. 
(Mémoires de l'Académie des Sciences, pour 1771, 
p. 670.) 

IX. Le II septembre 1787, vers 8^3o" du soir, à 
Edimbourg, il parut, dans la partie boréale du ciel, an 
globe de feu plus grand que le soleil. Son mouvement 
fut d'abord horizontal vers l'orient, à la hauteur de i5 à 
ao degrés ; puis il s'inclina jusqu'à la rencontre de l'ho- 
rizon. Ensuite il se releva et parvint à une hauteur plus 
grande en apparence que la première ; il descendit et se 
r«r/(ff('rt de nouveau, mais en faisant des ondulations plos 
petites; enfin, continuant sa route vers l'Orient, il dis- 
parut derrière un nuage où il fit explosion. ( Gentle- 
man' s Magazine^ LVII, 936.) 

X. Thomas Young a vu, le 3 août 1818, à ii*" iS^dn 
soir, à Worthing (latitude 5o''49', longitude 2 degrés 
ouest deGreenwich), un météore très-lumineux, près 
de Cassiopée. Le trait de lumière a commencé à 19 de- 
grés du pôle et à 65 degrés d'ascension droite, il a iim 
à 17 degrés du pôle et à 80 degrés d'ascension droite. 
Il est resté visible plus d'une minute sans mouvement^ 
comme une comète, le noyau étant à son point de 
départ. 



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BRADTTES. l5l 

XI. Le 5 mai 1819, à la^So"*, par un temps par- 
faitement serein et un beau soleil, on aperçut à Aber- 
deen, en Ecosse, un globe de feu qui avait une espèce 
de queue. Cinq minutes après son apparition, il fit 
explosion avec un bruit considérable. Le volume de 
fumée qui en sortit ressemblait à un petit nuage blan- 
cbâtre. Le même phénomène fut aperçu dans un grand 
nombre de villages d^Écosse. (Rc^al Institution, 1819, 
p. 395.) 

Xn. Le 1 8 juin i845, une demi-heure après le cou- 
cher du soleil, on vit à Ainab, sur le mont Liban, un 
météore composé de deux corps, chacun en apparence 
cinq fois au moins aussi gros que la Lune, avec des 
appendices semblables à de grands pavillons agités par 
la brise et qui semblaient les réunir. Ce grand mé- 
téore resta visible pendant une heure. Il s'avançait 
vers Test, et disparut graduellement; la Lune s'était 
levée à peu près une heure auparavant. (Sestibr, 
Foudre, t. I, p. 204.) 

Xm. Dans la nuit du 24 au a5 août 1846, à a^3o", 
le docteur Moreau, alors près de Saint-Apre (Dor- 
dogne), revenait de voir un malade; le temps était 
calme et chaud ; tout à coup il fut environné d'une lu- 
mière éclatante due à un globe lumineux qui s'entr'ou- 
i^rit et jeta à droite et à gauche des étoiles par cen- 
taines. Ce phénomène garda toute sa splendeur durant 
Uois ou quatre minutes; après quoi, sur le point de 
disparaître, son foyer jeta des étoiles plus rares. 
[poittptes rendus de l^ Académie des Sciences, t. XXIII, 
p. 549.) 



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l5a BOLIDES ET MétionES INEXPLIQUÉS. 

XIV. Le 3 novembre 1846, vers 7*3o" da soir, 
. M. Méline, jardinier en chef du Jardin botanique de 
Dijon, vit un globe de feu, se mouvant plus lentement 
qu'une fusée de l'ouest à i*est, horizontalement à 60 
ou 70 degrés de hauteur, et éclairant les objets d'une 
lumière dont la teinte était jaune serin. Ce météore 
laissa sur toute la longueur de la route qu'il suivit une 
immense traînée d'un blanc couleur de cendre. Il tra- 
versa ainsi le quart du ciel ; puis, avant de disparaître, 
il lança une gerbe de flammes ou d'étincelles brillantes, 
mais sans bruit sensible ; la traînée demeura visible 
pendant au moins dix minutes. Une particularité fort 
remarquable, c'est que la matière lumineuse des deux 
extrémités de la traînée parut se porter vers le milieu 
de la ligne parcourue, oti, en se condensant, elle forma 
une espèce de boule grosse comme un chapeau, mais 
non compacte ; elle était comme formée par la réunion 
d'amas lumineux, séparés par des stries obscures et 
très-étroites. Cette espèce de boule dura au moins un 
quart d'heure, maison s'affaiblissant. (Perbet, Comptes 
rendus, t. XXIII, p. 985.) 

XY. La môme année, le môme mois, un fait plus ex- 
traordinaire encore a été observé dans les Indes. Le récit 
suivant en a été publié par le journal /'//i^/iVu/ (29 avril 
1868, p. i44), qui l'a traduit d*un article de M. Col- 
lingwood, publié dans le Philosophical Magazine. 

« J'ai, par hasard, écrit l'auteur, entendu rendre 
compte par un témoin oculaire ( une dame résidant à 
Hong-Kong) d'une apparition qui me parut si remar- 
quable, que j'en recueillis les particularités avec soin. 
C'était en novembre 1846, au moment où elle se trou- 



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BRADTTBS. l53 

Tait à bord d'un navire à Tancre dans la rivière Ran- 
goon et appartenant à son mari ; elle se ph>menait 
alors du côté de la poupe avec le mattre d'équipage 
et un enfant de quatre ans, la banne de poupe étant 
en ce moment déployée. Il était environ 7^30"" du 
soir, la nuit était noire, lorsque tout à coup, sans 
aucun avertissement, un jet de lumière effrayant tra- 
versa horizontalement Tespace à l'avant du vaisseau. Sa 
lumière ne ressemblait pas à un éclair, mais parut 
s'avancer rapidement dans son trajet; elle avait l'ap- 
parence d'une flamme compacte, occupant tout l'es- 
pace visible compris entre la banne et le pont du 
navire. La soudaineté et la nature terrible de ce jet 
éblouissant de lumière furent telles, que cette dame 
tomba sur le pont, croyant, comme elle le dit, que 
c'était la fin du monde , tandis que Tenfant poussait 
des cris de terreur. Au moment où cette terrifiante lu- 
mière se manifesta à proximité du navire, on sentit un 
accroissement de chaleur considérable accompagné d'une 
forte odeur sulfureuse. Le phénomène ne fut accom- 
pagné d'aucun bruit. Tout cela ne dura que quelques 
secondes, la lumière ayant passé devant leurs yeux 
avec une rapidité peu inférieure à celle d'un éclair. 

» Le capitaine du navire, le maître de la poste et 
le seul Européen* résidant à cette époque étaient dans 
la maison de celui-ci , située à une faible distance du 
rivage et du navire. Ils ont affirmé tous deux avoir res- 
senti une chaleur subite et intense, bien qu'ils n'aient 
pas aperçu de lumière ; et quand on leur rapporta plus 
tard les circonstances du phénomène, en comparant les 
remarquesfaites desdeux côtés, quantau temps, ils s'é- 

7- 



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l54 BOLIDES ET MÉTÉORES INEXPLIQUÉS. 

crièrent immédiatement : « Gela explique alors lachaleur 
» subite et insolite que nous ressentîmes au moment! » 

» Tous les renseignements que j*ai pu me procurer 
sur ce phénomène s'accordent si bien avec la descrip- 
tion que Ton fait de Tespèce de météore connu sous le 
nom d'étoile filante ou de bolide, que je demeure con- 
vaincu que ma narratrice doit avoir vu l'un de ces corps 
pendant qu'il se trouvait à une proximité eflFrayante, 
et comme je n'ai pas entendu dire que personne ait ja- 
mais relaté un pareil fait, j'ai jugé utile de dresser ce 
procès-verbal, qui est sanctionné par ma narratrice. » 

XVI. Le 4 septembre 1848, à 8** 59» du soir, un bo- 
lide fut aperçu de l'Observatoire de Highfield, à Not- 
tingham, et fut observé par M. Lowe. Trajectoire 
de >î d'Antinoiis à tt du Sagittaire. L'étoile a employé 
yuarante-cinq secondes pour l'accomplir. Son éclat 
égalait environ six fois la lumière de Jupiter (Bapporl 
du Comité des Météores lumineux de l'Association 
Britannique pour 1849.) 

XVn. Dans la nuit du 10 au ti août 1849, on a vu, 
|du même observatoire, une étoile filante dont le milieu 
de la trajectoire a été invisible. Il y a eu plus d'une 
minute d'intervalle entre le premier trait lumineux et 
le second, dont voici les coordonnées. N° i : jr = o«, 

^ = -^5-n''2:iR = 3a^(D=^-5^(W.DEFoNVIELLE, 
Comptes rendus, 1872.) 

XVIII. Le i5 janvier i85o, à 7M5" du soir, à Cher- 
bourg, de la neige était tombée et commençait à 
fondre, et de faibles éclairs apparaissaient dans le 
sud-ouest, lorsque M. Fleury vit, dans cette partie du 



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DRADTTES. l55 

ciel, des lueurs brillantes qui s'évanouissaient après 
plusieurs secondes. Bientôt apparut une flamme très- 
vive au-dessus d'une rangée d'arbres ; elle était animée 
d'un balancement sur sa base qui semblait reposer sur 
rhorizon. Le mouvement s'effectuait indistinctement 
dans tous les sens. Outre ce mouvement oscillatoire, 
la flamme était pénétrée d'une espèce de scintillation 
continue et inégale. Plusieurs fois cette flamme faillit 
s'éteindre, mais elle se ralluma ; à la fin elle disparut, 
et les petits éclairs réapparurent et continuèrent leur 
marche vers le sud. (Sestieb, Foudre^ 1. 1, p. aoS.) 

XIX. Le 5 février i85o, à G^ôo™ du soir, dans le 
voisinage de la constellation d'Orion, par une altitude 
de a8* 3o', un globe s'est montré à travers une brume, 
a grandi progressivement, sans changer de place pen- 
dant io5 secondes. On a vu alors une pluie de feu et 
un météore principal qui a persisté pendant 45 se- 
condes avant de s'éteinjJre. Le diamètre du météore 
étaitun tiers de celui de la Lune. (Observé parM. Wel- 
kes, Rapport de TAssociation Britannique pour i85i.) 

XX. En i853, M. Amédé Guillemin, se trouvant 
au cinquième élage d'une maison de la rue Amelot, à 
Paris, remarqua un bolide se mouvant avec une ex- 
trême lenteur, horizontalement, au-dessus du cime- 
tière du Père-La-Chaise. Le météore offrait un disque 
rougeàtre d'une faible clarté. 

XXL Sir William Snow Uarris écrivait de Plymouth 
le lo novembre 1869: 

« Le soir de la grande tempête, mon fils, ingénieur 
civil, attaché aux travaux de Uolyhead, fut témoin 



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l56 BOUDES ET MÉTÉORES INBUPLIQUÉS. 

d'un phénomène des plus intéressants. Voici un extrait 
de sa Lettre : « Depuis le 19 octobre, nous avons eu 
des vents violents du nord, accompagnés de terribles 
orages de grêle, de grésil et de pluie; et, dans la 
soirée, de vifs éclairs et du tonnerre dans le loin- 
tain; les montagnes du pays de Galles étaient cou- 
vertes de neige. Le a5, à 6 heures du soir, le ciel 
était très-noir et menaçant. A 7 heures, gros coup de 
vent de l'est; nuit très-noire. Je me rendais alors en 
ville, et je fus effrayé par une apparition soudaine, 
directement au-dessus de ma tête : c'était un globe de 
feu dont la clarté intense, perçant la masse de vapeur 
qui couvrait le ciel, illumina comme en plein jour la 
baie et le pays environnant. Ce météore ne dura que deux 
ou trois secondes. Bientôt après cette apparition, le vent 
souffla en ouragan et la pluie tomba par torrents. » 

Ceci se passait dans la soirée qui précéda le nau- 
frage du Royal Charter. Si l'on remarque que, bien 
antérieurement à cet ouragan au nord et pendant deux 
semaines, le ciel avait été couronné d'aurores boréales 
couleur de sang et d'autres manifestations électriques, ce 
phénomène acquiert une grande importance, comme in- 
diquant une connexion entre l'action de l'électricité et 
le principe de cet ouragan. Ce météore fut également 
observé en Irlande, ainsi qu'il ressort delà lettre sui- 
vante de M. Carter : 

« Au mois d'octobre 1859, je me trouvais dans le 
nord-ouest du comté de Nays. Jusqu'au 19, le temps 
avait été excessivement beau ; mais , le ao, il survint 
un changement, quelques froides ondées et, dans la 
soirée de la grêle , de la neige et des bouffées de 



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DRADTTES. l5y 

Teot de peu de durée ; la neige couvrit les montagnes. 
Dans la soirée du 23 J'avais vu deux globes de feu 
sortir d'un des nuages de neige et tomber à terre. 
Le 25, vers 7 heures du soir, le ciel était sans nuages, 
et je vis un brillant météore apparaître tout àcoup dans 
la direction des Pléïades. Âsa première apparition, ce 
météore avaitla dimension d'une étoile de premier ordre. 
Pendant l'espace de quatre ou cinq secondes , il s'avança 
avec une grande vitesse vers le point où je me trou- 
vais, augmentant rapidement en grosseur, et venant 
dans une ligne si directe qu'on en éprouva une certaine 
alarme. Sa couleur, d'un blanc étincelant, avait tout 
l'éclat de l'électricité. Au bout de quatre ou cinq se- 
condes, de blanc le météore devint rouge vif et sem- 
bla également changer de direction et perdre de sa 
vitesse. Il ne conserva cette couleur rouge que pen- 
dant l'espace d'une seconde et demie à deux secondes ; 
puis il se sépara en une quinzaine de globules d'un 
beau vert d'émeraude, lesquels disparurent au bout de 
deux autres secondes. 

» Il me serait*difficiie de donner une esquisse exacte 
de ce météore, par suite de son approche en ligne 
directe. Après avoir changé de couleur, il sembla éga- 
lement diminuer de diamètre et prendre plutôi la forme 
d'un courant électrique que celle d'une substance solide, 
La durée entière de l'apparition n'a pas pu être plus de 
dix secondes, ni moins de sept. Sa direction était entre 
le nord-ouest et le nord-nord-ouest. Je ne pus m'em- 
pècber de penser que la chute de ce météore avait 
quelque rapport avec l'ouragan. » (L'amiral Fitz-Rot, 
le Livre du Temps ^ ch. XXI.) 



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l58 BOLIDES ET MÉTÉORES INEXPLIQUÉS. 

XXII. AéroUthe phosphorescent, — M. l'abbé Lecot 
à Noyon, signale aux Mondes une observation qn 
peut paraître étrange, mais qu'il affirme comme la 
étant communiquée par un homme en qui il a pleine 
confiance et par des témoins qui ont tau "et touché l 

a En 1860, par une belle nuit du mois d'octobri 
vers 4 heures du matin, M. Joseph Chartier, conseilla 
municipal de la commune de Montsùgu, se trouvai! 
entre Vervins et La Bouteille, quand tout à coup il 
fut ébloui par la lumière vive d'un météore, qui éclata' 
comme une fusée au-dessus de sa tète, et dont les 
débris tombèrent autour de lui. Il marcha dessus, 
mais ne put l'éteindre, il essaya alors d'y porter la 
main, avec précaution dans la crainte de se brûler, mais 
la matière en était froide. Il en mit alors sur sa char- 
rette, souffla sa bougie qui ne Téclairait plus et conti- 
nua sa route. La matière i^pandait partout sur son 
passage un éclat semblable à celui d'une pile élec- 
trique; mais cette lumière si vive baissa à mesure que 
le jour montait ; lorsqu'il fît grand jour, il ne vit plus 
sur sa charrette que la terre qu'il avait ramassée en 
route et reconnut avec surprise que cette terre était 
celle du pays même, qu'elle ne paraissait mêlée à au- 
cune matière étrangère à notre sol. 

» M. Chartier est un homme dont le témoignage ne 
peut être suspect. Au reste, il a rencontré plusieurs 
voituriers, qui ont palpé la terre de son étoile, comme 
il le dit dans son naïf langage, et qui ont été surpris de 
l'éclat qu'elle répandait. Ces voituriers ont dû passer 
à l'endroit de la chute du bolide, et il est probable 
qu'ils en auront ramassé également. » 



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DRADTTES. l5g 

XXin. 1" août 1871 : durée, vingt minutes. C'est 
le curieux bolide observé à Marseille, et dont nous 
avons donné la relation plus haut. 

XXIV. 3i août 1872 : soupçon d'une durée de plus 
d'une heure et demie. Ce serait une partie de Taéro- 
lithe tombé dans la campagne romaine et dont la des- 
cription a été donnée dans les pages précédentes. 

XXV. 3o novembre 1873: durée, dix minutes. 
Plusieurs observateurs ont vu et décrit ce météore 
qui apparut au nord, au-dessous de la Grande Ourse, 
immobile d'abord, puis qui se mit en marche, s'ap- 
procha de 7 jusqu'à la toucher, s'en éloigna en décri- 
vant diverses oscillations et disparut à l'est après tous 
ces zigzags. M. Vinot, qui en avait reçu la descrip- 
tion dans son Journal du Ciel, a pris, sur notre de- 
mande, des informations à.Poissy, où l'observation a 
été faite, et en a reçu la confirmation; le météore 
était rouge comme Mars. 

On voit par toutes ces observations, si nombreuses 
et si variées, que la science est loin d'avoir dit son 
dernier mot sur cette branche nouvelle de l'Astrono- 
mie ou de la Météorologie. 

Sur ces vingt-cinq observations, la plupart nous 
présentent des bolides lents, c'est-à-dire des corps cé- 
lestes qui seraient mieux désignés sous le nom de 
bradyies, que nous avons proposé plus haut. Les autres 
sont, comme on le voit, des météores fort curieux et 
encore inexpliqués. 



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iGo LES PLUS GROSSES MASSES 



ni. 



Après avoir ainsi passe en revue les aérolithes et 
bolides qui viennent de heurter la Terre en ces der- 
nières années, il est intéressant de nous demander 
quelles sont les plus fortes dimensions mesurées de ces 
fragments d'autres mondes, tombés sur le ndtre. 

Sans remonter aux chutes d*aérolithes qui ne sont 
pas historiques, comme « la mère des dieux » , tombée 
en Grèce, à Pessinonte, selon la tradition, comme la 
masse de fer signalée sur le mont Ida, en Crète, comme 
la pierre céleste ^Mgos potamos dont parlent Pline 
et Plutarque, etc., ne considérons que les aérolithes 
que nous pouvons toucher et peser. D y en a quel- 
ques-uns dont le poids est fort respectable, et dont la 
chute serait certainement plus à craindre que celle 
d'une comète, quoique les astres chevelus aient gardé 
le privilège de semer trop souvent encore la terreur 
parmi les populations faciles à émouvoir. 

Parmi ces masses considérables tombées du ciel, 
nous voulons signaler ici toutes celles dont le poids dé- 
passe 100 kilogrammes. Que l'on songe au choc qu'elles 
doivent produire, lorsqu'elles arrivent au-dessus de 
nos têtes avec une vitesse de 640 mètres par seconde 
(comme Taérolithe de Lancé), ou môme avec une rapi- 
dité plus grande encore, comme on Ta souvent constaté I 



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TOMBÉES DU CIEL. iGl 



I. — Aérolithe de io4 kilogrammes (Chili). 

Parmi ces énormes pierres tombées du ciel, il en 
est une dont nous n'avons pas encore le poids, et qui 
dépasse certainement de beaucoup loo kilogrammes : 
c'est celle qui est tombée, le a5 décembre 1869, àMour- 
zouk ( Afrique du nord), à peu de distance d'un groupe 
d'Arabes effrayés (voir plus haut). Au moment de sa 
chute, on a supposé que cet aérolithe avait i mètre de 
diamètre. Est-ce par la lumière qu'il a produite? Ne 
s'est-il pas brisé, ou les Arabes ne Tont-ils pas mis en 
morceaux? C'est ce que M. Coumbary ne nous a pas 
encore appris. On doit envoyer le plus bel échantillon 
à Paris. Dans tous les cas, cet aérolithe comptera parmi 
les plus gros. Voici maintenant les plus remarquables 
des aéroli thés étudiés, catalogués et pesés. Nous repro- 
duirons par le dessin ceux qui appartiennent à la col- 
lection du Muséum de Paris. 

Le Chili parait devoir être compté parmi les régions 
du globe les plus favorisées par les chutes de fer mé- 
téorique. On connaît, depuis longtemps , les masses de fer 
trouvées dans le désert d'Atacama, qui renferment de 
gros grains de péridot et rappellent le fer de Krasno- 
jarsk, dit de Pallas,S\iT trois autres points du Chili, on 
a récemment découvert des fers météoriques qui sont 
venus, pendant ces dernières années, enrichir la col- 
lection déjà si riche du Muséum, grâce à la libéralité du 
gouvernement du Chili, et à celle de M. Domeyko, in- 
specteur général des mines. 

On a pu admirer à l'Exposition universelle de 1867 



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iGa LES PLUS OBOSSBS HASSES 

le principal de ces aérolithes, qui ne pèse pas moins 
de io4 kilogrammes. 

Une lettre de M. Domeyko rapporte qu'on doit la 
découverte de ce bel échantillon à un propriétaire des 
Andes, don Lisara Fonseca, qui voyageait dans le 
but de découvrir quelque filon métallique. Il avait 
avec lui plusieurs mineurs et vingt^inq mules de 
charge. Après trois mois de recherches inutiles, il De 
lui restait, le a5 novembre 1866, que quatorze mules 
qui pouvaient à peine marcher, lorsque, en traversant 
un endroit très-aride et sablonneux, il aperçut, à peu de 
distance du chemin, un gros bloc noir qui attira son 
attention. Il crut avoir trouvé un bloc d'argent et se 
décida à remporter, malgré le mauvais état de ses 
mules. Heureusement il lui en restait une qui supporta 
le poids du fer, augmenté de celui des pierres qu'on 
fut obligé d'ajouter pour équilibrer la charge. Ce n'est 
qu'à grand'peine qu'on arriva à Nantoco,dans la vallée 
de CopiapOf où l'essayeur de l'établissement métallur- 
gique de la localité reconnut la nature du bloc. 

La masse métallique gisait sur la pente occidentale 
de la haute Cordillère des Andes, entre le Rio-Juncai 
et les salines de Pederescal, à 5o lieues en ligne di- 
recte au nord-est de Pypoté. <x C'est peut-être, dit 
M. Domeyko, le fer qu'on a trouvé jusqu'à présent dans 
la région la plus élevée des Andes; car elle avoisine la 
ligne défaite. » Toutefois, il n'est pas absolument cer- 
tain qu'il ait été trouvé au point même de sa chute. 
M. Fonseca paraît même croire qu'il a été apporté des 
mines de l'autre versant des Andes par des mineurs 
qui, ne pouvant continuer leur voyage avec ce far- 



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TOMBÉES DU CIEL. l63 

deau, l'ont déposé au milieu des pierres, dans rinten- 
tion de remporter plus tard. 




Aérolithe trouvé ftu Chili en 1 866. Poids = i o4 kilogrammes, 
(Muséum de Paris.) 

Le fer de Juncal a conservé presque en entier la 
surface qu'il avait au moment de sa découverte ; cette 
surface n'a été entamée artificiellement sur aucun 
point. La forme du bloc est irrégulièrement conique; il 
a 48 centimètres de haut, et sa base, un peu elliptique, 
a 19 centimètres de diamètre. 

La surface est très-remarquable par les nombreuses 
dépressions en forme de capsules de largeur très-di- 
verse dont elle est presque complètement couverte 
et que Ton remarque dans la plupart des autres fers 
météoriques. 



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l64 LES PLUS GROSSES MASSES 

En outre, on y voit des sillons de formes sinueuse^ 
ou vermiculureSj comme on les a signalées égalemeni 
déjà sur quelques fers, mais caractérisées ici d'un^ 
manière tout exceptionnelle. 

Ces vermiculures sont certainement dues à une éroi 
sion lente produite par les agents atmosphériques. Là 
croûte a été ainsi détruite et a disparu sur la plus 
grande partie de la surface. Toutefois son existence 
primitive est incontestable, puisque cette croûte sub- 
siste encore sur de nombreux points, où elle ne re- 
couvre plus que des espaces très-limités. Elle constitue 
un émail noir, à rayure rougeâtre, présentant tout à 
fait le môme aspect que la croûte du fer qui est tombé; 
le i4 juillet 1847, à Braunau, en Bohême. 

II. — Aérolithe de ii4 kilogrammes (Espagne). 

Le Musée des Sciences naturelles de Madrid possède, 
et a fait figurer à TExposition universelle de 1867, une 
magnifique météorite tombée le 24 décembre i858, à 
Murcie. 

Cet échantillon a grossièrement la forme d'un paral- 
lélépipède droit à base carrée. Ses trois dimensions sont 
environ 39 centimètres, 40 centimètres et 27 centi- 
mètres. Sa densité est de 3,546, et le bloc exposé pèse 
environ ii4 kilogrammes. Il dépasse très-notablement, 
par son poids, celui de la plupart des météorites pier- 
reuses, et peut compter parmi les plus volumineux que 
l'on possède dans les collections. 

La masse est presque entière, c'est-à-dire que, sur 
presque tous les points de sa surface, on constate 
l'existence d'une croûte. Cette croûte n'a pas ici l'as- 



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TOMBÉES DU UEL. l65 

pect qu*e11e présente ordinairement dans les météorites 
pierreuses. Elle a manifestement subi une altération 
profonde, depuis Fépoque de sa formation. De noire 
qu'elle était d'abord, ainsi qu'en témoignent quelques 
vestiges encore intacts, elle est devenue ocracée. 

Malgré cette transformation, son étude offre encore 
de rintérêt,parla disposition qu'elle a conservée dans 
quelques parties. C'est ainsi que sur trois des faces 
qui sont verticales, quand on place l'échantillon sur 
une des grandes bases, la croûte offre une disposition 
qui montre qu'elle a ruisselé uniformément, de façon à 
donner à la pierre l'aspect qu'elle aurait reçu à la suite 
d'une friction énergique. 

III. — Aérolithe de i38 kilogrammes (Alsace). 

Le fameux aérolithe tombé, en 1492, à Ensisheim 
(département français du Haut-Rhin), constitue l'un 
des faits les plus remarquables de l'histoire de ces 
météores. 

Dans un rescrit daté d'Augsbourg, le 12 novem- 
bre i5o3, l'empereur Maximilien déclare que cette 
pierre est tombée près de lui, alors qu'il était à la tôle 
de son armée, à laquelle il la donna comme un présage 
de la victoire qu'il allait remporter sur les Français. 
Une Notice allemande, placée autrefois dans l'église 
d'Ensisheim avec l'aérolithe, portait, entreautres, que : 
« L'an 1492, le 7 novembre, arriva un miracle singu- 
lier ; car, entre les 1 1 heures et midi, il advint un 
grand coup de tonnerre et un long fracas, qu'on en- 
tendit à une grande distance, et il tomba dans le bourg 
d'Ensisheim une pierre pesant a6o livres; elle fit un 



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l66 LES PLUS GROSSBS MASSES 

trou de plus de 5 pieds de profondeur. Ou en détaciis 
d'abord des morceaux, ce qui fut défendu par le land- 
wogt, et elle fut transportée dans Féglise comme un 
objet miraculeux. » 

Cet aérolithe fait partie de la collection du Musée 
minéralogique de Vienne (Autriche), dont il est le plus 
ancien. 

IV. — Aérolithe de 3g3 kilogrammes (Hongrie). 

Au-dessus de Taérolithe d*Ensisheim vient, par 
ordre de poids, celui qui est tombé en i866àKnyahynia, 
en Hongrie, dont nous avons rapporté la chute dans 
notre tome IV, et qui fait partie de la Collection autri- 
chienne. Cet aérolithe pèse agS kilogrammes. Le bolide 
d*où il provient devait être énorme ; car on se souvient 
que plusieurs milliers de fragments sont tombés en 
même temps et ont parsemé la campagne sur une im- 
mense étendue. Ce morceau est de la classe des pierres 
(densité 3,5). Ces deux aérolithes sont les deux plus 
considérables du musée de Vienne. 

y. — Aérolithe de 6a5 kilogrammes (France). 

Ce bloc de fer météorique fut découvert au mois 
d'avril 1828, par Brard, dans le village de Caille (Alpes- 
Maritimes), oùjl servait de banc à la porte de l'église. 
Son poids est de 625 kilogrammes. On ne connaît en 
aucune façon l'époque de sa chute; on sait seulement 
qu'il fut trouvé, il y a environ deux siècles, sur une 
montagne située à 6 kilomètres au sud-est du village. 

Les analyses chimiques entreprises de nos jours ont 
montré que ce bloc n'est pas homogène ; car elles ont 



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TOUBBES DU CIEL. 167 

conduit à des résultats dificronts pour des morceaux 
pris en des endroits divers. 

Sa forme irrégulière ne peut laisser de doute sur ce 
fait qu'il n'est qu'un fragment d'une masse plus volu- 
mineuse qui s'est brisée avant d'arriver au sol. Dans sa 
plus grande partie, il a conservé sa surface naturelle, 
c'est-à-dire celle qu'il avait au moment de l'explosion 
qui a dû précéder sa chute. 

Toutefois, malgré cette irrégularité, on peut y dis- 
tinguer deux parties assez nettement accusées; une 
portion arrondie et une plane dans presque toute son 
étendue. Cette dernière a o°',5o de longueur et autant 
de largeur. Elle est remarquable par une série de 
triangles équilatéraux qui émailient sa surface et qui 
sont tous rangés parallèlement, circonstance qui révèle 
la structure octaédrique de la masse et l'orientation 
uniforme de ses joints. On en tire cette conséquence, 
que la partie qui présente cette disposition est un frag- 
ment d'un minéral unique et de dimension gigantesque. 

Outre de nombreuses dépressions, la masse météo- 
rique de Caille présente des cavités d'une forme si 
régulière qu'on les a crues pendant longtemps artifi- 
cielles. Ces cavités sont cylindriques, très-profondes 
et terminées par une calotte hémisphérique. On en 
compte jusqu'à douze, qui varient en diamètre dei5 à 
45 millimètres et qui atteignent jusqu'à ^5 millimètres 
de longueur. On s'explique maintenant l'origine de ces 
cavités : en polissant une petite surface de l'aérohtbe, 
on a vu apparaître de nombreux rognons cylindroïde, 
en protosulfure de fer, qui sont répandus partout dans 
la masse. Ce sulfure, essentiellement altérable, s'est dés- 



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l68 LES PLUS GROSSES MASSES 

agrégé peu à peu sous l'inQueoce de Tair et de Tean 
puis il a disparu complètement : de là les cavités en 
question, qui ne sont que les fourreaux des rognons 
détruits. Leur direction est sensiblement parallèle, et pa- 
rait en rapport avec Torientation si régulière de la masse. 

Fig. 6. 




AéroUilie de Caille (Var), — 6j5 kilograromcs» 
(^CVfuséum de Patitt.) 

YK — Aéroliths de 635 kilogrammes (Amérique du Sud). 

Le Musée minéralogique de Londres possède, dans 
sa collection d'aérolithes, une masse de fer que Ton a 
trouvée en 1788 à Tucaman, Otumpa, dans la Repu- 



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TOMBÉES DD CIEL. 169 

[ue Argentine (Amérique du Sud). Cette masse pèse 
• kilogrammes; sa forme est oblongue et irrégu- 
e, terminée en cône d'un côté, et de Tautre par une 
i plane que l'on a polie. Le fer domine dans cet 
olithe, dont la chute est sans doute fort ancienne. 

YII. — A.éroIithe de 700 kilogrammes (Sibérie). 

la masse de fer météorique trouvée, en 1749» par 
las, en Sibérie, entre Krasnojarks etAbkansk, surde 
ites montagnes d'ardoises tout à fait à découvert, 
sait 700 kilogrammes. Les échantillons qu'on en a 




fi-arrment de l'aérolithe de Pallas (Muséum de Paris). 

ichés ont réduit ce bloc à 1270 livres russes, c'est- 
ire à 5i9 kilogrammes. C'est l'un des premiers aé- 

Flammarion, — V. 8 



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170 LES PLUS GROSSES MASSES 

rolithes reconnus, et qui fournit à Pallas et à Chlac 
les premiers matériaux de la discussion qu'ils ouvrirc 
sur ces objets problématiques. On ignore Tépoque 
sa chute. Les Tartares le considéraient comme u 
relique sacrée tombée du ciel à une époque perdue da 
la nuit des temps. 

La forme de cet aérolithe est irrégulière, revêt 
d'une croûte ferrugineuse, au-dessous de laquelle or 
trouvé du fer malléable, cassant à chaux, porei 
comme une éponge, et dont les cavités étaient rer 
plies d'une substance fragile, dure et vitrifiée, que W 
a reconnue plus tard pour des grains de péridot. Noi 
en avons un fragment à Paris, reproduit ^^. 7. On pei 
même voir au Muséum un moulage en carton du bl< 
entier. 

vin. — Aérolithe de 760 kilogrammes (Colombie). 

L'aérolithe tombé en 1810 à Santa Rosa (Nouvellj 
Grenade) , sur le chemin de Pamplona à Bogota, pè^ 
750 kilogrammes ; son volume est à peu près le dixièn: 
d'un mètre cube. Aux environs du lieu où cette mas^ 
est tombée, M. Boussingault trouva plusieurs fragmeni 
météoriques ayant une composition analogue à cell 
de la masse principale : 92 de fer et 8 de nickel. CeM 
grande masse avait une forme inusitée et caverneuse 
sans aucun enduit vitreux. Lorsqu'on la découvrii 
elle était presque complètement enterrée; une poin^ 
de quelques centimètres de hauteur seulement parais 
sait à la surface du sol. Il a dû en tomber beaucoQj 
d'autres, car une lettre de M. Gonzalès, directeur a^ 
tuel de l'Observatoire de Bogota, m'apprend qu'on 



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TOMBÉES DU CIEL. Ijt 

léjà trouvé plusieurs fragments de même composition. 
La vitesse de chute des aérolithes doit du reste en 
ivoir enfoncé un grand nombre au-dessous de la sur- 
ace du sol. Celui qui est tombé, par exemple, dans le 
lépartement du Cher, en 1872, s'était enfoncé, comme 
lous Tavons vu plus haut, à i",6o. Il serait certaine- 
nent resté inconnu si on ne l'avait pas vu tomber. 
Remarquons à ce propos que, le i5 février 181 8, un 
Snorme aérolithe paraît être tombé à Limoges, dans un 
jardin au sud de la ville. « Après l'explosion d'un grand 
météore, dit une relation du temps, une masse qui 
tomba fit dans la terre une excavation d'un volume 
^al à celur d'une grande futaille. » Il aurait fallu, et 
il serait encore convenable de déterrer la masse. 

IX. — Aérolithe de 780 kilogrammes (Mexique). 

Cette énorme masse de fer existait depuis un temps 
immémorial à Charcas, près de San Luis de Potosi, où 
elle était tombée du ciel. Enlevée en 1866 par les soinff 
du trop célèbre commandant en chef du corps expédi- 
tionnaire, elle fut expédiée en France, malgré les diffi- 
cultés qui s'opposaient au transport d'un bloc aussi 
pesant. 

Elle fait aujourd'hui, dans la galerie française, le 
pendant de l'aérolithe Caille, dont nous avons parlé 
plus haut. 

Elle était située à l'angle nord-ouest de l'église de 
Charcas, en partie enterrée dans le sol, et enchâssée 
dans le mur. C'était un fétiche, auquel on vouait un 
culte particulier. Les femmes surtout l'invoquaient 
contre la stérilité. Les soldats l'ont enlevée, au grand 



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17^ LES PLUS GROSSES MASSES 

désespoir des Mexicaines ; on l'a placée sans scruf 

Fig. 8. 




Fer météorique du Mexique (780 kiio(;rainmes).' 
Muséum de Paris. 

au milieu des minéraux du Muséum, étiquetée, sciée, 



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TOMBÉES DU CIEL. 173 

inalysée (et Ton ne dit pas que le chififre de ia popula- 
tion ait sensiblement baissé là-bas). Dès 1804, elle fut 
signalée, et plus tard, en 181 1, par Humboldt. 
Son poids est de 780 kilogrammes ; elle a environ 

I mètre de hauteur, 47 centimètres de largeur et 
37 centimètres d'épaisseur. Sa forme e^t à peu près 
celle d'un tronc de pyramide triangulaire à arêtes 
§moussées. Ce qui frappe tout d*abord,* lorsqu'on 
Teiamine, c^est une grande face, sensiblement plane, 
qui embrasse toute la longueur et toute la largeur du 
bloc. Une des arêtes est remplacée en partie par une 
sorte de cuvette dont le fond est criblé de petites dé- 
pressions peu profondes, mais assez larges, qui pré- 
sentent la forme de coupes ou de capsules. On trouve 
également de ces dépressions, mais en moins grande 
quantité, sur d'autres parties du bloc. 

On remarque, de plus, au fond de plusieurs de celles 
qui occupent la cuvette, des dépressions secondaires, 
très-rapprochées les unes des autres, qui rappellent 
les empreintes laissées par des gouttes de pluie tom- 
bant sur une pâte. 

La densité de ce fer est de 7,71. Soumis à l'action 
du cbalumeau, il ne fond qu'à la chaleur blanche. Il 
est remarquable par sa douceur et sa couleur claire; 
il se polit très-aisément et brille alors d'un vif éclat. 

II se dissout lentement dans les acides, avec dégage- 
ment très-faible d'hydrogène sulfuré. L'analysé faile 
sur un fragment d'apparence parfaitement homogène 
adonné, sur 100 parties : 98,01 de fer, 4*^2 de métal, 
des traces de soufre et de silice, et 3,70 d'un résidu 
inattaquable. 



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174 LES PLUS GB0S8B8 MASSES 

Ce résidu contient quelques parcelles de silice et une 
plus grande quantité d'une substance amorphe, noire 
et terreuse, qui paraît être du graphite. Il renferme, 
en outre, des aiguilles très-magnétiques et d'un vil 
éclat métallique, constituées par un phosphure doubla 
de fer et de nickel. 

Le protosulfure de fer, disséminé en rognons dans 
la masse, est doué d'une couleujr jaune-bronze, avec 
éclat métallique. 

Ces divers caractères mettent hors de doute Torigine 
météorique de la masse de fer de Charcas , et Tod peut 
en toute assurance affirmer cette origine, quoiqu'on 
n'ait pas conservé le souvenir de la chute de cet aéro- 
Hthe. 

X. — Aérolithe de 3ooo kilogrammes (Australie). | 

Le plus lourd aérolithe authentique que Ton pos- 
sède dans les collections est celui qui fait Tornement 
du Musée britannique. En 1861, une grande masse d^ 
fer météorique fut découverte à Cranbourne, près de 
Melbourne (Australie). Son poids était de 2800 livres 
anglaises (1270 kilogrammes). On l'envoya au Musée dq 
Londres ; mais, quelque temps après, on trouva dans 
le même endroit la contre-partie de cet aérolithe, la 
meilleure moitié^ et les autorités de Melbourne l'échan^ 
gèrent généreusement contre la petite moitié, qui fui 
dès lors renvoyée en Australie. Les deux morceaux 
s'ajustent et forment ensemble un poids de 3ooo kilo-| 
grammes environ : l'aérolithe s'était brisé en arrivant 
à la surface de la terre. Il est fâcheux qu'ils soient 
restés séparés et que l'un soit en Europe, tandis que 
l'autre est en Australie. 



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TOMBÉES DU CIEL. 175 

XI. — Aérolithes de 635o, loooo et iSooo kilogrammes. 

Les aérolithes précédents ont été pesés, analysés et 
classés. Nous pouvons leur adjoindre trois autres frag- 
ments planétaires qui seraient plus considérables en- 
core: Pun, pesant 635o kilogrammes, se trouve à Bahia, 
an Brésil , où il a été découvert en 1 8 1 6^ puis analysé par 
Wollaston; l'autre, pesant plus de loooo kilogrammes, 
serait tombé en Chine, vers la source du fleuve Jaune et 
mesurerait i5 mètres de hauteur. Les Mongols, qui 
l'appellent le Rocher du Nord, racontent que cette 
masse tomba à la suite d'un grand feu du ciel. Le troi- 
isièmè gît dans la plaine de Tucuman (Amérique du 
Sud) et pèse environ i5ooo kilogrammes. 

XU. — Aérolilhes de lOOoo et qoooo kilogrammes, 
trouvés au Groenland. 

Si ces roches de fer natif sont vraiment d'origine 
céleste, ce sont là les masses les plus considérables 
qui soient connues dans l'espèce de matériaux qui 
nous occupe ici. 

. En 1871, le Ministre de l'Instruction publique a 
transmis à TAcadémie des Sciences la Lettre suivante , 
adressée par le consul de France à Elseneur au Mi- 
nistre des Affaires étrangères : ^ 

« La presse publique a signalé la découverte faite, 
l'année dernière, au Groenland, par M. le professeur 
suédois Nordenskiold, de trois météorites de fer. Le 
gouvernement suédois avait demandé au gouverne- 
ment danois la permission de faire prendre ces mé- 
téorites par deux navires armés dans ce but, en of- 



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176 LES PLUS GROSSES MASSES 

frant la condition qu'un tiers de ces masses décou- 
vertes reviendrait au Danemark. L'accord s'étant 
établi sur cette base, les deux navires ont été prendre 
les météorites et W ont apportées en rade de Copen- 
hague. Leur poids est de 49600, aoooo et loooo livres. 
Celui de aoooo a été remis au Danemark; et, comme 
on avait trouvé supplémentairement vingt-deux pièces 
• d'un poids total de 1200 à i5oo livres, ce même pays 
a reçu cinq autres pièces pesant environ 4^0 livres. 
Les autres météorites ont été transportées à Stockholm, 
pour y être placées dans le Musée national. » 

Le 24 juin 1872, M. Daubrée a donné les rensei- 
gnements suivants sur ces minéraux problématiques. 
A Ovifak, localité située dans la partie méridionale 
de l'ile de Disko, le rivage présentait, au milieu de 
blocs arrondis de granité et de gneiss , quinze blocs de 
fer, dont le plus gros, d*un poids de 20 000 kilogrammes, 
dépasse les plus fortes masses de même nature que 
l'on ait signalées. Ces blocs se trouvaient les uns à 
côté des autres sur une superficie qui n'excède pas 
5o mètres carrés. A une distance de 16 mètres seule- 
ment du principal bloc, une roche, ayant l'apparence 
du basalte, s'élevait au-dessus du sable, en faisant une 
saillie de quelques centimètres, sur une longueur de 
plus de 4 mètres. Du fer natif fut également découvert 
dans cette roche ; il y affecle la forme de grains arron- 
dis ou celle de lentilles, dont l'une, avec une épaisseur 
de quelques centimètres, s'étend sur une longueur de 
plusieurs mètres. D'ailleurs, aux grosses masses de fer 
isolées étaient encore adhérents, comme des débris de 
croûte, des fragments de cette même roche basaltoïde 



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TOMBÉES DU CIEL. I77 

ressemblant à celle qui empâte le fer natif, ce qui 
montrait que, dans ces deux situa lions, le fer natif a 
nne même origine. L'examen chimique desdiverséchan- 
tillons, qui fut fait par plusieurs chimistes suédois et 
par M. Nordenskiold lui-même, y fit connattre la pré- 
sence du nickel et du cobalt, et vint tout à fait à 
Tappui de la supposition, que la reconnaissance sur le 
terrain avait fait naître, que ce sont des masses d'ori- 
gine extra-terrestre. Telle est aussi la conclusion à 
laquelle est arrivé M. Wohier. Cependant, d'après une 
autre hypothèse, leur origine serait terrestre et serait 
liée à celle des roches éruptives qui forment de grands 
massifs dans le voisinage. M. Nordenskiold ayant en- 
voyé plusieurs échantillons à M. Daubrée, celui-ci en 
a fait une analyse chimique dont voici les résultats : 
Par son éclat, comme par sa teinte générale d'un 
gris très-foncé, presque noire , cette roche rappelle 
certaines variétés de fer oxydulé ou magnétite, d'o« 
ligiste ou de fontes graphitiques. Sa cassure est Irès- 
lamelleuse, sans que les faces de clivage permettent de 
reconnaître une disposition régulière et un système 
cristallin. Elle n'est pas ductile, mais se brise sous le 
choc du marteau, en donnant des étincelles. La pous- 
sière n'est pas d'un noir pur, mais d'un brun rouge 
très-foncé ; elle est fortement attirable au barreau ai- 
manté. Considérée dans sa cassure naturelle, la sub- 
stance paraît de nature uniforme; mais il n'en est pas 
de même sur une face polie: on y distingue alors, dans 
la pâte noire qui prédomine, deux substances douées 
aussi de Téclat métallique. L'une, d'un blanc clair, 
y dessine un réseau brillant et fort net, à raison de la 

8. 

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178 LES PLUS GnOSSES MASSES 

manière dont elle s'est logée entre les lamelles; elle 
offre les caractères du phosphure appelé schreibersite. 
L'autre, d*un jaune de laiton et en grains irréguliers, 
consiste en protosulfure de fer ou en troïlite. En outre, 
quelques parties, d'un aspect lithoïde et d'un vert 
foncé, sont formées de silicates. Par la trituration, on 
réduit le tout en poussière impalpable, sans rencontrer, 
comme il arrive ordinairement dans les météorites, du 
fer, en parcelles résistantes et ductiles. Traitée par 
Teau froide, la matière, finement pulvérisée, aban- 
donne au liquide du chlore, de l'acide sulfurique, de 
la chaux et du fer. 

L'acide chlorhydrique bouillant dissout presque en- 
tièrement la matière, sauf un résidu noir. Il en est de 
même de l'eau régale. La présence du nickel, du co- 
balt, du chrome et du phosphore a été reconnue. Avec 
le spectroscope, on a constaté la présence du calcium 
et celle du cuivre; ce dernier métal a été précipité 
aussi par le fer. Voici, du reste, le résultat de toutes 
les analyses pour trois fragtnents différents : 

x" type. î'type. 3" type. 

Fer métallique.. . 4o*94) 80,8 )« , 61,99) 

Carbonecombiné. 3, 00) , ^, 2,6 ) 3,6 ) , 

Carbone libre... .,64! '''""^ o,3 ! ''^ .,. H'' 

Silicium... 0,76 0,291 non dosé. 

Eau 2,86 0,7 » 

Sels solubles dans l'alcool et dans l'eau; présence 
dans tous du chlorure de calcium : 



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TOMBÉES DU CIEL. 


î7g 


i"iype. 


2' type. 


3- type. 


Sulfate de chaux . i , 288 


o,o58 


0,047 


Chlorure de calcium. . 0,089 


0,233 


0,146 


Chlorure de fer , 0^7 


o,n^ç) 


O.Il{ 



1,354 0,376 0,3q7 

Ainsi toutes ces masses sont caractérisées par la 
présence des sels solubles, dans des proportions qui 
sont loin d'être insignifiantes. Ce n'est pas seulement 
par leur grande dimension, mais aussi par leur consti- 
tution chimique que ces minéraux sont très-remar- 
quables. D'abord leur composition , ainsi que certains 
traits physiques, les distingue des types de météorites 
jusqu'à présent connus. Dans les deux types lithoïdes, 
la netteté des cristaux des silicates contraste avec l'état 
confus de la cristallisation qui est habituel aux météo- 
rites ; tandis que les silicates y sont généralement en 
cristaux très-petits, mal formés^ on distingue dans les 
roches d'Ovifak, même à l'œil nu, des clivages nets 
avec l'angle rentrant qui caractérise certains feldspalhs. 
L'examen à la loupe d'une plaque mince et transpa- 
rente montre d'une manière très-nette des cristaux 
incolores, minces et allongés suivant des plans paral- 
lèles et appartenant à un système doublement oblique, 
qui présentent, par leur juxtaposition, sous la lumière 
polarisée, tout à fait les mêmes dispositions que les 
cristaux du labradorite de certaines dolérites. Ils ne 
présentent pas, d'ailleurs, ce fendillement, comparable 
à celui du feldspath des trachytes, que l'on remarque 
dans certaines météorites. 

On sait que les météorites renferment presque con- 



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1 8o LES PLUS GROSSES MASSES 

stamment du fer métallique et du fer combiné à di^ 
vers états: sulfure, phosphure, chromite, silicates | 
mais non à l'état d'oxyde libre. Dans les roches d'OJ 
vifak, une grande partie est combinée à l'oxygène, san^ 
qu'on puisse déterminer avec certitude quel est lè 
degré d'oxydation. De plus, la présence et l'abondancd 
du carbone dans ces masses, tairt combiné au fer qu'ai 
l'état libre, constitue un autre fait non moins rennar- 
quable. Par ces deux derniers caractères, les roches 
d'Ovifak se rapprochent des météorites dites char^ 
tanneuses; cependant elles en diffèrent par d'autres 
caractères, et, avant tout, par leur aspect, soit dans 
' les parties métalliques, soit dans les parties silicatées. 
Ce sont de nouveaux types dans la série des roches 
météoritiques ; ils servent à combler une lacune qui 
existait jusqu'à présent entre les météorites charbon- 
neuses et les autres. Si les roches à fer natif d'Ovifak 
diffèrent, à certains égards, des météorites connues, 
elles se séparent d'une manière encore bien plus tran- 
chée des roches terrestres, môme des dolérites et des 
basaltes, auxquelles on serait porté à les rattacher, 
car jamais, dans ces dernières, on n'a signalé le fer 
natif allié au nickel et au cobalt, non plus que le proto- 
sulfure de fer. 

Malgré l'eau de mer qui les mouillait continuelle- 
ment, les blocs de fer natif ne s'étaient pas décompo- 
sés d'une manière sensible sur le rivage où ils furent 
découverts; mais, transportés loin de leur patrie et 
arrivés à des latitudes moins élevées, au bout de quel- 
ques semaines ces mêmes blocs avaient subi une alté- 
ration évidente; il en suintait constamment un liquide 



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TOMBÉES DU CIEL. l8r 

passant du vert au brun; la transformation dont il 
ï'agit était particulièrement prononcée sur l'un des 
blocs qu*on avait placé dans une pièce chaude du na- 
rire. Dans les Musées où ces grands blocs sont dé- 
posés, malgré les précautions que Ton a prises, la 
iécomposition continue à marcher avec rapidité. On 
ne doit pas attribuer seulement l'altération rapide 
jont il s'agit à la présence du chlorure de fer ; le chlo- 
rure de calcium y contribue évidemment pour une 
Forte part. Ce qui vient à l'appui de cette assertion, 
c'est que le type le plus altérable est aussi le plus 
riche en chlorure de calcium. Quant à la forte résis- 
tance que ces mêmes masses opposent à la décompo- 
sition, tant qu'elles restent dans les contrées polaires, 
elle s'explique par la faiblesse de la tension de la va- 
peur d'eau aux basses températures qui y sont habi- 
tuelles. Ce contraste fait d'ailleurs ressortir combien 
Teau, à l'état de vapeur, pénètre plus facilement que 
Teau liquide dans les pores des corps solides. 

Il est à remarquer que si les masses d'Ovifak, au 
lieu d'être dans des conditions climatériques aussi 
exceptionnelles, s'étaient trouvées dans nos climats, 
elles auraient sans doute disparu depuis longtemps, ou 
au moins se seraient réduites en menues parcelles. Les 
roches cosmiques apportent donc en elles, avec les sels 
déliquescents qu'elles contiennent dans leur tissu, un 
germe puissant de destruction. 



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l82 LES PLUd GROSSES MASSES TOMBiES DU CIEL. 



IV, 

iaUOBMSB BXMESrSZOMS BS eSBfrMJMB BO- 
\ ST OOMSÈi^WBMOBM BB IX1I& CBXtTB 



Après avoir vu ces masses énormes tombées du ciel, 
on peut se demander si leur chute sur la Terre ne peut 
produire des accidents, non-seulement pour la vie 
humaine, mais encore pour la planète elle-môme.Yoici 
les réflexions que l'étude spéciale des bolides avait sug- 
gérées à l'astronome Petit, de Toulouse. 

Il paraît certain que trop souvent la chute des étoiles 
filantes, désignées dans ce cas par le nom 6!aérolithes 
(pierres de l'air], occasionne de graves accidents. Telles 
sont, par exemple, la chute de Tan 6i6, qui fracassa 
des chariots, disent les Annales chinoises, et tua dix 
hommes; celles de 944 1 qui, d'après la chronique de | 
Frodoard, enflamma des maisons ; celle du 7 mars 1618, 
qui mit le feu au Palais de Justice de Paris; celles 
de 1647 ®t <ie 1654, qui tuèrent, la première deux 
hommes en mer, la seconde un Franciscain à Milan ; 
celles du i3 juin 1759, du 12 novembre 1761, du 
i3 novembre i835, du 3 août 1840, du a5 février 1841, 
du mois de juillet 1842, du mois de novembre i843, 
du 16 janvier et du 22 mars 1846, enfin du i*" août 1862, 
qui occasionnèrent des incendies dans les départe- 
ments de la Gironde, de la Côte-d'Or, de TAin, de la 
Manche, de la Haute-Marne, des Pyrénées-Orientales, 



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ÉNORMES DIMENSIONS DE CERTAINS BOLIDES. l83 

de Saône-et-Loire, de la Haute-Garonne, etc. Telle est 
encore la chute citée par M. Laugier, comme ayant, 
en Amérique, écrasé une chaumière, tué le métayer 
ainsi que du bétail et fait dans le sol un trou de 2 mè- 
tres de profondeur, etc. 

En calculant la trajectoire de plusieurs bolides, Petit 
a trouvé, comme trajectoires limites fournies par les 
hypothèses les plus défavorables sur la vitesse résul- 
tant de l'observation, des orbites elliptiques ou môme 
hyperboliques autour du Soleil. Ce qui caractérise de 
véritables planètes, dans toute la rigueur du mot, ou 
bien des corps intrastellaires, errant dans l'espace d'une 
étoile à l'autre, et de nature, par conséquent, à nous 
apporter des nouvelles matérielles de ces profondeurs 
sans un, dont la lumière elle-même, malgré son éton- 
nante vitesse, emploie des milliers d'années à nous ar- 
river. On trouve aussi, comme trajectoires probables, 
des ellipses autour de la Terre. Toutefois ces cas sont 
rares et semblent d'ailleurs indiquer , non des corps 
arrivant de la Lune, mais des satellites analogues aux 
premiers satellites de Jupiter et de Saturne, c'est-à-dire 
doués d'un mouvement de circulation très-rapide, avec 
des excentricités insuffisantes pour les faire venir dès 
régions lunaires. 

Leurs diamètres apparents égalent quelquefois ceux 
(lu Soleil et de la Lune. Tel fut, entre autres, celui du 
19 mars 1718, qui passa, d'après Hailey, à 119 lieues 
de la Terre, presque aussi brillant que le Soleil, et dont 
le diamètre réel atteignait a56o mètres. Tel fut aussi 
celui du i7.juillet 1771, que nous avons décrit plus 
haut (p. 147), et dont le diamètre fut évalué par des 



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l84 ÉNORMES DIMENSIONS 

membres de T Académie des Sciences à 5oo toises. Tel 
fut encore le bolide du 26 avril i8o3, aperçu vers 

I heure après midi, de Caen, d'Alençon, de Fa- 
laise, etc., et dont la violente explosion, entendue 
à trente lieues à la ronde, projeta, dans les environs 
de Laigle (département de TOrne), sur 40 à 45 kilo- 
mètres carrés, une quantité considérable de pierres, 
parmi lesquelles des fragments de plus de huit kilo- 
grammes. 

Parmi les bolides dont le diamètre a pu être me- 
suré, citons encore ceux du 5 janvier 1887, du 
18 août 1841, du 23 juillet 1846, du 6 juillet i85o, aux- 
quels Petit a trouvé des diamètres réels de 2200 mè- 
tres, de 3900 mètres, de 98 mètres, de 2i5 mètres, etc., 
avec des distances de 68 lieues, de 182 lieues, de 

II lieues, de 82 lieues, de 4 lieues, etc., et des vi- 
tesses tout à fait comparables à la vitesse de la Terre, 
telles, par conséquent, qu'il n'est pas possible de voir, 
dans la plupart des bolides, autre chose que de véri- 
tables planètes. 

Un dernier mot pour terminer cette étude. Les bo- 
lides passant, en général, très-près de la Terre, il est 
naturel de se demander quels effets ceux d'entre eux 
qui ont des diamètres de 2000. à 3ooo mètres seraient 
susceptibles de produire, même dans le cas de faibles 
vitesses, s'ils venaient à tomber. Or la Mécanique en- 
seigne que ce résultat est exprimé par la moitié de ce 
qu'on appelle la force vive , produit de la masse du 
corps choquant par le carré de sa vitesse. Supposons 
donc un bolide ayant 2000 mètres de diamètre, une 
densité moyenne égale à celle des roches qui forment 



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DE CERTAINS BOUDES. ]85 

la croûte terrestre, ou à 3 fois environ celle de l'eau, et 
parcourant i o ooo mètres par seconde. La demi-force tive 
d'un pareil corps, comparée à celledu bou1etde24 ( 1 2 ki- 
logrammes] sortant de la pièce avec une vitesse de 
5oo mètres, est égale à quatre cent dix-neuf trillions (*] 
et le nombre de coups que fourniraient en quatre-vingt 
mille ans dix mille pièces de canon lançant par minute 
chacune pendant tout ce temps, et sans interruption, 
un boulet de a4. Un pareil choc amènerait certes d'é- 
pouvantables ravages ; mais néanmoins ils seraient pu- 
rement locaux, ne produiraient que des effets insensibles 
sur l'ensemble général du globe tei*restre et n'influe- 
raient nullement sur la destinée de notre planète ; car, 
tout calcul fait, on trouve que, même dans l'hypothèse 
la plus exagérée, ils altéreraient à peine la durée du 
jour sidéral d'un centième de seconde (**). 
Les bolides de 2000 à Sqpo mètres de diamètre pa- 

(*) On aurait pour le bolide : 

Volume en mètres cubes = J 7r(iooo)'; 

Densité = 3 ; 

Poids du mètre cube = 3ooo^§f ; 

Vitesse = 10000" ; d'où demi- force yive 

j7r(iooo)'x 3ooo*Sx(ioooo'/. 

La demi-force Wre du boulet de canon serait 6^Sx (5oo)*. 

Rapport des deux nombres =: 419000000000000. 

Nombre de minutes dans l'année = SsS 9/19. 

Quotient de 419 trillions par ce nombre de minutes 
= 799 430000, ou, en nombres ronds, 800 millions, produit 
de 80000 par 10 000. 

{**) w étant la vitesse primitive de rotation , M la masse 



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l86 ÉNOfiMES DIMENSIONS DE CERTAINS SOUDES. 

raissant d'ailleurs être peu nombreux, les chances de 
chute pour de pareils corps se trouvent assez faibles; 
ajoutons que les pays inhabités, les mers, etc., corn- 
prennent, sur te globe, un ensemble de surface dont la 
vaste étendue diminue encore d'autant les probabilités 
de chocs considérables dans les endroits peuplés, et 
nous conclurons qu'en définitive ces circonstances ré- 
duisent à peu près à zéro les dangers individuels 

chacun de nous. 

. 

et R le rayon de la Terre , m' la vitesse que prendrait la 
Terre après la chute du bolide, m la masse et c la vi- 
tesse de celui-ci; enfin r la distance d'une molécule quel-! 
conque dm. à Taxe de rotation, on aurait pour le choc tan- 
gentiel (cas de reflet maximum) I 

r*dm = û» 1 r* dm z*z myVi, 

d'où . ' I 

w'(ÎMH-in)R'=;MR«wd:wfR; 

et sensiblement 

} m K 
équation qui, avec ot ==. 86400*, donne en nombres 
Oi' = 86400 -h oS 0098G34 



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DERNIERS TRAVAUX DE l'aSTRONOSÏIE." 187 



sua I.ES B3CPIiOSXOVS BES BOXiXBES £T XJk 
CBAUBUa BES AÉROXJTBES. 

M. Regnault a réuni dans un Mémoire spécial lu à 
rinslitut les résultats des recherches faites dans une 
période de vingt ans, pour déterminer les pertes de 
chaleur qu'un gaz subit, lorsqu'il se détend dans les 
conditions si diverses où ce phénomène se réalise dans 
la nature et dans les expériences des laboratoires. 

Ces expériences avec les tubes capillaires en argent 
prouvent que, lorsqu'un gaz coule, même avec une 
très-grande vitesse, suivant des parois très-étendues, 
il n'y a pas de dégagement sensible de chaleur que l'on 
puisse attribuer au frottement des molécules gazeuses 
sur ces parois. 

Cette conclusion est en opposition avec les idées 
généralement admises, et l'on peut citer dilBférents faits 
qui semblent la contredire. 

Un projectile qui traverse l'air avec une grande 
vitesse s^échauffe beaucoup. On -attribue ce fait à la 
chaleur qui serait dégagée par le frottement du pro- 
jectile contre les molécules de l'air qu'il traverse. 

Les bolides traversent notre atmosphère avec une 
extrême vitesse ; ils s'échaqffent ainsi jusqu'à devenir 
incandescents, jusqu'à fondre complètement, ou seu- 
lement à leur surface. On attribue encore ce fait à la 
chaleur dégagée par la friction contre les molécules 
gazeuses. 



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l88 CAUSES DB l'explosion DES BOLIDES. 

Dans les deux cas, le dégagement de chaleur pro- 
vient d'une autre cause, et il est dû uniquement à la 
chaleur dégagée par la compression de Vair, 

Lorsqu'un niobile traverse l'air avec une vitesse 
plus grande que celle du son, l'élasticité de l'air est 
annulée dans ses effets, et la compression produite 
par le mobile n'a pas le temps de gagner les couches 
contiguës avant que celles-ci soient comprimées à leur 
tour par le mobile. Par suite de cette inertie, l'air se 
trouve comprimé comme il le serait dans un briquet à 
air. La chaleur provenant de cette compression pas- 
sera, en grande partie, dans le mobile, dont elle élè- 
vera la température. Le mobile ne sera d'ailleurs pas 
influencé par la détente de l'air qui produit du froid, 
car cette détente ne se fera que quand il aura passé. 
Ainsi le mobile, marchant avec la môme vitesse, re- 
cueillera toujours la chaleur qu'il dégage en compri- 
mant Tair, et il ne subira pas le refroidissement produit 
par la détente subséquente des couches d'air qu'il vient 
de traverser. 

Il est évident, d'ailleurs, que la compression de l'air 
sera d'autant plus énergique que le mobile sera doué 
d'une plus grande vitesse ; la température du mobile 
s'élèvera successivement jusqu'à ce qu'elle soit égale 
à celle que prend une couche d'air qui subit instanta- 
nément la même compression dans le briquet à air. On 
s'explique ainsi parfaitement la très-haute température 
que prend un bolide qui traverse notre atmosphère 
avec une vitesse beaucoup plus considérable que la 
vitesse de propagation du son. 

Un échauffement du môme genre, mais plus faible, 



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CAUSES DE l'explosion DES BOLIDES. 189 

se produira pour un mobile qui traverse Tair avec une 
vilesse moindre que celle du son. Dans ce cas encore, 
le mobile sera plus influencé par la chaleur dégagée 
par la compression qu'il ne le sera par la chaleur 
absorbée par la détente. Les deux effets se compensè- 
rent sensiblement quand le mobile aura une très-faible 
vitesse. 

Il n'y a de chaleur dégagée par le frottement de deux 
corps que lorsque les molécules de Tun d'eux au 
moins ne sont pas absolument libres, c'est-à-dire 
quand elles sont sous l'influence d'une force quelcon- 
que d'agrégation. D'après M. Regnault, cette liberté 
absolue n'existerait réellement que dans les fluides 
immatériels, tels que l'éther, qui transmet les vibra- 
tions lumineuses. Elle n'est pas parfaite dans nos 
gaz, et par cela seul le mouvement d'un gaz le long 
d'une paroi solide doit dégager une certaine quantité 
de chaleur, qui résulte uniquement de la transforma- 
tion en chaleur de la perte de force vive subie par les 
molécules pour vaincre leurs résistances intérieures. 
Les expériences prouvent que cette quantité de cha- 
leur est si petite pour l'air atmosphérique, qu'elle 
échappe à nos moyens d'observation. 

Les recherches de M. Regnault ont été présentées à 
la séance de l'Académie des Sciences, le ii octobre 
1869. A la séance du i5 novembre suivant, M. Delau- 
nay lut la Note suivante Sur les explosions des bolides 
et sur les chutes d'aérolithes qui les accompagnent. 

Les particularités qu'il s'agit surtout d'expliquer 
sont : I** la violence des explosions qui, bien que pro- 
duites dans des parties élevées et peu denses de l'at- 



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igo CAUSES DE l'explosion des bolides. 
mosphère, se font entendre fortement sur la Terre et 
dans une grande étendue de pays ; 2** la vitesse rela- 
tivement faible avec laquelle les fragments des bolides 
arrivent sur la Terre, si on la compare à la vitesse 
énorme avec laquelle ces bolides se meuvent à travers 
Fatmosphère ; 3° la croûte noire et mince qui recouvre 
ces fragments en totalité et qui indique que chacun 
d'eux a été soumis sur toute sa surface à une chaleur 
très-forte et de très-courte durée, après sa séparation 
du reste du bolide auquel il appartenait. 
Voici comment on peut s*en rendre compte : 
La compression énorme de Tair qu'un bolide refoule 
devant lui, en vertu de la grande vitesse dont il est 
animé, ne peut se produire sans que cet air réagisse 
sur la partie antérieure de la surface du bolide, et 
exerce sur elle une pression considérable. En partant 
de données qui sont très-loin d'être exagérées, M. Hai- 
dinger, dans un Mémoire lu à l'Académie des Sciences 
de Vienne, évaluait à plus de vingt-deux atmosphères 
la pression résistante que ce bolide doit éprouver de 
la part de Pair. Une pareille pression tend évidemment 
à écraser le corps qui en est l'objet, et si ce corps, 
en vertu de sa forme et de sa constiti^tion intime plus 
ou moins irrégulières, présente des parties qui donnent 
plus de prise que le reste à l'action d'une aussi grande 
pression, elles peuvent céder et se détacher brusque- 
ment de la masse du bolide. On comprend d'ailleurs 
que réchauffement rapide et tout superficiel du mobile, 
depuis son entrée dans l'atmosphère, en occasionnant 
des dilatations dans les couches voisines de la surface, 
tandis que le reste de la masse n'éprouve rien de pa- 



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CAUSES DE L* EXPLOSION DES BOUDES. tQt 

reil, doit amener des tiraillements intérieurs qui faci- 
li^nt singulièrement la rupture dont nous venons de 
parler. 

Dès qu'un fragment du bolide est ainsi détaché et 
devient un corps isolé, sa masse se trouvant trop petite 
pour qu'il continue à résister par lui-même, comme 
le bolide tout entier, à la pression dont il est l'objet, 
il cède à l'action de cette pression et est repoussé en 
arrière par l'air comprimé, qui, en même temps se 
dilate en raison de la facilité qui lui en est ainsi par- 
tiellement oSerte. Il se produit là des circonstances 
absolument pareilles à celles qui se présentent dans 
nos bouches à feu, où une masse considérable de gaz, 
développée par l'inflammation presque instantanée de 
la poudre, se détend en repoussant le projectile solide 
qui fait obstacle à son expansion; puis, dès qu'elle 
atteint l'orifice de la bouche à feu, se répand rapide- 
ment et avec fracas dans l'atmosphère, en lançant en 
même temps le projectile avec une grande vitesse. 

Ainsi s'explique tout naturellement l'explosion si 
intense du bolide. Divers fragments de ce corps peu- 
vent d'ailleurs être détachés en même temps, ou 
presque en môme temps, en différents points de sa 
masse; ces fragments eux-mêmes peuvent également 
être brisés, et même quelquefois comme pulvérisés, en 
raison de leur forme et de leur peu de consistance, 
par la violence d'expansion du gaz qui les a séparés 
du reste du bolide : d'où les explosions multiples et 
plus ou moins prolongées que l'on entend si souvent 
lors de l'apparition des bolides. 

Lancées par l'expansion de l'air comprimé, et cela 



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ig^ CAUSES 0E l'explosion des bolides. 
en sens contraire du mouvement qu'elles partageaient 
quelques instants auparavant avec le reste de là ina|^ 
du bolide» ces parties fragmentaires perdent à peu 
près complètement la vitesse considérable dont elleâ 
étaient animées ; et elles arrivent à la surface de la^ 
Terre avec des vitesses très-grandes encore, il est vrai, 
mais qui ne sont guère que les vitesses de chute d^ 
corps tombant d'une grande hauteur dans l'atmosphère.! 

Enfin l'air comprimé et très - fortement échauiïé,| 
qui a amené par sa pression résistante la rupture par- 
tielle du bolide et qui s'échappe rapidement par lesi 
brèches qu'il s'est ainsi ouvertes, enveloppe complé-| 
tement en se dilatant les divers fragments qu'il a 
détachés, et produit par son contact instantané cet 
échauffement et cette fusion superficiels qui se mani- 
festent par la croûte noire et mince des aérolithes et 
par leur chaleur si peu persistante au moment de leur 
chute. 

Le fait de la compression de l'air, par des corps 
qui le traversent à grandes vitesses est, depuis long- 
temps, connu de l'artillerie. A propos de l'explication 
précédente, le général Morin fit la remarque que dans 
les polygones, dont le sol est généralement à peu 
près horizontal, on remarque toujours, en avant des 
bouches à feu et jusqu'à une certaine distance, que 
la poussière est enlevée, projetée à droite et à gauche, 
par l'action de Tair comprimé, à la détente duquel 
s'oppose le voisinage du sol. Il en résulte aussi que, 
dans le tir en terrain horizontal, les portées sont plus j 
grandes que quand les bouches à feu tirent au-dessus 
d'un vallon ou d'un ravin. 



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' CAUSES DB L*EXPLOSION DES BOUDES. igd 

Les anciens canonniers expliquaient cet effet, qu'ils 
trsôent remarqué, en disant que vallée attire le boa- 
\it, tandis que c'est, au contraire, l'obstacle opposé 
^r le terrain horizontal à la détente de Tair qui relève 
étir. 

Lorsque le tir a lieu parallèlement à un mur verti- 
Al et à peu de distance de sa paroi, si le mur est à 
(roiie, le projectile est dévié à gauche du plan du tir, 
tt réciproquement. 

Cette compression de Tair, en avant des corps qui 
le traversent, dépend de la vitesse de leur mouvement, 
»i dans ses Recherches sur la résistance de ce fluide, 
Exécutées à Metz, en 1837 et i838, le général Di- 
iioD, en observant la loi du mouvement de descente 
ians l'air de corps de diverses formes, abandonnés à 
leur propre poids, à l'aide d'appareils chronométriques 
Utyie d'une extrême précision, avait reconnu et dé' 
montré que, dans la période d'accélération de ce mou- 
vement, l'expression de la résistance de ce milieu doit 
comprendre, outre un terme constant et un terme 
proportionnel au carré de la vitesse, un troisième 
terme proportionnel à l'accélération et dont l'existence 
est évidemment due à la compression de l'air. 

L'explication précédente de M. Delaunay, sur la 
eause de l'explosion des bolides, coïncide avec celle 
que notre ami M. Phipson a donnée dans son volume 
sur les météorites, publié à Londres en janvier 1 867. 
Dans le Chapitre XVIII de cet Ouvrage, M. Phipson 
a discuté les vues de MM. Haidinger et de Reichen- 
bach, d'après lesquelles l'explosion des bolides serait 
due à l'énorme pression subie par ces corps en ^^ 

Flammarion. — V. 9 

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194 DEUOBBS tlAVAUX DB L'ASlttONOMlB. 

saut dans notre atmosphère ; distingua trois vitess 
différentes, dont un bolide est doné avant et apr 
sa chute, savoir : la vitesse dans Torbite, qui noi 
est inconnue; la vitesse avec laquelle il se meut aprl 
qu'il a quitté l'orbite, et en décrivant son trajet vel 
la Terre; enfin la vitesse avec laquelle tombent l| 
fragments de la météorite après Texplosion. 1 

En dernier lieu, tout en admettant jusqu'à un certa 
point la théorie de M. Haidinger et de M.Reichenbac 
émise en i86i et i863,M.Phipson cite une expérien^ 
qu'il a faite, et qui lui fait penser que l'énorme 
pérature développée à la surface des météorites, 
dant leur trajet dans l'atmosphère, peut être tou^ 
seule la cause de l'explosion. Voici cette expérience j 
si l'on prend une petite balle composée de phospbor^ 
de chlorate de potasse et de gomme, telle que lesomm^ 
d'une allumette chimique, et qu'on la chauffe doud 
ment, elle s'enflamme et brûle vivement à une temM 
rature donnée ; mais, si l'on introduit soudainemen 
cette petite balle dans un espace ouvert au milieu d'al 
feu très-chaud, de sorte que sa surface soit portée! 
une très-haute température avant que l'intérieur d 
sa masse ait le temps d'être chauffé, la balle éclate : 
se produit invariablement une explosion. La mêffli 
expérience peut être faite avec des pyrites etave^ 
d'autres corps. Or c'est précisément ce qui a lie^ 
avec les météorites. Les calculs de sir John Herscbd 
et de M. Joule ont montré quelle énorme élévatioi 
de température la surface de ces corps subit pendanj 
leur trajet dans Tair, et la mince couche de croûti 
noire, ou vernis, que l'on remarque sur les météorites] 



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CAUSES DE l'explosion DES BOLIDES. IQS 

MIS indique que cette chaleur intense ne pénètre 
l'à une forte petit distance dans Tinténeur de leur 
asse. 

Sur ce même sujet de V incandescence des bolides , 
nre correspondant de Turin, M. Faà de Bruno, nous 
rappelé que le professeur Go vi a publié, en 1868, un 
émoîre sur ce fait qui était déjà attribué à la chaleur 
(gagée par la compression de Vair^ par laquelle 
. Regnault vient de Texpliquer. M. Govi a établi 
)tte opinion sur des calculs rigoureux. En partant de 
itte formule donnée par Schiaparelli : 

Og (, ^ ^) = log (,+ 4-^) +o,o.6.r'^ HM, 

ins laquelle 

représente la vitesse actuelle du bolide parvenu à 
la couche d'air , où la pression barométrique est 
^ __H_. 
10600 ' 
, la vitesse initiale du bolide; 
= 3,14159; 

le rayon du bolide supposé sphérique ; 
^ 9, 80604 : 
ie poids du bolide ; 

la hauteur d'une colonne d'air faisant équilibre à la 
colonne barométrique de hauteur fA, dans la couche 
où le bolide est arrivé; 
le module des logarithmes vulgaires, 
, en supposant qu'un bolide de rayon r = 0"*, i , 
) densité = 3,5, entre dans l'atmosphère avec une vi- 
sse du 5oooo mètres par seconde, il trouve qu'à 



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I9O DEBNIEIIS TBAVAtnL DB L'ASTEONOSIIB. 

48 i5i mètres le bolide aurait déjà perdu 20979 mètn 
de vitesse et 49 191 mètres à i5 136 mètres dehauteu 
de sorte qu'il arriverait à la Terre avec la vitesse c 
5 mètres environ ; ce qui expliquerait le peu de prc 
fondeur des brèches que les aérolithes ouvrent en ton 
bant à terre. En adoptant 425 kilogrammètres pot 
l'équivalent mécanique de la chaleur, le nombre ck 
calories au commencement serait de 

4397295, 

ce qui expliquerait surabondamment les phénomène 
d'échauffement et de volatilisation observés. 



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BOLIDES ET AÉROLITHES, I97 

VI. 

SUR X.'OCCX.USZOZff BU GAZ HYBROGÊNB 
BANS Z.XS FER MÉTÉORIQUE. 

Certains métaux, notamment le fer natif, le platine 
et l'or, se rencontrent parfois dans des conditions 
toutes spéciales, et Ton parviendrait peut-être à jeter 
quelque jour sur leur histoire par l'étude des gaz 
qu'ils conservent à Tétat d'occlusion, ces gaz prove- 
nant de Tatmosphère dans laquelle les métaux se sont 
trouvés en ignition. Le fer météorique de Lenarto 
semble être merveilleusement approprié à une telle 
recherche : on sait qu'il est exempt de tout mélange 
de roches, et aussi remarquable par sa pureté que par 
sa malléabilité. Son poids spécifique est 7,7g, et il se 
compose de : 

Fer 90,883 

Nickel 8,45o 

Cobalt o,665 

Cuivre o ,002 

C'est dans ce but que M. Thomas Graham a fait 
l'expérience suivante sur un fragment de fer de 
Lenarto. Ce fragment, taillé dans un bloc plus consi- . 
dérable, avait âo millimètres de longueur, sur 10 
et i3 dans ses autres dimensions; son poids était do 
45 grammes et son volume de 5*^, 78. Il fut soigneuse- 
ment lavé dans une solution chaude de potasse, dans 
plusieurs bains successifs d'eau distillée, et ensuite 
séché^On avait déjà constaté que ce traitement préa- 



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iqS derniers travaux de l'astronouib. 
lable ne peut suffire, avec Taction subséquente de la 
chaleur, pour déterminer la sortie du gaz hydrogène. 
Le métal fut renfermé dans un tube neuf de porce- 
laine, auquel on adapta un aspirateur de Sprengel, et 
Ton obtint à froid un fort degré de vide. Ce tube fut 
ensuite placé au centre d'un fourneau ardent, et 
chauffé jusqu'au rouge par du charbon de bois. Du gaz 
se dégagea sans trop de difficulté, et Ton en obtint : 

En 35 minutes 5,S8 

En loo minutes 9, 5a 

En ao minutes i,63 

Ena^SS" 16, 53 

Par Tanalyse spectrale, MM. Huggins et Miller ont 
constaté la présence de Thydrogène dans les étoiles 
fixes, et le R. P. Secchi a trouvé que ce gaz forme le 
principal élément d'une classe nombreuse d'étoile 
dont a de la Lyre représente le type. Nul doute que le 
fer de Lenarto n'ait pour origine une atmosphère sidé- 
rale, dans laquelle prédominait l'hydrogène : cet aéro- 
lithe nous a apporté de l'hydrogène des étoiles. 

Quelques expérimentateurs, qui ont cherché à im- 
prégner d'hydrogène le fer malléable, sous la pression 
atmosphérique ordinaire, n'ont guère pu faire pénétrer 
dans ce métal qu'un volume de gaz égal au sien« Or 
le fer météorique a donné environ trois fois son vo- 
lume de gaz sans être épuisé. La conséquence est que 
cet aérolithe doit provenir d'une atmosphère très- 
dense de gaz hydrogène, qu'on ne peut trouver dans la 
matière raréfiée des comètes, et qu41 faut chercher au 
delà de notre système solaire. « 



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BOUDES ET AÊROLITHES. 199 



vn. 

VCB BHJHB MATIÈMX 
CBA&BOmnBUSE 
DANS CBRTAZinBS BIËTÉOIUTSS 

Certaines météorites renferment une matière cnar- 
bonneuse, dont Texistence et Torigine soulèvent un 
problème des plus intéressants. Cette matière, en 
effet, comme l'ont montré les analyses de M. Wôbler 
et celles de M. Cloè'z, contient à la fois du carbone, 
de l'hydrogène et de l'oxygène, et peut être rapprochée 
des composés ulmiques, derniers résidus de la des- 
truction des substancesorganiques.il serait sans doute 
très-important de pouvoir remonter de ce résidu juç- 
qu'aux substances génératrices. La question ainsi 
posée surpasse les ressources de notre science pré- 
sente; cependant M. Berthelot a pensé que l'on pour- 
rait faire un premier pas dans cette voie en remon- 
Vant, sinon aux générateurs eux-mêmes, du moins à 
des principes qui en dérivent par des réactions régu- 
lières. En effet, il a décrit une « Méthode universelle 
d'hydrogénation », par laquelle tout composé orga- 
nique défini peut être transformé en carbures d'hy- 
drogène correspondants. Cette méthode est applicable 
même aux matières charbonneuses, telles que le char- 
bon de bois et la houille ; elle les change en carbures 
analogues à ceux des pétroles. 

Le savant expérimentateur a appliqué la même mé- 



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200 DERNIERS TRAVAUX DB L' ASTRONOMIE . 

thode à la matière charbonneuse de la météorite d'O 
gueil, et il a pu reproduire en effet, quoique pli 
péniblement qu'avec la houille, une proportion m 
table de carbures forméniques, C*"H''^', comparable 
aux huiles de pétrole. 

Il eût été désirable de pouvoir étudier ces carbuH 
avec plus de détail ; mais la proportion de matièi 
soumise à Texpérience était trop faible pour permettij 
autre chose que de constater la formation et les carac 
tères généraux de divers carbures, les uns gazeuji 
les autres liquides. I 

a Quoi qu'il en soit, remarque l'ingénieux chimiste 
cette formation marque une nouvelle analogie entre h 
substance charbonneuse des météorites et les matièrej 
charbonneuses d'origine organique qui se rencontreol 
à la surface du globe. » 

Ces aérolithes nous apportent donc très-probablei 
ment des résidus de la vie végétale et animale qui 
existe sur les autres mondes. Qui sait? la preuve posi^ 
tive et sensible de la vérité de la doctrine de la plu- 
ralité des mondes kabités nous sera peut-être donoée 
par les aérolithes, avant que le télescope n'ait acquis la 
puissance nécessaire pour nous montrer les effets de 
la vie (végétale, animale ou autre) à la surface des 
planètes. Uaérolithe d'Orgueil, sur lequel l'analyse 
précédente a été faite , nous a apporté du charbon; 
ceux d'Ovifak et de Lancé nous ont apporté du sel, 
comme nous l'avons vu plus haut. 



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BOLIDES ET AÉnOUTHES. 201 



VIII. 

UBS MÉTÉORITES CW^MSZDÉ&ÉES 
COBIBEB SZVaRAZS. 

Si les météorites de toutes dimensions, depuis les 
masses énormes que nous avons rapportées, jusqu'aux 
poussières impalpables dont on a également constaté 
l'arrivée sur la Terre, ne produisent pas d'effet méca- 
nique appréciable sur notre planète, apportent- elles une 
modification sensible dans l'état chimique de la surface? 

On sait que le sol arable contient toujours et 
dans toutes les régions du globe, au moins quel- 
ques traces de phosphore et de magnésie ; mais on ne 
s'était peut-être jamais demandé jusqu'à ce jour d'où 
viennent ces substances si uniformément réparties à la 
surface terrestre. M. de Reichenbacb, le célèbre chi- 
miste à qui Ton doit la découverte de la créosote et 
aussi celle de l'Od, nouvelle force d'une nature tout à 
fait mystérieuse, dont on a beaucoup parlé dans le 
temps, croit avoir trouvé la véritable cause du phos- 
phore et de la magnésie disséminés à la surface du sol. 

Il Tattribue aux étoiles filantes, et s'est vu conduit 
à cette bizarre hypothèse par une trouvaille qu'il a 
faite : la présence constante de traces de nickel et de 
cobalt dans les terrains superficiels. 

M. de Reichenbach possède une des plus belles col- 
lections d'aérolithes qui existent. Il a fait de nombreuses 
analyses de météorites, et publié vingt-trois Mémoires 

9- 



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302 DBBTflBRS TRAVAUX DB L'ASTBOXOMIB. 

sur ce sujet. On peut donc le considérer comme une au- 
torité compétente en ces matières. Or, un jour, après 
avoir beaucoup réfléchi à la nature physique des étoiles 
filantes, que tout porte à considérer comme des aéro- 
lithes d'une faible masse, comme une sorte de pous- 
sière d'aérolithes, il pensa que cette pluie de poussières 
métalliques, qui dure depuis tant de siècles, doit 
avoir laissé quelque trace sur la Terre , et que ces 
grains presque invisibles et impalpables qui nous 
tombent des nues pourraient bien aujourd'hui consti- 
tuer des masses assez considérables pour se révélera 
l'analyse chimique; et, comme les métaux qui carac- 
térisent surtout les météorites sont le nickel et le 
cobalt, il se promit de chercher ces métaux dans le 
sol exposé au grand air. 

Dans cette pensée, le célèbre chimiste monta un jour 
sur le Lahisberg, montagne de forme conique, haute 
de 3oo à 400 mètres et couverte, à son sommet, d'un 
bois de hêtres. Il pénétra dans le taillis et y choisit un 
endroit que probablement le pied de Thomme n'avait 
jamais foulé. Ensuite il y ramassa quelques poignées 
de terre, les mêla et les emporta soigneusement dans 
un cornet de papier, afin de les soumettre à l'analyse. 
On y trouva des traces de cobalt et de nickel. 

Des échantillons pris sur le Haindelberg, sur le Ea- 
lenberg et sur le Dreymarksteinberg, montagnes voi- 
sines de la première, conduisirent au même résultat; 
l'un contenait du nickel, l'autre du cuivre. Enfin 
l'analyse du sol de la plaine appelée le Marchfeld 
révéla également des traces de nickel. 

Ces résultats sont d'autant plus significatifs que le 



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LES MÉTÉORITES C0NSI1>ÉlléB9 COMME ENGRAIS. ao3 

massif des montagnes de cette partie de F Autriche est 
composé de grès et de calcaire, où Ton n'a jamais 
trouvé le moindre filon métallique. Les traces de nickel 
et de cobalt, dans les échantillons examinés par le 
chimiste allemand, entraient toujours pour un dix- 
millième à peu près dans la composition de ces ter- 
rains; ce qui semble indiquer une diffusion assez uni- 
forme des deux métaux à la surface du sol. 

Si Ton rapproche cette circonstance de la réparti- 
tion uniforme et constante du phosphore et de la ma- 
gnésie, substances qui font aussi partie de la plupart 
des aérolithes, on peut accorder à M. de Reichenbach 
que son hypothèse, toute bizarre qu'elle soit, n'a rien de 
trop invraisemblable. Les étoiles filantes se comptent 
par milliers dans certaines nuits, et si nous pouvions 
apercevoir toutes celles dont l'éclat égale seulement 
celui des étoiles au-dessous de la 7* grandeur, leur 
nombre serait incalculable. En outre, le phénomène 
dure depuis des centaines de siècles. 11 est donc na- 
turel qu'on en rencontre des traces matérielles. 

La conclusion à laquelle le chimiste allemand a été 
conduit est trop singulière et trop neuve pour que 
nous l'ayons laissée passer sans en prendre note. 

Ajoutons que, suivant les derniers calculs du labo- 
rieux géomètre américain Simon Newcomb, il ne tombe 
pas moins de 146 milliards d'étoiles filantes par an 
sur la Terre. 



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2o4 DERHIBRS TRAVAUX DB L*ASTR0NOMIR. 



IX. 

Uk VIE APFOaT±E SUR XJk TBBJUB 
FAR X.E8 AÉaOUTHBS. 

Tandis qu'un savant allemand voyait, dans les mé- 
téorites qui arrivent chaque jour sur la Terre, un 
véritable engrais transformant insensiblement les con- 
ditions chimiques de la surface du sol, un savant 
anglais allait plus loin encore et trouvait, de son côté, 
dans les aérolithes, une hypothèse pour expliquerrori- 
gine de la vie à la surface de la Terre. 

A la réunion de TAssociation Britannique tenue à 
Edimbourg au mois d'août 1870, le président, sir 
William Thomson, a exposé la curieuse théorie sui- 
vante : (( Comment la vie a-t-elle conmiencé sur la 
Terre? En retraçant Thistoire physique de la Terre, 
aux premiers temps, d'après les stricts principes de la 
Dynamique, nous sommes ramenés à un globe en fu- 
sion, chauffé au rouge, sur lequel aucun degré de vie 
ne pouvait exister; par conséquent, lorsque la Terre 
se trouva pour la première fois propre à la vie, il n'y 
avait sur elle aucun être vivant; il y avait des roches 
solides et désagrégées, de l'eau, de Tair avec la chaleur 
et la lumière du Soleil : elle était prête à devenir un 
jardin. Le gazon, les arbres et les fleurs ont-ils jailli 
dans tout Téclat d'une splendide maturité par mu fiai 
du Pouvoir créateur? ou bien la végétation s'est-elle 
développée d'une semence jetée, disséminée, multi- 



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LA VIE TRANSPOUTÉE PAR LES MÉTÉORITES. 2o5 

pliée sur toute la Terre? La science est tenue, par la 
loi éternelle de l'honneur, d'envisager sans crainte tous 
les problèmes qui peuvent se présenter à elle. Si l'on 
peut trouver une solution probable, en conformité avec 
le cours ordinaire de la nature, nous ne devons pas 
invoquer un acte anormal du Pouvoir créateur. Quand 
un flot de lave coule le long des flancs du Vésuve ou 
de l'Etna, il se refroidit lentement et devient solide; 
puis, au bout de quelques années, la lave se couvre 
de végétaux et d'êtres animés, qui doivent leur origine 
à un transport de semences, d'œufs, ou à des migra- 
tions. Quand une ile volcanique surgit du sein des 
flots, et que après quelques années, nous la trouvons 
en pleine végétation, nous n'hésitons pas à supposer 
que des semences y ont été apportées à travers l'air 
ou sur des épaves flottantes. N'est-il pas possible, et, 
si c'est possible, n'est-il pas probable qu'il faille ex- 
pliquer ainsi le commencement de la vie végétale sur 
la Terre? Chaque année des millions de fragments de 
matière solide arrivent à sa surface ! D'où viennent 
ces fragments? Quelle est l'histoire antérieure de chacun 
d'eux? A-t-il été créé, au commencement des temps, 
sous forme de masse amorphe ? Celte idée est telle- 
ment inacceptable que tout le monde l'écarle ; on sup- 
pose souvent que toutes ou certainement quelques 
pierres météoriques sont des fragments détachés de 
masses plus considérables et lancés en liberté dans 
l'espace. Il est sûr qu'il peut se produire des collisions 
entre les corps célestes qui traversent l'immensité, 
absolument comme il est sûr aussi que des vaisseaux 
peuvent se rencontrer sur l'Océan. Quand deux grandes 



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206 DBBNIERS TRAVAUX DE L*ASTHONOMIB. 

masses entrent en collision dans Tespace, il est certain 
qu'une [>artie considérable de chacune est fondue; mais 
il semble tout à fait certain que, dans bien des cas, une 
grande quantité de débris aoivent être projetés dans 
toutes les directions, sans avoir pour la plupart éprouvé 
plus de violence que les quartiers de rochers brisés 
par un éboulement ou par Texplosion d'une mine. 

« S'il arrivait un jour que la Terre vînt à entrer en 
collision avec un autre corps de dimensions à peu près 
analogues, alors qu'elle serait couverte de végétation, 
assurément nombre de fragments gros et petits, em- 
portant des semences, des plantes vivantes et des ani- 
maux, seraient projetés à travers l'espace. Dès lors, 
et puisque nous croyons tous fermement qu'il existe 
actuellement, et qu'il a existé de temps immémorial 
bien d'autres mondes habités que le nôtre, nous pou- 
vons regarder comme probable au plus haut degré 
qu'il existe un nombre infini de pierres météoriques 
portant des semences qui se meuvent à travers l'es- 
pace. S'il n'existait, à l'heure présente, aucune vie sur 
cette Terre, une seule pierre tombant sur elle pour- 
rait, par ce que nous appelons à l'aveugle une cause 
naturelle^ la couvrir bientôt de végétation. J'ai plei- 
nement conscience de toutes les objections scientifiques 
que l'on peut opposer à cette hypothèse ; mais je crois 
que l'on peut répondre à toutes. L'hypothèse que la 
vie a commencé sur cette Terre parmi les fragments 
moussus provenant des ruines d'un autre monde peut 
sembler fantasque et visionnaire ; tout ce que je main- 
tiens, c'est qu'elle n'est pas contraire à la science. » 



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LA CnAXDE PLUIE d'ÉTOILES DU 27 NOVEMBRE. 207 



X.A GRAmiE PX.trXS B'ÉTOXZJBS 

DU 27 irOVEMBRE 1872, ET X.A COMÈTE 

BE BXEX.A. 

Les plus grands regrets que puisse éprouver un 
n5;tronome sont certainement ceux qui sont causés par 
la privation d'un spectacle astronomique intéressant, 
surtout si cette privation a été quasi volontaire, et si 
ce spectacle a été extraordinaire. Tels sont les regrets 
que j'ai ressentis au mois de novembre 1872, pour 
n'avoir pas observé cette admirable pluie d'étoiles 
filantes du 27. Je me trouvais alors à Rome, dans le 
quartier de la villa Médicis, et favorisé d'un balcon 
donnant au sud. Je n'avais qu'à faire deux pas pour 
contempler ce beau spectacle, et je ne les ai pas faits 1 
lecteur bienveillant de ces études^ vous qui n'avez 
pas pour Uranie une moindre passion que moi-même, 
vous comprenez de suite le désappointement que j'ai 
éprouvé le lendemain matin, lorsque, me rendant à 
l'Observatoire du Collège Romain, le P. Secchi me 
fit part de cet événement cosmique 1 Comment l'avait-il 
observé lui-même? Par le plus heureux des hasards : 
un sien ami, voyant pleuvoir les étoiles, monta lui 
demander l'explication d'un pareil phénomène. Il était 
alors 7^30"". Le spectacle était commencé, mais il était 
loin d'être terminé, et l'illustre directeur de l'Obser* 



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ao8 L^ASTRONOMIE EN 187I ET 1872. 

vatoire du Collège Romain put contempler la pluie 
merveilleuse de près de quatorze mille météores ! 

Cet événement fit un bruit considérable à Rome, et 
le pape lui-même n'y resta pas indifférent; car quel- 
ques jours après, ayant eu l'honneur d*ètre reçu an 
Vatican, les premières paroles que Pie IX m'adressa 
furent celles-ci : « Jvez-vousvu la pluie de Banaé?i^ 
J'avais admiré, peu de temps auparavant, d'admirables 
Danaé peintes par les grands maîtres de l'École ita- 
lienne, mais je n'avais pas eu le privilège de me 
trouver sous la coupole du Ciel pendant la mémorable 
soirée du aj. 

Ce n'est pas seulement à Rome, ni en Italie, du 
reste, que ce magnifique phénomène a pu être observé, 
mais encore en France, en Espagne, en Angleterre, 
en Suède, en Allemagne et dans l'Europe entière. Voici, 
dans le nombre considérable de relations qui en ont été 
faites, un choix des plus importantes et des plus re- 
marquables. 

La première est du P. Secchi, dans une Lettre au Se- 
crétaire perpétuel de l'Académie des Sciences. 

« Nous avons eu une brillante apparition d'étoiles fi- 
lantes dans la soirée du 27 novembre et pendant la nuit. 
Je ne fus averti du phénomène qu'à 7** So"*, lorsqu'il 
étaitdéjà en pleine activité depuis une heure au moins; 
nous l'observâmes avec toute l'attention possible. 

» Depuis 7** Se" jusqu'à i heure après minuit, nous 
enregistrâmes 1 3 892 météores ; mais un grand nombre 
ne put pas être enregistré. Tout le ciel était en feu : 
c'était littéralement une pluie. Les étoiles étaient pe- 
tites, pour la plupart : environ 10 sur 100 étaient de 



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U GRANDE PLUIE D'ÉTOILES DU 27 NOVEMBRE. 209 

deuxième grandeur; environ a sur loo, de première. 
Il y eut plusieurs bolides. 

» Le radiant éiaitf à 8 heures, dans Tespace compris 
entre les constellations des étoiles brillantes du Bélier, 
du Triangle et de la Mouche; il passa ensuite à la base 
du Triangle, et enfin à minuit il était passé à égale 
distance du Triangle et de la Tète de Méduse. 

» Le maximum eut lieu environ à 8^30"*, et le nombre 
atteignit alors gS par minute. Après ii heures, le 
nombre diminua notablement, et à minuit il y eut des 
intervalles de repos. Entre la^So"" et i heure après 
minuit, on en compta seulement 87. Le ciel s'étant 
couvert de brouillard, on interrompit les observations. 
Le matin, à 5 heures, il n'y en avait plus. 

9 La vitesse des étoiles filantes était généralement 
faible ; les plus belles traçaient souvent des arcs curvi- 
li.^nes; elles avaient la tête blanche et la queue rouge. 
Les magnétomètres étaient assez tranquilles. Le ciel 
était éclairé au couchant et au nord. 

» Il est remarquable que la Terre se trouvait, pendant 
le phénomène, dans le nœud de l'orbite de la comète 
de Biéla. » 

Voici le tableau des observations faites à Rome pen- 
dant cette nuit mémorable. 



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aïo l'astronomie en 1871 et 187a. 



Tableau des 


étoiles filantes du ^7 au 


1% novembre iZ-ji. 


h m 
De 7.55 


Nombre», i' 
h m 
à 8.00 -236 


* prandear. Arec traînée. 
» » 


8.00 


8.o5 236 


II 


» 


8.o5 


8.10 3oo 


23 


I 


8.ro 


8.i5 320 


II 


9 


8.i5 


8.20 324 


i3 


B 


8.20 


8.25 472 


9 


3 


8.25 


8.3o 320 


3 


I 


8.3o 


8.35 492 


4 


I 


8.35 


9.00 1639 (*) 


36 


8 


9-00 


9.30 2392 


32 


4 


9.3o 


10.00 2279 


i3 


6 


10.00 


10. i5 1194 


9 


2 


10. i5 


10. 3o 1107 


9 


2 


10. 3o 


10.45 717 


5 


3 


10.45 


11.04 7^4 


I 


» 


11.04 


II. 3o 4^9 


2 


I 


ij.So 


12.00 594 


6 


I 


I2.30 


à i3.oo 87 


» 


» 



Total, en 4 h^u^CBd^^o™>6* 1389a 188 33 

En Sicile, M. Tacchini acompte, àPalernie, 80a mé- 
téores de 10 heures à i*5o"; son frère en a compté 
lagSo à Mazzarino, entre g'^So'" et minuit; à Caltani- 
setta, M. Zona eu a compté 28000 dans toute la nuit. 

A Naples , M. de Gasparis en comptait 2 par se- 
conde. A Matère (province méridionale), on en a 
compté 385i3; à Mondovi 3o88i. 

Dans le nord de Tltalie, les astronomes de Monca- 
lieri en ont relevé un nombre non moins étonnant. 
Voici la relation du P. Denza. 

(*) De 8^ 35»n à loh i5™ on donne seulement les moyennes. 



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LA GRANDE PLUIE D'ÉTOILES DU V] NOVEMBRE. 211 

a Une grande pluie de météores lumineux , jusqu'à 
présent inouïe dans nos contrées, a été admirée hier 
au soir ici, à Moncalieri, et je suis bien sûr qu'elle 
doit avoir été observée aussi en beaucoup d'autres en- 
droits, vu sa singulière importance. 

» Commencée à l'approche de la nuit, la chute des 
étoiles resta visible jusqu'à minuit, et elle aura sans 
doute continué, mais le brouillard nous empêcha de 
suivre plus longuement l'observation. 

» Trente-trois mille quatre cents (33 400) météores 
furent ici comptés pendant six heures et demie (de- 
puis 6 heures jusqu'à minuit et demi) par quatre ob- 
servateurs. Cependant ce chiffre ne représente que 
très-incomplètement la vraie afïluence météorique ; car 
dans les premières heures du soir et surtout dans celles 
du plus grand flux, qui fut vers 8 heures, dans quel- 
ques régions du ciel, c'était une véritable pluie de feu, 
tout à fait semblable à celles que l'on voit dans les feux 
d'artifices à l'explosion des grenades; celle-ci pourtant 
était continuelle, et les lignes de feux tombaient pres- 
que verticalement en foule et en ondées, plus minces 
et plus calmes. Aussi l'on ne pouvait tenir note que 
des plus remarquables. Dans ce temps, nos observa- 
teurs comptaient, en moyenne, quatre cents météores 
chaque minute et demie. 

» Toutes les admirables et gracieuses figures que nous 
voyons tracées sur la voûte du ciel lors des grandes 
pluies météoriques de novembre vinrent charmer nos 
regards : nombreux météores aux couleurs délicates et 
variées, plusieurs suivis de longues et brillantes traî- 
nées, globes d'éblouissante lumière , quelques-uns du 



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aia L^ASmONOMIB Bit 1871 ET 187I. 

diamètre lunaire à peu près; nuages transparents e| 
luisants, qui çà et là en mille manières, se rompani 
dans l'atmosphère , s'ouvraient en faisceaux de rayons 
aux formes les plus vagues et bizarres. Quelques-un^ 
de ces nuages s'arrêtaient de temps en temps dans la 
voûle céleste et se montraient encore pendant quelque 
temps; il y en eut un qui, parti à 6^35", entre Persé^ 
et le Cocher, ne se dissipa qu'à 6** 56", c'est-à-dire après 
vingt et une minutes. 

» Enfin l'aspect général du phénomène était celui d'un 
nuage cosmique qui, en rencontrant notre atmosphère, 
s'est ouvert et dissipé. 

» La position du radiant, qui se trouve près 7 d'An- 
dromède, et l'époque de l'apparition nous portent à 
croire que le nuage ou courant météorique que nous 
avons traversé est le même qui se montre chaque 
année dans ces jours-ci, mais avec une bien moindre 
intensité. C'est le même qui, vu par Brandes, le 
7 décembre 1798, et ensuite observé de nouveau le 
même jour, en i83o, par l'abbé Raillard, et en i858 
par Herrik et Flaugergues, fut étudié par Fleis à Miin- 
ster, et, en 1867, fut reconnu par Zezioli, à Bergame. 
Maintenant son point de rencontre avec l'orbite de la 
Terre aurait lieu le 27-28 novembre. 

» Or, par de très-probables calculs, il résulte que ce 
courant météorique suit la même orbite que la célèbre 
comète de BiéUiy dont on attendait en effet le passage 
cette année au mois d'octobre, et qui jusqu'à présent 
a été vainement recherchée par les astronomes. Par 
conséquent, rien de plus probable que le grand nuage 
météorique qui nous donna la pluie d'hier ne dérive 



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U GRANDE nulB D'ÉTOILES DU V) NOVEMBRE. 21 3 

l'une partie de cet astre troublé et dissous ; et il faut 
femarquer que, hier, Porbite de la Terre rencontra 
[telle de la comète à 66 degrés de longitude à peu 
[près. 

' D Une belle aurore polaire fut admirée en même temps 
iMoncalieri, depuis 6** lo" à 8 heures environ. Son 
maximum d'intensité fut vers 7 heures ; à cette heure le 
ciel d^, nord-nord-ouest à nord-est était chargé d^unevive 
couleur rouge. Ensuite il resta toujours luisant et clair, 
surtout de ouest-sud-ouest au nord. D'ailleurs ce phé- 
nomène accompagne souvent les grandes apparitions 
d'étoiles filantes et donne lieu à beaucoup d'hypothèses 
et de conjectures. » 

Cette merveilleuse pluie d'étoiles a été également ob- 
servée en France, principalement à Nice, par nos amis 
MM. Teyssère et Macario; à Bordeaux, par MM. Les- 
piault et Roussanne;à Grenoble, par M. Breton; à 
Chambéry, par M. Vallet; à Pau, par M. Bourdeau; 
à Avignon, par M. Giraud ; à Mâcon, par M. Lemoisy. 
Parmi les diverses relations françaises, nous citerons 
en particulier cette dernière, qui est très-complète. 

« Hier soir, 27 novembre, écrit l'auteur, nous avons 
assisté à une pluie d'étoiles filantes, d'une intensité 
extraordinaire, et qui peut rivaliser avec la grande 
apparition du mois de novembre i833. Avec M. Puvis, 
nous essayâmes de compter les astéroïdes : bien que 
le ciel fût en ce moment à moitié couvert par les 
nuages, nous comptâmes plus de mille étoiles filantes 
en trente-cinq minutes; et combien nous avaient 
échappé l Nous dûmes bientôt renoncer à faire ce dé- 
nombrement, car, le ciel s'étant éclaircivers 8 heures, 



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2l4 L'ASTaONOMIE EN 187! ET 1872. 

les étoiles filantes pleuvaient dans toutes les parties 
du ciel. 

» Un professeur de TÉcoIe normale nous apprit que 
le phénomène avait été encore plus brillant de 6 heures 
à 7 heures. A 6^ Se", ayant fixé le groupe des Pléiades, 
il vit paraître autour de ce groupe io4 astéroïdes dans 
l'espace d'une minute et demie. 

D De 8 heures à 9 heures, l'averse a continué sans 
interruption ; on voyait jusqu'à 20, 26, 3o étoiles à la 
fois! C'est donc par milliers qu'il faut compter les 
étoiles filantes qui ont paru hier au soir. 

9 A 9 heures, lèvent du sud-ouest, qui soufflait avec 
une assez grande intensité, chassa de gros nuages 
noirs jusqu'à 10 heur^ environ. Dans les éclaircies et 
à travers les nuages légers, de brillantes étoiles 
filantes continuaient à se montrer. 

» A 10^ 30°" le ciel s'éclaircit complètement. En ce 
moment l'intensité de l'averse nous parut un peu dimi- 
nuée. A partir de io'*45™, nous pûmes compter les as- 
téroïdes qui paraissaient pendant chaque quart d'heure. 
Le tableau suivant fait voir avec quelle rapidité cette 
décroissance a eu lieu : 



h u 


b m 








De 10.45 à 


11.00 


ont paru 


i55 étoiles filantes. 


11.00 » 


ii.i5 






97 » 


II. i5 » 


ii.3o 






85 


ii.3o » 


n.45 






57 


11.45 » 


la.oo 






41 


la.oo » 


12. i5 






43 


la.iS » 


ia.3o 






37 


I'2.3o » 


12.45 






•i\ 9 


ii./|5 » 


i3.oo 






i5 








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LA GRANDE PLUIE D*ÉTOILBS DU 27 NOVEMBRE. 21 5 

» Â I heure du matin, Taverse pouvait être considérée 
comme terminée. 

» Toutes ces étoiles filantes rayonnaient d'un même 
point du ciel. Pendant toute la durée de Tobservation, 
ce point radiant est resté le même. Les étoiles appa- 
raissaient tellement nombreuses, qu'il nous a été très- 
facile de fixer la position du centre de radiation. Il se 
trouvait dans l'espace du ciel compris entre la constel- 
lation de Persée, Cassiopée et Andromède, et plus spé- 
cialement au point qui a à peu près pour coordonnées 
A,= 3o degrés, 9= 4o degrés, c'est-à-dire dans le 
voisinage des étoiles 5i et 54 d'Andromède. 

» Parmi ces nombreux astéroïdes, nous n'avons pas 
vu de bolides, sauf cependant un globe filant rou- 
geâtre, de 5 ou 6 minutes de .diamètre qui, à lo^^iS", 
est parti sur Procyon, et, descendant vers l'horizon 
sans aucune traînée, a disparu derrière le toit d'une 
maison. 

» Nous avons observé beaucoup de belles étoiles, 
mais la grande majorité de ces dernières étaient de 
deuxième grandeur; elles décrivaient d'assez courtes 
trajectoires, généralement 5 ou 6 degrés, toutes avec 
des traînées. Avant de disparaître, elles semblaient 
s'user et se résoudre en poussière lumineuse. L'une 
d'elles n'a pas montré de noyau sensible, mais ressem- 
blait à un petit nuage phosphorescent. 

» En outre, un grand nombre de très-petites étoiles, 
parcourant de très-courtes trajectoires, ou brillant 
sur place, mouchetaient le ciel de tous côtés. 

» Nous avons donc observé un phénomène qui, j'en 
suis sûr, fera époque dans l'histoire des sciences, o 



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ai6 l'astronomie en 1871 et 1872. 

En Angleterre, les observations ont été concentrées 
entre les mains de M. Alexandre Herschel : le phéno- 
mène n'y a pas été moins remarquable qu'en Italie et 
qu'en France; mais reproduire toutes les observations 
serait multiplier inutilement les mêmes exemples et les 
mêmes impressions. 

En Norwége, voici ce qu'écrit M. Mohn, directeur 
de l'Observatoire météorologique de Christiania : 

» Hier soir 27, à 8** 3o", M. Fearnley, directeur de 
l'Observatoire astronomique, M. Rubenson, directeur 
de rinstitut météorologique de Suède, qui se trouve ici 
présent, M.Pihl, moi et plusieurs autres, avons observé 
une apparition d'étoiles filantes assez intermittente. 
De 8* 25" jusqu'à 9" 3" (temps moyen de Christiania), 
nous avons compté 660 étoiles filantes. Cependant l'air 
n'était pas très-clair et l'observation fut terminée à 
q"" 3°, à cause des nuages couvrant le ciel. Lorsque 
Tair était parfaitement serein, ce qui n'était le cas que 
pendant quelques minutes, nous avons compté 100 étoi- 
les filantes en quatre minutes. Nous avons trouvé le 
point de radiation comme suit : 

a (? 
Au commencement de Tappa- 

rition 270 45» (M. Mohn.) 

Plus tard 35 4? (M. RnbensoD.) 

» M. Fearnley donne* a = 27**, ^=43° comme le 
centre d'un rayon de 3 degrés environ, d'où les orbites 
des étoiles filantes semblaient émaner. D'après lui, cette 
radiation appartient à la comète de Biéla, » 

Dans les différentes régions de l'Allemagne, le même 



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LA GRANDE PLUIfi D*ÉT01LES DU %y NOVEMBRE. Slly 

bénomène a frappé Tattentiondes observateurs. M. Heis 
envoyé de Munster la relation suivante à M. Paye : 

1° Nombre des étoiles. — Les météores ont été 
omptés, à MUnster, par deux observateurs, dont Tun 
urveillait la partie du ciel qui est au sud de la voie 
ictée, et la voie lactée elle-même, tandis que l'autre 
'était chargé de la partie nord. Ils notèrent 2200 étoiles 
ii53 minutes, ce qui donne pour nombre horaire 2600, 
lombre trop faible, car les observateurs ne pou- 
raient embrasser le ciel entier. Le maximum est tombé 
sntre 8^48" et 8*54", temps moyen de Munster (de 
^"27" à S^So" en temps moyen de Paris). 

2^* Centre de radiation. — Il a été déterminé avec 
loin par un observateur couché sur le dos et n'ayant 
f autre soin que de rechercher le point de croisement 
âes trajectoires idéalement prolongées en arrière. Il a 
trouvé ainsi comme point radiant 

ff de Persée = a 24*» décl. 4- 5o*. 

Les deux étoiles 7 d'Andromède et a de Cassiopée ont 
&té rejetées, et c'est entre ces deux étoiles que la po- 
ûtion la plus probable de ce point a été trouvée. 

3° Apparitions pltis anciennes, — Le courant du 
17 novembre ne se rattache ni à celui des i2-i3 no- 
vembre, ni à celui des 7, 8 et 9 décembre. Dans les 
iremiers jours de ce dernier mois, les 1'", 2, 3, 4 et 5, 
I y a une pause. Les trois courants du 12 novembre, 
lu 27 et du 8 décembre sont parfaitement distincts. 
! A rObservatoire de Breslau, le directeur, M. Galle, 

observé 3ooo étoiles filantes, de 6** 20™ à 7**5o". 

Sers 7*i5™, leur fréquence s'éleva à 100 par minutOi 
Flammarion, — V. 10 



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3l8 L'ASTROffOMIE EN 1871 ET 1872. 

pendant cinq minutes. Vers 8 heures, lé ciel se c 
yrit et le phénomène ne fut plus obsen'é qu'entre 
nuages. Le centre de radiation était dans le pied d' 
dromède, par 212" en a et 4^** en CD. Ce point rép* 
à celui que M. Galle avait déjà calculé cinq ans aupa 
vant, dans l'hypothèse où la comète de Biela aui 
son flux d'étoiles filantes. C'est le troisième exen 
de la connexion des étoiles filantes avec les comé 
périodiques, et même le quatrième, si nous conapt 
les météores d'avril. 

M. deLittrow, directeur de l'Observatoire de Vîen: 
a résumé comme il suit les résultats qui lui sont p 
venus à ce sujet. M. N. de Konkoiy a noté à son Obsi 
vatoire particulier de Comorn^dans la nuit du 27 
28 novembre, 294 étoiles entre 7** 45'* et 8**ig"'. Api 
une interruption causée par les nuages, il en a obseï 
1796 de 9**7" à 9" 54". D'après lui, le point radiî 
était par 3o degrés d'ascension droite et 55 degi 
de déclinaison. Pendant ce temps, M. Palisa, directe 
de l'Observatoire de la Marine à Pola, observ> 
1000 étoiles en une heure et plaçait dans Persée 
centre d'émanation. Enfin le professeur Karlinski, i 
recteur de l'Observatoire de Cracovie, annonce que s 
adjoint a noté 58 étoiles en deux minutes vers 10 heun 
et plus tard presque constamment 100 étoiles parn 
DUte, de 10^ 10"* à 1 1 heures. Pour lui, le point radia 
était par 22 degrés d'ascension droite et 43 degr 
de déclinaison. Les dépêches du bureau météorol 
gique central ont signalé, pour la même époque, 1 
brillantes apparitions à Ancône, Lésina, Pola, Lembe 
et StanislaU) entre 8 et 10 heures. 



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LA GBANDB PLUIE d'BTOILBS DU %-} NOVEMBRE. 219 

Voici maintenant une antre observation, non moins 
intéressante que les précédentes et d*un caractère tout 
particulier, due à M. Gh. Dufour. 

c Pendant cette soirée, dit-il, nous avons eu à Morges 
[Suisse) un ciel tantôt clair, tantôt nuageux, tantôt 
couvert. Entre autres, de 8^ So"" à 9 heures, le ciel a 
été entièrement couvert par des nuages assez élevés, 
puisque, malgré la nuit, on distinguait au-dessous d'eux 
la chaîne des Alpes et même la cime du mont Blanc, 
située à 4810 mètres au-dessus de la mer. Or, pendant 
tout ce temps et en y prêtant spécialement attention, 
je iCai pas vu une seule étoile filante, par conséquent 
il n'y en a pas une qui ait pénétré dans Tatmosphère 
jusqu'à une altitude de 4800 mètres. 

c Ce jour-là, d'après la hauteur du baromètre en 
Suisse, et d'après la température de l'air, le baromètre, 
sur la cime du mont Blanc, aurait été à peu près de 
420 millimètres, c'est-à-dire qu'il y avait au-dessus de 
ee point les o,55 de l'atmosphère; par conséquent les 
noinbreux météores qui y pénétraient en ce moment 
étaient tous éteints avant d'avoir traversé les o,55 de 
son épaisseur. 

» Je dirai de plus que, malgré l'attention que j'ai por- 
tée à cela depuis un grand nombre d'années, je n'ai 
jamais vu une étoile filante au-dessous des nuages. » 

Tous nos lecteurs comprennent l'importance mul- 
tiple de cette observation. 

Six mois avant cette pluie imprévue d'étoiles filantesi 
M. Hind avait écrit : « 11 y a des chances de retrouver 
eette année l'un des noyaux de la comète de Biela, 
lorsqu'il devra passer au périhélie, d'après le cours 



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220 l'astronomie BN 187I ET 1872. 

ordinaire des choses. On sait qu'en février 1846 il 
eut un remarquable changement d'éclat ; que le seco: 
noyau, d'abord à peine visible, devint tellement lun 
neux qu'il surpassa son compagnon et continua aii 
plusieurs jours, puis s'affaiblit graduellement. Ensuit 
en septembre i852, le dessin de M. Otto Struve U 
voir le même changement remarquable de lumiè 
entre le 20 et le 25 de ce mois. Quelle qu'en puis 
être la cause, chaque noyau parait avoir un pouvo 
révivifiant, pour ainsi dire, et je crois que ce pouvo 
peut s'exercer à une époque ou une autre, au poii 
de rendre la comète capabled'être aperçue, quoique se 
état, en i865-i866,ait pu être tel qu'il la rendît tout 
fait invisible pour nous. Dans cette pensée, j'ai prépai 
des éphémérides pour septembre et octobre. » 

D'après les calculs de M. Hind, la comète télesct 
pique qui, après avoir été vue en 1772 et i8o5, fi| 
reconnue comme périodique par Biela, en 1826, de 
vait atteindre, en octobre 1872, sa position la piq 
voisine de la Terre ; les observateurs étaient, en con 
séquence, invités à diriger leurs recherches vers i 
région du ciel où l'astre pourrait se montrer pendan 
plusieurs nuits. Cette comète n'a pas reparu dans M 
années iSSg et 1866, qui correspondaient à ses retoufl 
périodiques. En i8o5, à l'époque de son maximum d'^ 
clat, Olbers l'apercevait à l'œil nu, et, dans chacun 
de ses réapparitions postérieures, elle a été observa 
avec le plus grand soin par les astronomes les piv 
experts.En 1846, on la vit très-distinctement se divi90| 
en deux portions qui s'éloignaient graduellement l'un 
de l'autre, si bien qu'au moment où elles disparurenj 



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LA fiaANDE PItJIE D'ÉTOILES DU 27 NOVBMB&6. 221 

leur intervalle était de 252 600 kilomètres. Au retour de 
Fastre, en i852, ses deux parties semblaient formerdeux 
comètes distinctes, séparées par un intervalle qui s'éle- 
vait à 2 millions de kilomètres; elles avaient à peu près 
le même éclat chacune, avec l'apparence d'une comète 
parfaitement entière, et elles continuèrent leur voyage 
en compagnie, sans doute pour se distancer davantage 
dans leurs trajectoires respectives autour du Soleil. 

Telle est, en substance, Thistoire de la comète de 
Biela. En 181 8, une comète télescopique fut décou- 
verte par Tastronome Pons, à Marseille; elle devait 
être différente de celle de Biela , car elle se montrait 
au moins une année avant l'époque assignée pour 
le retour de celle-ci ; mais la position de son orbite, 
autant qu'il fut possible de la calculer avec des don- 
nées incomplètes, ressemble tellement à celle de la 
comète de Biela, qu'il est probable que les deux co- 
mètes ont eu entre elles une relation du même genre 
que les deux portions dans lesquelles s'était divisée la 
comète observée en 1846. Il serait donc présumable 
que tous les éléments de l'orbite de la comète de 1818 
différaient peu de ceux d'une comète primitive qui se 
serait divisée, de sorte que trois comètes seraient ainsi 
dérivées successivement de cette comète primitive. 
Plus d'une comète télescopique a sans doute été dé- 
couverte dans l'orbite de la comète périodique de 1 866, 
dont les relations avec le courant des grandes pluies 
météoriques du 14 novembre ont été démontrées par 
Schiaparelli, Âdams et Oppolzer. 

Nous arrivons à une époque où des observations 
systématiques des retours périodiques de pluies de 



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ttft L'ASTEonoim m 1871 n 1871. 

métAores deviendronl pour les astronomes un utile 
auxiliairedans la recherchedes comètes dont lesorbites 
coupent celle de la Terre et qui, après avoir brillé d'un 
Tif éclat, se sont graduellement afiaiblies dans le champ 
du télescope, et ont fini par disparaître ; on saura que, 
par des divisions successives et la dissémination de leur 
substance, elles ont pu prendre une nouvelle forme sous 
laquelle il sera encore possible de reconnaître leurs 
orbites. 

Alexandre Herschel conclut, de son cA té, comme très- 
vraisemblable la transformation de la comète Biela en 
un courant de corps météoriques, opinion émise pour 
la première fois par les deux directeurs des Obser- 
vatoires de Vienne et de Copenhague, les docteurs 
Weiss et d*Ârrest. La situation de ce courant météo- 
rique est telle, que les météores entrent dans Tatmo- 
sphère terrestre avec leur minimum de vitesse, d'envi- 
ron 19 kilomètres par seconde; tandis que les Léonides 
ou les météores du 14 novembre pénètrent dans notre 
atmosphère avec la vitesse quatre fois plus grande de 
72 kilomètres par seconde. Les premiers arrivent élans 
le sens même du mouvement de la Terre, les seconds 
arrivent en sens contraire, de sorte que le choc est 
égal aux deux vitesses réunies : 43 000 mètres pour les 
météores et ag 000 pour notre planète. 

Telles sont les principales observations qui ont été 
faites sur cette immense pluie d'étoiles. Elle n*a pas 
été visible en Amérique , car elle s'est passée de jour 
pour ces longitudes. Dans les États-Unis de Colombie, 
le directeur de l'Observatoire de Bogota, notre savant 
ami M. Gonzalès, nous a appris que, malgré une obser- 



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LA «BANDB PLUIB D*£TOILtS DV ay NaVEMBlB. 2^3 

▼atîon spéciale, il n'a remarqué aucun essaim d*étoiles 
filantes pendant la nuit du %jy ni pendant la nuit pré- 
cédente ni pendant la nuit suivante ; mais, en revanche, 
on maximum tout à lait inattendu s'est présenté dacs 
la nuit du 04. A partir de 8 heures du soir, voici les 
nombres d'étoiles filantes signalées : 

De S^» à 9*» 760 étoiles. 

9 à 10 36o 

10 à II 35a 

11 à la 37 

la à I a5 

I à 3 9 

a à 3 7 

3 à 4 3 

Total 1433 étoiles. 

On voit que le maximum a dû avoir lieu avant 
8 heures du soir. Le nombre total des étoiles filantes 
est beaucoup plus considérable que le total indiqué; 
car M. Gonzalès n'avait qu'un aide, de sorte qu'un 
grand nombre sont passées maperçues. Le blanc prédo- 
minait, et l'on n'a remarqué que quelques rouges, bleues 
et jaunes. Ces étoiles ne venaient pas, comme celles 
du 27, de la constellation d'Andromède, mais de celle 
du Lion : une carte, que M. Gonzalès nous a remise, 
place le radiant au nord de Béguins, près de ( du Lion. 
La plupart se dirigeaient du sud-ouest vers le nord-est. 
Cet essaim n'appartiendrait-il pas au système des mé- 
téorites du 14 novembre? Le fait est d'autant plus 
probable que l'inclinaison de cet essaim et de la comète 
Tempel de 1866, sur le plan de l'orbite terrestre, n'est 
que de 18 degrés. 

Quoiqu'il en soit de cette pluie dua4t celle du 27 a 

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ai4 DERNIERS TRAVAUX DE L'ASTRONOMIE. 

été complètement assimilée au système de la comète 
de Biela. M. Pogson, directeur de l'Observatoire d^ 
Madras, invité télégraphiquement^arM. Klinkerfues^ 
de Gœttingue, a cherché la comète à Topposite di] 
point radiant, l'y a même trouvée le 2 et le 3 décembre 
dans la constellation du Centaure, et plusieurs astroi 
nomes ont d'abord admis que la masse nébuleuse était 
Tun des noyaux de la comète de Biela. 

Il n'est pas probable qu'il en soit ainsi ; mais la co- 
mète vue par Pogson peut appartenir au même sys- 
tème ; et il en est de même de l'essaim d'étoiles filantes, 
qui n'est pas , à proprement parler, l'un des noyaux 
de la comète de Biela, mais les suit tous. deux, s'ils 
existent encore. Le capitaine Tupman a môme pré- 
senté à la Société Astronomique de Londres (jan- 
vier 1873) une Note dans laquelle il cherche à établir 
que l'amas de matière qui a partiellement traversé 
notre atmosphère ne peut être ni l'un ni l'autre des 
deux noyaux de la célèbre comète, mais seulement un 
corps différent, qui voyage de concert avec eux, en se 
maintenant un peu plus éloigné du Soleil. 

Le professeur Michez, de Bologne, continuateur de 
Santini dans le calcul des perturbations de la comète 
de Biela, a conclu, d'autre part, que le 27 novembre il 
y avait trois mois que la comète avait traversé ce point 
critique de Torbite terrestre, et qu'elle était alors éloi- 
gnée de nous de 100 millions de milles italiens (de 
i852 mètres). M. Schiaparelii déduit de ce résultat que 
le courant météorique doit occuper sur l'orbite au 
moins tout l'espace compris entre la comète et la Terre, 
c'est-à-dire 100 millions de milles, et employer au 
moins trois mois à passer. 

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covfcTES OBsénvÉEâ EN i86g. 225 

XI. 

GOXisTES DËCOU V E&TZSS O0 OB5£ltV3iDB8 
9XS 1869 A 1872. 

L'abondance des matières de notre tome IV nous a 
mis en retard avec les comètes. Voici Texposé des dé- 
couvertes et des observations qui ont été faites de- 
puis 1869, dans cette branche si curieuse de TAstro- 
nomie. Nous n'avons pas à revenir, bien entendu, sur 
l'identité des orbites cométaires avec celles des étoiles 
filantes, et sur la parenté de ces corps célestes, dont 
nous avons longuement développé la théorie en son 
temps. Le Chapitre qui précède vient, au surplus, d'en 
donner une confirmation éclatante. Nous consignerons 
ici les observations faites sur ces astres chevelus, con* 
sidérés en eux-mêmes. 

Pendant l'année 1 869, on a découvert deux nouvelles 
comètes et observé une comète périodique, toutes trois 
télescopiques. La comète périodique est la première 
en date, de l'année 1869, et la plus curieuse; elle a 
été identifiée par M. fFinnecke^ dont elle porte le 
nom, avec celle qui a été découverte par Pons, à Mar- 
seille, en 1819. En voici les éléments complets. 

Pasioge au périhélie 1869, juin 3o, 10^ 4^°* matin, 
t. m, de Paris, 

o ' « 
Longitude du périhélie 275.66. i 

Longitude du nœud ii3.33.3i 

Inclinaison *.* 10.48. 19 

10. 



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ai6 DEENIBIIS TRAVAUX DE L'ASTBONOMIB. 

Distance périhélie 0,781 538 

Distance aphélie 5, 518260 

Excentricité o,75i885 

Révolution 5»", Sgi 

Sens du mouvement Direct. 

Elle offrait un diamètre de 8 minâtes et était ] 
mée de petits points brillants qui lui donnaient Tappa- 
rence des nébuleuses résolubles de la troisième classe 
d'Herschel. 

La comète II, 1869, a été découverte le 11 octobre 
de cette année par M. Tempel, du jardin de la petite 
maison qu'il habitait alors à Marseille. C'était une co- 
mète télescopique , comme la précédente et comme 
toutes les suivantes ; car nous n'avons pas eu de co- 
mète visible à l'œil nu en Europe depuis celle décou- 
verte par le regretté Donati, le 23 juillet 1864; encore 
passa-t-elle inaperçue pour les gens du monde, ainsi 
que sa sœur, découverte par M. Tempel, le 5 novem- 
bre i863, et faut-il remonter à la grande comète 
de i86a, pour se souvenir d'une comète véritablement 
populaire. Voici les éléments de la deuxième comète 
de 1869, calculés par M. Leveau. 

Passage au périhélie 1869, oei. 9, 55 103, t» m. de Paris* 

o . , 

Longitude du périhélie 1 89 . 30 . 43 , 5 

Longitude du no(*ad 311.27.53,0 

Inclinaison... m. 33. 54, o 

Log. distance périhélie 0,090056 

La comète III, 1869, a été également découverte par 
M. Tempel, le 27 novembre. 

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COMÈTES OBSERVÉES EN 187O. Il-} 

Cette comète paraissait une masse nébuleuse de 
douze à quinze minutes de diamètre, sans noyau ; elle 
n'était pas très-lumineuse au centre, ce que les co- 
mètes rondes montrent d'ordinaire. Avec un faible 
grossissement, on voyait au milieu la pulsation de 
plusieurs points aussi brillants que les amas des étoiles 
de deuxième grandeur. | 

Voici les éléments paraboliques de cette comète, 
calculés par M. Bruhns. 

Passage au périhélie 1S69» ^^' ^o* ^* "*• ^ Berlin, 

Longitude du périhélie t^i^bi.ii 

Longitude du nœud 393.40. i5 

Inclinaison 6.55. o 

Log. distance périhélie 0, 04^45 



COKinr&8 observées en 1870. 

L'année illustrée par la folie sanguinaire de deux 
peuples pris d*épîlepsie à Tordre de leurs chefs, a été 
marquée, au point de vue du budget cométaire, par 
trois découvertes nouvelles et une constatation de pé- 
riodicité fort précieuse. Malheureusement, plusieurs 
jeunes astronomes, sur lesquels la science fondait les 
plus grandes espérances, sont restés sur les champs 
de bataille ou sont tombés victimes indirectes de la 
guerre. 

Comète I^ iSyo.—La première comète de cette année . 
a été découverte, à TObseryatoire de Garlsruhe, par 
M. Winnecke, dans la nuit du 3o au 3i mai, et àMilan 



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ai8 DBHlfRBS TEAVAVX DB L*A8T1I0N0MIB. 

par M. Tempel, la môme nuit. Elle était ronde, assez 
brillante, et offhiit un diamètre de a'3o'. 

Cette nébulosité télescopique a pu être observée au 
spectroscope, à TObservatoire de Paris, par BIM. Wolf 
et Rayet. Son spectre paraissait se composer de trois 
bandes lumineuses, se détachant sur un fond continu. 
La plus brillante de ces bandes était celle du milieu; 
la deuxième était assez rapprochée de la première, du 
côté le moins réfrangible; la troisième, située de l'au- 
tre côté et un peu plus éloignée, était beaucoup plus 
pâle. L*extrôme faiblesse de la lumière de ces bandes 
n'a pas permis aux observateurs d'en déterminer les 
positions absolues; mais l'aspect en paraissait iden- 
tique à celui des spectres de comètes déjà observés. 
Uidentité ou du moins la ressemblance des spectres 
des diverses comètes, leur différence, au contraire, 
avec les spectres des nébuleuses proprement dites, 
sont des caractères précieux qui permettront sans 
doute un jour de déterminer la nature et l'origine de 
ces astres singuliers. 

Les observateurs ont été particulièrement frappés de la 
faiblesseduspectredecette comète, qui cependant était 
assez brillante pour être visible à l'aide d'un chercheur 
de 6 centimètres d'ouverture. Une nébuleuse du même 
éclat apparent donnerait un spectre facilement mesu- 
rable. Sans doute il faut remarquer d'abord que la lu- 
mière de la comète était, pour les observateurs, bien 
affaiblie par les premières lueurs de Taurore; mais les 
bandes lumineuses se détachaient sur un spectre con- 
tinu, particulier à la comète. En même temps, on re- 
connaît la double origine de la lumière de la comèt^^ 



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COMITES OBSERVÉES EN 187O. aig 

une lumière propre qui donne les bandes et une autre 
portion empruntée au Soleil. Que la lumière réfléchie 
existe en quantité très-sensible dans la comète, c'est 
ce que prouve le fait, constaté par les observateurs, 
que la lumière de cet astre était partiellement polarisée 
dans un plan passant par le Soleil • Cette polarisation 
était assez forte pour être démontrée à Taide d'un 
simple prisme biréfringent. D^ailleurs elle ne peut être 
confondue avec la polarisation atmosphérique. 

Voici les éléments paraboliques de cette comète 
calculés par M. Winnecke lui-même : 

Passage am périhélie 1870, juillet 1 3,906, t, m. de Berlin, 

o I a 
Longitude du périhélie 33? . 53 . 3; 

Longitude du nœud i4o. 3 .46 

Inclinaison 59.19.17 

Log. distance périhélie 9 1 99^79 

Comète II, 1870. — Cette comète a été découverte 
à rObservatoire de Marseille, dans la nuit du a8 au 
29 août, par M. Coggia. Vue au grand télescope Fou- 
cault, de o"*,8o de diamètre, elle avait Tapparence 
d'une nébuleuse ronde de deux minutes de diamètre 
environ, assez brillante, et montrait vers le centre un 
noyau caractérisé. Voici ses éléments paraboliques 
qui ont été calculés par M. Oppolzer, de Vienne ; 

Passage au périhéUe.iS-jOt sept* 3,833 1, t, m. de Berlin» 

o f « 

Longitude du périhélie 80 . 45 . 89 

Longitude du nœud ascendant.. 130.54. 53 

Inclinaison 99 . 35 . 35 

Log. distance périhélie^ . « < 0|359ia 



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a30 DKRmBIIS nATAlîX DE L*ASTnOX03:iC. 

Comète lU^ 1870. — La troisième comète de 1870 
est la comète périodique de d'Arrest, que l'on avait 
perdue de vue depuis 1867, et que l'on a heureuse- 
ment retrouvée, non pas brisée comme celle deBiela, 
mais en excellent état astronomique. 

M. YvonVillarceau et M. Leveau ont appelé Fatten- 
tion de TAcadémie des Sciences sur ce retour pré- 
cieux. Depuis vingt-cinq ans environ, dirons-nous 
avec le doyen des astronomes de l'Observatoire de 
Paris, l'Astronomie s'est enrichie delà découverte de 
plusieurs comètes périodiques; l'intérêt qui s'attache 
à ces astres atteint, s'il ne dépasse, celui qu'ont fait 
naître les nombreuses petites planètes découvertes 
pendant le même laps de temps. C'est qu'en effet la 
grande inégalité des distances auxquelles les comètes 
se trouvent du Soleil, dans les diverses régions de 
leurs orbites, est de nature à mettre en évidence, avec 
le temps, TinQuence du milieu éthéré sur leurs mou- 
vements, si celte influence est appréciable. Toutefois 
un semblable résultat ne pourra être obtenu qu'au 
moyen d'une grande persistance de la part des astro- 
nomes qui se livreront aux calculs des perturbations; 
les observateurs eux-mêmes ne devront pas céder au 
découragement, à la suite de recherches infructueuses 
poursuivies pendant des mois entiers. De nos jours, 
les astronomes ont perdu les traces de deux comètes 
périodiques : celles de Vico et de Biela : les causes 
qui ont produit, sous nos yeux, le dédoublement de la 
dernière n'en auraient-elles pas produit plus tard la 
dispersion? Ces deux comètes ont-elles simplement 
éprouvé des diminutions d'éclat, dues à des causes 



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COMÈTES OBSERVÉES EN 187O. a3l 

inconnues et qui n'agiraient que passagèrement , de 
telle sorte qu'on ne dût pas perdre Tespoir de les re- 
trouver? C'est ce qu'on ignore entièrement. Les cir- 
constances dans lesquelles le retour de la comète de 
d'Arrest a été observé nous paraissent dignes de 
toute l'attention des astronomes, et de nature à en- 
courager à la fois les astronomes calculateurs et les 
observateurs. Cette comète a failli avoir le sort des 
comètes de Biela et de Yico : grâce à la persévérance 
des astronomes, il en a été autrement. 

Découverte dans le courant de l'été de 1 85 1 , la comète 
de d'Arrest a été observée jusqu'au 6 octobre de la 
méaie année. Dès le premier mois, M. Villarceau avait 
reconnu que la durée de sa révolution était d'environ 
six années, et, par l'ensemble d'observations qui em- 
brassaient un intervalle d'un peu plus de trois mois, 
il avait fixé le retour au périhélie à la fin de 1857. 
Une épbéméride ayant été préparée en conséquence^ 
il fut aisé de reconnaître que le retour ne pourrait 
être observé dans notre hémisphère : heureusement il 
existait au moins un Observatoire anglais dans l'hémi- 
sphère austral, et M. Maclear, prévenu à temps, a pu 
retrouver la comète au Cap de Bonne-Espérance. Les 
observations de M. Maclear lui ont valu le prix d'As- 
tronomie que l'Académie des Sciences accorde aux 
découvertes des comètes ; ces observations ont montré 
que le retour au périhélie n'était en désaccord avec le 
calcul que d'un demi-jour : un tel résultat était aussi 
satisfaisant f|U'i> fût permis de l'espérer. La durée de 
la révolution et, par suite, le demi-grand axe de l'or- 
bite, se trouvant dès lors connus avec une suffisante 



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23a DERNIERS TEAVAUt DE l' ASTRONOMIE. 

exactitude, M. Villarceau a pu faire le calcul des per- 
turbations entre les deux apparitions de i85i et iSSjy 
et corriger les éléments déduits de la première appa- 
rition. Toutefois les résultats du calcul restaient encore 
affeclés d'une légère indétermination, telle que la lon- 
gitude moyenne s de Tépoque, par exemple, €ontient 
une partie indéterminée ^s, dont les limites étaient 
fixées à — 14' et +22' : les autres éléments sont des 
fonctions de cette indéterminée; l'indétermination ne 
pouvait être levée que par de nouvelles observations. 

Pour préparer ces observations, il a fallu calculer 
les perturbations jusqu'en 1864, année du retour sui- 
vant de la comète à son périhélie. Or ces perturbations 
ont été très-considérables, surtout en i86a, où la co- 
mète s'est approchée de Jupiter jusqu'à une distance 
égale aux trois-dixièmes de la distance du Soleil à la 
Terre : elles ont eu pour résultat, entre autres» d'aug- 
menter la durée de la révolution de plus de deuac mds. 
Le calcul des perturbations a été fait en attribuant la 
valeur zéro à Tindéterminée St, Or, à une aussi faible 
distance de Jupiter, les perturbations ainsi calculées 
ne pouvaient-elles pas être affectées d'erreurs prove* 
nant de l'impossibilité d'appliquer à Bt sa véritable 
valeur? 

Quoi qu'il en soit, une éphéméride avait été préparée 
pour les observations à tenter en 1864. En cette année, 
les conditions d'élongation et de distance à la Terre 
se sont trouvées trè&défavorables : à la rigueur, on 
ne devait pas renoncer à découvrir la comète, avec 
la plus grande lunette qui a permis de constater en 
Amérique la réalité de l'existence du compagnon de 



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COKàTBS OBSERVÂBS EN 1870. a33 

Sirius. Néanmoins les tentatives faites pour la re* 
trouver n'ont eu aucun succès. Ne désespérant pour- 
tant pas encore de poursuivre cet astre mystérieux 
jusque dans ses derniers retranchements, U. Villar- 
ceau reprit son plan de travail, et, ne pouvant effectuer 
lui-même les calculs, en chargea M. G. Leveau, alors 
notre collègue au Bureau des calculs de TObservatoire 
et actuellement astronome-adjoint. 

Les variations des effets des perturbations et celles 
correspondantes de l'indéterminée s se sont trouvées 
très-sensiblement proportionnelles; ce qui a offert une 
vérification de l'exactitude des calculs effectués de 
vingt en vingt jours à l'époque des grandes pertur- 
bations. Des calculs ayant été poursuivis jusqu'à l'an- 
née 1870, M. Leveau en a déduit les positions géo- 
centriques de la comète, correspondant aux valeurs 
limites de l'indéterminée, et a pu calculer uneéphémé- 
ride pour la recherche de la comète en 1870. 

Supposant, suivant l'usage, l'intensité de l'éclat de 
l'astre en raison inverse des carrés des distances de 
la comète au Soleil et à la Terre, et ayant égard aux 
élongations, M. Leveau a pu émettre l'opinion que la 
comète se présenterait, en 1870, dans d'excellentes 
conditions de visibilité. 

D'après l'expression admise de l'intensité d*éclat, la 
comète devait présenter, au commencement de mai 1 870, 
la visibilité qu'elle possédait encore à l'époque où 
M. Maclear cessa de l'observer au Gap de Bonne-Espé- 
rance en i858. On pouvait ainsi raisonnablement es- 
pérer de découvrir la comète, avec le grand télescope 
de l'Observatoire de Marseille, bien avant le commen- 



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a34 DBBlflBM TIATAUX VB L'AmONOVIB. 

eementde mai. L'époque théorique du maximum d'é- 
clat devait avoir lieu dans la deuxième sem^ne de 
septembre. Ne recevant de Marseille que des rensei- 
gnements négatifo au sujet des recherches qui y avaient 
été entreprises, on commençait à désespérer de retrou- 
ver la comète, lorsque le dernier numéro des ^stn)- 
nomisehe Nachnchtex^ qui a pu pénétrer à Paris lors 
de l'investissement, est venu rendre un pea d'es- 
poir. M. Winnecke y annonçait avoir olûervé, le 
3i août, à Carisrube, une nébulosité dans le voisinage 
du lieu attribué à la comète de d'Arrest par Téphémé- 
ride de M. Leveau : il n'avait pas été poec^e de 
reconnaître si l'objet aperçu était une nébuleuse ou 
la comète ; le ciel s'était couvert presque aussitôt. 

Après le premier siège de Paris, parmi les premiers 
envois d'ouvrages scientifiques qui nous sont parvenus, 
les Monthfy Notices de la Société royale astronomique 
de Londres apprirent que c'était bien la comète de 
d'Arrest qui avait été retrouvée. 

Avant son passage au périhélie, la comète a été très- 
faible, ce qui suffit à expliquer lihutîlité des tentatives 
faites pour la retrouver avant cette époque ; puis elle a 
acquis rapidement un éclat qu'elle parait avoir conservé 
assez longtemps. On a souvent écrit, et l'on répète en- 
core, que les comètes acquièrent tout leur éclat après 
leur passage au périhélie. Bien que cette assertion 
puisse être considérée comme générale, on ne saurait 
nier qu'elle s'appliquftt particulièrement aux comètes 
dont les orbites sont très-allongées, les seules que l'on 
connût à l'époque où cette assertion s'est produite; 
mais on ne devait pas s'attendre à ce que le phéno- 



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COMÈTES OBSERVÉES EN 187O. 2l35 

mène de la variation d*éclat, due aux inégalités de 
distance an Soleil, fût aussi prononcé pour les comètes 
dont les orbites sont relativement peu excentriques. 

Les circonstances de l'apparition de la comète de 
d'Arrest, en 1870, devront mettre en garde les obser- 
vateurs, au sujet des indications fournies par une 
théorie imparfaite des variations d'éclat des comètes. 

Par l'exposé qui précède, on reconnaîtra la néces- 
sité de ne pas se lasser de poursuivre de longs et pé- 
nibles calculs, et de ne pas abandonner trop tôt les 
recherches dans le ciel , si Ton veut conserver à la 
science les comètes périodiques dont rintérèt a été 
accru pendant ces dernières années par la présomption 
d'une origine commune avec les essaims d'étoiles 
filantes .De toutes les comètes périodiques qui n'ont pas 
cessé de nous revenir, la comète de d'Àrrest est peut- 
être la plus intéressante au point de vue des pertur- 
bations; aucune autre n'a été suivie aussi près de 
Jupiter. 

Voici les éléments elliptiques de cette comète, cal- 
culés par M. Leveau : 

Pasioge au périhélie; 1870, sept, 33, 3^ 11°' matin, 
t, m, de Paris, 

o r « 
Longitude du périhélie 3i8.4o.5o 

Longitude du nœud ascendant. . . i/|6. 35,33 

InclinaiBon 16.39.13 

Distance périhélie i , 38038 

Distance aphélie 5,733i 17 

Excentricité 0,634904 

Durée de la révolution e**"*, 667 

M ouYement Direct. 



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a36 DBAIflBRS TftATAin DB L'âSTBONOIIIB. 

Comète IF y 1870. — Cette comète a été découverte 
pendant la guerre, comme les deux précédentes, par 
M. Winnecke, à Garlsruhe, dans la soirée du a3 no- 
vembre. Elle n'a été l'objet que d'un petit nombre 
d'observations. Cependant l'auteur de la découverte a 
pu réunir les éléments indispensables pour calculer 
Torbite parabolique, qu'il a évaluée dans les termes 
suivants : 

Patsag9 au périhélie; 1870, déc, 19,836, ^ m. de Berlin. 

o t 9 
Longitude du périhëlie 9.25 .8 

Longitude du nœud ascendant. ... 94 . 1 4 • 9 

Inclinaison 30.14.7 

Log. distance périhélie 9,63!i44 

Tels sont les astres chevelus observés pendant 
l'année 1870. Le premier a été intéressant par son 
spectre. La comète de d'Arrest a été mieux reçue en- 
core dans le monde astronomique , parce qu'on avait 
craint pour ses jours^ et qu'on la supposait déjà tombée 
dans le cimetière des comètes défuntes. Heureusement 
elle n'a pas encore eu le sort de ses aînées Yico et 
Biela. 

L'observation la plus curieuse faite sur ces corps 
mystérieux est celle des petits points lumineujc qui 
parsemaient le noyau de plusieurs d'entre eux, et qui 
semble précisément apporter un témoignage nouveau 
en faveur de la parenté des comètes et des étoiles 
filantes. 



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COMÈTBS OBSEavéfiS EN 1871, 237 



£es ooiÉinnBs bs vaxkèib x87i. 

On a découvert ou observé cinq comètes pendant 
Tannée 1871, dans leur passage à proximité de la 
Terre. Elles sont toutes télescopiques. 

Comète /, 1871. — Le 7 avril, à 8 heures du 
soir, Tastronome Winnecke, de l'Observatoire de 
Carlsruhe, découvrit, dans la constellation de Persée, 
une comète petite et pâle dont l'éclat s'accroissait de 
jour en jour. Dans la soirée du 11 avril, une trace bien 
définie de queue commença à paraître, et, deux jours 
plus tard, on la remarqua à l'Observatoire de Mar- 
seille pourvue d'un noyau et d'une queue en éventail 
dirigée du sud au nord. Au moment où elle fut décou- 
verte elle ^e trouvait à une distance septentrionale de 
réquateur, égale à 54 degrés environ ; elle s'avança 
rapidement jusqu'à l'équateur même, mais bientôt se 
trouva trop voisine de rhorizon pour pouvoir être 
observée. Les dernières observations sont du 14 et du 
i5 mai. M. Weiss, astronome de l'Observatoire de 
Vienne, en a calculé les éléments paraboliques que 
voici : 

Passage au périhélie; 1871, /«m io,44» ^* "»• de Berlin, 

Longitude du périhélie 1 4 2 . a6 . 39 , 9 

Longitude du nœud ascendant. 379 . 34 .33,8 

Inclinaison 87.35.37,4 

Log. distance périhélie 9,81 1984 

Mouvement • . Direct. 



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a38 L*A8TnoNOHis BN 1871 sr 187a. 

L*éclai de cette comète t permis à M. Vogel, astro- 
nome de rObeervatoire de Bothkamp, de lui appliquer 
les dMervatiolis apectroBCopiquet. Son spectre était 
composé de deux bandes lumineuses séparées, l'une 
jaune, l'autre verte, se projetant sur un fend pareille- 
ment lumineux, mais pifide et continu. L'observateur 
n'a pas réussi à identifier ce spectre avec celui de l'hy- 
drogène carboné ; cependant il put s'assurer que les 
deux bandes lumineuses coïncidaient avec les deux 
premières des trois, observées par Hu§^ns, dans le 
spectre de la comète de Brorsen, dont nous avons 
parlé (t. Œ, p. an). En dernière analyse, le spectre 
de la comète l de 1871 s'approche de ceux qui ont 
déjà été observés sur les autres comètes, et cette res- 
semblance des spectres des différentes comètes, non 
moins que la différence qui sépare ces spectres de 
ceux de nébuleuses proprement dites, offre une cer- 
taine valeur qui pourra conduire un jour â nous faire 
connaître la nature intime de ces curieux corps cé- 



Comète 77, 187 1. — Cette comète fut découverte le 
14 juin à II heures du soir, par M. Tempel, à l'Ob- 
servatoire de Milan; elle apparaissait comme une 
tache diffuse p&le et faiblement lumineuse, large de 3 
à 4 minutes, sans forme bien distincte et sans noyau. 
Elle conserva cet aspect pendant toute la durée de son 
cours visible, qui s'étendit de juin jusqu'au milieu 
d'août. M. Tempel remarqua que sa partie centrale, 
lorsque le ciel était très-pur, paraissait marquetée 
comme si elle avait été formée d'un grand nombre 
de petits points lumineux. Voici les éléments parabo- 



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COMÈTES OBSERVÉES EN 187I. 289 

liques qui en ont été calculés par M. Schulhof, de 
Vienne. 

Passage au périhélie; 1871, juillet' 26,99, '• '"• ^ Berlin. 

o t « 
Longitude du périhélie 3o8. 10 . 47>a 

Longitude du nœud ascendant. 311 .56.58,0 

Inclinaison 101.59.36,0 

Log. distance périhélie 0,034819 

MouToment Rétrograde. 

Comète III, 1 871. — La troisième comète observée 
cette année a été la comète périodique d'EncAe, dont 
nos lecteurs connaissent les éléments et rhistoire.ElIe 
est passée au périhélie le ag décembre, à a^ 2a" du 
matin (temps de Paris). Elle s'affaiblit de jour en 
jour. 

Comète IF^ 1871. —Comme la précédente, cette 
comète appartient aussi au nombre des périodiques. Elle 
a été découverte par Tastronome Tuttle (dont elle 
porte le nom) à Cambridge (États-Unis), le 4 jstn* 
vier i858. M. Tuttle, en Amérique, et M. Paye, en 
Europe, firent presque aussitôt la remarque que ses 
éléments paraboliques ressemblaient beaucoup à ceux 
de la seconde comète de 1790, découverte par Mé- 
chain. Bientôton reconnut que les observations de i858 
ne pouvaient s'accorder avec une orbite parabolique ; 
M. Bruhns détermina les éléments elliptiques de cette 
comète, fixa la durée de sa révolution à i3*™,66. L'in- 
tervalle de 1790 à i858, comprenant cinq révolutions 
de la comète, elle devait être revenue quatre fois : en 
i8o3, en 1817, en i83o et en 1844, sans avoir été 



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a40 L*A8TB01fOIIIB BN 187I BT 1872. 

aperçue, et elle devait revenir de nouveau en 1871. 
On comprend l'importance qu'il y avait à vériGer celte 
prédiction. M. Luther a publié, dans le n"" 1840 des 
Astronomische Nachrichten^ les éléments de la co- 
mète calculée pour son retour, en 1 871, par le jeune 
D. Tischler, une des victimes de la dernière guerre 
(il a été tué sous les murs de Metz). M. Uind a déduit 
de ces éléments une épbéméride qu'il a publiée dans 
les Monthly Notices de la Société astronomique de 
Londres ( cahier de mai 1871 ). A l'aide de cette épbé- 
méride, M. Borrelly a retrouvé la comète, dans la nuit 
du la au i3 novembre. Ainsi la comète de Tuttle peut 
être mise définitivement au nombre des comètes pé- 
riodiques. 

Elle parut, pendant toi^e sa durée, sous la forme 
d'une nébulosité pâle, diffuse, mal définie, allongée du 
nord-ouest au sud-est, et s'étendant sur une longueur 
de 3 minutes environ. Voici les éléments elliptiques de 
cette comète périodique, calculés par M. Tischler : 

Passage au périhélie ; 1871, nov, 3o, li** 18™ *oi>, 
t, m, de Paris, 

o t f, 

Longitude du périhélie 116. 4 • 36 

Longitude du nœud ascendant.. 369.17.13 

Inclinaison 54.17.00 

Distance périhélie i , o3oi i 

Distance aphélie 10,48394 

Excentricité o,83io54 

Durée de la rérolution 1 3»^, 8i i 

Monvement Direct, 



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COMÈTES OBSEEYÉES EN 187I. a4l 

Comète F, 1 871. — La découverte de cette comète 
est encore due à l'infatigable persévérance de M. Tem- 
pel (*) et a été faite par lui à TObservatoire de Milan, 
dans la soirée du 3 novembre. Elle était excessivement 
faible, ronde et un peu plus dense dans sa région cen* 
traie, sans pourtant offrir un véritable noyau; son 
diamètre mesurait environ a^'So^. On Fa observée 
à Milan, Leipzig, Garlsruhe, Vienne, Hambourg, Flo- 
rence, Athènes, etc., et, de ces différentes observa- 
tions> M. Schulhof a déduit les éléments paraboliques 
qui suivent : 

Passage au périhélie; 1871, dée, ao,3.{, t. m, de Berlin» 

' 9 
Longitude da périhélie a8./|5.38,7 

Longitude du nœud ascendant. i46.49*5i|4 

Inôllnaison 98. âo. 34*3 

Log. de la distance périhélie. . . 9 , 846679 

MouTement Rétrograde. 

Tel est le riche bilan cométaire des années 1869, 
1870 et 187 1. Par un contraste digne de remarque, on 
n'a pas découvert une seule comète pendant Tan- 
née 187a, si ce n'est le vestige remarqué à Madras par 
M. Pogson, dans les régions où doivent flotter les 
épaves de la comète de Biela. 

(*) Infatigable, en eflTet, malgré bien des obstacles, bien 
des malheurs, et peu d'encouragements de la part de la 
France. Nous nous faisons un devoir de publier le tableau 
suivant des découvertes de M. TempeL 



Flammarion, — V« Il 

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lÀste des décomeries €istroi 



DATBS BT LIEUX DK LA OÉCOOVSRTB. 



1859 



1859 ' 



3 avril f 8 heures. 
Venise, sur l'Escalier Lombard. 



19 octobre. 
Venise, sur TEscalier Lombard. 



IggQ ( 32 octobre, 16 heures* 

\ Observatoire de Marseille, sur la Terrasse. 
I 

lggl ( 4 mars, i3 heures. 

Observatoire de Marseille, sur la TerrAsse. 



1861 



1862 



8 mars, 1 1 heures. 
Observatoire de Marseille, sur la Terrasse. 



i««^ juillet, 11^45". 
Rue Pythagore, 10, à Marseille, dans le Jardin. 



1862 



h 



1863 S 
1863 |; 
1863 f 

1863 \ 
f 

1864 J; 

r 

1864 ^ 



39 août, 10 heures. 
Rue Pythagore, 10, par la Fenêtre. 

16 avril, 3 heures, matin. 
Rue Pythagore, 36, dans le Jardin. 

6 octobre, 9 heures. 
Rue Pythagore, 36, par la Fenêtre. 

i3 octobre, i5 heures. 
Rue Pythagore, 36, sur la Terrasse. 

4 novembre, 17 heures. 
Rue Pythagore, 36, dans le Jardin. 

4 juillet, 13^30». 
Rue Pythagore, 36, dans le Jardin. 

3o septembre, 8 heures. 
Rue Pvthagore, ^36, par la Fenêtre. 

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aume TempeL 



fi 
)ur8e. 



OBSERVATIONS. 



Quelle histoire ponrrais-je faire de cette première 
décoarertet... Cette comète aura probablement ren- 
contré et dérangé la fameuse double comète de Biela, 
qui a fait défaut par sa non-apparition, en 1 865-66» 
à toutes les recherches et à tous les calculs. 
( Mentionnée dans aucun catalogue, pas même dans 
^'^P* < les deux Herschel . (Foir les Astronomische Nachrich' 
»*»•**••• (re/i, janvier 1861.) 

( Observée seulement une fois après moi, par M. Vil- 
lion. 1 larceau, à Paris, le 34 octobre, et vue plus tard, par 
( M. Tuttle, en Amérique. 
( Baptisée par M. Valz Jingelina(^\ en mémoire 
^mçQ^ \ des travaux astronomiques du baron de Zach faits à 
^ * ( N.-D.-des-Anges, sur le mont de Mimet, près Marseille. 

I Baptisée par M. Steinheil Maxindliana (65), nom 
qui fut changé, par les astronomes allemands, en 
Cybèle, Cette planète est, avec Sylvie ^ la plus éloignée 
de toutes du groupe entre Mars et Jupiter. 

! Découverte le même soir, à i o^ 3o™, par M. Schmidt, 
à Athènes. La marche fut, les premiers jours, de 
34 degrés en vingt-quatre heures. Cette comète est 
la première que le Directeur d'un Observatoire im- 
périal ait défendu d'observer. 

nwtral.l Baptisée par M. de littrow GaUuhée (74}. 
*égase. 

iau. 

( Découverte déjà le 9 octobre, par M. Becker, à 
^^^' \ Nauen, près Berlin. 

\i S ^ comète avait, le jour de la découverte, une 
k)npe. ( queue de a^So' de longueur. 

(La comète fut visible à Tœil nu le matin seulement. 
Le 3o juillet, elle traversa les Pléiades. Le 5 août, 
elle avait une queue de 6 degrés environ, tandis que 
M. Schmidt, à Athènes, estima sa longueur à 33*. 

nstral.l Baptisée par M. Peters, à Altona, Terpsrchore (81) 

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(Découverte déjà le la avril, par M. Respighi, à Bo- 
logne (Italie). 

! Découverte déjà le i4 septembre par M. Watson, 
en Amérique. 



Liste des décowertes asin 



DATES ET LIEUX DE LA OiCOCTERTE. 



1865 I 

I 

1867 



1867 I 



I 
18^1 

I 
1869 I 

1869 I 

I 

1870 I 

I 

1871 I 

I 

1871 I 

I 
1873 I 

I 



19 décembre, 8 heures. 
Rue Pythagore, aô, sur la Terrasse. 

38 janvier, 9 heures. 
Rue Pythagore» a6, sur la Terrasse. 



3 avril, 10 heures. 
Rue Pythagore, a6, par la Fenêtre. 



I 17 février, 11 heures. 

Rue Pythagore, a6, par la Fenêtre. 



29 juin et la août. 
Rue Pythagore, a6, sur la Terrasse. 

II octobre, i5 heures. 
Rue Pythagore, a6, dans le Jardin. 

a7 novembre, 9 heures. 
Rue Pythagore, a6, sur la Terrasse. 

3o mai, i3*»3o«». 
Rue Pythagore, a6, sur la Terrasse. 

i4 juin, 1 1 heures. 
Observatoire de Milan. 

3 novembre, 6 heures* . 
Observatoire de Milan. 

3 juillet, 131» 3o". 
Observatoire de Milan. 



( 1% il\ 111% IV*) Décoarerle» pour lesquelles M. Tempel refvt les pr 



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iaume Tempe! (suite). 



OBSEBTATIOKS. 



Q t Comète périodique de 33 ans. C'est cette comète 
^'^ qui est devenue si célèbre depuis par sa connexion 

nurse. ^ j^ygç Içg étoiles filantes du i4 novembre. 

I y i Découverte déjà le 22 janvier, par M. Coggia, à 
ier. ) rObservatoire de Marseille. 

Comète périodique de 5 '/^ ans environ. Elle avait 
une marche si lente qu'elle resta plus d'un mois 
dans le même carré d'un degré, et du ai au 34 avril 
stationuaire au même point du ciel. Elle était très- 
faible et petite. Cette comète passa de nouveau à 
sou périhélie, le 5 mai 1873. 



bce. 



terçe. 



(Baptisée, par la Société des Sciences naturelles de 
Cherbourg, Clotho (97). 

(Déjà découverte par le Dr Winnecke, à Carsl- 
ruhe, le 9 avril : la même comète, avant et après son 
périhélie, trouvée deux fois indépendamment par 
suite de l'absence d'éphémérides et de nouvelles. 

I Observée seulement peu de temps à cause de sa 
marche vers l'hémisphère austral (I'^). 

p. ( Comète excessivement faible et à peine estompée; 
i^egase. | p^jy^nt de 4' à 6' do diamètre (II*). 

/ Découverte, suivant l'assertion de M. de Littrow , 
nède. ' vingt minutes plus tôt dans la même nuit, par le 
{ Dr Winnecke à Carslruhe. 

1^ / Observée jusqu'au 30 septembre à Hambourg, 
n».,»^ } Probablement une des plus faibles comètes qu'on 
""'^- 1 ait découvertes (III*). 

I Après avoir parcouru tout l'hémisphère austral , 

I elle aurait dû remonter de l'autre côté de l'équa- 

bieski. <teur en mars 1873. On ne l'a pas vue en Europe, 

' jmais bien dans l'Amérique du Sud (Cordoba) jus- 

\ qu'au 19 février 1873 (IV*). 

i Comète périodique de 6 ans environ, d'après les 
' ( calculs de MM. Schulhoff et Hind. 

I 



bie des Scieacet de Vienne ( Aotrlehe ). 

\ 



y Google 



a46 L'AsraoNoluB en 1871 bt 187a. 



xn. 

mm XB71 mr sstsj 



n y a ea quatre éclipses en 1871 : deux de Lune e| 
deux de Soleil. Les deux éclipses de Lune ont eu lien 
aux dates du 6 janvier et dua juillet ; les deux éclipsej 
de Soleil aux dates du 17 juin et du la décembre, 
ces quatre éclipses, aucune n'a été observée en Fi 
La première seule, du reste, y eût été visible^si Tel 
du ciel l'avait permis; mais nous n'avons eu cette nuil 
là que des obus prussiens dans le del de Paris 

L'éclipsé du la décembre était la seule importani 
et précieuse pour les progrès de l'Astronomie : c'él 
une éclipse totale du Soleil, sur l'observation de 
quelle on fondait de grandes espérances, qui n'ont 
été déçues. Le principal intérêt qu'elle devait ol 
était de permettre d'étudier spécialement la nature 
la couronne lumineuse, qui se montre dans ces instani 
solennels autour du Soleil éclipsé. Nous avons vu, 
dans nos précédents volumes, les résultats obtenus 
l'étude des protubérances, pendant les éclipses de i868{ 
1869 et 1870. Il s'agissait plus exclusivement ici di 
phénomène mystérieux de la couronne. 

M. Janssen, auquel la science était déjà redevabli 
de si beaux résultats sur l'analyse spectrale des protu 
bérances, a voulu poursuivre sa mission en se rendanl 
dans rindoustan pour observer aussi cette éclipse to- 



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ÉCLIPSES OBSERVÉES EN 187I ET 1872. ^47 

taie de Soleil, qui devait compléter ses études précé- 
dentes. Le ciel favorisa sa persévérance. 

La ligne centrale de totalité devait passer par le nord 
de l'Australie, à Java, au nord de Ceylan et sur le con- 
tinent indien. L'Angleterre se préoccupa naturelle- 
ment des observations de Tlnde, et elle fit, dans cette 
circonstance, des sacrifices considérables qui sont tout 
là son honneur. Par les soins de l'Association britan- 
fBique, une Commission d'une douzaine d'observateurs, 
dirigée par Téminent M. Lockyer, fut organisée et 
ifeçut la mission de s'échelonner en quatre ou cinq 
stations, depuis Ceylan jusqu'à la côte de Malabar. 
Outre cette expédition, MM. le colonel Tennant et le 
lieutenant Herscbel, qui avaient pris une si belle part 
aux observations de 1868, reçurent du gouvernement 
des Indes la mission d'aller observer sur lesNeelgher- 
ries. Le savant M. Pogson, directeur de l'Observatoire 
de Madras, était chargé d'une mission semblable par 
lord Napier. Enfin de nombreux officiers et amateurs 
se préparaient de tous côtés à apporter leur concours 
à ces travaux: telle était la part considérable de l'An- 
gieterre. L'Italieallait être bien dignement représentée 
par M. Respighi, qui applique à Rome, avec tant de 
succès, la méthode des protubérances. La Hollande 
avait à Java un astronome distingué, M. Oudemans. A 
l'extrémité de la ligne centrale, en Australie, le phé» 
nomène ne devait pas être moins bien étudié; les 
excellents Observatoires que possède maintenant cette 
belle colonie anglaise s'étaient mis en mesure d'en- 
voyer au nord des astronomes habiles pourvus des 
meilleurs appareils. 



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948 L*Afn01IO]UB BM 187I BT 1879. 

Rëmimons d'abord les obseryttions faites par notre 
•avant compatriote, diaprés le Rapport qu'il en a ré- 
digé lui-même au Bureau des Longitudes. 

M. Janssen n'avait point étudié la couronne; mais, 
depuis, ayant beaucoup médité sur les observations de 
1868, 1869 et 1870, il était arrivé à cette conviction 
que la principale difficulté rencontrée dans l'analyse 
spectrale de la couronne devait provenir du manque 
d'intensité lumineuse. On sait, en effet, que nos spec- 
tres célestes dérivent d'un faisceau lumineux de iV ^t» 
de millimètre de largeur que le prisme étale sur une 
surface quelques centaines de fois plus considérable. 
Or, dans les lunettes ordinaires, l'image de la cou- 
ronne est-elle assez vive pour supporter un tel aflfoi- 
blissement et donner encore un spectre où l'œil puisse 
percevoir de délicates lacunes de lumière? L'affirma- 
tive paraissait bien douteuse; il devait y avoir là l'ex- 
pUcation de plusieurs fiûts peu admissibles, signalés 
parla plupart des observateurs en 1868, 1869, 1870, 
notamment la continuité du spectre ooronal^ résultat 
qui conduirait à admettre dans la couronne la présence 
de corps solides ou liquides incandescents. La première 
condition à réaliser était donc d'obtenir un spectre de 
la couronne suffisamment lumineux. 

M. Janssen eut alors la pensée de construire un té- 
lescope tout spécial, où les conditions optiques qu'an 
instrument de ce genre doit réunir seraient sacrifiées, i 
dans une mesure admissible, pour tout reporter sur le 1 
pouvoir lumineux. 11 reconnut, par un essai préalable, 
sur un miroir de 16 centimètres, queTon peut réduire 
la distance focale principale d'un miroir à n'être que 



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L*éCLIPSB DU II DÉCSMB&B 187I. ^49 

le qnadraple de son diamètre et obtenir encore des 
images sufiBsamment pures pour l'objet qu'il avait en 
Yue. Or un miroir dont la distance focale est seule- 
ment quadruple de son diamètre donne une image 
seize fois plus lumineuse que celle d'une hinette astro- 
Domique de même ouverture et qui aurait un foyer 
quatre fols plus long. 

Ce point fixé, il fit construire un miroir de 38 cen- 
timètres de diamètre, qui prit un foyer de i"',4a; le 
rapport de l'ouverture au foyer était encore un peu plus 
grand que celui de i à 4, et cependant, avec un bon 
chois d'oculaires, l'instrument montrait dans Jupiter 
des détails au delà des deux larges bandes équatoriales 
bien connues. 

Mais il était un ^vitre desideratum également impor- 
tant. On sait que, dans les recherches d'analyse spec- 
trale céleste, on se trouve dans la nécessité d'associer 
à la lunette qui porte le spectroscope une seconde 
lunette faisant fonction de chercheur, pour diriger Tin* 
strument analyseur sur le point que l'on veut étudier. 
De cette disposition résulte la nécessité de deux ob- 
servateurs : celui qui dirige le chercheur et celui qui 
étudie les spectres. Il y a là un grand inconvénient : 
l'observateur .qui étudie analytiquement les. phéno» 
mènes d'une éclipse a le plus grand intérêt à les voir 
lai-môme, et cela tant au point de vue de Finterpré- 
talion qu'il doit en donner que pour se guider dans le 
choix des points où devra porter son investigation. 

Il était donc très-important de trouver une combi- 
naison optique qui permit à :1a même personne de 
remplir les deux rôles. Ce résultat fut obtenu par une 

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S50 L'imOHOIIIB Bf 1871 R 187»; 

diepotitioii partiailière da chercheiir. L'oeulaire de 
oet iosUimieiii Ait muni d*abord d'aa prisme à ré- 
llexkm totale, pour rendre te direction de visée paral- 
lèle à celle du spectroscope; ensuite l'axe optique de 
ce chercheur fut amené à une distance du spectro- 
scope égale à celle qui sépare les centres pupillaires 
des yeux. 

Cette disposition si simple permet alors d'observer 
avec les deux yeux, et il suffit de fermer altemaUve- 
ment l'un ou l'autre pour obtenir, soit l'image de la 
région étudiée, soit le spectre correspondant. 

Parmi les différents pays pour lesquels l'éclipsé de- 
vait être totale, M. lanssen choisît de préférence l'In- 
doustan; il parcourut le pays pendant un mois et, 
après avoir étudié les conditions météorologiques spé- 
ciales des différentes localités, s'arrêta au niurd de 
Geylan, sur la c6te occidentale de la chaîne des Ghauts, 
dans les monts Neelgherries. Il choisit son poste d'ob- 
servation sur une montagne dominant le village in- 
dien de Shoolor, latitude ii''27', longitude orientale 
74* aa'. Ce village est formé de quelques misérables 
cases et ses habitants vivent d'une maigre culture et 
de leur travail aux plantations de thé dirigées par les 
Anglais. 

L'astronome français fit construire une cabane, fit ap- 
porter ses instruments à dos d'homme, à travers un 
pays sans routes, et fut installé seulement trois jours 
avant l'éclipsé. La veille (11 décembre), et à l'heure où 
le phénomène devait avoir lieu, il fit en quelque sorte 
la répétition générale de te pièce qui devait se jouer 
le lendemain. 



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l'éclipsé du 12 PÉGRMBRB 187I. 25 1 

A 4 heures du matin, le jour de Téclipse, Tastro- 
nome était à son poste attendant avec impatience le 
moment de Tobservation. Comme il l'avait prévu, le 
ciel fut pur pour ce moment solennel, tandis que sur 
la montagne de Dodabetta, où s'étaient installés les 
Anglais, et que Ton voyait de loin, une couronne de 
nuage masquait le commencement de la totalité de 
Téclipse ; mais laissons la parole à M. Janssen lui-même : 

a La totalité approchait, dit-il; le ciel était d'une 
admirable pureté. Je m'étais immédiatement tracé un 
programme; car, l'éclipsé totale étant seulement de 
deux minutes, on ne pouvait songer qu'à quelques 
courtes observations, mais tellement choisies, qu'elles 
pussent lever définitivement les doutes qui planaient 
encore sur la nature de la couronne. 

2> Je devais m'attacher surtout à bien déterminer la 
véritable nature du spectre coronal, et si, comme je le 
prévoyais, il présentait les caractères d'un spectre de 
gaz, déterminer quels sont ces gaz et quels rapports 
de nature ils présentent avec ceux des protubérances; 
terminer en examinant si les données de l'analyse 
spectrale s'accordent avec celles de la polarisation. 
Mais, avant tout, je devais consacrer une quinzaine 
de secondes à l'examen de la couronne dans la lunette 
pour me former une idée exacte du phénomène et 
arrêter les points où l'étude spectrale devrait porter. 

D Cependant le Soleil va être complètement éclipsé: 
il est actuellement réduit à un mince filet lumineux 
qui bientôt se résout en grains séparés. Je fais tomber 
le verre obscur de la lunette et la couronne apparaît 
dans toute sa splendeur. 



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a5a l'astronoiiib bn 1871 et 187a. 

» Autour de la Lune brillent plusieurs protubé- 
rances d'un rose corail qui se détachent sur le fond 
d'une auréole doucement lumineuse de couleur blanche, 
mate et comme veloutée. 

» Les contours de cette couronne sontirréguliers,niais 
assez nettement terminés. La forme générale est celle 
d'un carré curviligne cintré sur le Soleil, et débordant 
celui-ci d'un demi-rayon dans les parties les plus 
basses, et de près du double vers les angles. Aucune 
diagonale n'a la direction de l'équateur solaire. Cette 
couronne présente une structure très-curievse dont 
on peut se servir pour résoudre plusieurs points de 
théorie. On y distingue plusieurs traînées lumineuses 
qui, partant du limbe lunaire, vont se rejoindre dans 
les hautes parties de la couronne. L'apparence est 
celle d'une ogive ou d'un pétale de Oeur de dahlia. 
Cette structure se répète tout autour de la Lune, et, , 
dans son ensemble, la couronne figure comme une 1 
fleur lumineuse gigantesque dont le disque noir de la | 
Lune occuperait le centre. , 

» Je m'arrache à l'extase dans laquelle cet incompa- 
rable phénomène m'avait jeté un instant pour exécuter , 
mon programme. J'examine si la couronne présente 1 
des dififérences essentielles au point de contact et au ' 
point opposé. Je ne trouve point de différence. Je suis | 
alors quelques instants le phénomène, afin de voir si 
le mouvement de la Lune va apporter quelques chan- 
gements importants dans la structure initiale de la 
couronne ; or rien de semblable ne se produit. Ces 
épreuves me donnent la conviction complète que jai 
devant les yeux l'image d'un objet réel situé au delà 



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l'éclipsb du la décembre 1871. a53 

de notre satellite, et dont celui-ci découvre les diverses 
parties par les progrès de son mouvement sur le Soleil. 

Fil 




» Ayant terminé cet examen, je reviens aux éI6nents 



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a54 l'astronomib en 1871 nr 187a. 

lumineux du phénomène. Ma yae ayant encore toute 
sa sensibilité» je commence par Texamen du spectre 
des parties les plus hautes et les moins lumineuses de 
la couronne. Je place la fente du spectroscope à deux 
tiers de rayon environ du bord lunaire. Le spectre se 
montre beaucoup plus vif quejenem'y attendais àcette 
distance, résultat qui tient évidemment au grand pou- 
voir lumineux de Finstrument et à Tensemble des dis- 
positions adoptées. Ce spectre n'est pas continu; j'y 
reconnais de suite les raies de Fhydrogène et la raie 
verte (dite i474) : c'est un premier point très-impor- 
tant. Je déplace la fente en restant toujours dans les 
hautes régions de la couronne : les spectres présentent 
toujours la môme constitution. 

» Partant d'une de ces positions, je descends peu à 
peu vers la chromosphère, examinant très-attentive- 
ment les changements qui peuvent se produire. A me- 
sure que j'approche de la Lune, les spectres prennent 
plus de vivacité et paraissent s'enrichir, mais ils res- 
tent semblables à eux-mêmes comme constitution 
générale. Dans les hauteurs moyennes de la couronne, 
de 3 à 6 minutes, la raie obscure D se perçoit , ainsi 
que quelques lignes obscures dans le vert; mais celles-ci 
sont à peine visibles. Cette observation prouve la pré- 
sence, dans la couronne, de la lumière solaire réfléchie ; 
mais on sent que cette lumière est noyée dans une 
abondante émission lumineuse étrangère. 

» J'aborde alors l'observation qui doit donner les rap- 
ports entre la couronne et les protubérances. La fente 
est placée de manière à couper une portion de la Lune, 
une protubérance et toute la hauteur de la couronne. 



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VicuvBg DU la picnoiiB 1871: a55 

» Le spectre de la Lune est excessivement pflle; il 
paraît dû principalement à l'illumination atmosphé- 
rique, et donne une mesure précieuse de la faible part 
que notre atmosphère peut prendre dans le phéno- 
mène de la couronne. 

» La protubérance donne un spectre très-riche et 
d*une grande intensité. Ses principales raies, et c'est le 
point capital, se prolongent dans toute la hauteur de 
la couronne, ce qui démontre péremptoirement Y&às- 
tence de Thydrogène dans celle-ci. 

» La raie verte (dite 1474), si vive dans le spectre 
de hi couronne, parait s'interrompre dans le spectre 
de la protubérance, résultat très-remarquable. Je donne 
encore quelques instants pour bien constater la cor- 
respondance exacte des raies de la couronne avec les 
principales raies de Thydrogène dans les protubérances. 

» D ne me reste alors que quelques secondes pour 
rétude polariscopique. La couronne présente les ca- 
ractères de la polarisation radiale ; de plus, le maximum 
d'effet ne s'observe pas à la base du limbe lunaire, 
mais à quelques minutes de son bord. 

» J'avais à peine terminé cette rapide constatation 
que le Soleil reparaissait. » 

Voici maintenant la discussion que H, Janssen fait 
lui-même de ses observations : 

Lorsqu'il s'agit d'un phénomène aussi complexe 
que celui de la couronne, il est nécessaire de faire 
concourir des méthodes variées à son étude; c'est 
pourquoi l'ingénieux observateur a cru indispensabte 
de considérer la couronne au triple point de vue de 
son aspect, de son analyse lumineuse, de ses mani- 



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356 L'aSIUONOHR BN 187I BT 187a. 

fostations po]ari8Copiques. Exposons ces diverses ob- 
servations. 

Voyons d'abord ce que nous montre la couronne 
pendant les premiers instants de la totalité. 

Nous avons vu que la structure générale de la cou- 
ronne a persisté pendant la durée de Téclipse. 

On ne pourrait donc admettre ici un effet de l'ordre 
des phénomènes de diffiraction, engradré à la surface 
de l'écran lunaire par des rayons rasant les bords de 
cet écran. En effet, reportons-nous aux circonstances 
géométriques d'une éclipse totale. Au moment où la 
totalité vient de se produire, le disque de la Lune est 
tangent en un point à celui du Soleil^ et va en débor- 
dant de plus en plus jusqu'au point opposé. La diffrac- 
tion se produirait donc, dans les circonstances physi- 
ques les plus différentes, aux divers points du limbe 
lunaire, et une auréole due à cette cause révélerait, 
par sa dissymétrie, cette diversité de conditions. 

En outre, une auréole de cette nature présente- 
rait un aspect incessamment variable pendant les di- 
verses phases de la totalité. Dissymétrique au début, 
elle se modifierait avec le mouvement de la Lune, et 
tendrait à prendre une figure semblable autour de notre 
satellite quand le disque de celui-ci déborderait égale- 
ment partout celui du Soleil. Enfin, à partir de cet 
instant, cette auréole repasserait par les phases in- 
verses jusqu'à la réapparition du Soleil. 

Or rien de tel ne se produisit à Shoolor : la struc- 
ture générale de la couronne resta semblable à elle- 
même pendant la durée de la totalité. 

Quant à Ihypothèse d'une auréole produite par 



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l' ÉCLIPSE DU la DÉCEMBRE 1871. aS; 

une atmosphère lunaire , il n'est pas nécessaire de s'y 
arrêter. On sait aujourd'hui que, s'il existe à la surface 
de notre satellite une couche gazeuse, elle doit être si 
peu étendue qu'il lui serait absolument impossible de 
produire le phénomène grandiose de la couronne. 

Notre atmosphère ue pourrait pas davantage être 
invoquée comme cause du phénomène ; mais il est évi- 
dent qu'elle joue un grand rôle dans les aspects par- 
ticuliers que la couronne peut présenter en diverses 
stations, suivant l'état du ciel en ces stations. Elle agit 
comme cause modificatrice, mais non productrice. 

Passons maintenant aux observations spectrosco- 
piques. 

La couronne présente les raies de l'hydrogène dans 
toute son étendue visible; en certains points, jus- 
qu'à 12 et i5 minutes de hauteur. 

Cette observation est certaine : la précision des 
échelles spectroscopiques, l'habitude de ces détermi- 
nations, enfin )e soin qui a été pris de comparer les 
raies de la couronne à celles d'une protubérance dont 
elles formaient les prolongements rigoureux , ne lais- 
sent aucun doute sur ce fait. 

Mais si la couronne présente les raies de l'hydro- 
gène, nous devons nous adresser cette question capi- 
tale : cette lumière est-elle émise ou réQéchie? C'est 
la constitution du spectre coronal qui va nous ré- 
pondre. Si la lumière de la couronne est réfléchie, cette 
lumière ne peut avoir qu'une origine solaire : elle 
provient de la photosphère et de la chromosphère, 
et son spectre doit être celui du Soleil, c'est-à-dire à 
fond lumineux avec raies obscures. Or telle n'est point 



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a58 l'astronomie eiv 1871 et 187a. 

la constitution du spectre coronal; celui-ci nous pré- 
sente les raies de Fhydrogène se détachant fortement 
sur le fond; après la raie verte (dite i474)} c'est la 
manifôstationqui prime dans le phénomène. Il faut en 
conclure que le milieu coronal brille par lui-même, en 
grande partie au moins, et qu'il contient de l'hydro- 
gène incandescent. 

Ce premier point est nettement établi. 

Mais est-ce à dire que toute la lumière de la cou- 
ronne soit de la lumière d'émission? Évidemment non ; 
et, sur ce point, une observation délicate d'analyse 
spectrale et la polarisation peuvent nous instruire. 

En effet, le spectre de la couronne a présenté, 
outre ses raies brillantes, plusieurs raies obscures du 
spectre solaire: la raie D et quelques-unes dans le vert. 
Ce fait accuse la présence de la lumière solaire réflé- 
chie. On pourrait demander pourquoi les principales 
raies fraiinhofériennes se réduisent à la ligne D. D faut 
remarquer que le spectre coronal, n'étant pas très-lu- 
mineux, est surtout perceptible dans sa partie cen- 
trale, et que, dans cette partie, les raies C, £,... 
sont remplacées par des lignes brillantes. Dans ces con- 
ditions, c'est la ligne D qui restait la seule importante ; 
aussi est-ce sur elle que l'observateur avait dirigé sur- 
tout sou attention. 

La constatation des raies fraiinhofériennes dans le 
spectre de la couronne est délicate; elle n'a pas été 
obtenue par les autres observateurs. Ce fait s'explique, 
et par la grande pureté du ciel à Shoolor, et par la 
puissance de l'instrument de M. Janssen. 

La présence de la lumière solaire réfléchie dans le 



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L'éCUPSB DU la DÉCBVBBB 1871. a$g 

Spectre de la couronne a une grande importance : elle 
montre la double origine de cette lumière coronale ; 
elle explique des observations de polarisation qui pa- 
raissaient inconciliables (*) ; mais surtout elle fait com- 
prendre comment, la lumière solaire formant en quel- 
que sorte le fond du spectre de la couronne, on a pu 
croire ce spectre continu, et Ton sait que cette cir- 
constance a été jusqu'ici le grand obstacle qui s'oppo- 
sait à ce qu'on considérât la couronne comme étant de 
nature entièrement gazeuse. Les phénomènes de pola- 
risation présentés par la couronne sont, comme effet 
dominant, ceux de la polarisation radiale; ce qui 
montre que la réflexion a lieu principalement dans la 
couronne; et que celle qui peut se produire dans notre 
atmosphère n'est que secondaire. La polarisation s'ac- 
corde donc ici avec l'observation des raies fraiin- 
hofériennes; mais, pour que l'accord soit complet, il 
faut que Tanalyse polariscopique puisse nous montrer, 
confine l'analyse spectrale, que la lumière de la cou- 
ronne n'est que partiellement réfléchie. C'est précisé- 
ment ce qui arrive. Nous avons vu, en effet, que, près 
du limbe de la Lune, où la lumière coronale est la 
plus vive, la polarisation paraît moins prononcée qu'à 
une certaine distance. C'est que, dans ces régions in- 

l*) Si Ton cooBulte l'histoire des éclipses, on yerra que 
les obsenrateurs ont obtenu souvent des résultats contraires, 
ce qui avait jeté ce genre d'observations dans une sorte de 
discrédit; mais si l'on discute ces observations, en te- 
nant compte de la double nature de la lumière de la cou- 
ronne et des effets de notre «tmosphèrei on pourra lever la 
plupart det dHBeultés* 



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a6o L'ASTfiONOMIB BN 187I ET 167I.' 

férieures, rémission est si forte qu'elle masque la ré- 
flexion, et que celle-ci n'apparatt avec ses caractères 
propres que dans les couches où elle peut reprendre 
une certaine importance relative. 

Ainsi les deux analyses spectrale et polariscopique 
bien interprétées s*accordent sur cette double origine 
de la lumière coronale, et toutes les observations prou- 
vent l'existence de ce milieu circumsolaire. 

Ce milieu se distingue, et par sa température et 
par la densité de la cbromosphère, dont la limite, en 
outre, est parfaitement tranchée, ainsi que le témoi- 
gnent tous les dessins des protubérances et de la 
chromosphère. Il y a donc lieu de lui donner un nom. 
L'astronome français propose celui à^enveloppe ou ^'at- 
mosphère coronale, pour rappeler que les phénomènes 
lumineux de la couronne lui doivent leur origine. 

La densité de Tatmosphère coronale doit être ex- 
cessivement faible. En effet, on sait que le spectre de 
la chromosphère, dans ses parties supérieures, est 
celui d'un milieu hydrogéné excessivement raréfié ; or, 
comme le milieu coronal, d'après les indications spec- 
trales, doit être infiniment moins dense encore, on 
voit à quelle rareté ce milieu doit atteindre. Cette 
conclusion est encore corroborée par les observations 
astronomiques. La science a enregistré le passage de 
comètes à quelques minutes seulement de la surface 
du Soleil ; ces astres ont dû traverser Tatmosphère co- 
ronale, et cependant, malgré la faiblesse de leur 
masse, ils ne sont pas tombés sur le Soleil. 

A ces considérations, M. Janssen ajoute, sur la con- 
stitution de l'atmosphère coronale, quelques idées qui 



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l'Agùpsb du lïk oécBMBftB 1871. a6i 

ne découlent pas d'une manière rigoureuse dé ses ob- 
servations ^ mais qui lui paraissent très-probables et 
sur lesquelles, du reste, l'avenir pourra prononcer. 

« La couronne, dit-il, s'est présentée à Schoolor, avec 
une forme à peu près carrée, et Ton y distinguait comme 
de gigantesques pétales de fleur de dahlia. Il est de fait 
qu'à chaque éclipse la figure de la couronne a varié; 
souvent elle s'est présentée avec les apparences les 
plus bizarres, le dirai tout d'abord que ce milieu, in- 
contestablement reconnu maintenant, et que je pro* 
pose de nommer V atmosphère coronale^ ne représente 
probablement pas toute l'auréole que nous aperce- 
vons pendant les éclipses totales. Il est très-admissible, 
que des portions d'anneaux ou des traînées de ma- 
tière cosmique deviennent alors visibles et viennent 
compliquer la figure de la couronne. Il appartiendra 
aux futures éclipses de nous instruire à cet égai^; 
mais, en se bornant même au milieu coronal, il est in- 
contestable qu'il se présente avec des formes singu- 
lières et qui rappellent bien peu l'idée qu'on se forme 
d'une atmosphère en équilibre. Or je suis porté à ad- 
mettre que ces apparences sont produites par des 
traînées de matière plus lumineuse et plus dense, 
amenée des couches inférieures et sillonnant ce milieu 
tourmenté. Les jets protubérantiels, qui vont porter 
l'hydrogène à de si grandes hauteurs, doivent avoir 
une part importante dans ces phénomènes. Le Soleil, 
qui exerce une action si manifeste sur les comètes, a 
peut-être une influence particulière sur ce milieu co- 
ronal, dont la densité est tout à fait comparable à 
celle des milieux cométaires. 



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d6A VàBwmimB m 1871 et 187a. 

» n est donc très-probable qae Tatmosphère coro- 
nale, comme la diromosphère, est très-tourmentée, et 
qu'elle change de figure assez rapidement, ce qui ex- 
pliquerait comment elle s'est présentée sous tant d'ap- 
parences différentes. ' 

» En résumé, dit en terminant M. Janssen, j'ai pu 
constater que la couronne solaire présente les carac- 
tères optiques du gaz hydrogène incandescent; que 
ce milieu très-rare s'étend à des distances très-va- 
riables du Soleil, depuis un demi-rayon de l'astre 
environ jusqu'au double en certains points, ce qui 
donnerait des hauteurs de 80000 à 160000 lieues 
de 4 kilomètres ; mais je ne donne ces chiffres que 
comme résultats d'une observation, et non comme dé- 
finitifs. Il est bien certain d'ailleurs que la hauteur 
de la couronne doit être incessamment variable. » 

Les astronomes anglais, dont les expéditions n'ont 
pas eu la même réussite que celle de notre savant 
compatriote, s'étaient disséminés parmi les vastes pos- 
sessions anglaises des deux mondes. Le colonel Tonnant, 
Alexandre Herschel, le capitaine Morant, MM. Hen- 
nessy et Waterhouse, formaient la colonie installée sur 
le pic de Dodabetta, le plus haut des Neelgherries 
(865o pieds au-dessus de la mer), dont nous avons 
parlé plus haut, et dont le sommet fut enveloppé de 
nuages au commencement de Téclipse. Elle a été éga- 
lement observée à Dara Gardons, Vizigapatam, par 
M. Nursing Row, membre de la Société royale astro- 
nomique; àÂvenashy, par M. Pogson, directeur de 
l'Observatoire de Madras; par son fils, par M. Winter, 
ingénieur des télégraphes, et par le colonel Ritherdon; 



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L*éGUPSB DU II DiGEMBRE 1871. a63 

à Béknl, par M. Lockyer et par le commandant Ma- 
clear; à Jaffna, Ceyian, par le ^capitaine Tupman. 
Notre savant ami, M. Respighi, directeur de TObser- 
vatoire du Gapitole, à Rome, s'était transporté à 
Poodoocotah, où il réussit à faire d'excellentes ob- 
servations spectroscopiques, qui confirment celles de 
M. Janssen, quoiqu'il eût trouvé une hauteur de 
couronne beaucoup plus petite, probablement à cause 
de l'instrument employé. Parmi les observations an- 
glaises, les plus importantes sont celles de M. Lockyer 
sur la structure nébulaire de la couronne, et celles de 
M. Tupman sur la polarisation coronale. 

Le colonel Tonnant et M. Davis, aide de lord Undsay, 
s'étaient principalement chargés des essais de pho<- 
tographie. Six d'entre les épreuves sont surtout très- 
nettes et très-instructives, relativement à la couronne 
qui entoure le disque noir de la Lune et brille comme 
une atmosphère lumineuse jusqu'à une grande disr 
tance, en offrant un contour irrégulier, découpé de 
dentelures qui se montrent dans toutes ces épreuves. 
Tandis que le jugement de Tœil varie si singulièrement 
entre plusieurs observateurs placés au même point, les 
photographies, qui sont indépendantes de toute in- 
fluence nerveuse, fixent le phénomène sans amplifica- 
tion et tel qu'il est. Comme dans Téclipse de 1870, la 
photographie a rendu ici un service manifeste à TAs- 
tronomie, en confirmant la conclusion que la couronne 
n'appartient ni à l'atmosphère terrestre, ni à la Lune, 
mais au Soleil lui-même. 

Parmi les différentes relations que nous avons sous 
les yeux, nous voyons que /ou/^i les observations speo- 



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2Ûi l'astronomie en 187I ET 1872. 

troscopiques se sont accordées à remarquer en pre« 
mière ligne la raie verte 1474» Les raies C, F, G 
furent immédiatement signalées aussi par M. Lockyer» 
et, en voyant Taspect général du spectre de la cou- 
ronne, il s'écria aussitôt: «Tout à fait comme Orion ». 
On sait que la nébuleuse d'Orion n'est pas résoluble, 
mais formée de gaz. (To/r notre tome II, p. 17a.) 

 Geylan, les observations de M. Tupman et du ca- 
pitaine Pyers conduisirent aux conclusions suivantes : 

La couronne s'étendait jusqu*à 40 et 90 minutes du 
limbe de la Lune. Elle est polarisée, et cette polarisa- 
tion est si forte qu'elle surpasse celle de l'atmosphère ; 
elle s'étendit jusqu'à 5o minutes du Soleil et resta vi* 
sible pendant trente secondes après la totalité. La 
ligne 1474 K était la plus brillante : on a constaté aussi 
le renversement du spectre brillant de Young. • 

Nous arrivons maintenant aux éclipses de 187a. 

Il y en a eu quatre : deux de Soleil et deux de Lune. 
Les deux éclipses de Lune ont été partielles et n'ont 
offert aucune particularité digne d'être remarquée. 
Parmi les deux éclipses de Soleil, l'une, à la date do 
3o novembre, était totale; mais, par la disposition 
des courbes, la ligne de l'éclipse centrale ne rencontra 
aucune terre, si ce n'est quelques îlots de l'archipel 
des Navigateurs, dans l'océan Pacifique austral. JLes 
sauvages de ces contrées ont sans doute salué ce phé- 
nomène, non prédit pour eux, à coups de tams-tams 
ou par des danses vertigineuses ; mais à coup sûr ils ne 
s'en sont pas servi pour étudier la constitution phy- 
sique du Soleil. 



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l'éclipsé ANNULAIBE DE SOLEIL DU 6 JUIN 1872. a65 

La meilleure des quatre éclipses (au point de vue de 
instruction astronomique bien entendu) est celle du * 
) juin, quoiqu'elle ait été annulaire et invisible à Paris. 
Elle fut visible au Japon, où elle était centrale, en 
Mbérie, en Asie, en Chine, aux Iles de Sumatra et de 
Bornéo, etc. 11 y avait longtemps qu'aucune observa- 
lion digne de remarque n'avait été faite pendant une 
éclipse annulaire de Soleil ; mais M. Norman Pogson, 
de rObservatoire de Madras, réussit à y reconnaître 
le reni^ersement du spectre solaire, fait qui n'a jusqu'à 
présent encore été obtenu que pendant les éclipses to- 
tales. Au deuxième contact, cet astronome observa le 
spectre renversé pendant deux secondes; au troisième 
contact, il put le reconnaître pendant six secondes. 
Cette observation est importante, parce que, quoique 
ce fait ait été constaté d'abord par Young, pendant 
l'éclipsé de 1870, ensuite, comme nous venons de le 
iroir, par plusieurs observateurs de l'éclipsé de 187 1, 
cependant ce renversement n'avait pas été remarqué 
par tous. Il est vrai que des observations négatives 
sont de peu de poids en cette circonstance ; mais des 
doutes restaient encore à cause de la non-reconnais- 
sance du phénomène par plusieurs de ceux qui s'étaient 
préparés à l'étudier. L'observation du renversement 
du spectre pendant une éclipse annulaire est décisive 
en cette matière. Elle nous fait conclure que dans la 
légion la plus basse de Tatmosphère solaire, c'est-à- 
lire dans ses 400 derniers kilomètres d'épaisseur au- 
essus de la surface de l'astre, il y a des vapeurs des 
létaux et des autres éléments découverts par Tana- 
«e spectrale. 

Flammarion, — V. ^ 13 

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266 



l'astronomie en 187I ET 1872. 



xm. 



ÉTUBE BE ImA SURFACE BU 
UKE EZPI.OSZON BAirS I.B 80Z.EZZ.. 



L'étude de la surface de Tastre du jour se poursv 
activement, grâce à l'activité persévérante d'un gran 
nombre d'observateurs. L'une des plus curieuses oh 
servations qui aient été faites dans cette étude si inU i 
ressante, et l'une de celles qui peuvent le mieux nou 
donner l'idée des forces énergiques en action à la sur 
face do cet aalrt: immense ^ t*st, sans contredit, celle c 
le professeur Younga faite en Amérique, et qui 1 
une formidable explosion d'hydrogène dans TatJ 
sphère solaire. Uéâumonsla 

Le 7 septembre 1871 
il se profluisil une exij 
remarquaLle par sa soûl 
l' il prés-midi Tau leur iuj 




UNE EXPLOSION DANS LE SOLEIL* ^67 

^1 au-desâus de la chromosphère , sa surface infé- 
are étant à une hauteur d'environ a4 ooo kilomèlres ; 
[mais elle lui était rattachée, comme cela a lieu ordi- 
Bairementj par Iroisou quatre colonnes verticales plus 
[brillantes et plus actives que le reste. Elle avait 3' 45" 
(longueur et environ ^i minutes de hauteurs la sur- 
supérieure j c'est-à-dire, puisque a la distance du 
[^ïeil I seconde e^t égale à 733 kilomètres, environ 
&i ocK) kilomètres de longueur sur 88000 kilomètres 
i hauteur. 

A midi et demi robservateur fut appelé au dehors 
Ottr quelques minutes Jusque -là ^ il n avait nenremar- 




que d'extraordinaire, si ce n'est que la colonne, à 
rextrémité méridionale de la nuée, était devenue beau- 
coup plus brillante et était courbée d'une manière cu- 
rieuse d'un côté. Près de la base d'une autre colonne, 
à l'extrémité nord, s'était développée une petite masse 
brillante, ressemblant beaucoup par sa forme à la 



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268 l'astbOiNOiiie en 1871 ET 1872. 

partie supérieure d'un nuage orageux de l'été, hàfig, 10 
représente la protubérance à cet instant ; a est le petit 
nuage orageux. 

Quelle fut alors sa surprise, en revenant moins d'une 
demi-heure après (à 12** 55°"), de trouver que, dans 
cet intervalle, tout avait été littéralement mis en 
pièces par quelque explosion inconcevable venue d'en 
bas. Au lieu du nuage tranquille qu'il avait laissé, 
l'air, si l'on peut se servir de cette expressioiiy était 
rempli de débris flottants, d'une masse de filaments 
verticaux, fusiformes et séparés, ayant chacun de 16 à 
3o secondes de longueur sur 2 ou 3 secondes de lar- 
geur, plus brillants et plus rapprochés les uns des 
autres, là où se trouvaient d'abord les piliers, et 
s'élevant rapidement. 

Déjà quelques-uns avaient atteint une hauteur de près 
de 4 minutes (176000 kilomètres). Puis, sous les yeux 
même de l'observateur, ils s'élevèrent avec un mou- 
vement presque perceptible à l'œil, et, au bout de 
10 minutes (à i^S*") la plupart étaient à plus de 
Sooooo kilomètres au-dessus de la surface solaire. Cette 
effroyable éruption a été constatée par une mesure faite 
avec soin ; la moyenne de trois déterminations très- 
concordantes a donné 7' 49" pour l'altitude extrême à | 
laquelle les jets sont arrivés ; ce qui est d'autant plus , 
curieux que la matière de la chromosphère (hydrogène I 
rouge dans ce cas) n'avait jamais été observée à une j 
altitude supérieure à 5 minutes. La vitesse de l'ascen- 
sion (267 kilomètres par seconde!!!) est considérable- 
ment plus grande qu'aucune autre qui ait été observée. 1 

l^fig, 1 1 peut donner une idée générale du phéno- I 



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UXfî EXPLOSION DANS LE SOLEIL. 269 

mène au moment où les filaments étaient à leur plus 
grande hauteur. A mesure que les filaments s'élevèrent 

Fin. II. 




ils s'affaiblirent graduellement comme un nuage qui 
se dissout, et, à i** i5™, il ne restait, pour marquer la 
place, qu'un petit nombre de légers flocons nuageux, 
avec quelques flammes basses plus brillantes près de 
la chromosphère. 
Mais en môme temps la petite masse semblable à un 



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270 l'astronomie en 1871 ET 187a. 

nuage orageux avait grandi et s'était développée d'unei 
manière étonnante, en une masse de flammes qui sej 
roulaient et changeaient sans cesse, pour parler sui- 
vant les apparences. D'abord ces flammes se pressaient 
en foule, comme si elles se fussent allongées le long 
de la surface solaire; ensuite elles s'élevèrent en pyra- 
mide à une hauteur de 80000 kilomètres; alors leur 
sommet s'allongea en longs filaments enroulés d'une 
manière curieuse, d'avant en arrière et de haut en 
bas, comme des volutes de chapiteaux ioniques; enfin 
elles s'affaiblirent, et, à a** 3o", elles s'étaient évanouies 
comme le reste. La Jig. 12 les représente dans leur 
développement complet; elle a été dessinée à i*'4o". 

Fig. 12. 




L'ensemble du phénomène suggère forcément l'idée 
d'une explosion sous la grande protubérance, agissant 
principalement de bas en haut, mais^aussi dans toutes 
les directions au dehors, et ensuite, après un certain 



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ÉRUPTIONS SOLAIRES ET PROTUBÉRANCES. 27 1 

intervalle, suivie d'un affaissement correspondant ; il 
ne parait pas impossible que les flammes mystérieuses 
de la couronne ne puissent trouver pour origine une 
explication dans des événements semblables. 

Dans la même après-midi, une partie de la chro- 
mosphère du bord opposé (à l'ouest) du Soleil fut, 
pendant plusieurs heures, dans un état d'excitation et 
d'éclat inaccoutumés, et fit voir dans le spectre plus 
de 120 raies brillantes, dont la position a été déter> 
minée et cataloguée. 

Le soir même de ce jour, 7 septembre 1871, il y eut 
en Amérique une belle aurore boréale. Était-ce une ré- 
ponse à cette magnifique explosion solaire? 

ÉRUPTIONS SOI.AZa£S OBSERVÉES 
A ROME. 

Dans ses persévérantes études sur la surface solaire, 
le P. Secchi a observé et dessiné un certain nombre de 
phénomènes extrêmement remarquables au point de 
vue de la constitution de l'astre qui nous éclaire et 
des forces en action à sa surface. Depuis quelques 
années, plusieurs astronomes ont cru pouvoir arrêter 
une théorie nouvelle de la constitution physique de ce 
mystérieux foyer, et M. Faye assimile même tout à fait 
les taches solaires aux trombes et aux cyclones de l'at- 
mosphère terrestre, et croit ces taches produites par 
un mouvement descendant à travers l'atmosphère so- 
laire. Il nous semble que le moment n'est pas encore 
venu d'arrêter une théorie. C'est pourquoi nous ne 
parlerons pas encore^ dans ce volume, des pouvelles 



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^72 l'astronomie en 1871 ET 187a. 

hypothèses imaginées, et nous nons en tiendrons aux 



faits observés. 



Fît?. ,3. 




7 juillet 1872, 3h5o«n. 

Certaines variations de protubérances obser\i 
par le P. Secchi rappellent l'explosion dont nous vv 
nons de rapporter l'histoire, et sont éminemiptn 
curieuses et instructives. Telle est la série observii 
7 juillet 1872. Dans l'après-midi île cette journée 
3** 60", une protubérance offrait Taspecl d'un f 
nuage cumuliforme (fig, i3), qui stirmoniail les ji- 
et était réellement formé par Te nclvevél rement et 
fusion de la masse des jets eux-mêmes. BienfiVt 
masse se souleva et s'étala à une liauleur de 80 ^^■ 
condes, de 65 à laquelle elle était [Jig. 1 4) ; eUe omvcp 
10 degrés en largeur et parut se résoudre en filets gra- 
cieusement recourbés, comme les feuilles d'acanthe, 
dans un chapiteau corinthien (fig, i5, 16 et 17). Ce- 
pendant les courbes de ces jets ne sont pas simple- 



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ÉRUPTIONS SOLAIRES ET PROTUBERANCES. 273 

ment paraboliques, mais réellement spirales, car on 
V voit la volute se former aux extrémités des filets. Ce 




Fk. i5. 




f^h :^,,m 



fait, déjà indiqué dans une figure de M. Young, a été 
confirmé d'une manière incontestable le 1 3 juillet, dans 

11. 



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274 L*ASTR0N01IIB EN 187I ET 1872. 

une des dernières éruptions qui ont accompagné la tach< 
dont nous allons bientôt parler. Laifig. i8 représenta 




j^ Zb^, 



les derniers restes de l'éruption du 7, suspendus dans 
les airs au-dessus des flammes assez faibles. Le jour 



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[ 



éRCrPTIONS BOLAÏBEB ET PBf>TUBÉBA>CRS. ^75 

livant, à cette même place, parât une belle tache, 



rompagti^e d'une autre éruption. 




1 1 juillet i8;2. 5^ 3o"*. Grande facule au bord. 

Ce même jour on remarquait, dans l'hémisphère 
austral) près du méridien central, une grande tache 



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^'G L*A8TnOXOMIB EN 1871 ET 187a. 

offrant des vestiges d'éruption, qu'on relevait par la 
disparition et le renversement des raies de Thydro- 
gène, et par la dilatation très-considérable des raies_ 
du sodium, du magnésium et d'autres métaux* 

La tache était accompagnée, sur tout son 
d^une vaste facule, laquelle était tellement ^ 
lorsqu'elle arriva au bord elle se détacha i 
solaire comme une tache blanche très-ne 
II juillet, lorsqu'elle traversa le bord, elle-; 
former une élévation sensible sur le conto 
lairo en deux points (Jfg. 19). Le contour < 
avait subi des changements sensibles, méa 
précédent, de sorte que Ton pouvait être ce 
l'activité y régnait encore. 

Les éruptions ne se firent pas attendre. Le 1 1 juillet, 
à 9 heures du matin, une explosion était en pleine acti- 
vité et la forme de la tache, même en ayante 
nouvelle position près du bord et au raccour 
qui en résultait, était sensiblement changée 
jour précédent. Sur les bords solaires parais 
jets très-vifs et très-denses, de hauteur médiocre 
formant une masse compacte ; près de cette masse ] 
trouvaient des assemblages de jets filiformes, éteif 
plus de i' 3o", tournés en spirales et en arcs de < 
La masse brillante passa par des phases très-cur 
après s'être évanouie à 9*'55'", elle fut remplae 
un cumulus très-élevé, oblique, de forme ovale, qîiîl 
transforma dans l'espace de quelques minutes en un 
nuage de forme ordinaire, émettant vers le bas une 
pluie de feu surprenante. A io*'7"* l'intensité fut 
maximum, et ensuite tout s'évanouit. En reprenant 



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ÉRUPTIONS SOLAIRES ET PROTUBÉRANCES. l'J'J 

robservation à 4'' 45™, on fut étonné de voir l'éruption 
ranimée avec une forme différente de celle qu'on avait 




Fij. 21. 




observée le matin et tout à fait exceptionnelle. L'en- 
semble avait l'aspect d'un bateau ; les jets, volumineux 



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278 l'astronomie en 1871 ET 1872. 

et très-vifs, sortaient si obliquement à droite et à 
gauche, qu'ils tournaient leur convexité du côté du 
bord solaire (fig, 20). C'était l'aspect d'un vaste in- 
cendie, dans lequel un vent vertical écarterait les 
flammes de tous côtés. Cette apparition dura un quart 
d'heure au plus. Les flammes prirent leur apparence 
ordinaire, et, à G" 20™, l'aspect était celui d'un vasle 
cratère de flammes, déprimé au milieu, d'où sortait 
capricieusement un jet très-délicat, filiforme et ra- 

Fi{j. l'i. ' 




i3 juillet, iil>35"i 



mifié, se soulevant d'abord verticalement, se repliant 
et se divisant au sommet (fg, 21). Le jour suivant, 12, 
es éruptions continuèrent, toujours intermittentes et 
se renouvelant à des intervalles de quatre à cinq heures • 
mais elles furent moins vives. Le 1 3 juillet, on eut en- 
core un reste d'éruptions, mais elles consistèrent en 
panaches hydrogéniques diff'us, parmi lesquels on vi^ 
la belle >%■, 22. Le 14, le centre était éteint. 



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ÉRUPTIONS SOLAIRES ET PROTUBÉRANCES. 079 

Pendant qu'on examinait ces formes variables, on 
faisait aussi l'examen spectroscopique des substances. 
Dans les émissions, on vit apparaître renversées les 
raies du sodium, du magnésium, du fer, et une foule 
d'autres, surtout dans le vert, qu'il devenait impos- 
sible de distinguer. La raie située à peu près à égale 
distance entre c et b, qui se renverse si souvent, était 
si vive qu'elle donnait la forme de la protubérance, 
comme les raies de l'hydrogène. On distingua encore 
celle qui est située entre a et b. Il serait impossible 
de reproduire ici ces analyses. 

Durant ces observations, la tache apparue le 8 était 
toujours visible, et l'analyse spectrale accusait de 
vastes éruptions à son intérieur; l'un des phéno- 
mènes les plus curieux fut de voir les raies du chrome 
trés-diffuses et gonflées comme celles du sodium. Ces 
raies sont cotées i6i3,5 et i6i5,5 par Kirchhoff. 
On pensait que cette tache, en arrivant au bord, pour- 
rait manifester des éruptions ; mais sa forme resta pres- 
que invariable, et le spectroscope n'accusa plus ces dila- 
tations si larges et si marquées qu'elle donnait avant ; 
elle était entrée dans une période de tranquillité. 

Le 20, elle était assez voisine du bord, mais elle était 
seulement précédée de panaches faibles. Le 21 au ma- 
tin, un filet étroit la séparait seule du bord, et elle était 
bordée par un anneau très-mince de petits points bril- 
lants ou facules. L'observation spectroscopique ne 
donna ni éruptions violentes, ni protubérances étalées; 
il n'y avait que de très-petits jets de flammes, très- 
vifs, mais très-bas. Elle fut répétée plusieurs fois pen- 
dant la journée : on trouva toujours les choses dans le 



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a8o L*ASTRONOMIB EN 187I ET 1872. 

même ordre. Le 2a, à la place de la tache, on observa 
une chromosphère d'une constitution uniforme, formée 
de petites pointes vives, sans protubérances, etc. 

Fig. 23. 




Frolubérance observée le a5 août 187a, de 10^45" * 
iih i/jin (hauteur 88"). Le jour suivant la grandeur était 
moindre; la forme était restée presque la même. 

Le 25 août 18711, on a observé une protubérance, 
sorte de gerbe d'hydrogène à éventail, ressemblant à 
une fleur de giroflée détachée de son calice, figure que 
Ton remarque aussi dans nos cirrus atmosphériques. 
Cette masse était suspendue dans l'espace, isolée; elle 
persista jusqu'au lendemain en diminuant de grandeur 
[fig, 23). On voit par là que les éruptions solaires se 
produisent dans l'atmosphère de cet astre, sans qu'il 
soit nécessaire de supposer une croûte solide. 



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ÉRUPTIONS SOLAIRBS ET PHOTUBÉRANCES. 28 f 

De ces faits, le P. Secchi tire les conclusions sui- 
vantes : 

i" Les indices d'éruption dans les taches, constitués 
par le renversement des raies de Thydrogène et par 
les dilatations des raies des autres vapeurs métalli- 
ques, sont des indices rationnels et certains de Texis- 
tence réelle de ces éruptions. Ces modifications des 
raies sont alors l'équivalent du renversement qu'on 
observe au bord. 

2"" Les taches passant par deux périodes bien dis- 
tinctes, celle de formation et celle de dissolution, la 
présence d'une tacho au bord ne permet pas de con- 
clure à Texistence nécessaire d'une éruption visible, 
car la tache pourrait bien être dans sa deuxième phase 
de dissolution. Ces conclusions sont précieuses pour 
mettre d'accord un grand nombre d'observations, en 
apparence contradictoires, signalées par d'autres ob* 
servateurs qui ont objecté l'absence des éruptions là 
où les taches se présentaient au bord. Faute de dis- 
tinguer les deux états de la tache, on avait dans la 
théorie une confusion qui disparaît maintenant; on 
prouve encore ainsi que la tache est TefTet des érup- 
tions et qu'elle eu dérive. 

3** Ainsi se trouve encore confirmé un autre fait, 
que les facules très-vives, surtout en présence des ta- 
ches, sont accompagnées par des éruptions, et qu'elles 
déterminent une élévation assez sensible sur le bord 
solaire. Sans doute la facule n'est pas la protubé- 
rance; mais, comme sur ces facules il y a toujours ou 
éruption ou vivacité extraordinaire, avec soulèvement 
de la photosphère, comme l'a prouvé M. Taccbini, et 



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28a l'astbonomib en 1871 et 187a. 

renyersement des raies métalliques, une éléyation vi- 
sible de la chromosphère elle-même ne peut plus être 
contestée. 

4'' On voit, par ces faits, que les éruptions peuvent 
durer un nombre considérable de jours, et que les 
changements de forme des taches sont probablement 
produits par des éruptions nouvelles. Ainsi se complique 
encore )a relation qui peut relier ces explosions so- 
laires avec nos aurores boréales et nos perturbations 
• magnétiques, de sorte que, avant de rien affirmer, il 
faut attendrequ'on ait desobservations plus nombreuses. 

Ces explosions et la sfmultanéité des aurores' boréales 
ont été reliées aussi avec la lumière zodiacale. Les re- 
lations entre ces phénomènes paraissaient confirmées 
par les observations spectrales de la lumière zodia- 
cale, à laquelle on attribuait la même raie qu'à Tau- 
rore boréale, et qu'on regardait comme formée d'une 
seule couleur, analogue à cslle d'une raie secondaire 
constatée dans l'atmosphère solaire pendant les éclipses. 

Mais maintenant que M. Smyth, directeur de l'Ob- 
servatoire d'Edimbourg, a constaté que la lumière zo- 
diacale ne donne pas une simple raie, « je dois dire, 
ajoute le P. Secchi, que c'est aussi ce que j'ai toujours 
vu, et je souscris à cette assertion, avec les astronomes 
de Palerme. Ce qui a achevé de me persuader, c'est 
l'étude des lumières phosphorescentes animales, qui, 
vues au spectroscope, avaient été jugées monochro- 
matiques. Dernièrement, en analysant la lumière de 
quelques vers luisants, et la trouvant sensiblement 
monochromatique avec le spectroscope, je me débar- 
rassai de plusieurs pièces qui afEaiblissaient la lumière 



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ÉRUPTIONS 80LAIBES ET PROTUBéBANCES. a83 

et je constatai, avec un instrument analogue à celui 
de M. Smyth, que le spectre est composé, qu'on y 
distingue nettement le rouge et le violet, et qu'enfin 
c'est un spectre sensiblement continu. Ayant reçu des 
organes brillants de Pyrosomes desséchés, lesquels, 
placés dans l'eau, deviennent lumineux, je pus con- 
stater que la lumière de ces animaux marins est éga- 
lement composée; le spectre en est sensiblement 
continu, et, quoique moins riche en rouge que celui 
des vers luisants terrestres, il est cependant formé des 
couleurs ordinaires. » 

La lumière zodiacale est donc de Tordre de ces fai- 
bles lumières qui, à cause de leur faiblesse même, pa- 
raissent monochromatiques. Il faut rejeter franchement 
de la science ces assertions : i"" que la lumière zodia- 
cale est monochromatique dans le sens rigoureux de 
ce mot ; 2® qu'elle est analogue à celle de l'aurore bo- 
réale; 3"* qu'elle présente une connexion avec la raie 
secondaire de l'atmosphère solaire vue dans les éclipses. 
Cela n'empôche pas d'ailleurs d'admettre que la lu- 
mière zodiacale soit une dépendance de l'atmosphère 
solaire (*). 

Le savant directeur de l'Observatoire du Collège 
Romain, continuant ces curieuses recherches, a fait, 
en 187S, des observations confirmatives des précé- 
dentes, notamment en ce qui concerne les éruptions 
d'hydrogène. La couche d'hydrogène existe partout à 
la surface du Soleil, aussi bien sur les taches qu'ail- 
leurs; elle ne s'engouffre pas dans les taches, mais 
reste visible au-dessus, avec mille variations de 

(*) Comptes rendus, 1873, juillet, p. 3i5. 



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a84 l' ASTRONOMIE E.N 1871 ET 1872. 

formes. Le 3 avril 1878, on remarqua, dans la ma- 
tinée, à 8** 45™ au-dessus du bord solaire, une masse 
Fie- 2/1 . 




3 avril i8;3, 8»»/|5n 
Fjj;. 2 5. 



259', 




3 avril 1873, 9 heures. — 372". 

d'hydrogène d'une élévation énorme ; elle se trou- 
vait à a3 degrés du point le plus austral du disque 



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ÉnUPTlONS SOLAIRES ET PROTUBÉRANCES. 285 

solaire vers l'ouest. Elle se présentait comme une 
masse de cirrus légers et filamenteux : leur enche- 
vêtrement était très-difficile à saisir et changeait d'un 
moment à l'autre. Au commencement, elle était longue 
et diffuse, mais elle se rétrécit rapidement et se trans- 
forma en une espèce de colonne ramifiée. Elle restait 

Fig. 26 




3 avril 1873, 9^ 10™. — 



toujours séparée de la cbromosphère par un intervalle 
d'une minute au moins, et, adhérant à la chromo- 
sphère, on n'observait qu'un faible panache, insuffi- 
sant pour nourrir cette masse. Voici le tableau des 
mesures faites par projection sur l'écran du chercheur, 
les autres moyens étant inapplicables. 



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a86 l'astronomie en 1871 et 1872. 

Mesure successive d'une protubérance. 



Haorat 


Haotanr 


Unéme 


d'obMrvatlon 


•B mlUlmètnt 






nr rimage. 


d'arc 


8Ï»45™ 


3o"»» 


= «59' 


8.5o 


40 


= 345 


9.00 


4a 


= 37» 


9.10 


5a 


= 449=7'»9' 


9.15 


44 


= 38o 



Elle diminua ensuite rapidement, et à 9^36" on 
ne voyait plus qu'une faible trace dé nuage brillant, 
correspondant à la partie la plus dense. En prenant la 
différence de hauteur entre 8*'45"* et 9" 10", on trouve, 
une vitesse moyenne d'élévation de 90*"'^ 5 par seconde 
de temps. Cette énorme vitesse n'était pas due à une 
impulsion matérielle provenant de la colonne infé- 
rieure, puisque la masse était isolée. 

Des forces inconnues sont donc là en jeu, et le dia- 
magnétisme pourrait bien y intervenir ; mais c'est là 
une question de théorie. Pour ne parler que des faits, 
un relevé effectué sur ces grandes élévations atteintes 
par les jets montre que leur maximum se trouve entre 
So et 45 degrés de latitude héliographique ; dans le 
cas actuel, la latitude était 42 degrés sud. 

11 résulte encore de cette observation que l'atmo- 
sphère solaire doit s'élever à huit minutes d'arc au 
moins; car cette extrémité brillante devait sans doute 
se continuer avec une masse obscure plus étendue. 
Cette observation justifie les photographies solaires 
obtenues par lord Lindsay, qui donnent au Soleil une 



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ÉRUPTIONS SOLAIRES ET PROTUBÉRANCES. 287 

atmosphère plus élevée que les observations optiques 
faites avec les lunettes. Elle justifie encore la condi- 
tion dynamique de cette atmosphère, que M. Janssen 
a signalée en voyant la couronne solaire. 

Selon les astronomes italiens, les taches solaires sont 
dues à des éruptions, comme les protubérances. Selon 
M. Faye, ce sont des trombes analogues à nos trombes 
terrestres, produites par un mouvement tournant at- 
mosphérique dirigé de haut en bas. L'étude impartiale 
et minutieuse des faits conduira seule à l'explication 
véritable, et peut-être, comme on vient de le dire, y 
a-t-il là plusieurs forces diverses en présence. L'une 
des taches étudiées à l'Observatoire du Collège Romain 
est venue plaider en faveur de la théorie desastronomes 
italiens. Le P. Ferrari, astronome à cet observatoire, 
faisant le dessin d'une belle tache visible sur le disque 
solaire le i3 novembre 1872, à io*'45"*, s'aperçut 
qu'une langue très-vive de feu venait s'introduire au 
milieu du groupe des quatre noyaux principaux. La 
vivacité de sa lumière était telle, qu'elle surpassait au 
moins du double tout le reste du disque du Soleil et 
des facules environnantes. Malheureusement, le ciel 
parsemé de nuages empêcha un travail et une étude 
continus; mais, pendant le temps qui fut employé à 
faire ce dessin, c'est-à-dire pendant quinze minutes 
environ, la langue changea de forme et prit l'aspect 
d'un globule très-brillant, qui parut soulevé du fond 
du disque solaire et subir un faible déplacement. 

Informé du phénomène, le P. Secchi eut recours au 
spectroscope, et, le dirigeant sur la place indiquée» 
constata une éruption très-vive. L'hydrogéno présen - 



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a88 L'ASinor^oMiE en 1871 kt 187a. 

tait ses raies renversées : la raie Ç était très-brillante; 
mais ce qu'il y avait de plus remarquable, c'est que 
la partie la plus vive n'était pas en continuation avec 








la raie noire, mais s'en écartait obliquement comme 
dans la figure ci- après, où Ja partie ponctuée indique 
la portion renversée. Le déplacement était dans lo 
sens de la réfrangibilité croissante. Ce phénomène dé- 



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ÉaUPTIONS SOLAIRES ET PROTUBÉR ANGES. 189 

montrait la projection de la matière vers Tobservateur. 
k cause des nuages, il fut impossible d'examiner avec 
le soin nécessaire les autres raies; mais» sur 
le noyau de la tache, les raies D du sodium 
étaient très-étalées et tellement diffuses, que l'in- 
tervalle était presque effacé. Il fut impossible 
I d'orienter le magnésium. Ces observations ne 
furent même faites qu'après que le plus brillant 
du phénomène se fût évanoui. Les magnéto- 
mètres, depuis le matin, étaient en pleine per- 
turbation. La tache subissait des changements à vue, 
mais le mauvais temps empocha toute observation ce 
jour-là et le suivant. Le troisième jour, elle n'était plus 
reconnaissable. 

L'observation du renversement des raies sur les ta- 
ches et les facules n'est pas nouvelle. Le P. Secchi l'a 
constaté en 1 868 et 1 869, M. Rayet et le regretté Donali 
l'ont ensuite vérifié ; cependant ce phénomène paraît 
intéressant dans les circonstances actuelles , car il est 
semblable à celui qui a été déjà observé en Angleterre 
par MM. Carringtonet Hodgson, le 1"^ septembre 1859 
(voir Monthlx Notices^ t. XX, p. 14 et 16). L'inter- 
prétation resta alors douteuse ; mais maintenant il 
paraît évident, par la ressemblance des circonstances 
indiquées par ces observateurs, que môme alors on 
était en face d'une véritable éruption. L'observation 
fut également accompagnée d'une perturbation ma- 
gnétique. Est-ce que cette coïncidence pourrait être 
toujours fortuite? 

Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que le nombre 
des taches solaires, si soigneusement observées et si 

Flammarion. — V. &3 



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liQO L*ASTR0N0MIE EN IÔ7I ET lÔja. 

scrupuleusement dessinées qu'on ] 
ne puisse pas encore lever la difficulté. 
h^fig. 28 et 29 représentent deux taches en forme 



Fi0. 98. 




de tourbillon, dessinées dans les Mémoires de la Société 1 
des spectroscopistes italiens, et qui sont interprétées en 
sens contraire par M. Tacchini et M. Paye : le premier 
y voit le symptôme d'éruptions, et le second des cy- i 



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ÉRUPTIONS SOLAIRES ET PROTUBÉRANCES. 29! 

clones analogues à nos trombes. Personnellement, j*ai 
dessiné pendant les années 1868 à 1870 plusieurs cen- 
taines de taches; j'avoue que j'ai rarement remarqué 



Fiff. 29. 




es types aussi caractéristiques que ceux-ci, et qu'en 
ènéral les taches ne donnent ni l'idée d'éruptions ni 
3lle de cyclones, mais celle de scories visqueuses qui 
intôt persistent, tantôt se fondent, tantôt se brisent, 



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agîi L'ASTnoNOJiiE en 1871 et 1872. 

tanlôt se réunissent, comme le feraient des taches pâ 

teuses à la surface (Tun liquide. 

Le P. Secchi résume comme il suit les observations 
faites à son Observatoire pendant toute Tannée 1873. 

Le Soleil a présenté une faible activité tant dans le 
nombre des taches que dans celui des protubérances. 

On a soigneusement observé la structure des taches 
spirales, et Ton en a constaté une demi-douzaine. En 
traçant sur les figures la ligne tangente aux spires, on 
a vérifié la rotation, mais jamais pendant plus de deux 
jours; le troisième jour, ou bien la spirale s'était éva- 
nouie, ou bien elle avait rebroussé chemin, comme on 
Ta constaté dans le mois de décembre. Il n'y a donc 
pas là une véritable circulation persistante, mais plutôt 
des phases. 

La coexistence des taches avec les éruptions, sur 
les bords du Soleil, a été vérifiée quatre-vingt-neuf fois; 
huit fois seulement des taches ont été vues aux bords 
sans éruption. Dans le cas où ce phénomène s'est pro- 
duit à l'est, les taches se sont formées deux ou trois 
jours après. Quant aux coïncidences, on a noté cinq fois 
une facule simple, vive, paraissant le jour qui suivait 
l'éruption; mais la facule s'est ensuite transformée en 
tache avec un point central. 

Le mouvement spiral, assez rare dans les taches, a 
été constaté plusieurs fois dans les protubérances, 
mais on a vu souvent une rotation autour d'un axe 
horizontal. Voici, par exemple, la figure de l'éruptioD 
observée le 22 janvier 1874 à 2'' 33"*, en présence de 
MM- Tacchini et Rutherfurd. 

La forme de la protubérance est celle d'un jet lanoj 



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i 



ÉRUPTIONS SOLAIRES ET PROTURÉRANCES. a^S 

avec une énorme vitesse, et rebroussé avec violence 
par un courant supérieur, qui le replie en bas, pro- 
duisant ainsi une structure tourbillonnante; parmi les 



FiV. 3o. 




masses suspendues à l'intérieur de la spire, ou déta- 
chées de ses extrémités, les unes retombaient sur le 
globe, d'autres se soulevaient en forme de nuagies. On 
remarquait une masse suspendue à l'intérieur, qui 
lançait des jets en haut et en bas. Les masses les plus 
vives disparurent en moins d'une demi-heure; la hau- 
teur totale était de 44 secondes. Le magnésium était 
lancé par intervalles à une hauteur d'une minute; un 
grand nombre des raies ordinaires étaient renversées. 
La forme tourbillonnante de l'éruption montre que 
le soulèvement de la matière se fait plutôt par impul- 
sion que par une aspiration provenant de la couche supé- 
rieure ; cette couche parait contrarier les mouvements 
d'ascension qui se font mécaniquement, tandis qu'elle 
permet l'ascension des masses à l'état de diffusion. 



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294 l'astronomie en 1871 ET 187a 

Gomme Téruption se produisait à l'ouest du disque, 
on n*a pu constater de taches ; mais la région corres- 
pondante, dans la réapparition qui eut lieu quatorze 
jours après, était parsemée de taches en dissolution et 
de facules qui s'étaient formées peut-être à cette occa- 
sion et qui s'étaient dissoutes dans Tintervalle. 

Le jour suivant, a3 janvier 1874, les observateurs 
du Collège Romain ont eu occasion de faire une nou- 
velle série d'observations importantes. 

A 9 heures du matin, on avait fait, comme d'ordi- 
naire , le dessin du Soleil , à Téquatorial de Gauchoix , 
à 243 millimètres de diamètre en projection. Au bord 
oriental, entre 5o à 90 degrés, à*partir du nord vrai, on 
n'avait rien observé de remarquable ; lorsque ensuite 
on fit le dessin des protubérances au spectroscope, on 
trouva une belle masse brillante à 67 degrés, du nord 
vers l'est. Il n'y avait pas trace de taches ni de facules. 
L'éruption était très-vive : on voyait un bouillonne- 
ment comme celui d'une masse de fer en ébullition 
(fie- 3« » A). On voyait renversées les raies B, C, ly, D', 
celles du magnésium, un grand nombre de celles du 
fer, et d'autres raies dans le vert. La base de l'éruption 
était évidemment cachée, et Ton n'apercevait que le 
sommet. Elle présentait des variations rapides; on en 
fit un second dessin à 12** lo"" (B). A 1^59"", Teffet était 
tout différent : la masse centrale était formée de jets 
roides très-vifs, enchevêtrés au sommet; elle était flan- 
quée de deux autres éruptions latérales, moins vives, 
en forme de flammes (C). 

Alors, en observant la projection du chercheur, l'ob- 
servateur crut distinguer des traces de points noirs; 



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ÉnUPTIONS SOLAIRES ET PBOTUBÉRANCES. 295 

afin de les mieux constater, il se transporta à réquato- 
rial de Cauchoix pour en faire le dessin. A a»»i5», i] 
. Fig. 3i. 




trouva, en effet, une tache très- nette, formée de quatre 
points noirs, alignés en arc et environnés d'une belle 



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396 l'astronomie en 1871 ET 1872. 

facule ; leur distance au bord était de 3 millimètres 
environ. Ils n'auraient certainement pu échapper le 
matin à l'observation. En retournant au spectroscope, 
on trouva les protubérances changées, comme l'indique 
la figure D. Le jour suivant, par la rotation, la tache 
s'avança, comme l'indique Wfig^ E. 

De ces détails, il résulte évidemment que la tacbe 
s'était formée sous les yeux des observateurs, puis- 
qu'elle n'aurait pu leur échapper le matin. On ne peQi 
pas dire qu'elle soit devenue visible par la rotation de 
l'astre, qui n'avait tourné, dans l'intervalle, que de 
3 degrés à peine et n'aurait pu la porter à l'intérieur 
du bord que d'une fraction de millimètre. Cette tache 
se montre donc comme ayant été le produit d'une 
éruption qui, commencée d'une manière tumultueuse 
le matin, comme cela arrive fréquemment, a formé, 
en se développant, les jets dont on apercevait les som- 
mets, et que la matière de l'éruption, retombant en- 
suite sur le Soleil et s'interposant entre l'observateur 
et la photosphère, a produit la tache. Cette observa- 
tion jette une grande lumière sur ces phénomènes. 

Cette même observation explique pourquoi on peut 
voir les raies renversées de l'hydrogène : des protubé- 
rances extérieures se prolongent jusqu'au noyau des 
taches. Dans ce cas, on voit le jet, qui, partant d'un 
point du noyau, se projette sur la photosphère, sur- 
passer en intensité lumineuse la photosphère elle- 
même. 

Telles sont les plus curieuses et les plus importantes 
observations faites récemment sur la surface du Soleil. 



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UNE CONJONCTION DE JUPITER ET UBANUS. 297 



XIV, 

COHJOMCTZOSff BB JUVITS& BT UaAMUS, 
I.B 5 JUXyr 1872. 

Ayant l'habitude de calculer chaque année pour 
mon usage personnel la marche des planètes et les 
phénomènes astronomiques importants (chaque année, 
depuis i865, le Magasin piitoresque ^uhWe un résumé 
de ce calcul avec cartes) , j'avais remarqué que la pla- 
nète Jupiter devait s'approcher très-près d'Ura^ius au 
commencement de juin 1872. Curieux de savoir si elles 
arriveraient tout à fait dans le voisinage Tune de l'au- 
tre, j'en ai fait le calcul spécial, et voici la relation 
que je publiai dans les Mondes le 7 mars 1872 : 

Les planètes Uranus et Jupiter se rencontreront le 
5 juin prochain au même point du ciel. C'est là un 
phénomène astronomique doublement intéressant, tant 
au point de vue du calcul qu'au point de vue de l'ob- 
servation. Les mouvements planétaires sont trop exac- 
tement connus aujourd'hui,. il est vrai, pour que la 
constatation de Finstant du minimum de la distance 
puisse apporter aucune correction aux Tables des deux 
planètes; on doit l'espérer, sans contredit; mais la 
constatation n'en sera pas moins intéressante pour 
cela, et, tandis que les deux astres poseront dans le 
même champ de la lunette ou du télescope, la compa- 
raison des diamètres, de l'éclat relatif, de la couleur, 
de l'aspect général des deux mondes lointains, pourra 

i3. 



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agd l'astronomie en 1871 et 187a. 

être faite avec avantage. Ces conditions de rapproche- 
ment sont fort rares. 

Nul n'ignore (car lequel d'entre nous n'élève pas de 
temps en temps ses regards vers le ciel? ), nul n'ignore 
que le brillant Jupiter trône depuis un an au-dessous 
des Gémeaux, et se trouvait au 1'" janvier dernier tout 
à fait sur le prolongement de la flèche qui aurait été 
tirée de Castor à Pollux. Il s'éloigne un peu vers la 
droite jusqu'au i5 mars, puis reviendra sur son che- 
min, se retrouvera, au aS mai, juste sur la ligne 
droite dont nous venons de parler, et continuera sa 
rétrogradation vers l'est, jusqu'à la fin de Tannée, 
pour revenir vers l'ouest en janvier 1873. Dans ce 
mouvement, il passera au-dessus de Régulus le 
39 octobre. 

Uranus, dont le balancement annuel n'a qu'une am- 
plitude sept fois moindre, gravite dans cette région 
céleste depuis plusieurs années. Son mouvement est 
direct de janvier à avril, rétrograde d'avril à novem- 
bre, et redevient direct ensuite. C'est au mois de juin 
que Jupiter l'atteindra. 

La marche respective des deux planètes en avril, 
mai et juin, que donne notre première carte, montre 
leur position successive facile à reconnaître au pre- 
mier coup d'œil en se repérant sur Castor et Pollux. 
11 est impossible de remarquer à l'œil nu Uranus, 
astre apparent de 6' à 'f grandeur, à moins de condi- 
tions de vue et de visibilité exceptionnelles; mais une 
faible lunette, une simple jumelle, permet de le 
trouver. 

Pour connaître l'instant précis de leur rapproche- 



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UNE CONJONCTION DE JUPITER ET URANUS. 299 

ment et le mesurer, examinons la journée pendant la* 
quelle il doit avoir lieu : c'est le 5 juin. Calculons les 
positions respectives des deux planètes pour chaque 
heure de ce jour, de midi à minuit. Nous obtenons les 
nombres suivants : 





Ascension droite. 




Déclinaison, 








"^ "■ 


— ^ 


, — ^ 




m -. 




V 


^ 




U 




* 


Midi 


8»» 3™ 59» 


8l>4»n 


8» 


2oo56'46'' 


20° 


5/31" 


ih 


4 I 




9 


41 




3o 


2 


3 




9 


36 




29 


3 


5 




10 


3i 




27 


4 


7 




10 


25 




26 


5 


9 




11 


'9 




25 


6 


1 1 




11 


• i3 




23 


7 


i3 




12 


7 




22 


8 


i5 




12 


56 1 




20 , 


9 


17 




i3 


55 55 




18 


lO 


«9 




i3 


49 




16 


II 


21 




14 


43 




• 4 


Minuit 


8h4'»23 


gK^m 


15 


2o0 55'37 


20° 


5/12 



A 5 heures, la différence d'ascension droite entre 
les deux planètes n^est que de 2 secondes, et la diffé- 
rence en déclinaison n'est que de 1' 6". 

A 6 heures, Jupiter passe par la même ascension 
droite qu'Uranus : la différence des déclinaisons est de 
l'io". 

En résolvant le triangle, je trouve que le minimum 
de la distance des deux planètes aura lieu à 5** 29" 53*. 
A cet instant, la différence en ascension droite sera de 
1 seconde, celle des déclinaisons sera de TS" et la 
distance des centres de 1' 9', 8. 



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€s«rc fat TJmÎ 

Marche des planètes Jupiter et Uranus du lo avril au aS juin iS 



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UNE CONJONCTION DE JUPITER ET URANDS. 3oi 

Le diamètre de Jupiter étant alors de 33", 4, et celui 
d'Uranus de 3", 8, on voit que du bord de Jupiter au 
disque d'Uranus la distance ne sera que de Si", a: une 
fois et demie envi ron la largeur de Jupiter seulement! 

Fiff. 33. 



8b V 

aif t» tO* ttf Uf M9 12f 1 


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^ 


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c-Vi 


ai 


J^3 


ni*'* 










6»' 
























































S»* 




























Z09 

























Marche des deux planètes le 25 juin de midi à minuit. 

Quel rapprochement ! Le premier satellite de Jupiter 
est éloigné du centre de Jupiter de six fois son dia- 
mètre. Ainsi Uranus se trouvera, en vertu des per* 
spectives célestes, à une distance moindre que la 
distahce angulaire du demi-diamètre de l'orbite du 



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3oa l'aotronohie en 1871 ET 1879. 

premier satellite. On sait que le deuxième est à neuf 
lois et demie la même mesure, le troisième à plus de 
quinze fois, et le quatrième à vingt-sept fois le rayon 
du globe de Jupiter. 

Les satellites circulant à peu près dans le plan de 
récliptique, et Uranus devant se trouver au-dessus du 
pôle de Jupiter, la belle planète se présentera dans le 
champ du télescope entourée de cinq satellites, dont 
quatre, lui appartenant, planeront à l'est et à Touest, 
tandis quIJranus brillera au nord. Il sera utile de com- 
parer entre eux ces cinq astres et de constater de 
combien l'éclat dlTranus dépassera le leur. 

A 5^ So"", le 5 juin, la lumière du jour s'opposera 
aux observations, de sorte que l'instant précis de la 
conjonction restera voilé par la lumière du jour pour 
le méridien de Paris. Le soleil ne se couchant qu'à 
7** 56", et le crépuscule durant, ce jour-là, 45 minutes 
à Paris, on ne pourra commencer l'observation qu'à 
8*" 40"*, d'autant plus que Jupiter se trouvera alors 
précisément au couchant. Il se couchera lui-même à 
lo** 58". On peut, par notre seconde carte, connaître 
la position relative des deux planètes à 9 heures du 
soir, au moment le plus favorable pour l'observation. 

Ces conjonctions, ces grands rapprochements sont 
très-rares. Pour les calculer, nous pouvons remarquer 
que la révolution de Jupiter autour du Soleil étant de 
433a jours, la planète revient tous les douze ans envi- 
ron au même point du zodiaque, après avoir fait le 
tour du ciel. En vertu du mouvement annuel de la 
Terre, cette route dodécennale n'est pas droite d'ail- 
leurs, mais formée de boucles entrelacées. Si Uranus 



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UNE CONJONCTION DE JUPITER ET URANUS. 3o3 

était immobile lui-même, Jupiter reviendrait donc 
tous les douze ans environ passer par la même heure 
d'ascension droite; mais Uranus accomplit lui-même, 
dans le même sens, une révolution de 3o 686 jours ou 
84 ans. 11 en résulte qu'en douze ans il s'est avancé du 
septième de son cours. Pour Fatteindre, Jupiter est 
obligé de s'avancer, par conséquent, du septième de 
4332 jours, c'est-àndire de 619 jours ou vingt mois et 
demi environ, avec une variation dépendante de la 
station et rétrogradation due au mouvement de la 
Terre. Ce n'est donc qu'au bout de treize ans, six mois, 
vingt-quatre jours en moyenne que les rencontres 
peuvent arriver; mais, d'autre part, les trois orbites 
de la Terre, de Jupiter et d'Uranus ne sont pas situées 
dans le même pian. Quoique ce soient les plus faibles 
du système planétaire, les inclinaisons de leurs plans 
sur récliptique sont de i°i8'4o'' pour Jupiter, et de 
o<* 46' 30" pour Uranus. Les déclinaisons des deux pla- 
nètes varient, indépendamment l'une de l'autre, d'année 
en année, et elles peuvent être très-différentes lorsque 
les deux planètes passent par la môme heure d'ascen* 
sion droite. 

Ainsi la dernière fois que ce passage s'est produit, 
en i858, le 22 mai, par 3*» 49"* d'ascension droite, la 
différence de déclinaison n'est pas descendue an des- 
sous de 32 minutes. En 1845, le calcul montre que la 
rencontre a eu lieu le 8 février par o* i5"* d'ascension 
droite, et que la différence des déclinaisons n'est pas 
descendue au-dessous de 26 minutes. 

Il faudrait sans doute remonter à plusieurs siècles 
pour rencontrer une conjonction absolue des deux 



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3o4 l'astronohib en 1871 ET 1872. 

astres, une occaltation d'Uranus par Jupiter, et, dans 
tous les cas, elle n'aurait pas été observée, puisque la 
découverte d'Uranus ne date que de 1781. 

Vivons maintenant dans Tespérance d'avoir une belle 
soirée le 5 juin. Si des nuages assombrissent le ciel de 
France ; que Tltalie, l'Espagne, l'Angleterre ou l'Alle- 
magne nous remplacent dans cette observation. Le plus 
important encore serait que l'observation puisse être 
faite en un Jieu qui aurait la nuit, lorsque le temps 
moyen de Paris ne compterait encore que 5*» 3o™, 
comme, par exemple, à Bombay, Delhi, Calcutta, 
Canton ou Pékin. 

Tel est le calcul que j'avais fait de cette curieuse 
conjonction et publié trois mois auparavant. J*ai eu la 
satisfaction de pouvoir l'observer, favorisé à Paris par 
un temps à moitié beau. Voici cette observation : 

L'état pluvieux et nuageux du ciel, qui se continue 
avec tant de persistance malgré la saison, a cependant 
laissé une éclaircie tout astronomique, le mercredi soir 
5 juin, qui m'a permis d'observer une phase de la 
conjonction de Jupiter et Uranus. Comme je l'avais 
calculé, c'est à 5** 3o"*, c'est-à-dire avant la fin du jour, 
que le plus grand rapprochement (5i secondes) a eu 
lieu entre les deux planètes, et ce n'est qu'à partir de 
8^40'" que, le crépuscule éteint, on a pu observer, 
dans le même champ de la lunette, le cortège de Ju- 
piter, auquel Uranus venait se joindre. Ce petit système 
descendant dans les brumes du couchant, en vertu 
du mouvement diurne, et atteignant l'horiz^on à lo^'SS"', 
on voit qu'il n'y a eu guère qu'une bonne demi-heure 
d'observation possible en France pour ce phénomène. 



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UNE CONJONCTION DE JUPITER ET URANUS. 3o5 

Les quatre satellites de Jupiter étaient également 
partagés de chaque côté de la planète, deux de part 
et d'autre : le premier et le deuxième à gauche, le 
troisième et le quatrième à droite. La lunette astrono- 
mique renversant les objets, ces positions étaient re- 
tournées pour l'observateur. 

Pour le rappeler en passant, afin d*avoir dans la pensée 
les configurations exactes successives des satellites pen- 
dant cette journée, le premier satellite accomplit sa 
révolution en i', 77 : il était passé derrière la planète à 
1** 52"; depuis ce moment, il s'en éloignait, ne devant 
atteindre sa plus grande élongation qu'après minuit; il 
se trouvait alors à environ quatre demi-diamètres à l'est 
de Jupiter. Le deuxième satellite accomplit sa révolu- 
tion en 3 ^ jours : il était passé derrière la planète le 4 
à 5*" 14°*, s'en était éloigné vers l'est également jus- 
qu'au 5, à 2 heures, et s'en rapprochait actuellement, 
se trouvant à six demi-diamètres. Le troisième était 
devant Jupiter, le 4 juin à 6 heures du soir, et devait 
passer derrière la planète le 8, à 6 heures du matin 
Il s'éloignait donc de la planète jusqu'au 6, à i heure du 
soir, et se trouvait à environ neuf demi -diamètres à 
l'ouest. Le quatrième, enfin, accomplit sa révolution 
en 16^,69 : il devait être éclipsé par la planète le 7, à 
a heures du matin. Il se rapprochait, par conséquent, 
et n'était plus qu'à cinq demi-diamètres de Jupiter. 

A 9 heures, la disposition respective des satellites 
offrait la configuration représentée par la figure 34. 
La planète Uranus planait à l'ouest-nord-ouest de Ju- 
piter, dessinait uii triangle rectangle avec le troisième 
satellite, celui-ci formant l'angle droit, et se trouvait 



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3o6 l'astronomie en 1871 et 187a. 

alors éloignée de cinq diamètres de la planète Ju- 
piter. Le satellite le plus brillant était, comme d'ha- 
bitude, le troisième, qui est aussi le plus gros. Uranus, 
d'abord moins éclatant à la fin dfi crépuscule, se mon- 
tra manifestement plus blanc, à la nuit tombée. Aiosi 



1 



FJij. 3^. 



o 




le cortège de Jupiter parut composé, ce soir-là, de 
cinq mondes satellites , Uranus étant le plus brillant 
des cinq. Peu à peu, Jupiter, animé d'un mouvement 
de translation plus rapide, emporta son petit système 
vers Test, dans le sens indiqué par la flèche, en laissant 
Uranus fixé dans sa position sidérale; et, à 10 heures, 
l'angle droit dont je viens de parler s'ouvrit à me- 
sure qu'Uranus restait en arrière. 

Le résultat géométrique de cette observation est que 
les deux planètes se sont rencontrées en perspective 
dans la position indiquée par le calcul le jour et l'heure 
fixés ; le résultat physique de la même observation est 
que Véclat de la planète Uranus, vue par cette circon- 
stance exceptionnelle dans le champ de la même lunette 
que le cortège de Jupiter, est égala celui du troisième 
satellite de Jupiter, et un peu plus lumineux. 



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"la lumière zodugale. 3o7 



XV. 

OBSE&VATIOXff HE Uk UnOÈOLB ZOBIAOAIA 
A PARIS, I£ %0 FÊVaXSa 1871. 

La lumière zodiacale s'est manifestée dans le ciel 
occidental de Paris le 20 février au soir, avec un éclat 
remarquable et bien rare pour nos latitudes. J'en ai 
donné la relation suivante à l'Institut (*). 

Un peu avant 7 heures, environ une heure et demie 
après le coucher du Soleil, et à mesure que le crépus- 
cule s'éteignait, le zodiaque s'illuminait d'une clarté 
croissante. Sous la forme de fuseau qu'elle revêt tou- 
jours, cette lumière cendrée mesurait 18 degrés de 
largeur à sa base, à l'horizon, et, s'élevant oblique- 
ment le long du zodiaque, se terminait en pointe avant 
d'atteindre les Pléiades. Les deux étoiles brillantes du 
Bélier étaient nettement comprises dans cette longue 
pyramide, dont la teinte rappelle celle d'une queue de 
comète, mais elles n'étaient pas éclipsées, comme 
celles de la Grande Ourse l'ont été par l'aurore boréale 
du 24 octobre dernier. Aldébaran et Jupiter n'ont pas 
été atteints, et la lumière s'évanouissait entièrement à 
l'ouest des Pléiades. Le Soleil étant alors dans les pe- 
tites étoiles de la constellation du Verseau, avec 22** i5°» 
d'ascension droite, la lumière zodiacale mesurait donc 
environ 86 degrés de longueur totale, du Soleil à l'ex- 

{*) Comptes rendus, 2^ {ésrier 1871. 



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3o8 L'.\STnO\OMIB EX 1871 ET 187a. 

trémité du fuseau ; sa partie visible au-dessus de Yhd- 
rizon mesurait 63 degrés. 

L'appréciation de son intensité a été d'autant plus 
facile, que Tatroosphère de Paris était moins éclairée 
que jamais, en raison de l'absence de gaz. Calme et 
immobile, la lumière zodiacale était bien différente 
des lueurs palpitantes de Taurore boréale, et éloignait 
plutôt qu'elle ne confirmait Tidée parfois émise d'une 
connexion quelconque entre ces deux phénomènes. Le 
fuseau était un peu plus intense dans sa région mé- 
diane que sur ses bords, et beaucoup plus à sa base 
que vers sa pointe. La teinte, environ une demi-fois 
plus brillante que celle de la voie lactée, était un peu 
plus jaune. Les dernières étoiles visibles à Tœil nu , 
celles de 6* grandeur, étaient perceptibles à travers 
ce voile ; au télescope, on distinguait jusqu'aux étoiles 
de 10* ordre; mais la ii* grandeur et les suivantes 
étaient éteintes. 

L'observation du phénomène a pu se faire utilement 
pendant quarante minutes; ensuite le ciel se voila 
peu à peu de vapeurs légères, et à 8 heures des nuages 
empêchèrent de suivre l'abaissement du cône lumineux 
vers l'horizon. Le lendemain 21, le ciel fut couvert 
après le coucher du Soleil ; et, à partir du aa, la clarté 
du croissant lunaire s'opposa à toute observation. 

Si l'on estime que l'extrémité réelle du fuseau lumi- 
neux s'étend à quelques degrés au delà de l'extrémité 
aperçue à travers notre atmosphère, on remarquera 
que cette élongation de 90 degrés environ du Soleil 
place celle extrémité sur l'orbite même de la Terre. 
On a même reconnu parfois une étendue plus consi- 



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LA LUMIÈRE ZODIACALE. SOQ 

dérable encore. Or le calcul montre que,' si le Soleil 
est environné d'une atmosphère, adhérant à sa sur- 
face, et participant à son mouvement de rotation 
comme l'atmosphère terrestre participe au nôtre, cette 
atmosphère solaire ne peut s*étendre au delà de 36 fois 
le demi-diamètre du Soleil, car, à cette distance, la 
force centrifuge égale la pesanteur. C'est à cette 
limite qu'une planète effectuerait sa révolution en 
iSh*^, Mercure gravite à la distance de 83 rayons 
du Soleil, Vénus à i55 et la Terre à 214. La matière 
constitutive de la lumière zodiacale s'étendant jus- 
qu'au delà de l'orbite terrestre, il en résulte qu'elle 
n'est pas emportée comme une meule par le mouve- 
ment de rotation du Soleil, mais que nous devons la 
considérer comme partagée en un nombre indéfini de 
zones circulaires, gravitant en des temps de plus en 
plus longs et avec des vitesses de plus en plus pe- 
tites, selon la distance au centre. 

Tout en réservant la théorie sur la nature de la sub- 
stance inconnue qui la compose, nous pouvons donc 
assimiler cette sorte d'atmosphère extérieure, lenticu- 
laire ou annulaire, à un tourbillon d'astéroïdes accom- 
plissant autour du Soleil des révolutions identiques à 
celles que des planètes effectueraient aux diverses dis- 
tances, c'est-à-dire que les molécules qui sont situées 
vers l'orbite terrestre doivent circuler en une période 
d'un an pour rester en équilibre , celles qui gravitent 
vers l'orbite de Vénus sont entraînées dans une trans- 
lation de 2^4 jours, et celles qui sont à la distance 
moyenne de Mercure ont, comme cette planète, une 
révolution de 88 jours. 



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3io l'astronomie en 1871 ET 1872. 



XVI. 



sua UB T8MP8 9IIB I.S8 
TBJknDffT A TOMBSa BAVS IS SOIiEXIi, SI 
ÈTASSMT AaaÊTÉBS IIAXS UBUB 



Dans le tome III de cette publication, pages 62 et 
289, j'ai posé et résolu ce curieux problètne, et trouvé 
les résultats suivants : 

Jonra. 
Mercure i5,55 

Vénus 39,73 

La Terre 64,67 

Mars 131 »44 

Jupiter 765,87 

Saturne 1901,93 

Uranus , 5434)57 

Neptune 10628,73 

AJ'inspection de cette série de nombres, un premier 
fait frappe d'abord notre attention : c'est que ces nom- 
bres sont entre eux comme les racines carrées des 
cubes des distances, et qu'il ne serait pas nécessaire 
de les calculer tous directement pour les obtenir. Ainsi, 
par exemple, si nous considérons Saturne, sa dis- 
tance au Soleil est de 9,53885; le cube de cette dis- 
tance est 867,931 , dont la racine carrée est 29,46. On 
a la proportion 

64,37 _ 1 
j: 29,40' 



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CHUTB DES PLANÈTES DANS LE SOLEIL. 3ll 
OU 

j? = 64, 57x29, 46= 190a, 

et ainsi pour chaque planète. 

Cette première considération, qui nous rappelle la 
troisième loi de Kepler, nous conduit maintenant à 
approfondir davantage le sens de ces nombres. Or 
voici une propriété bien singulière au premier abord 
qui se manifeste en les comparant attentivement : 
c*est qu'en les multipliant tous par un même coeffi- 
cient, en apparence fortuit (5,656856) , on reproduit 
Tannée même de chaque planète : 

Mercure i5,55x 5,656856 = 87,969a 

Vénus 39,73x5,656856= '224,7008 

La Terre. .. 64,57X5,656856= 365,2564 

Mars lai , /14 X 5,656856 = 686,9796 

Jupiter 765,87x5,656856= 4332,5848 

Saturne 1901 ,93 X 5,656856 = 10759,2198 

Uranus 5424,57 X 5,656866 = 3o686,8jo8 

Neptune 10628,73 x 5,656856 = 60126,7200 

Quel rapport existe entre l'année des planètes et le 
temps qu'elles emploieraient à tomber dans le Soleil ? 
Ce rapport est évident, comme on le voit, mais de 
quel ordre est-il? Quel est ce coefficient si remar* 
quable 5,656856? 

Assimilons un instant la chute de la Terre dans le 
Soleil à la moitié d'une ellipse extrêmement aplatie 
dont le périhélie serait presque tangent au SoleiL L'el-^ 
lipse aurait pour grand axe la distance actuelle de la 
Terre au Soleil, c'est-à-dire la moitié du diamètre ac* 
tue! de l'orbite terrestre. Les carrés des temps étant 



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3l2 CHUTE DBS PLANÈTES. 

entre eux comme les cubes des distances, la révolu- 
tion de la Terre le long de cette nouvelle ellipse se- 
rait donnée par la racine carrée du cube de - ou de -) 

. * * j 365,256 

et par conséquent serait de — ^-^ = tag jours. La 

moitié de cette révolution, ou, ce qui revient auj 
même, comme nous venons de le poser, le temps del 
la chute jusqu'au Soleil, serait donnée par la moitié de] 

la racine carrée de -? ou par . \ — j mais la moitié] 
de la racine carrée de ^ > c'est la racine carrée de -r- • 

o d'à 

Donc, dans sa plus simple expression, la durée del 
chute dont il s'agit n'est autre que la révolution an- 1 

nuelle multipliée par la racine carrée de — • 

Or la racine carrée de 32, c'est notre coeflBcient 
5,656856. 

Ainsi notre problème se pose maintenant dans des 
termes qui formulent une loi extrêmement simple : 

La durée de la chute de toute planète dans le Soleil, 
ou de tout satellite sur sa planète, n^est autre que la 

R 

réçolution divisée par la racine de Sa : _ ^.f.,Qf>^. • 

â,QDooâo 

Ce problème a frappé l'attention de plusieurs astro- 
nomes, qui ont bien voulu m' envoyer leurs commen- 
taires. Je me fais un plaisir de publier d'abord ici la 
solution mathématique due à M. Périgaud, astronome 
à l'Observatoire de Paris. 

Supposons, dit-il, les planètes réduites à de simples 



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DANS LE SOLEIL. 3l3 

points matériels, et par suite la loi de Kepler rigou- 
reuse, on aura, A étant le demi-grand axe de Torbite 
d'une planète, et n la vitesse angulaire moyenne, 

ft étant la masse du Soleil, /la constante d'attrac- 
tion. 

D'autre part, étant le temps de la révolution de 
Tastre, on a 

-T- = «, d où = — j 
mais 

n^^. d'où e=.^-!:AA^. 

Calculons maintenant le temps de la chute sur le 
Soleil d'une planète placée à une distance de cet astre 
égale au demi-grand axe de son orbite A. Fîg. 35. 

Plaçons en S {fi^, 35) l'origine des jr, on a p -^ 






d'où 



^ ~ Y A y jc 



d'où 

dx 



S - 



Posant 



^ 



Flammarion» — V, i4 



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3l4 CHUTE DBS PLANÂTES 

on tirera 



posant 
il vient 



*'='^V^ 



Intégrant et déterminant la constante par la condition 
que, pour x = X, t'=o,on obtient 



t'=A! (arc cos — -rr— — V^aA'o; — x' — tt j j 



d'où 

, A'/ A'-^ /^TT 5\ 

Pour avoir le temps total de la chute, il faut poser 
x = o, ce qui dpnne 

AV _^ Att _ Air y/A 
^~ K - 2K"- 2 /7/)l' 

appelant /o^ l'accélération à la distance A, on a 

§=^. d'où t=^. 

On peut rapprocher cette formule de celle qui donne 
la durée de la chute ; en supposant constante Tintensi té 

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DANS LE SOLEIL. 3l5 

de rattraction, c'est-à-dire T = ^ V^, le rapport 
T 4 



Ck)mparons maintenant ^ à 0; on a 

t Attv/I v/7L_ ^ / r 

Ainsi, au degré d'approximation de la loi de Kepler, le 
rapport de la durée de la révolution d'une planète 
autour du Soleil à la durée de sa chute est un nombre 
constant et égal à 4 V^« 

Le journal les Mondes a publié de son côté plusieurs 
articles sur ce môme sujet, soit pour confirmer, soit 
pour expliquer ce que j'avais avancé. Voici, par exem- 
ple, ce qu'écrit de Rome, à cet égard, M. Studiosus, 
dans le n° du 25 avril 1872. 

« Dansr^^/ro/2o/72/<?deSantini, on trou vêle problème 
présenté sous les formules suivantes : 

» Le temps périodique est 

T =21^. 
Le temps de la chute 

s. 



2V^2pt 

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3l6 CHUTE DBS PLANÈTES 

de là on peut calculer 

et, en faisant a — v^ comme suppose M. Flammarion, 
•j» 



et 



T=T-L. = ^^... 



Voici maintenant encore une autre manière de pré- 
senter la question, envoyée de Bude (Hongrie) par 
H. Goloman Szily. 

« M. Flammarion a calculé le temps que les planètes 
emploieraient à tomber jusqu'au centre du Soleil, si la 
force centrifuge qui les en empêche était supprimée 
par Tarrèt de leur mouvement de translation. Ce calcul 
fait, M. Flammarion prouve que ces nombres sont 
entre eux comme les racines carrées des cubes des 
distances. En approfondissant davantage le sens de ces 
nombres, Tauteur signale une propriété — comme il 
dit, bien singulière au premier abord — qui se mani- 
feste en les comparant attentivement : c'est qu'en les 
multipliant tous par un même coefficient, en apparence 
fortuit (5,656856), on reproduit l'année même de 
chaque planète. Enfin, il se trouve que 5,656856 n'est 
autre que la racine carrée de 32. Donc, dans sa plus 
simple expression, la durée de chute (/) dont il s'agit 



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DANS LE SOLEIL. 817 

n'est autre que la révolution annuelle (T), multipliée 

I T 

par la racine carrée de ~ , ou / = . 

^^ ^/3i 

» M. Flammarion arrive à cette formule extrêmement 
simple, par la méthode a posteriori, en comparant 
attentivement la durée de chute, la distance au Soleil 
et la révolution annuelle pour chaque planète. 

» Je veux prouver, dans ce qui suit, que ce rapport 
peut se conclure théoriquement et directement des 
lois de la Mécanique rationnelle et de la troisième loi 
de Kepler. 

» En effet, la formule générale qui exprime la durée 
de la chute d'un corps planétaire vers le Soleil est 

(i) /= 4/-^ = -«.arccos -^ \-\/ajc-x^, 

» Dans cette formule, / signifle le temps que la pla- 
nète emploierait à tomber vers le Soleil par le che- 
min jt; a la distance initiale de la planète au centre du 
Soleil; g la pesanteur à la surface du Soleil, etr le rayon 
du Soleil. 

» En cherchant le temps que la planète emploierait 
à tomber jusqu'au centre du Soleil, posons x^a. 
Nous trouvons 



2^ I 

5= - ait. 

a a ' 



d'où 

(a) t 






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3iB CBXSTE DES PLANÈfBS 

mais, d'après la troisième loi de Kepler, 
d'où 



«f-TV^. 



En combinant la formule (3) avec la foramle (a), on 
trouve facilement 

qui n'est autre chose que la formule de M. Flammarion. » 

A ces trois commentaires différents nous ajouterons 
encore le suivant, publié par M. Bouchotte père, de 
Metz, dans les Mondes du ii juillet 187a. 

« Si je publie les lignes suivantes, ce n'est 

pas que j'aie des objections à présenter sur les résul- 
tats du travail de M. Flammarion, mais uniquement 
sur la méthode qu'il expose et qui me semble suscep- 
tible de simplification. 

» Dans une lecture que j'ai eu Thonneur de faire, le 
a8 mars dernier, à TAcadémie de Metz, sur Tâge de la 
Terre, je disais, en traitant incidemment la môme 
question que M. Flammarion : 

» On peut calculer rapidement les temps de chute 
des diverses planètes au centre du Soleil. Il sufiSt, 
pour obtenir le résultat cherché, de connaître le 
temps employé par une planète pour sa circulation 
autour de Fastre radieux qui en maîtrise les mouve- 



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DANS LB SOtEEIi. Sid 

ments^ et de multiplier le quart de ce temps par la 
fraction 0,70710678, laquelle représente la racine 
carrée de la moitié de Tunité. 

» En effet, en opérant, je trouve exactement ou 
presque exactement les résultats indiqués par M. Flam- 
marion ; cependant M. Flammarion a dit : « Aussi ne 
» peut-on arriver au calcul qu'à Faide de formules 
D laborieuses dont la plus simple est encore assez com- 
» pliquée. Les Traités de Mécanique rationnelle n'ont 
» pressenti aucun rapport simple entre ce problème et 
m celui des mouvements des corps célestes, et Ton voit 
» les résultats différer dans certaines applications. » 

» Je ferai observer que Lalande a donné le calcul 
des chutes et a établi la règle suivante, d'après Frisi : 
La racine carrée du. cube de 'jl est à i comme la durée 
de la demi-révolution sidérale d'une planète est au 
temps de sa chute jusqiCau centre de V attraction, 

» Ce calcul, je n'ai fait que l'abréger par la formule 
donnée plus haut. Cette formule, d'ailleurs, revient à 
montrer que les rapports indiqués peuvent s'exprimer 
par la proportion suivante : le temps de chute est à 
celui du quart de la révolution :: loooo : 14 124 ou 
bien comme 0,70710678 : i. 

» Mais il devient alors visible que c'est le rapport 
de l'un des côtés du carré à sa diagonale. 

» Par conséquent, comme l'expose M. Flammarion, 
il existe un rapport simple entre ce problème et celui 
des mouvements des corps célestes. » 

J'ai cru intéressant de terminer ce Tome par ces va- 
riantes algébriques sur un sujet dont on a assez sou- 

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320 CHT7TE DES PLANÈTES DANS LE SOLEIL. 

vent Toccasion de parler; et je suis d'autant plus satis- 
fait de ces explications, que plusieurs membres de 
rinstitut, savants astronomes et profonds géomètres, 
m'avaient répondu qu'ils ne voyaient aucune raison 
pour admettre, comme je l'avais fait, un rapport simple 
entre la durée de la révolution d'une planète et celle 
de sa chute dans le Soleil. 



FIN DU CINQUIÈME VOLUME. 



PARIS. — IHFRIitEKIf;: DE GAUTUiEK-VILLaRS, 
Quai des AnBoitins, 55. 



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I 



I 



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f 



^ 









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